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Pourquoi la Colombie a refusé l’accord de « paix » avec le FARC?

publié dans regards sur le monde le 28 octobre 2016


Entretien : La Colombie refuse l’accord de paix avec les FARC

 

Le président colombien, Juan Manuel Santos (à gauche), et le commandant en chef des FARC, Rodrigo Londoño (à droite). Au centre, le président cubain Raúl Castro.

Le président colombien, Juan Manuel Santos (à gauche), et le commandant en chef des FARC, Rodrigo Londoño (à droite). Au centre, le président cubain Raúl Castro.

Le président colombien, Juan Manuel Santos, et le commandant en chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Rodrigo Londoño, plus connu sous le nom de « Timochenko », ont signé un accord de paix le 26 septembre 2016, à Carthagène, dans le nord du pays. Le document de 297 pages – conclu fin août à La Havane (Cuba) – met un terme à 52 ans de conflit armé, ayant fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6.900.000 personnes déplacées.

Pourtant, contre toute attente, la population, appelée aux urnes le 2 octobre 2016, a refusé de valider cet accord, par une courte majorité (50,2%). Deux jours avant le scrutin, le pape François avait apporté son soutien au président Santos, en déclarant qu’il se rendrait en Colombie « une fois l’accord de paix approuvé ». Mais l’Eglise catholique colombienne, elle, a refusé de se prononcer en faveur du oui. Et les pasteurs évangéliques ont fait campagne pour le non. Pour quelles raisons ? C’est ce que DICI a cherché à savoir en interrogeant l’abbé Francisco Jiménez Maroto, prêtre de la Fraternité Saint-Pie X, responsable du prieuré de Bogota, la capitale de la Colombie.

Les catholiques ont dit non, le 2 octobre, aux accords de paix avec les FARC, est-ce qu’ils souhaitent que le conflit continue ?
En Colombie tous veulent la paix. Personne ne peut imaginer qu’on désire la guerre et encore moins dans un pays qui a souffert des conflits armés depuis plus d’un demi-siècle et où toute la société, directement ou indirectement, en a souffert.

Mais alors pourquoi dire non aux accords de paix ?

C’est très simple : parce que l’accord final signé le 26 septembre ne contribue pas vraiment à la paix.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Il y a d’abord des raisons juridiques. Les membres des FARC sont quand même les auteurs de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide. Et pourtant, ils ne passeront pas une seule nuit en prison ! Par ailleurs, les accords vont permettre le blanchiment d’argent pour les FARC. Vont-ils arrêter le trafic de drogue et rendre l’argent qu’ils ont amassé non seulement par la culture de la coca, mais aussi par l’extorsion, le vol, l’assassinat de milliers de Colombiens, avec une cruauté bien connue. Je rappelle aussi qu’il y a encore plus de 400 personnes enlevées.

Vous considérez que ces accords ne sont pas justes ?

C’est cela. Et s’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix. Comment, par exemple, accepter que les membres des FARC ne soient pas extradés pour leurs crimes à l’échelle internationale ? Car il est reconnu que les FARC ont commis des crimes non seulement en Colombie, mais dans le monde entier. Comment accepter que les membres de l’armée officielle aient à se déclarer coupables de crimes qu’ils n’ont pas commis, en s’humiliant d’une façon vile, ce qui n’est pas demandé aux bandits des FARC ? Ces accords sont d’une grande injustice envers la nation colombienne et ses forces armées.

Rejetez-vous aussi ces accords pour des raisons politiques ?

Ces raisons politiques sont encore plus importantes. Il ne faut pas oublier que, dans la logique marxiste, l’objectif final est de prendre le pouvoir. Et les FARC ne renonceront pas à ce but. Outre le fait de ne pas aller en prison, ils veulent gouverner la Colombie. Et le pire est qu’ils le disent publiquement. Le pays ne peut pas accepter que les auteurs de crimes atroces puissent être élus politiquement. On ne peut pas tolérer qu’il leur soit accordé des sièges au Congrès. Qu’on leur fasse cadeau de 5 sièges au Sénat et 5 à la Chambre des représentants. De plus, ils bénéficient de 16 sièges dans les zones où ils possèdent des territoires. Le pays ne peut pas accepter que les Colombiens doivent financer leurs campagnes politiques présidentielles et législatives à hauteur de 10% du budget, au nom du financement public des partis politiques. On ne peut pas non plus tolérer que les FARC modifient l’ensemble du système électoral comme s’ils représentaient une armée triomphante. Alors qu’il s’agit d’une armée diminuée, qu’il n’y avait plus qu’à vaincre complètement… Ces accords leur donnent un deuxième souffle, afin qu’ils puissent se réorganiser.

Et enfin, on ne peut pas accepter qu’on leur fasse cadeau d’une chaîne de télévision pour diffuser leur idéologie, et de 31 stations de radio dans le même but. C’est un scandale !

Y a-t-il également des raisons morales de ne pas accepter ces accords ?

