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Doctrine de saint Thomas d’Aquin sur le baptême. Cinquième leçon

publié dans la doctrine catholique le 30 mars 2018


Le Baptême

5ème leçon

Les dispositions nécessaires pour recevoir le baptême

Quelles doivent être les dispositions de ceux qui se préparent au baptême ?

 La première de toutes, c’est le désir et la volonté ferme d’être baptisés. Puisque par le Baptême, on meurt au péché, et on embrasse une vie nouvelle, et des principes nouveaux, il est juste de ne le conférer à qui que ce soit malgré lui, et de ne le donner qu’à ceux qui l’acceptent volontairement et avec plaisir. La tradition nous apprend que la coutume a toujours existé de demander à celui que l’on va baptiser s’il a la volonté de l’être. Et il ne faut pas penser que cette volonté manque, même chez les plus jeunes enfants, puisque l’Eglise répond pour eux, et que sa propre volonté à cet égard est bien évidente.

Et saint Thomas explique de la même manière la nécessité de cette première disposition dans l’7 de la question 68. Il dit : « Par le baptême, on meurt à l’ancienne vie de péché pour commencer une vie nouvelle : « Nous avons été ensevelis avec le Christ par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle  » (Rm 6, 4). Or, pour mourir à sa vie ancienne, il faut, dit S. Augustin, chez l’homme qui dispose de son libre arbitre, la volonté de regretter le passé; de même est requise la volonté de commencer la vie nouvelle dont le principe est la réception même du sacrement. Par conséquent, il est requis du baptisé qu’il ait la volonté, ou l’intention, de recevoir le sacrement ».

Mais qu’en est-il des insensés et des fous qui ne peuvent avoir cette volonté ferme de recevoir le baptême?

Voici la réponse du catéchisme. Elle est parfaitement logique avec la raison précédente :

Les insensés et les fous qui ont joui quelque temps de leur bon sens, et l’ont perdu ensuite, ne peuvent pas avoir dans cet état la volonté de recevoir le baptême. Ils ne doivent donc pas être baptisés, à moins qu’ils ne soient en danger de mort. Car dans ce cas il faut les baptiser, pourvu toutefois qu’ils aient manifesté le désir de recevoir ce Sacrement avant de tomber en démence. Dans le cas contraire, on ne doit pas les baptiser. Il en est de même de ceux qui sont en enfance. S’ils n’ont jamais joui de leur bon sens, s’ils n’ont jamais eu l’usage de leur raison, la coutume et l’autorité de l’Eglise demandent qu’on les baptise comme les enfants qui viennent de naître.

Saint Thomas aborde la même question dans l’article 12 de la question 69 : Voici ses réponses : « Au sujet des fous et des déments, il faut distinguer. Certains sont dans cet état depuis leur naissance, n’ont pas d’intervalles lucides, et aucun usage de la raison n’apparaît en eux. En ce qui concerne le baptême, il faut en juger comme des enfants, que l’on baptise dans la foi de l’Église.

Il y en a d’autres qui, après avoir été sains d’esprit, sont tombés dans la folie. Il faut en juger selon la volonté qu’ils avaient exprimée alors qu’ils étaient sains d’esprit. S’ils ont alors manifesté la volonté de recevoir le baptême, on doit le leur donner dans leur état de folie ou démence, même si maintenant ils y contredisent. Si au contraire, ils n’ont manifesté, alors qu’ils étaient sains d’esprit, aucune volonté de recevoir le baptême, il ne faut pas les baptiser.

Certains sont fous ou déments depuis leur naissance, mais ont cependant des intervalles lucides pendant lesquels ils peuvent user droitement de leur raison. Si alors ils veulent être baptisés, on peut les baptiser, même s’ils sont retombés dans leur démence, et même on le doit, s’ils sont en danger de mort; sinon il vaut mieux attendre un moment de lucidité pour qu’ils puissent recevoir le sacrement avec plus de dévotion. Mais si, dans leurs intervalles de lucidité, ils ne manifestent aucune intention de recevoir le baptême, il ne faut pas les baptiser quand ils retombent dans leur état.

