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Le cardinal Müller limogé…

publié dans magistère du pape François, regards sur le monde le 14 juillet 2017


Le pape continue d’éliminer ses opposants conservateurs

 

Dans un bref entretien au journal régional Allgemeine Zeitung, le 1er juillet dernier, le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a annoncé que le pape avait décidé de ne pas prolonger son mandat de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Jamais, dans l’histoire récente de la Congrégation, son préfet n’en était parti avant l’âge de la retraite. Le prélat l’a reconnu dans cette même interview : « Je suis le premier à qui cela a été appliqué. » Il n’a émis aucune critique et s’est soumis à cette décision souveraine mais il n’avait évidemment pas le choix. Néanmoins, comme pour signifier son opposition à cet acte de défiance, il a refusé toutes les propositions d’affectation qui lui ont été faites, à la curie romaine comme dans son Allemagne natale, il a préféré demander à être mis à la retraite, ce qui fut fait dès le lendemain, 3 juillet.

Du côté du Vatican, on explique que le pape, ne voulant pas que les cardinaux de curie se croient propriétaires de leur charge, souhaite en renouveler les titulaires tous les cinq ans. C’est une sorte de « dégagisme » papal ! Cela ne convainc guère s’agissant du cas du cardinal Müller, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’étant pas un dicastère comme les autres ; son titulaire est le collaborateur immédiat du pape pour les questions de foi et de morale. Sous Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger, alors préfet de cette Congrégation, joua un rôle important auprès du pape pour veiller à l’orthodoxie catholique. Le « limoger » signifie donc qu’entre le préfet et le pape il y a désaccord, au point que la séparation apparaît nécessaire au pontife. Les désaccords entre le cardinal allemand et le pape argentin étaient de notoriété publique. Le site de la revue des jé- suites des Etats-Unis, America Magazine, avance que ses déclarations favorables à une interprétation d’Amoris laetitia selon la doctrine traditionnelle de l’Eglise sont la cause du non-renouvellement de sa charge de préfet.

En effet, les divergences entre le pape et son subordonné s’étaient exprimées à l’occasion des deux synodes de 2014 et 2015 sur la famille. Le cardinal allemand fut un de ceux qui étaient favorables au maintien de la discipline traditionnelle à l’égard des divorcés remariés souhaitant communier. Il avait approuvé les cardinaux contestant les orientations voulues par le pape. Il avait aussi critiqué la méthode choisie par François pour tenter de « faire bouger » l’Eglise catholique sur cette question au nom de la miséricorde. Après la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, qui devait trancher le débat synodal, y mettant un point final, le prélat allemand, n’a pas voulu désarmer, ni renoncer à ses positions. En février dernier encore, il déclarait à la revue italienne Il Timone : « Pour nous, le mariage est une expression de la participation à l’unité du Christ Epoux et de son épouse l’Eglise. Ce n’est pas, comme certains l’ont dit au cours du synode, une simple et vague analogie. Non ! Cela est la substance du sacrement, et aucune puissance dans le ciel et sur la terre, ni un ange, ni pape, ni un concile ou une loi des évêques, n’a le pouvoir de le changer. » Le cardinal ajoutait que l’enseignement de Familiaris consortio, de Jean-Paul II est toujours valable qui rappelait la doctrine traditionnelle selon laquelle les couples de divorcés remariés doivent vivre dans la continence pour accéder à l’eucharistie. Dans cette interview, le cardinal Müller allait à l’encontre de l’« ouverture » d’Amoris laetitia en affirmant qu’« on ne peut pas dire qu’il y a des circonstances où l’adultère n’est pas un péché mortel » et mettait en cause « la casuistique qui peut facilement conduire à des malentendus. Cette casuistique dont s’est gaussé Pascal dans les Provinciales pour dénoncer …les jésuites. On peut imaginer que le pape François, jésuite, n’a pas apprécié cette allusion.

C’est un jésuite qui succédera au cardinal banni, il s’agit de Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, jusqu’ici n°2 de la Congrégation pour la doctrine de la foi. On ne peut pas dire que ce soit un choix très heureux au moment où le pape veut mobiliser toute l’Eglise contre ce fléau qu’est la pédophilie. En mars 2012, l’archevêque Luis Ladaria Ferrer a couvert, sans le dénoncer, un prêtre pédophile, le Père Trotta qui avait été réduit à l’état laïc pour abus sexuels sur mineurs. Pire, il a ordonné que la condamnation canonique soit passée sous silence sans être dénoncée à la justice civile. Le Père Trotta, à cause de ce silence et de celui des responsables de la hiérarchie locale, a pu continuer à s’en prendre à des mineurs sous sa responsabilité. Après avoir été défroqué, il est devenu… entraîneur d’une équipe de foot de jeunes et en deux ans, il a abusé d’une dizaine d’enfants près de la ville de Foggia !

Revenons à l’éviction du cardinal Müller : elle s’inscrit dans un mouvement plus vaste consistant à éliminer des instances vaticanes les éléments les plus traditionalistes qui refusent l’évolution que le pape François veut imprimer à l’Eglise. C’est ainsi que, moins d’un mois après la clôture du synode sur la famille, le pape François a limogé le cardinal Raymond Leo Burke, « chef de file » des conservateurs, de ses fonctions de préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique. Les deux secrétaires de la Congrégation du culte divin, Anthony Ward et Juan-Miguel Ferrer Grenesche, ont été remerciés car trop favorables au rite extraordinaire de la messe, le rituel de S. Pie V. Et la liste n’est pas exhaustive ! Le cardinal Müller, tombé en disgrâce, était l’un des derniers représentants de poids au sein du Vatican de l’aile traditionnelle. François ne veut auprès de lui que des dignitaires strictement alignés sur ses choix. L’ouverture, c’est pour les « périphéries » de l’Eglise, la fermeture pour la curie romaine jugée comme freinant des réformes qu’il juge nécessaires pour son pontificat.

 

(Source: Le Bulletin d’André Noël n° 2525)

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