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Mai 1968. Analyse de ce phénomène révolutionnaire

publié dans regards sur le monde le 31 juillet 2018


A- analyse du livre de Dellinger : « Notre dyssociété, fille de Mai 68 », analyse paru dans Item du 21 novembre 2004, n° 18

 

Je termine de lire  – ce n’est pas le moindre des avantages de ma situation actuelle de pouvoir  lire  – oui ! je termine le livre passionnant de Georges Dillinger sur « Mai 68 ou la mauvaise graine ».(distribution : Georges Dillinger, 10 Bd Diderot. 75012 Paris) Il appelle cet événement « révolutionnaire » : « l’embrasement libertaire » de notre société politique . Il relit  – ce qu’il nomme avec Marcel de Corte, notre « dyssociété actuelle »  – aux événements de mai 68.

Ces quelques mots,  à eux seuls, peuvent laisser entendre  la richesse du livre et son intérêt.

 

En quatre parties bien équilibrées, l’auteur brosse l’histoire de Mai 68, sa philosophie , ses conséquences politiques et sociales.

 

A -Première partie.

 

Il nous montre d’abord  le « terreau » qui va préparer et expliquer Mai 68. C’est la première partie qu’il intitule : « le terreau : un terrain propice à un embrasement libertaire ». Là, en six chapitres, il va nous faire comprendre « les facteurs environnementaux qui ont favorisés les fermentations destructrices à un point jusqu’alors jamais atteints » (p12). Celles-ci ont été d’ordre spirituel, sociologique et politique. Il explique l’influence de la guerre d’Algérie qui se termine  et du communisme asiatique(ch. 5). Il parle « d’une certaine nomenklatura juive »(ch.3), de  l’influence du catholicisme progressiste (ch. 2 et 4). Il décrit la situation des parties politiques à la veille de Mai 68.(ch. 6). Mais j’ai retenu surtout son premier chapitre très spirituel sur la perte du sacré. C’est une de ses idées fortes.

 

a- La perte du sacré

 

Je retiens cette phrase : « D’autres forces ont convergé pour éradiquer le sacré, mettre à mal l’esprit de sacrifice, attaquer la religion ou la pervertir de l’intérieur ; force dont la franc-maçonnerie est une des plus actives et des plus redoutables. De nombreux auteurs en ont parlé. Mais il est vrai que le développement de la science et de la technique, à lui seul, rend compte d’une maladie profonde de toute forme de transcendance dans notre société moderne. Et sous l’effet de ce recul du sacré, tous les commandements, tous les préceptes, tous les tabous, toutes les règles qui  s’imposaient auparavant se sont trouvés coupés de la force issue de la transcendance, se sont trouvés coupés de leurs racines, de leur légitimité. Tout cet héritage qui faisait l’armature même de notre société pouvait dès lors être remis en question par quiconque ». (p. 15)

 

J’aime cette analyse qui montre à contrario combien est précieux le rôle de l’Eglise dans la vie sociale et politique. Elle montre également le langage que ses prêtres doivent tenir : un langage d’abord et avant tout religieux et nullement socio-politique.  Il ne peut y avoir de vraies valeurs morales vécues sans le respect préalable du sacré. Notre auteur  le dit avec un aplomb qui fait plaisir à lire : « En vérité, dès lors que le sacré et la religion étaient mis à mal, l’ordre moral perdait ses supports essentiels. Dans ces conditions, ils devenaient à la fois difficiles à supporter et infiniment vulnérables. C’est la situation critique dont Mai 68 allait largement profiter » (p. 18)

 

Ou d’une manière encore plus nette et vraiment étonnante : « Toujours est-il que cette église occupée, ramollie, clairsemée, à la foi calcinée, n’assure plus en rien le rôle essentiel de ciment social. Recroquevillée au rang subalterne d’un des protagonistes du combat et du débat socio-politique, elle tente de compenser son extrême faiblesse vis-à-vis des autres protagonistes (syndicats, partis politiques…) par une radicalisation de plus en plus irréaliste et de plus en plus intolérable de nombre de ses positions anti-morales, antipatriotiques, bref antisociales. Et comment sans aucune incitation surnaturelle, sans aucun support transcendant, se seraient conservés dans notre société contemporaine l’esprit de sacrifice et toutes les vertus qu’il animait et vivifiait ? » (p. 17)

Ou encore :« En fait, si l’Eglise ne défendait pas mieux la civilisation occidentale et – pour commencer  – ne se défendait pas mieux -, quand encore les clercs ne faisaient pas chorus avec les manifestants, c’est que  trop de ces clercs avaient eux-mêmes perdu la foi, en tout cas la foi ardente qui, pendant près de deux millénaires, avait vivifié cette institution sacrée, en même temps que la société à laquelle elle donnait une âme. Dès lors, sans cette indispensable transcendance, sans le caractère sacré des commandements et des préceptes évangéliques, comment les contraintes morales auraient-elles pu continuer à être imposées et justifiées, en permettant aux hommes de s’y soumettre tant bien que mal et de les supporter ? » (p. 29)

 

J’aime, vous dis-je ce langage clair, net et viril. Ces caractéristiques ne sont pas les moindres qualités  du style de Georges Dillinger que je ne connais pas sinon par téléphone. Il doit avoir même caractère.  On est « son » style. On est  à son image.

 

Son chapitre sur l’aspect « sociologique » du phénomène de Mai 68 n’est pas, non plus,  sans intérêt.  Il vaut même le détour. Ses considérations sur   la « faillite des idéologies et des utopies », sur « la société marchande », sur la «  société conçue comme oppressive », sur les « hippies et les beatniks », sur l’influence de la « TV » sont vraiment « mordantes »…Le lecteur ne s’ennuie pas tout au long de ses pages. Je vous assure.

 

La conclusion de cette première partie, vraiment,  peut-être retenue.

 

b- La vraie « nature » de Mai 68

 

Elle nous donne la véritable nature de Mai 68 : « Si en 1968 la révolution a semblé viser de Gaulle (« la chienlit, c’est lui ») et son gouvernement, en fait, le grand ennemi, objet de toutes les haines était l’ordre moral et lui seul » (p. 90).

 

Voilà ce que notre auteur démontre  fort bien dans cette première partie. C’est pourquoi il insiste tant  – il le démontrera surtout  dans sa quatrième partie  – sur l’idée  que le siècle que nous vivons…est le triste héritage de cette révolution de Mai 68. On comprend très bien mon sous-titre : « notre dyssociété est fille de Mai 68 ». Il est, du reste, de l’auteur lui-même.