D’autres enfin, même s’ils ne sont pas absolument sains d’esprit, ont cependant assez de raison pour pouvoir penser à leur salut et comprendre la vertu du sacrement. Il faut juger de ceux-ci comme de ceux qui sont sains d’esprit, et que l’on baptise de leur plein gré, et non malgré eux ».

Je résume :  A la question : s’il s’agissait d’adultes qui sont privés de l’usage de la raison, comme sont les idiots ou les fous, pourraient-ils être baptisés ?

Il faut répondre : « S’ils n’ont jamais eu l’usage de la raison, ils doivent être assimilés à des enfants, et, par suite, peuvent être baptisés comme eux. Mais s’ils ont eu l’usage de la raison, ils ne peuevent être baptisés dans l’état de démence, qu’à condition qu’ils auront manifesté autrefois quelque désir ou quelque volonté de recevoir le baptême.

La deuxième condition c’est la foi.

Mais outre le désir formel du Baptême que doivent avoir ceux qui sont raisonnables, la Foi leur est également nécessaire pour recevoir la grâce du Sacrement, et nécessaire au même titre que la volonté.

Pour quoi ?

En raison de l’affirmation formelle de NSJC :   Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. (Mc 16 16)

La troisième condition, un repentir sincère de tous les péchés

«  Il faut qu’ils aient un repentir sincère de tous les péchés, de toute la mauvaise conduite antérieure, et une ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir ».

Pourquoi

Celui qui demanderait le Baptême, sans avoir la volonté bien arrêtée de corriger, ses habitudes coupables, devrait être absolument écarté. C’est  le jugement de saint Thoimas. Il l’exprime dans  l’article 4 : « Faut-il baptiser les pécheurs ». IL répond : « On peut aussi être pécheur par la volonté de pécher et le propos de demeurer dans le péché. A ceux qui sont pécheurs en ce sens il ne faut pas conférer le baptême. D’abord parce que le baptême nous incorpore au Christ (Ga 3, 27) : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » Or, aussi longtemps qu’on a la volonté de pécher, on ne peut être uni au Christ (2 Co 6, 14) : « Qu’y a-t-il de commun entre la justice et l’iniquité?  » Aussi S. Augustin dit-il que  » nul homme, en possession du libre arbitre, ne peut commencer une vie nouvelle sans se repentir de l’ancienne ». – Ensuite, parce qu’il ne doit y avoir rien d’inutile dans les œuvres du Christ et de l’Église. Or est inutile ce qui n’atteint pas la fin à laquelle il est destiné. Et personne ne peut avoir la volonté de pécher et en même temps être purifié du péché, ce qui est le but du baptême : ce serait contradictoire. – Enfin, parce qu’il ne doit y avoir aucune fausseté dans les signes sacramentels. Or un signe est faux quand la chose signifiée n’y correspond pas. Mais quand un homme se présente à l’ablution baptismale, cela signifie qu’il se dispose à la purification intérieure. Or ce n’est pas le cas pour celui qui a le propos de demeurer dans son péché. Il est donc clair qu’à des pécheurs de cette sorte on ne doit pas administrer le baptême ».

Le catéchisme de Trente résume ces arguments de saint Thomas  de la manière suivante :

1-    Rien n’est plus opposé à la grâce et aux effets du Baptême que les dispositions et les sentiments d’un pécheur qui ne veut mettre aucun terme à ses désordres.

2-    Puisqu’on ne désire ce Sacrement que pour revêtir Jésus-Christ, et pour s’unir à Lui, c’est donc un devoir indispensable d’éloigner de l’Ablution sacrée celui qui se propose de persévérer dans ses vices et dans ses fautes.

