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Le pape François, les migrants et le libéralisme

publié dans regards sur le monde le 15 janvier 2018


Le pape, les migrants et le libéralisme

 

Le pape François fustige régulièrement le pouvoir de l’argent et la soif de profits qui engendreraient pauvreté et inégalité. Pour cela, certains, notamment aux Etats-Unis, ont vu en lui un socialiste, en tout cas un homme de gauche et, par conséquent, un adversaire du libéralisme économique. La réalité, c’est que tous les papes, depuis Léon XIII au moins, ont fustigé les excès du libéralisme économique tout en condamnant, dans leur principe, le socialisme et le communisme, ce dernier étant « intrinsèquement pervers ». Le libéralisme économique ne l’est pas dans la mesure où la liberté d’entreprendre est une forme de la liberté tout court. Mais la liberté des agents économiques ne saurait être le principe supérieur de régulation de la société ; au-dessus, il y a le bien commun temporel au service de celui des personnes. Le profit ne saurait être davantage la fin dernière de l’entreprise au détriment de ceux qui y travaillent, d’où la notion de « juste salaire » dans la doctrine sociale de l’Eglise.

 

On ne peut donc reprocher au pape ses prises de position dans ce domaine qui, nonobstant le ton parfois excessif, sont globalement conformes à l’enseignement de ses prédécesseurs.

 

Paradoxalement, ce que l’on peut déplorer, au contraire, c’est sa convergence avec le… libéralisme pour ce qui est de l’immigration ! Un des penseurs du libéralisme, cohérent avec la priorité donnée à la liberté en économie, Pascal Salin – parfois qualifié d’ultra libéral – a livré la « vraie » doctrine libérale dans ce domaine. On excusera cette longue citation mais elle vaut le détour : « Le point de départ d’une réflexion libérale sur l’immigration consiste à reconnaître la liberté d’émigrer et la liberté d’immigrer comme un droit de l’homme fondamental. Comment pourrait-on défendre le libre-échange, c’est-à- dire la libre circulation des marchandises et s’opposer par la force au libre mouvement des hommes ? Ainsi, les barriè- res à l’entrée dans un pays – les interdictions d’entrée, les quotas d’immigration ou même la simple obligation de détenir un passeport et un visa – constituent une atteinte aux droits légitimes des gens. Par conséquent, aucun argument ne peut permettre de justifier les politiques d’immigration pas plus, bien sûr, que les politiques de limitation de l’émigration mises en place par tant de régimes totalitaires ! La meilleure politique d’immigration consiste donc à ne pas en avoir. » (Chapitre 11 du livre Libéralisme de Pascal Salin Ed. Odile » Jacob).

 

Alain Madelin, dont il fut l’un des conseillers (Salin fut aussi consultant au FMI) a essayé de mettre en œuvre cette politique libérale d’abord en économie mais il n’eut pas le temps d’aller plus loin car il fut démis de ses fonctions de ministre de l’Economie au bout de trois mois, en 1995, par le premier ministre de l’époque, Alain Juppé. Pour ce qui est de l’immigration, Madelin a confié un jour à votre serviteur dans la logique de son ami Salin : « Quand on me demande une régularisation de sans papier, j’interviens toujours auprès de mon collègue de l’Intérieur. » Dans son ouvrage, Pascal Salin répond à l’objection selon laquelle, si cette liberté était totale, nous serions submergés par une vague d’immigration. Nous n’en traiterons pas, ce n’est pas l’objet de notre propos. Nous voulons seulement constater que, entre cette position libérale et celle du pape sur l’ouverture aux « migrants », sans condition ou presque, il n’y a guère de différence, même si les motivations sont différentes.

 

Il y a, de part et d’autre, la même attitude face à cette réalité naturelle qu’est la nation, le libéral n’en tient pas compte tandis que le pape a affirmé, en août dernier, que « La sécurité des migrants passe toujours avant la sécurité nationale. » Pour le pape, comme pour Salin, c’est l’économie, ou la nécessité économique, qui justifie l’immigration. En témoigne cette définition du réfugié par François : c’est « l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. »

 

Cette définition ne correspond pas à celle donnée par les instances internationales et en France par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) : «Le terme de réfugié s’applique à toute personne craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, »

 

Le pape y ajoute, et met sur le même plan que la notion bien vague de « sécurité », la « quête de ressources vitales », assimilant les exilés économiques aux authentiques réfugiés. Les libéraux ne peuvent que l’approuver.

 

On notera également le fait troublant que pour réformer et moraliser les finances du Saint Siège, François ait fait appel à des sociétés de « consulting », fleurons de la haute finance internationale, aux tarifs prohibitifs, sociétés dont le but n’est pas la moralisation des comptes des sociétés mais l’optimisation des profits. Dès son entrée en fonction, en 2014, le pape a chargé KPMG d’un audit de tous les rouages administratifs et financiers du Vatican et a confié au célè- bre américain McKinsey une refonte de tous ses services de communication. Deux autres multinationales du conseil en entreprise, Ernst Young et Promontory Financial Group, ont aussi été appelées pour examiner les comptes de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA) et de l’Institut pour les œuvres de la religion (IOR), dite encore la « banque du Vatican » … P.R.

 

(Source: Le Bulletin d’André Noël)

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