 

D’où l’intérêt de ce regard sur Mai 68.  Ne serait-ce que pour mieux « comprendre » ce siècle commençant et pour mieux lui « parler ». Ne perdons jamais notre but « missionnaire ».  Ces phénomènes sociaux  – nouveaux et étonnants, avouez-le !  – de « Pacs », de « mariage homosexuelle »…de drogue…de destruction de la famille, d’union libre, d’avortement…de « gay pride »…trouvent leur racine dans la destruction de l’ordre moral, destruction acquise,  du moins,  déjà dans les esprits en Mai 68.

 

B – La deuxième partie est plus historique.

 

Elle est consacrée au déroulement historique de cette révolution de la « jeunesse estudiantine».

 

La génération « actuelle », qui n’a pas connu cette « histoire »,  trouvera là un bon exposé. La violence, la destruction de l’ordre, la haine contre la police, le rôle des leaders « juifs », la destruction, la haine de toute autorité, de tout pouvoir politique mais aussi familiale  sont  bien rendus. L’attitude du partie communiste aussi. L’impuissance du général de Gaulle et de son gouvernement, sa « panique », son découragement, son entretien avec le général Massu…C’est le fameux chapitre 11 intitulé « la zizanie »…  Tout cela se lit très vite, très bien , sans ennui. Un vrai « roman ». Le lecteur, il est vrai, n’en sortira pas « gaulliste ».

 

Mais  au-delà de l’aspect purement historique, ce qui est intéressant aussi c’est la  démonstration, de nouveau,  fort bien faite, de  la nature même de cette subversion. C’est cela surtout qui est important.  Il ne s’agissait nullement de renverser le pouvoir politique. Il en donne de nombreuses preuves. Il  y en a une particulièrement éclairante, c’est lors de la manifestation du 22 mai. Nous sommes à la page 123 du livre  :  « Un fait particulièrement révélateur de l’état d’esprit des dirigeants gauchistes a eu lieu pendant ces manifestations du 22 mai. Un nombre important de manifestants, bien structuré, ont pensé que, tant qu’à faire la guerre aux services d’ordre, autant être convenablement armés. Dans ce but, ils sont tentés de fracturer le rideau qui protégeait une armurerie. Or ce ne sont pas les forces de police, bien incapables d’intervenir dans cette armée humaine, qui les ont empêchés. Ce sont deux à trois cents hommes de Krivine, bien structurés. Il est intéressant de citer les paroles de celui-ci, telles que les a restituées l’émission de France-Culture. « On a mis notre service d’ordre à coup de matraques pour empêcher des gens de piquer les armes, parce qu’on avait la compréhension du mouvement et l’on savait jusqu’où on pouvait aller…On sentait bien que ce n’était pas une révolution ? On ne pouvait pas faire n’importe quoi…En fonction des conditions qui existaient à l’époque, l’idée d’une lutte armée n’existait pas à l’époque. Et Krivine d’ajouter : « c’est aussi pourquoi, tout au long du mois de mai, ils (les soixante-huitards) se sont refusés à occuper des bâtiments officiels comme les ministères pour ne rien dire de Matignon ou de l’Elysée, ou les commissariats ». Il précise enfin qu’ils ont voulu éviter toutes les actions qui auraient pu contraindre les forces de l’ordre à faire usage des armes ».(p.123).

 

Notre auteur, au cours de son récit historique, en donne d’autres preuves.

 

Il semble certain que l’on puisse  conclure :  « Les leaders gauchistes n’ont jamais pensé à eux seuls tenter la moindre conquête politique. Leur objectif était ailleurs et ils l’ont atteint ». (p. 111)

 

Il est donc acquis  que Mai 68 n’est pas une révolution politique, pour renverser un pouvoir, le pouvoir du Général de Gaulle. Non ! Ce mouvement  est d’une autre nature. De quelle nature ? Il s’agit d’un « complot intellectuel ». Georges Dillijnger l’écrit nettement : « S’il y a bien eu complot, il ne s’agit que d’un complot intellectuel ».  Et il ajoute très justement : « Mais ce n’est pas le type le moins dangereux ». (p. 97).

 

a-le rejet de la hiérarchie

 

Il essaye d’en préciser le contours. Il insiste sur le rejet de la hiérarchie qui l’anime :

 

« Fondamentalement, cette contestation universitaire est un refus et un rejet de la hiérarchie, récusant aussi bien les principes de l’autorité que le personnel enseignant et administratif qui détient celle-ci. A ce titre, l’état d’esprit qui sous-tend la révolte étudiante contient en germe le rejet de toute hiérarchie et autorité sociale. Le rejet qui a été le concept clé de la chienlit soixante-huitarde allait affecter tous les niveau de la société, depuis la famille jusqu’à la patrie » (p. 100).

 

b-« libération sexuelle

 

Il insiste aussi sur la « libération sexuelle ». Voilà une autre composante, dit-il,  de ce programme « subversif ».

 

A la page 101 il écrit : « De même que la contestation universitaire n’était que le germe de la contestation de toute autorité, la revendication de la libération sexuelle  – choisie dans la mesure où la pulsion sexuelle est une des plus fortes qui se manifeste chez l’homme  – impliquait la soif de détruire toute morale, d’éradiquer tous les tabous, d’abolir tous les principes, de ruiner toutes les contraintes, bref, tout ce que l’on a constaté en Mai 68…et depuis ».

Ce « depuis » en dit long dans la pensée de l’auteur  -  C’est une de ses  pensées fortes : la situation actuelle de notre société sur la licence des mœurs trouve sa source dans cette libération sexuelle de Mai 68. Il l’affirme. Il le démontre.

 

c- la passivité des forces de l’ordre

 

Il insistera, également, dans son récit historique,  sur la passivité des forces de l’ordre. Faut-il conclure à la « concertation » ? à la « connivence » de l’autorité politique ?  Il écrit :

 

« l’harmonisation des tactiques entre d’une part Grimauid (et au dessus de lui Pompidou puis de Gaulle lui-même) et d’autres part les leaders de la subversion étaient donc aussi parfaite que si elle avait été arrêtée dans une concertation impliquant une complicité absolue. Sous réserve d’éviter le premier coup de feu ou de ne pas occuper les bâtiments officiels où se terraient des autorités de papier mâché, les casseurs pouvaient tout faire : saccager la voirie, brûler les voitures, piller les magasins, blesser parfois grièvement des centaines de policiers, déclencher une grève générale paralysant la France et lui coûtant des milliards sans que les forces de l’ordre n’interviennent avec la sévérité qui s’imposait. Jamais dans notre histoire un gouvernement n’a été aussi passif face à tant d’exactions et alors qu’il disposait de forces loyales considérables et du soutien d’une majorité de la population. D’un autre côté, Krivine et ses complices, au milieu des pires débordements de leurs troupes, savaient s’arrêter avec la plus extrême rigueur, exactement à la limite qui aurait acculé inévitablement les forces depolice au rétablissement de l’ordre ».(p.123) Pour conclure d’un mot qui fait froid au corps : « Que de connivence entre des forces officiellement et apparemment ennemis ». (p. 124)

 

C – la troisième partie.