3-    D’ailleurs on ne doit jamais abuser en aucune façon de ce qui touche à Jésus-Christ et à son Eglise. Or ce serait abuser du Baptême, et le recevoir en vain, du moins en ce qui concerne la sanctification et le salut, que dé conserver, en le recevant, la volonté de vivre selon la chair et non pas selon l’esprit. toutefois, même avec cette disposition, on recevrait véritablement le caractère du Sacrement, pourvu que le Baptême fût administré régulièrement, et que l’on eût l’intention de recevoir ce que l’Eglise elle-même a l’intention de donner.

 

Une très belle preuve : Voilà pourquoi le Prince des Apôtres répondit à cette multitude d’hommes qui, nous dit l’Ecriture, étaient venus, le cœur contrit, lui demander, à lui et aux autres Apôtres, ce qu’ils avaient à faire (pour être sauvés): Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le Baptême (Act 2 38); et dans un autre endroit: Repentez-vous, et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés. (Act 3 19)— De même Saint Paul, dans son épître aux Romains, fait voir clairement que celui qui est baptisé doit absolument mourir au péché. Voilà pourquoi il nous avertit «  de ne point abandonner nos membres au péché, comme des armes d’iniquités, mais de nous donner à Dieu, comme étant revenus de la mort à la vie » (Rm 6 11).

Voici la conclusion de catéchisme sur ce point. Les auteurs du saint catéchisme sont tout simplement émerveillés.

« Si  les Fidèles savent méditer fréquemment ces Vérités, ils seront d’abord forcés d’admirer sans réserve la bonté infinie de Dieu, qui sans aucun mérite de notre part, et par la seule inspiration de sa miséricorde, a bien voulu nous accorder le bienfait si extraordinaire et si précieux du baptême. Et s’ils viennent ensuite à considérer combien doit être pure et éloignée de tout mal la vie de ceux qui ont reçu un présent si magnifique, ils n’auront aucune peine à comprendre qu’un vrai Chrétien doit passer tous les jours de sa vie aussi saintement, et avec autant de piété, que s’il venait seulement de recevoir ce jour-là le sacrement et la grâce du Baptême ».

Il nous reste à aborder un point.

Peut-on présenter au baptême, dans l’Eglise, les enfants en bas âge, ou avant qu’ils  aient l’âge de raison, contre la volonté de leur parents, quand leurs parents sont juifs ou infidèles, et n’appartiennent en rien eux-mêmes à l’Eglise ?

Réponse : Non ! On ne le peut pas ; et si on le fait, on pèche ; car on va contre le droit naturel, en vertu duquel l’enfant, jusqu’à ce qu’il puisse disposer de lui-même, est confié, par la nature elle-même à ses parents. Toutefois si l’enfant est baptisé, le baptême est valide ; et l’Eglise a sur cet enfant tous les droits d’ordre surnaturel qui sont la conséquence du baptême (III 68 10)

Ici, il faut se souvenir de l’affaire Mortara

Affaire Mortara

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

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Edgardo Mortara (à droite) avec sa mère

L’affaire Mortara est nommée d’après Edgardo Mortara (Bologne, 27 août 1851Bressoux, près de Liège, 11 mars 1940), un garçon juif de 6 ans, vivant à Bologne, ville des États Pontificaux en Italie et qui, après avoir été ondoyé par sa nourrice, fut enlevé par les autorités papales en 1858 pour être élevé au sein de la religion catholique.

Cette affaire devint un scandale international et le catalyseur de profonds changements politiques. Son souvenir influe toujours sur les relations entre l’Église catholique et les organisations juives.

Les faits

Le 23 juin 1858 à la nuit tombante, la police pontificale, accompagnée de représentants des forces de l’ordre de Bologne qui faisait alors partie des États de l’Église, fait irruption au domicile de la famille juive de Salomon et Marina Mortara. Ils réveillent les huit garçons et s’emparent d’Edgardo, six ans et dix mois, en annonçant aux parents que l’enfant a été ondoyé secrètement par leur ancienne employée, Anna Morisi, lors d’une maladie. La servante était alors mineure puisqu’elle avait 14 ans. Elle ne « révèle » ce « baptême » que six ans plus tard[1].