L’accord est imprégné, sur l’ensemble de ses 297 pages, de l’idéologie du genre. Ils l’appellent « sexe », mais c’est en fait l’idéologie du « genre ». Cela a été reconnu par les négociateurs eux-mêmes.

Déjà, le ministère de l’Education nationale avait essayé de forcer les écoles à adopter le « Livret d’éducation sexuelle ». Mais le gouvernement a dû renoncer à cause des manifestations spontanées de milliers de familles qui ont refusé les aberrations présentées dans cette brochure. Aujourd’hui, avec cet accord de La Havane, il fait dix pas en avant pour inoculer l’idéologie de genre dans le pays.

Mais les FARC ne demandent-ils pas pardon ? Ne doit-on pas, au nom de la charité chrétienne et de la paix sociale, leur offrir ce pardon ?

A aucun moment, dans les 297 pages de l’accord, le mot pardon ou repentance n’apparaît. C’est pourquoi la Colombie ne peut pardonner sans qu’ils payent pour tous les crimes qu’ils ont commis.

Comment avez-vous réagi aux propos du pape François qui a soutenu cet accord ? 
Cet accord est une trahison nationale et internationale. La pire de toutes a été celle du Saint-Siège. Il est affreux que nous laissions de côté la vraie justice pour ces faux accords et que le pape, le Vicaire du Christ, non seulement l’approuve directement avec les mots des FARC, mais menace les catholiques de ne pas venir en Colombie si le oui ne triomphe pas au référendum. Il s’agit d’un complot mondial béni par l’autorité suprême dans l’Eglise.
Pour toutes ces raisons, les catholiques colombiens ont défendu le « non aux accords ». Nous voulons la paix, nous aspirons à la paix, mais pas à tout prix, pas en nous abaissant au niveau de ces criminels qui ont attaqué notre nation.

Juan Manuel Santos.

Juan Manuel Santos.

Commentaire : Juan Manuel Santos, un président sous influence ?

Dès le mois de juillet 2016, l’ancien chef de l’Etat colombien (2002-2010), Álvaro Uribe était formel : « Il y a lieu d’être inquiet à propos de cet accord. La Colombie est redevenue le premier pays producteur de cocaïne et les FARC constituent actuellement le plus grand cartel de narcotrafiquants, et le plus puissant au monde. » Sur le site reinformation.tv, le 27 juillet, on pouvait lire qu’Uribe affirmait ne pas être « dupe » : « L’accord garantira en parallèle, et de la même manière, l’amnistie totale pour le trafic de drogue. Les FARC bénéficieront de l’amnistie, même pour les crimes liés au trafic de stupéfiants, un trafic qui se révèle très utile pour l’acquisition de l’arsenal d’armes que possèdent les guérilleros », soulignait-il.

Anne Dolhein remarquait aussi des « gadgets, symptomatiques de la participation de l’ONU au processus », en citant les termes d’un communiqué commun du gouvernement colombien et des représentants des FARC à propos d’un « accord de genre » en vue d’une plus grande « inclusion » en Colombie des femmes et des membres de la communauté LGBT.

Le 5 octobre 2016, Anne Dolhein complète son analyse sur reinformation.tv, et pose ouvertement la question : « Quel aura été le poids des accusations de satanisme qui ont frappé les organisateurs de la signature des accords ? » Et de répondre : « On ne le saura sans doute jamais dans les détails, mais il est sûr qu’il y a dans cette affaire une dimension qui dépasse le simple cadre des négociations humaines. » Sans accorder trop d’importance aux informations diffusées par Internet, révélant la présence de chamanes et de sorciers sur les lieux de la signature de l’accord, la journaliste française constate tout de même qu’un groupe d’« artistes » s’est produit la veille de la signature des accords, dans le centre historique de Carthagène. « Des femmes aux corps peints et des musiciens traditionnels y rendaient hommage à la Terre Mère selon un rituel à la manière indigène : pour le coup, les images de l’événement ont circulé et il est impossible de les mettre en doute. » Evidemment, « le groupe a toutefois nié toute implication dans la signature des accords, assurant qu’il s’agissait simplement d’une démonstration artistique. L’explication vaut ce qu’elle vaut, car un rituel est un rituel. »

Si cela était avéré, le président Juan Manuel Santos n’en serait pas à sa première « invocation occulte », dans l’esprit syncrétiste du New Age. Le sérieux et conservateur site internet colombien d’informations Costa Noticias a rappelé que « le président Santos a pris possession de sa charge devant des chamanes, ce que les retransmissions par la télévision colombienne ont permis de constater en direct ». Selon Costa Noticias, « des chamanes auraient suivi le président tout au long de sa campagne électorale pour sa réélection en 2014. »

Elu en 2010, réélu en 2014, le président colombien s’est aussi vu attribuer le prix Nobel de la Paix, le 7 octobre 2016, pour ses « efforts déterminés » en faveur de la paix dans son pays. D’ailleurs, malgré le référendum, les négociations « pour la paix » ont repris le 22 octobre 2016.

(Sources : DICI/lemonde/afp/reinformation.tv – DICI n°343 du 28/10/16)

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