 

C’est sur ce constat que s’ouvre la troisième partie du livre intitulée : « Un Mai 68 aux multiples facettes ». Là, notre auteur, dans un  tout premier chapitre va donner la parole à des représentants de la « Nouvelle Droite ». Comment ont-ils jugé cet événement ?  On est surpris de la légèreté des jugements ! Jugements très superficiels ! On est intéressé par le jugement d’Alain de Benoist. Beaucoup d’entre eux  n’en restent qu’à l’éphémère, qu’à l’extérieur. Ils  relèvent, dans le mouvement de Mai 68, la « débauche », la « joie et la solidarité fraternelle et collective », « la formidable expérience collective de volontarisme de rupture avec le quotidien, d’abolir le temps, les obligations » (p. 148), toute expérience merveilleuse. Mais ils  ne relèveront  pas « l’irréalisme complet », « l’utopie la plus débridée », « la fantaisie la plus échevelée ». Et vouloir voir « l’ébauche de nouvelles relations sociales, de nouveaux programmes de société dépasse et de beaucoup la jobardise commune » (p. 149). C’est le chapitre 12.

Certains insisteront  sur une autre idée : celle  d’une « volonté de rupture avec la société marchande ». C’est le chapitre 13. Certains  s’arrêteront à l’idée que Mai 68 fut une simple « révolution étudiante » qui fut peu appréciée par les ouvriers de Boulogne-Billancourt. L’auteur écrit sur ce sujet : « Les ouvriers de Boulogne-Billancourt n’ont réservé qu’une fin de non-recevoir au cortège de ces jeunes braillards malgré le slogan « Ouvriers, étudiants, même combat ». Ecœurés par ces jeunes privilégiés qui cassaient et brûlaient ce qu’ils n’étaient pas capables de fabriquer, ces ouvriers ne se faisaient aucune illusion sur les potentialités du mouvement estudiantin de Mai 68 » (p. 162)

 

Dans son chapitre 15, notre auteur revient sur le problème de la finalité politique de mai 68. Mais c’est pour  confirmer son jugement.  Jamais ne fut constatée la volonté du renversement du régime gaulliste. Certes le pouvoir fut tenu en échec. Et comment ! Certes Lénine, Trotski furent invoqués, leurs portraits brandis au milieu des défilés. Mais  « la seule motivation qui tenait aux tripes la plupart de ces soixante-huitards était la soif de détruire cette « société oppressive », locution qui revient comme un leitmotiv…Les jeunes cependant avaient un vernis politique : on a pu s’étonner de voir des étudiants et même des lycéens brandir des portraits de Lénine et de Trotski, dont les programmes, les objectifs et les  réalisations n’avaient pas le moindre rapport direct avec la situation de la France en 1968. C’est là le fruit de l’intoxication marxiste, méthodiquement développée par les médias et plus encore par les enseignants, chez lesquels la mythologie des révolutions  – depuis la Révolution française  – a valeur de credo. Mais, après les désenchantements consécutifs au rapport Khrouchtchev, après les normalisations successives et l’écrasement militaire des pays de l’Est, il devenait difficile d’avaler tout le credo marxiste-léniniste ; on gardait la soif de détruire habitant tous les révolutionnaires ; mais on ne croyait plus à l’utopie d’une construction qui suivrait » (p. 167) Par contre  – et c’est là l’idée essentielle que cherche à démontrer Georges Dillinger : avec Mai 68 « un phénomène considérable avait surgi avec la contestation sociale : la  remise en question de l’ordre moral qui structure la société »(p. 174)

 

Voilà ce que notre auteur va démontrer dans le magnifique chapitre 16  – chapitre charnière du livre –. Il faudrait le citer et  le lire en entier. Il y a là 10 pages qui font vibrer. Il a pour titre : « la sape des piliers de la société au profit de l’individu roi ». Il va dénoncer « cette œuvre quasiment satanique de dynamitage de la société » (p. 180) qui s’est inspirée « de l’idéologie partagée depuis quelques années par les groupes hippies. Il écrit tout au début de son chapitre son idée fondamentale : « Le mouvement de Mai 68 a été l’explosion à l’échelle de nations entières de l’idéologie partagée depuis quelques années par les groupes hippies. Ce mouvement s’est attaqué à certains piliers de la société humaine qui soutenaient la civilisation occidentale en générale et française en particulier : le sacré, la charité, la morale, le civisme, la culture… »(p. 179)

 

Voilà sa thèse clairement affirmée: « Dans les révolutions politiques du XXe siècle, les acteurs cherchaient à arracher les populations au joug de l’impérialisme et de l’exploitation capitalistes. La révolution de 68 avait un objectif infiniment plus radical et global : elle était la négation de toute autorité, de toute hiérarchie, de tout ordre, de toute contrainte, de tout tabou. On s’en est pris à toutes les formes de pouvoir ». (p. 179).

 

Mais attention, n’oubliions jamais ce caractère« avec une violence destructrice extrême ». Mai 68 ne fut pas un jeu de fillettes. Ceux qui ne l’ont pas vu, ne peuvent se l’imaginer. Il faut pourtant qu’ils le sachent et s’en souviennent. Georges Dillinger y insiste a juste titre. Il écrit : « Au chapitre du civisme encore, je dois revenir sur les comportements des soixantes-huitards à l’égard des forces de maintien de l’ordre. Au delà de la stupidité, de la monstruosité de slogans tels que « C.R.S.= S.S. », il y a eu pendant près d’un mois ces affrontements toujours suscités par les émeutiers d’une violence inouïe. On ne saurait imaginer pire incitation à la haine meurtrière à l’égard de compatriotes, une  telle rage de faire couler le sang, de déchaîner le mal à l’encontre de leurs prochains qui ne faisaient que leur devoir et qui, comme l’a remarqué justement Pasolini en Italie, étaient en général plus prolétaires et plus  fils de pauvres que ces petits salopards de fils de bourgeois qui leur assénaient billes de fonte et pavés avant d’aller retrouver,  leurs forfaits accomplis, la quiétude l’home paternel. Ces attitudes induites par des meneurs pervers dénotent chez ceux-ci à la fois la haine de l’homme, la haine de l’ordre et, par dessus tout la haine de la France ». (p. 180)

 

Et notre auteur passe en revue les différents piliers de la société qui furent rejetés, attaqués.

 

a- le rejet de toute tradition

 

Il commence d’abord par citer : « le rejet de toute tradition ». et plus particulièrement par le rejet de la culture et du travail. Ce rejet de toute tradition, de la culture transmise, du travail aimé a été « développé à titre expérimental chez les hippies ». Il se trouve, aujourd’hui , dans tout le système scolaire. Là on  fait  « l’apologie systématique » et l’on voit « le triomphe de la subjectivité, de la spontanéité, de la créativité et de la liberté individuelle, toutes valeurs( ?) nouvelles substituées à l’enseignement de l’instituteur ou du professeur à l’élève, du maître au disciple. Laisser s’écouler sa créativité devenait plus important que le travail visant au progrès et au développement d’une tradition toujours respectée et toujours source de formation ».