L’enfant ne peut donc rester dans une famille juive, car en grandissant il serait très probablement devenu israélite. Or, ayant été au préalable baptisé, il aurait donc été apostat, et donc excommunié[2] et promis de façon certaine à l’Enfer, du point de vue catholique[réf. nécessaire].

Afin de « sauver son âme », l’Église avait alors le devoir moral d’empêcher cette apostasie. L’enlèvement a été orchestré par l’Inquisiteur Pier Gaetano Feletti (de), père dominicain, sur ordre de Rome, c’est-à-dire du pape Pie IX.

Le petit Mortara est conduit immédiatement à Rome. Au cours du voyage, il est renommé Pio, c’est-à-dire Pie, du nom du souverain pontife[3]. Du fait de sa maladie, le jeune garçon avait seulement été ondoyé : l’ondoiement est en effet un baptême réservé en cas de danger de mort imminent ; dans ce cas, tout laïc (même non chrétien) a le pouvoir de l’administrer : il se réduit à l’effusion d’eau accompagnée de la formule sacramentelle « Je te baptise au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Canoniquement licite et valide, l’ondoiement doit être, si possible, complété ultérieurement si le baptisé survit[4].

Répercussions

L’affaire fit grand bruit tant en Italie qu’à l’étranger. Dans le Royaume de Sardaigne, qui était alors un État indépendant mais se voulait le centre de l’unification nationale, le gouvernement comme la presse firent état de l’incident pour renforcer leurs revendications visant à libérer les terres italienne de l’influence temporelle des États pontificaux.

Les protestations reçurent l’appui d’organisations juives et de personnalités politiques et intellectuelles britanniques, américaines, allemandes et françaises ; à Paris surtout cet épisode, ainsi que d’autres actes d’antisémitisme commis par l’Église et des personnalités du monde catholique, fut le point de départ de la naissance de l’Alliance israélite universelle[5]. Mais même chez les catholiques les critiques ne manquèrent pas. L’abbé Delacouture, professeur de théologie, publia dans Le Journal des Débats du 15 octobre 1858, une analyse indignée de l’affaire, où il déplorait que l’enlèvement du petit Mortara se fût faite au mépris des lois de la religion comme de celles de la nature.

Il ne se passa pas longtemps pour que les gouvernements de ces pays s’unissent au chœur de ceux qui réclamaient qu’on rendît Edgardo à ses parents. Napoléon III protesta lui aussi, en dépit du fait que c’étaient ses garnisons qui permettaient au pape de maintenir le statu quo en Italie[6]. Pie IX resta sourd à de tels appels, et principalement à ceux qui venaient des protestants, des athées et des juifs. Quand une délégation de notables juifs rencontra Edgardo en 1859, celui-ci déclara: « Je ne m’intéresse à rien de ce qu’en pense le monde ». Par ailleurs il écrivit dans ses mémoires : « Lorsque j’ai été adopté par Pie IX, tout le monde criait que j’étais une victime, un martyr des jésuites. Mais, en dépit de tout cela, je remercie la Providence qui m’avait ramené à la vraie famille de Jésus-Christ, je vivais heureusement à Saint-Pierre-aux-Liens, et l’Église manifestait ses droits sur mon humble personne, en dépit de l’empereur Napoléon III, de Cavour et des autres grands personnages de la terre. Que reste-t-il de tout cela? Seulement l’héroïque non possumus du grand Pape de l’Immaculée Conception »[7]. Le pape fit participer Edgardo à une autre rencontre pour montrer que le garçon était heureux sous sa protection. En 1865 il déclara : « J’avais le droit et l’obligation de faire pour ce garçon ce que j’ai fait, et si c’était à refaire, je le referais. »

Ceux qui soutenaient que le pontife avait agi correctement faisaient remarquer que les parents, contrevenant à une loi précise de l’État pontifical, avait engagé une domestique chrétienne, Anna Morisi, qui, voyant le petit sur le point de mourir, l’avait baptisé en cachette. Ce n’est que quelques années plus tard qu’une une série de circonstances l’amena à révéler le fait. L’Église interdisait le baptême des enfants de familles non catholiques, mais elle ajoutait, et ajoute encore aujourd’hui, qu’en danger de mort le sacrement pouvait être administré, même contre la volonté des parents. L’affaire Mortara s’embrouilla dans ces controverses doctrinales et finalement le pape prononça son non possumus (Nous ne pouvons pas). Puisque le baptême était religieusement valable, d’un point de vue catholique, il était du devoir du pape d’assurer à l’enfant une éducation chrétienne, sans tenir compte du fait que l’enfant n’était pas conscient quand il avait reçu le baptême, ni du désir et de la religion de sa famille d’origine. Dans cette optique, le pape ne pouvait agir autrement et il se comporta en conséquence, cherchant d’abord un compromis avec les Mortara : il essaya de les convaincre de faire entrer le garçon dans un collège de Bologne : ainsi il aurait été en contact avec sa famille et à 17 ans il aurait décidé librement de son avenir. Évidemment il ne parvint pas à un accord avec les parents et au cours de l’été 1858, l’enfant fut conduit à Rome[8].

Impact international [modifier]

À cette époque, les Juifs de Bologne connaissent de nombreuses restrictions :

  • ils n’ont pas de synagogue,
  • ils vivent en de petits ghettos,
  • il leur est interdit d’avoir des employés chrétiens.

La tragédie de la famille Mortara devient bientôt une « affaire » internationale, mais ne parvint jamais devant un tribunal impartial. Les Mortara accumulent les preuves de vices de forme et de machination, font d’innombrables tentatives pour rejoindre et récupérer leur fils, reçoivent des appuis de nombreux pays d’Europe :

  • des princes et des souverains catholiques, le comte Cavour, Napoléon III, François-Joseph d’Autriche écrivent personnellement au pape, lui recommandant de ne pas défier l’Europe ;
  • Guillaume Ier, roi de Prusse, regrette auprès d’une association juive de ne pouvoir intervenir de crainte qu’une intercession protestante soit mal interprétée ;
  • la congrégation juive de Sardaigne invoque l’aide de divers gouvernements ;
  • de nombreux rabbins allemands conduits par Ludwig Philippson envoient une pétition au pape ;
  • les Juifs anglais tiennent des meetings, et Sir Moses Montefiore porte à Rome leur pétition au pape pour la libération de l’enfant ;
  • l’Alliance protestante ;
  • la Société de la Réforme écossaise ;
  • l’Alliance chrétienne universelle.

Rien ne vient infléchir la décision de Rome qui, au contraire, multiplie les obstacles et les fins de non recevoir.

La création de l’Alliance israélite universelle, en 1860, sera en partie liée à l’affaire Mortara. L’AIU participera également aux tentatives pour faire rendre le jeune Mortara à sa famille.

En 1867, à seize ans, Pio Mortara entre au séminaire en vue de devenir prêtre, malgré la promesse du cardinal Antonelli à Sir Moses Montefiore de laisser la liberté de choix au jeune homme à ses dix-sept ans. En 1870, il prêche au Ier concile œcuménique du Vatican. Il est envoyé comme missionnaire dans de nombreuses villes d’Allemagne : Mayence, Breslau ; il prêche aussi à New York. Son père meurt en 1871, après avoir été la cible du parti clérical, et faussement accusé d’avoir jeté une servante par la fenêtre ; après quelques mois de prison, il sera disculpé. En 1878, enfin, sa mère le rencontre à Paris et il tente de la convertir au catholicisme… celle-ci meurt en Suisse en 1895, et Pio assiste aux funérailles. Lui-même décède à l’abbaye du Bouhay, à Bressoux, près de Liège, le 11 mars 1940[9] .