 

Tel est l’esprit actuel qui domine toute pédagogie dans notre enseignement et public et privé et religieux. Et bien cet esprit, cause du délabrement profond de notre enseignement public… « est dû en grande partie aux métastases de plus en plus totales de l’esprit de 68. Le refus de toute autorité  – celle de la discipline, celle des connaissances, celle des vertus  -, la perte du goût de l’effort, l’horreur de l’émulation, un égalitarisme avilissant et ramenant tout le monde au plus bas niveau, tels ont été les chevaux de bataille » de Mai 68. Tout cela  enfonce notre jeunesse dans une misère poignante ». (p. 182)

 

b- rejet de la famille

 

L’esprit soixante-huitard : c’est le refus de la famille. Plus encore l’ennemi par excellence c’est la famille. Ce qui donne lieu a un magnifique passage que je ne résiste pas à vous faire lire : « Dans cette entreprise de destruction radicale de la société, la famille  – la famille dite patriarcale  – devait être l’ennemi par excellence. La famille traditionnelle est le fondement de la société, l’autorité et l’ordre y sont indissociablement unis à l’affection et à l’amour. C’est la famille qui fait d’un nouveau-né, vagissant et ne possédant rien si ce ne sont ses virtualités, l’ébauche d’une personne humaine dont l’éducation sera complétée  – mais seulement complétée  – par l’école et par la société. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux penseurs gauchistes –dont Wilhelm Reich  – ont  même pensé que la destruction de la famille était un préalable à toute véritable révolution et toute émancipation totale. Pendant des siècles, la famille a communiqué l’esprit du sacré et de la charité. Elle a transmis la morale, y compris ses interdits et ses tabous. Elle a été le berceau du civisme. Elle a été le premier lieu de transmission de la culture et elle a vénéré le travail dont elle donnait l’exemple. En vérité, il fallait détruire la famille. Un slogan suffira pour donner le ton du combat soixante-huitards dans ce domaine éminemment sacré : « papa pue ». Rappelons que ce slogan a même été prononcé  – devant témoins – par des jeunes filles de bonne famille, dit-on, mais probablement de toutes petites cervelles. Il atteste de cette volonté de contestation familiale attisée jusqu’à la haine ». (p. 183)

 

c- rejet de la morale

 

L’esprit soixante-huitards c’est aussi « le rejet catégorique de la morale, de ses interdits, de ses idéaux » (p. 183)

Rappelons rapidement quelques slogans qui disent tout : « Il est interdit d’interdire », « Vivre sans temps mort et sans entraves », « Vivre au présent », « je jouis dans la pavés », « Aimez-vous les uns sur les autres », « faites l’amour pas la guerre », « Faites l’amour et recommencez ».

Les orgies de la Sorbonne… attestent que ces slogans ne restaient pas lettre morte…Nul doute que le mouvement de Mai 68 atransformé ce qui était une évolution rampante en une explosions des désirs et des acquis libérationnistes. Eradiquer toute morale, fondement d’une société civilisée, fut un  des objectifs privilégiés de Mai 68. Et les arguments étaient faciles : « on disait vouloir s’éloigner du puritanisme ».

Sur ce sujet concluons en disant avec notre auteur : « le gauchisme soixante-huitards comme le politiquement correct triomphant trente ans plus tard a pour objectif la destruction de toute société au profit d’un individualisme débridé » (p. 185)  « Certes, nous reconnaissons bien que  «  la société technicienne exploite le sexe », que « la société marchande profite du vice »Mais fondamentalement elles n’en sont pas les instigatrices. Rendons à César ce qui est à César et à l’esprit libertaire ce qui lui appartient » (p.186)

 

d- idéologie antisociale

 

Si donc Mai 68 peut se définir comme étant le « triomphe de l’hédonisme, du matérialisme de cet appétit de vivre et de jouir sans entraves et sans contraintes, sans tabous et sans morale » cet esprit ne peut pas ne pas engendrer l’individualisme le plus absolu. Voilà un autre caractéristique de Mai 68 :  « l’esprit d’anarchie allait gangrené toute notre société et y développer un individualisme absolu » (p. 188) laissant l’individu dans une solitude terrible, nourri qu’il est par cette  « idéologique antisociale » (190) qui ne peut finir que par être fatale.

 

D – La quatrième partie

 

Et c’est sur ces paroles que s’ouvrent la quatrième partie intitulée : « Et enfin de la mauvaise graine foisonne l’ivraie ».

 

Là, il développe l’idée fondamentale du livre :  l’importance majeure de l’idéologie de Mai 68 dans la vie sociale actuelle. Il écrit  – et le démontre tout au long de cette quatrième partie- : « Je crois l’évènement important, porteur de bien d’autres choses que des utopies plus ou moins folkloriques véhiculées et proclamées par quelques étudiants immatures » (p. 203). L’idéologie subversive de Mai 68, à savoir sa soif libertaire, son rejet de toutes les contraintes, de toute autorité, la satisfaction de toutes les pulsions, l’égocentrisme le plus cynique,  a subverti les valeurs traditionnelles qui faisaient vivre la société d’hier, a conquis toute la classe politique. Non Mai 68 n’est pas obsolète. Mais bien au contraire triomphant. Il est devenu une composante essentielle de l’esprit moderne et mondialiste. Voilà la thèse essentielle de ce livre .

 

Georges Dillinger écrit : « C’est partout le triomphe de l’esprit de 68 ! Cet esprit de 68 reste présent et fait même preuve d’une extrême vigilance dans toute l’intelligentsia, qu’elle soit politicienne ou médiatique. Ses tables de la loi sont la doctrine des droits de l’homme ou plus exactement, l’esprit des droits de l’homme, c’est-à-dire un souci obsessionnel en faveur de l’individu et mieux encore  – pour assurer la prééminence absolue de l’individu  – en faveur de quiconque a transgressé les habitudes, les normes, les lois, les tabous de la société : le marginal, l’inactif, le délinquant, le criminel, le « hors-modèle » en règle général ». (p. 208) C’est l’idée central de son important chapitre 18.

 

Et il poursuivra cette idée pour en montrer le bien fondé dans tout son chapitre 20 qui contient des affirmations particulièrement pertinentes.

 

Donnons-en quelques unes.