Précédents et autres cas

Les enlèvements d’enfants non-chrétiens trouvent leur source dans les décisions du quatrième concile de Tolède (633), dont le corpus de droit canon reconnaissait à l’Église le droit « d’arracher à des familles non chrétiennes des enfants oblats, offerts à l’Église en état d’inconscience invitis parentibus, c’est-à-dire sans l’accord explicite des parents ; il suffisait qu’un chrétien affirmât les avoir baptisés[10] ».

Cela a entraîné à travers les siècles de nombreux rapts d’enfants juifs ou de familles « infidèles ». En 1825, Léon XII (1823-1829)[réf. nécessaire] confirme l’édit sur les Juifs. Au XIXe siècle, une série d’enlèvements se produisent :

  • 1814 : Saporina de Angeli, à Reggio de Calabre, baptisée par une servante alors que l’enfant était malade[11]
  • 1824 : Davide di Anselmo Tedeschi à Gênes
  • 1826 : le petit Diena à Modène
  • 1840 : l’Affaire Montel (affaire franco-romaine)
  • 1844 : Pamela Maroni à Reggio de Calabre, baptisée par une servante catholique, enlevée et élevée dans la foi catholique jusqu’à l’âge adulte[12]
  • et encore d’autres à Lugo et à Ancône.

L’affaire Mortara n’est donc pas la première du genre. L’émotion internationale soulevée montre cependant que l’évolution des sociétés européennes rendait ces comportements anciens de plus en plus inacceptables. De fait, la pratique des enlèvements d’enfants non-chrétiens devient de plus en plus rare, même si l’affaire Finaly (en France), à la fin de la Seconde Guerre mondiale, montre qu’elle restera longtemps considérée comme acceptable par une partie du clergé et de l’opinion catholique.

Si la position du pape fut critiquée, elle eut aussi ses soutiens. Le journaliste Louis Veuillot justifia ainsi avec violence, dans le journal catholique L’Univers, l’attitude du Vatican. Il accusera les journaux qui défendent l’opinion contraire à la sienne d’être à la solde des Juifs et les désignera comme étant la « presse juive ». Ces articles constituent une des premières manifestations de l’antisémitisme moderne.

L’affaire Mortara s’est trouvée remise sous les feux de l’actualité lors de la béatification du pape Pie IX en 2000.

Notes et références

  1. Gérard da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, Éditions Syllepse, octobre 2008 ISBN 978-2-84950-186-3
  2. Code de Droit Canonique [archive]L’apostat de la foi, l’hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latae sententiae
  3. Dans un texte d’Antonelli, secrétaire d’État du pape, Edgardo est décrit comme « fils du père suprême des croyants », Pie IX, car, ainsi qu’Edgardo l’a exprimé lui-même : « Je suis baptisé – Mon père est le pape », cité par Gérard da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, p. 29
  4. L’Ondoiement [archive]Le curé suppléait à ce qui avait été omis précédemment : l’enfant était nommé, recevait l’onction du Saint Chrême, le sel, le cierge symbole de la lumière et les parrain et marraine prononçaient la profession de foi pour lui. Ils s’engageaient ainsi à aider les parents ou en cas de décès de ceux-ci à veiller à son enseignement chrétien.
  5. David Gabrielli. Edgardo Mortara rapito con la benedizione di Pio IX [archive]
  6. Messori, op. cit.
  7. Messori, op. cit.
  8. Messori, op. cit.
  9. Georges J. Weill, L’affaire Mortara et l’anticléricalisme en Europe à l’époque du Risorgimento, in Aspects de l’anticléricalisme du Moyen Age à nos jours, éd. ULB, 1988, p. 130, article en ligne sur la digithèque de l’ULB [archive]
  10. Riccardo Calimani, L’Errance juive, Denoël, 1996 ; les pages 333-342 (disponibles sur le site debriefing.org [archive]) concernent l’affaire Mortara.
  11. David I. Kertzer, The Kidnapping of Edgardo Mortara, Vintage; 1st Vintage Books edition, 1998, p.34. (ISBN 0679768173)
  12. Gérard da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, p.13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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