 

Au début du Chapitre 20, vous pouvez lire : « Mai 68 et ses slogans  – dont le fameux « Il est interdit d’interdire  – n’a été qu’un cri en faveur de la liberté, de toutes les libertés. Et les séquelles de 68…résultent pour la plupart de cette exaspération de l’esprit libertaire, la liberté débouchant sur un hédonisme sans freins et sans limites, liberté de piétiner les commandements, la morale, ses interdits, ses tabous, ses devoirs, ses satisfactions, liberté à l’égard de toutes les contraintes, de tous les devoirs imposés par l’encadrement social et en particulier par la patrie, liberté de se détruire par les risques inconsidérés et stupides, par le suicide ou pire encore par la drogue, liberté de s’affranchir de toute famille, de toute communauté, liberté de mépriser et d’ignorer même tout un immense patrimoine culturel .. En 68, les contestataires, dans leur fureur de détruire tout ordre moral, étaient animés d’une rage homicide à l’encontre des forces de l’ordre. Depuis les clameurs se sont tues et la haine de tout ordre, de toute tradition, de toute morale, de tout patrimoine s’exerce autrement, recourant à des voies légales, sûres d’elles-mêmes et dominatrices, iniques et monstrueuses. Et ces lois si scandaleuses sont utilisées systématiquement par des associations anti-françaises, par des lobbies haineux, trouvant trop souvent des magistrats complaisants à leurs desseins ou acquis aux mêmes convictions. Et c’est la chasse au français fier de l’être, sous le prétexte mensonger de racisme et de xénophobie. C’est la pensée unique, substituée à la plus élémentaire liberté d’expression avec les lois Pleven et Gayssot. C’est le Code pénal de mars 1994, qui punit de la façon la plus lourde, sous le nom de discrimination, toute distinction opérée au motif de la nationalité.  Dans le même esprit, c’est la télévision et l’ensemble des médias, c’est l’école qui combattent notre passé, tout ce qui a fait notre armature morale par la culpabilisation, par le mensonge, par la dérision ». (p. 214) ;

 

Beaucoup des chapitres de cette quatrième partie sont de cette veine. Il faut lire le chapitre 21. Il le consacre à la morale, à la femme, à la famille. C’est le titre même du chapitre. Il démontre qu’en tous ces domaines « Mai 68 a ouvert une ère nouvelle »(p. 222)

 

Nous nous limiterons à ce constat terrifiant et pourtant véridique : « Les premières réunions aux Beaux-arts des pédérastes et des lesbiennes ont  rempli d’aise certains leaders de la contestation. Ils ne s’y trompaient pas : ils savaient quelle machine infernale ils mettaient en route. Et, effectivement, au cours des trente années écoulées depuis, on est passé de pratiques honteuses, dissimulées à des attitudes impudentes, arrogantes, agressives. Pour finir, au cours de ces toutes dernières années, à des invraisemblables défilés de pédérastes qui ont déshonoré nos grandes villes et en particulier notre capitale. Et, là encore, le mal spirituel qui gangrenait notre intelligentsia et nos lobbies s’est propagé sans obstacles, sans limites, à ceux qui devraient être nos élites et en particulier au corps législatif. Et enfin, en cette année 1999, avec le trop fameux PACS, notre République française a accordé à ces couples et ces pratiques contre-nature un statut le rapprochant de celui du mariage : une sorte de singerie de mariage assortie de nombreux avantages sociaux, sinon successoraux et autres. Ainsi les mêmes pratiques qui ont déchaîné la colère de Dieu et la destruction de Sodome et Gomorrhe reçoivent en cette fin de millénaire un label de normalité et de respectabilité qui suffit à déshonorer notre époque ». (p. 222).

 

Tout ce chapitre est de la même veine. C’est à lire.

En le lisant, loin d’être découragé, je me disais voilà l’objet de notre prédication sacerdotale: Iterum et iterum, prendre le contre pied de ce dévergondage. Et rappeler le droit naturel, la loi de Dieu. Car , figurez-vous ! la loi civile est sans valeur si elle va contre la loi de Dieu. Voilà  pourtant  ce dont se moque et « le milieu médiatique » gagné à cette idéologie de Mai 68, tout comme le « pouvoir législatif », la justice elle-même et la magistrature.

 

Le chapitre 24, tout consacré  à la jeunesse et à l’enseignement, est particulièrement « poignant ». Là, on peut mesurer le drame que nous vivons en France. Notre auteur revient sur la pédagogie contemporaine qui anime la « transmission du savoir ». L’auto discipline a supplanté la discipline. L’auto évaluation a supplanté l’évaluation. L’enfant doit lui-même construire son savoir et s’épanouir librement suivant son projet personnel. On ne veut parler aujourd’hui que de « spontanéité » et de « créativité ». Il écrit : « ce qui affecte le plus gravement l’école, c’est l’éradication de l’autorité ; c’est-à-dire précisément la caractéristique fondamentale de l’esprit de 68 » (p. 247)

 

La conclusion du livre est à la fois terrible et plein d’espérance.

 

Je veux vous la donner intégralement : « L’hégémonie de plus en plus totale du rationalisme, de la technique, de la science et du matérialisme propres à notre modernité a ébranlé, voire détruit, les fondements de la société traditionnelle, sacralisée équilibrée. Ce sont là les conditions profondes qui sont à la source de Mai 68. Mais, suivant un phénomène de rétroaction classique, Mai 68 avec sa haine farouche de toute autorité humaine, civique, morale, spirituelle, transcendante, avec ses débordements et ses désordres et l’impunité dans laquelle ils se sont déroulés, a auto-aggravé cette désagrégation sociale, phénomène majeur de notre époque.
Le contraste entre la société traditionnelle, – vivante il y a si peu d’année encore  – et la nouvelle société, est si total, si général, qu’il est difficile de le résumer, de le préciser en peu de mot. La première (la société traditionnelle) était animée  – ne serait-ce que de façon sous-jacente  – par le sacré, l’esprit de sacrifice et l’esprit de soumission, voire la joie de servir. La seconde, qui s’impose de façon hégémonique, hait les contraintes ainsi imposées et flambe de l’esprit libertaire. Et cet esprit libertaire désagrège la société jusqu’à l’atome : l’individu. Ce basculement fondamental rend compte, me semble-t-il, de la désaffection à l’égard de notre patrimoine culturel, sans doute le premier du monde. Il rend compte de la dévaluation du travail, alors que le travail était une vertu cardinale et millénaire de la France. L’extrême recul du sacré et de l’esprit de soumission a altéré de façon extrêmement grave la morale et les
 bonnes mœurs. La dégradation de ces fondements sacrés a entraîné la décadence de la famille. Car le mariage, les soins dus aux enfants, le souci des proches et de leur avenir, sont une source permanente de menus sacrifices et parfois de sacrifices plus importants. Le recul du sacré et de l’esprit de sacrifice ont eu pour séquelle la dégradation du civisme et l’opprobre jeté sur le patriotisme. L’esprit libertaire a rompu toute solidarité, qui fondait obligatoirement les communautés humaines. L’éradication du sacré a détruit l’esprit de charité, qui commandait de protéger le faible contre le fort et contre la brute. L’éradication du sacré retire à la société toute légitimité et par conséquent toute possibilité de recours à la force pour maintenir son identité, ses vertus et la paix dans la justice. L’éradication du sacré, c’est la mort d’une société et la désagrégation de toute communauté humaine en un troupeau d’individus esseulés. Ce sont là les conditions dans  lesquelles la France se meurt.
L’individu au moins a-t-il gagné à cette libération sans précédent ?

On peut en douter dans la mesure où les vertus essentielles, celles du caractère, ne semblent pas être sorties indemnes de l’épreuve : ni le goût de l’effort, ni la maîtrise de soi, ni la force, ni le courage ne caractérisent positivement la majorité de nos jeunes contemporains. Comment leur en faire le reproche, dès lors que tout est acquis à cette gangrène libertaire : le pouvoir intellectuel, les milieux politiques et ce que l’on appelle encore les autorités morales, désormais par antiphrase, honteuses du passé pourtant magnifique de la religion.

Depuis 1968, toutes les communautés naturelles ont été considérées comme oppressives et combattues comme telles. Il faut y substituer des  liens qui soient librement consentis, malheureusement tout aussi librement remis en question. C’est l’extension généralisée du concept de contrat social. Ainsi, cet individu-roi en se dégageant de toute contrainte et de tous liens organiques, a perdu du même coup toute solidarité humaine et se retrouve esseulé, isolé, et désolé. Il est libéré de toute gratitude à l’égard de la société à laquelle cependant il doit tout. Infiniment ingrat, il est infiniment puni de son ingratitude par la solitude qu’il reçoit en châtiment. Vae soli (malheur à l’homme seul) disait déjà l’Ecriture. Nous vivons le crépuscule d’une civilisation millénaire fondé sur la religion, la soumission au sacré. Quel substitut y trouvera l’individu ?

Objectivement, c’est aussi le crépuscule du peuple français, à la fois par le ramollissement de son caractère, par l’effondrement de sa natalité et par la dilution des Français au sein d’apports allogènes. Et pourra-t-on encore parler de France, dès lors que celle-ci ne sera plus peuplée de Français ?

 

Le crépuscule précède la nuit qui, normalement, va voir renaître l’aurore. Mais, en ce tournant de millénaire, qui pourra affirmer qu’il y aura une aurore, et dans l’affirmative, sous quelle forme ?

 

Il reste cependant  une question. Et cette question révèle non point une lumière mais une lueur d’espérance dans les ténèbres qui nous entourent. Mai 68 proclamait : « il est interdit d’interdire ». Et, depuis trente ans, cet esprit libertaire a totalement triomphé, pourquoi ces gens là nous appliquent-ils l’intolérance absolue ? Pourquoi Mai 68, qui dénonçait avec fureur la société oppressive, a-t-il pour descendance le totalitarisme du politiquement correct ? Pourquoi l’intelligentsia, qui tient tous les pouvoirs en mains, est-elle aussi acharnée par exemple à l’encontre de la tradition catholique, attaché non point au passé  – comme on le dit  – mais à un progrès quoi s’enracine dans la tradition et qui est le seul qui ne soit pas utopique ?

Pourquoi, si la société traditionnelle est définitivement défaite et si notre résistance est désormais totalement vaine, pourquoi sont-ils si férocement, si malhonnêtement agressifs à l’égard de quiconque veut encore défendre ou restaurer un minimum d’ordre moral et social, l’esprit de sacrifice, voire le devoir de l’éducation, la formation des vertus de caractère, la patriotisme ou au moins la préférence nationale la plus élémentaire et la plus naturelle ?

Je serai tenté de dire que nos ennemis sont moins optimistes sur leur victoire que nous sommes parfois pessimistes sur notre défaite. Il serait bien tôt pour se réjouir d’un « cela s’appelle l’aurore ». mais, c’est la lueur qui nous reste et c’est seulement cela. Les plus volontaires, les plus rebelles au découragement face aux réalités les plus évidentes et les plus  sombres, voudront y voir le phénomène prémonitoire de cette aurore dont on pouvait croire disparues non seulement l’attente mais même l’espérance » (p. 280-282)

 

28 août 1998- 10 mars 2000. Georges Dillinger.

 

Ma conclusion : ce livre est  une bonne analyse politique de la situation dans laquelle se trouve notre pays. Il doit être lu.

 

Ce livre pourra paraître sombre et pessimiste à  plusieurs. Mais il contient, si l’on en fait une lecture attentive, le contrepoison du mal.

 

C’est en dire l’intérêt.

 

Je n’aime pas, en effet, l’esprit négatif, purement négatif et pessimiste qui, trop souvent, occupe l’esprit de ceux qui se disent les vrais  « défenseurs » de la « Tradition ». Si vous le souhaitez, je peux vous en dire les noms…mais uniquement à l’oreille.

 

C’est tout le contraire dans ce livre  de Georges Dillinger.

 

Tout en fustigeant le mal et en l’analysant, et avec quel profondeur, il  donne, en même temps, vous dis-je, les remèdes au mal actuel.

 

Face à l’individualisme hédoniste où la France se trouve par suite du triomphe de la « philosophie » de Mai 68, il faut que se développent, de  nouveau, parmi  nos compatriotes, et  en particuliers, les plus jeunes, le goût  de la  famille en raison de sa beauté, avec le sens retrouvé de la procréation, l’amour des  sociétés naturelles qui, seules, sont de nature à protéger les individus et à les garder,  précisément de cet « individualisme hédoniste soixante-huitard », l’amour de l’école  formatrice et éducatrice, l’amour des vertus, l’amour de la patrie, lié à celui de la civilisation chrétienne et de sa sagesse et enfin l’amour de la Religion chrétienne et de ses deux principes fondamentaux , à savoir la notion de «  sacrifice » et de « soumission ». Je retrouve,  là, l’enseignement même de Mgr Lefebvre.

 

Entre parenthèse,  ce sont, précisément, les vertus majeurs du Christ dans sa Passion et le mystère de la Rédemption.

 

Lisez ce livre de Georges Dillinger …(à commander chez l’auteur : 10 Bd Diderot Paris 75012)

Au lieu, le soir, de vous mettre, par habitude, devant votre poste TV, installez-vous dans votre fauteuil, avec ce  livre dans les mains , vous y trouverez occasion de réflexions et de discutions avec votre femme et vos enfants. La France se meurt de sa TV. Elle pourrait revivre avec la lecture appliquée des bons livres de nos meilleurs auteurs. Celui-ci en fait partie.

 

Vous trouverez également sur le site ITEM, dans la rubrique « doctrine politique » un article intitulé : « Notre dyssociété est fille de Mai 68 » qui, finalement est un merveilleux résumé de ce livre par Georges Dillinger lui-même. Il l’avait publié, cet article,  voici quelques mois dans « Présent ». Cet article m’avait plus avant même que je  connaisse  son livre . Si vous n’avez pas le temps de lire le livre, lisez au moins cet article. Il est très riche et substantiel. Il vous donnera le goût d’aller acheter le livre lui-même.

 

B- l’article de Présent : « Notre dyssociété est fille de Mai 68 »

« Prégnance de la société sur l’individu »

 

Notre dyssociété est fille de Mai 68

 

Prégnance de la société sur l’individu

 

Nos contemporains sont incarcérés dans une situation administrative de plus en plus prégnante. Marqués de leur numéro national, ils sont astreints à une multitude de déclarations auprès des services les plus divers. Ils sont depuis la naissance – et même avant – l’objet d’examens, de contrôles obligatoires, de visites et de contre-visites. Ils ont aussi l’obligation de payer pour leur retraite, pour les risques de leur santé ou du chômage, pour les risques qu’ils peuvent faire courir aux autres. Leurs revenus, leurs frais professionnels, leurs dons et leur charité, les travaux auxquels ils se livrent, tout doit faire l’objet de déclarations précises dûment contrôlables et souvent contrôlées. Leur résidence, leur voiture, leurs biens ne sont pas l’objet de moins d’obligations d’assurance, de contrôle, d’autorisations, etc.

Cet invraisemblable carcan administratif, sécrété par une bureaucratie tentaculaire, est malheureusement complété dans le domaine économique et fiscal par une multitude de contraintes qui entravent l’activité et l’efficacité des Français. Tout cela explique que nombreux sont ceux qui souhaitent une libération des individus et qui se font les chantres de l’individualisme.

Nous allons cependant tenter de montrer ici que le drame de notre époque réside bien plus dans une libération des comportements et des mentalités des individus – l’unité la plus petite en laquelle puisse se diviser la société.

 

L’objectif véritable de Mai 68

 

Les journées de mai-juin 1968 ont été la manifestation spectaculaire et symbolique d’un mouvement qui cheminait et se développait depuis longtemps. Ces journées révolutionnaires n’avaient pas d’objectif politique immédiat. Elles s’inscrivaient dans un mouvement qui consistait en une révolution des mœurs, une anarchie de l’esprit et du comportement, ruinant tous les fondements de notre société et mettant à mal ses défenses immunitaires. Trente-cinq ans plus tard, notre société est profondément défaite. C’est plus que jamais une dyssociété au sens de Marcel De Corte.

Car l’objectif des soixante-huitards était clair : ce qui sous-tendait les slogans extravagants accompagnant leurs manifestations destructrices et si souvent sanguinaires, c’était l’individu, érigé comme la seule et unique valeur, aux dépens de toute forme de société, de tout résidu de société, éliminant du même coup le souci du bien commun. Toute une idéologie profondément libertaire sous-tendait en fait cette chienlit soixante-huitarde, où les uns n’ont voulu voir qu’une manifestation étudiante, d’autres une irruption de vandalisme et de furie sanguinaire ; d’autres enfin l’expression d’une sorte de folie collective marquée par les excès des slogans martelés pendant des semaines et une violence sans rapport avec les revendications (?).

 

Des principes incendiaires

 

Cette idéologie reposait d’abord sur les principes d’égalité et de liberté, poussés jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’absurde, jusqu’à la plus terrible nocivité.

Le concept politique séculaire d’égalité exigeait un poids identique de chaque citoyen dans les élections, un même traitement par la justice, par le fisc, les mêmes devoirs envers la nation et sa défense. Il impliquait enfin une tentative de rétablir une égalité des chances face aux différents handicaps, aux différences de talents ou de conditions sociales, présentes dans toute société humaine. Mais l’idéologie de 68, qui n’a cessé de se développer depuis, va bien au-delà. C’est par exemple l’identité – et bientôt la parité – entre l’homme et la femme, s’inscrivant en faux contre leurs aptitudes et la complémentarité de leur fonction sociale, découlant de leur vocation biologique différente et complémentaire. C’est l’identité de droit sur notre patrimoine du citoyen français – qui avec ses ancêtres a concouru à enrichir ce patrimoine – et du dernier venu de l’autre bout du monde qui, non content de s’être invité chez nous, entend s’imposer à la première place. C’est la mise à plat de tous les individus quels que soient leurs efforts, leurs mérites, leur travail, leur conduite, leur respect de la loi et des obligations civiques ou morales. Plus généralement et dans tous les champs de la vie sociale, c’est l’égalité du bien et du mal, comme en d’autres domaines du beau et du laid, du vrai et du faux.

La liberté poussée à l’extrême n’est pas moins dangereuse, pas moins destructrice. « Il est interdit d’interdire », c’est le refus de tous les commandements, de tous les devoirs  – patriotiques, civiques, familiaux, individuels –, de toutes les contraintes – morales en particulier –, de toutes les règles, de toutes les décences. La combinaison de ces deux brûlots ruine toute organisation sociale, qui ne peut reposer que sur une certaine autorité, une certaine hiérarchie et un minimum de soumission. Se trouvent ainsi évacués le respect et l’obéissance dus au chef de famille, à l’enseignant, au supérieur hiérarchique, au patron, à l’autorité morale et politique de la cité. Cette idéologie débouche sur une anarchie de l’esprit et du comportement, spectaculairement étalée tout au long de ces journées et de ces nuits de manifestations déchaînées. L’individu ne connaît plus de limites. La société n’a plus sa place. Le bien commun n’est plus qu’une vieille lune.

L’anathème jeté – souvent par cette arme redoutable qu’est la dérision – sur les valeurs spirituelles, morales et civiques de l’Occident, dissout la force qui avait caractérisé la civilisation occidentale, qui l’avait mise en tête du monde et qui l’avait fait bientôt imiter de tous.

Trente-cinq ans après Mai 68, le concept dominateur de notre dyssociété se trouve dans l’esprit des droits de l’homme. Les Déclarations des droits de l’homme visaient en principe à protéger la liberté et la dignité des individus contre les emprises et les abus de tel ou tel pouvoir politique. L’esprit des droits de l’homme, quant à lui, va en fait bien au-delà. Cet esprit, d’inspiration libertaire, a glissé de cette défense de la liberté politique à l’approbation et à l’encouragement d’une révolution contre toutes les contraintes exercées par la société : morale, exigences familiales, devoirs envers l’enfant, et obéissant aux règles civiques, patriotiques, etc. Une nouvelle dérive a mené de cette libération des contraintes sociales à l’attention bienveillante apportée aux auteurs de transgressions caractérisées des règles et des lois. Jamais l’intelligentsia n’a été aussi sourcilleuse sur les droits de l’assassin, jamais aussi indifférente sur le malheur de sa victime.

 

La mise à mal des entités sociales fondamentales

 

La désagrégation propagée atteint en premier lieu la cellule de base de toute société humaine : la famille. Un des thèmes obsessionnels de Mai 68 a été la libération sexuelle. Dévier et dénaturer la pulsion sexuelle en la coupant de sa fonction biologique, la procréation, pour la fourvoyer dans l’érotisme, est une entreprise vieille comme le monde. Mais celle-ci n’a sans doute jamais été pousée avec autant de détermination – et d’efficacité – qu’en mai 1968. Peut-on s’étonner dès lors que, dans des cas si nombreux, se soient substitués au mariage – institution existant dans toutes les sociétés humaines et revêtue du sceau du sacré – des associations de hasard, des compagnonnages éphémères. Notons que ces pratiques dont la nouveauté tient à la généralisation ravalent l’homme au-dessous de l’animal, comme le prouve la fidélité qui est de règle dans tant d’espèces d’oiseaux ou de mammifères à la lumière d’études éthologiques modernes. Bien entendu ce recul de la nuptialité, qui contribue à marquer le triomphe de l’individualisme, fragilise considérablement notre société (1). En outre, il est une des raisons du recul de la natalité, qui annonce la fin des Français sinon la fin de l’espèce…

La soif de libération de tous les instincts, de toutes les perversions, a débouché aussi sur ce qu’on appelle l’homosexualité, mise à égalité avec une prétendue hétérosexualité – terme parfaitement redondant. Tous les médias se sont conjugués pour faire la promotion de ce vice et de cette déviation. La loi en donnant au PACS un statut légal l’a mis à égalité et en concurrence avec le mariage, alors qu’il n’en est que la singerie, et alors que, dans la plus parfaite opposition avec le mariage, il ne peut marquer que le refus de l’engendrement.

L’école a fait l’objet d’un effort de démolition tout particulier, alors qu’elle était restée tant bien que mal un instrument de formation et de promotion sociale remarquable jusqu’en1968. L’embrasement libertaire et égalitaire poussait à détruire le goût de l’effort, à dénoncer l’émulation, à mépriser les connaissances et l’étude, à dévaloriser le respect dû aux maîtres, à ruiner l’indispensable discipline. Trente-cinq ans plus tard, nous prenons la mesure des ravages opérés.

Dans de trop nombreux cas, l’école n’est plus qu’un champ de ruines où les maîtres et les élèves peuvent être soumis aux pires sévices et aux pires exactions. Une pédagogie fumeuse, qui ne veut plus enseigner les connaissances et prétend les faire découvrir, met en péril le cursus des élèves qui ne peuvent être aidés chez eux. Cette école soixante-huitarde développe et aggrave ainsi l’inégalité sociale qu’autrefois l’institution avait combattue avec efficacité. En pleine décadence, cette école produit une proportion croissante d’analphabètes, d’illettrés et d’individus désocialisés.

Le patriotisme n’est pas moins maudit. Le mouvement de Mai 68, dans la descendance directe des mouvements beatniks et hippies, a dénoncé la guerre, toutes les guerres – du moins celles faites par une puissance occidentale – avec la dernière véhémence. Il a refusé la conscription et ses intellectuels ont adulé l’insoumission et la trahison. Il n’a pas été suffisamment souligné à quel point ce prétendu « refus de la violence » faisait partie de l’idéologie de mort qui caractérise ce mouvement libertaire et sa descendance. Car le refus de se défendre, de défendre sa patrie, sa société, sa civilisation, ses citoyens, est en réalité un repli sur soi qui signe la mort de la communauté au sein de laquelle on le laisse se développer.

 

Les ressorts de la démoralisation

 

Dans l’idéologie libertaire, on ne se contente pas de tourner le dos systématiquement aux pratiques et aux vertus du passé. On nous a conduits à nous focaliser sur des fautes réelles, exagérées ou purement imaginaires commises par notre civilisation. En fait, il en est une si grave qu’elle écrase toutes les précédentes, c’est la Shoah. Puisqu’une société occidentale a commis la Shoah, toute société – et toute contrainte qu’une société ne saurait éviter d’exercer est mauvaise. Puisqu’une armée et la police ont participé à la Shoah, l’uniforme est donc maudit (« CRS = SS »). Puisque les responsables de la Shoah ont en même temps mené une guerre aux démocraties, toute guerre et toute violence sont maudites (« Faites l’amour, pas la guerre »). C’est la haine de l’ordre, la haine de l’uniforme qui fait respecter l’ordre, la haine de notre société, la haine de soi. Dans cette idéologie, le patriotisme, le combat pour la défense de la nation et du territoire, l’attachement au patrimoine ne sont pas seulement des valeurs ringardes. Ce sont des pratiques et des concepts maudits qui ont un relent de fascisme. Etonnons-nous après cela que l’on ne puisse même plus parler de préférence nationale. Notre France défaite est agenouillée ! En même temps, les liens de solidarité qui unissaient de tous temps nos compatriotes se sont distendus, quand ils n’ont pas tout bonnement disparu. L’individu a voulu être libre : il l’est jusqu’à être solitaire.

Que pèse une société qui n’est plus constituée que par ses individus esseulés, sans patrie, sans famille, sans passé, sans encadrement solidaire ?

 

Complicité de fait de la Rome moderniste

 

Quelles vertus millénaires étaient aux antipodes de l’esprit de Mai 68 ? A l’évidence, c’était l’esprit de sacrifice et, plus banalement, le simple esprit de soumission. Ces vertus sont celles qui avaient été enseignées, entretenues et vivifiées par le christianisme depuis près de deux millénaires. Car si l’impérieux commandement « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel » ne soumettait qu’à Dieu, cette soumission s’était naturellement prolongée à l’égard des hiérarchies humaines, des règles, des lois et des autorités profanes. C’est bien pour cela que depuis des siècles, la religion cristallisait toutes les haines et la furie destructrice révolutionnaire. Quant au sacrifice, n’était-il pas inscrit dans les Croisades, dans les missions et dans les martyrs, et ne s’était-il pas projeté également dans la défense de valeurs civiles, du royaume – de droit divin – à la patrie, même laïque et républicaine ? Autant dire que ces vertus entretenues par l’Eglise millénaire avaient sous-tendu notre société, lui avaient conféré son extraordinaire force vive et l’impératif du bien commun premier servi.

L’Eglise moderniste triomphant avec le concile Vatican II est pétrie de doutes et se complaît en questionnements. Les certitudes dogmatiques ne font plus l’unanimité et – ce qui aurait été considéré naguère comme une apostasie – les clercs préfèrent souvent un message humanitarosocial au souci de la vie éternelle qui devrait, à la lumière de l’Evangile, dominer l’esprit du chrétien en chacun des instants de sa vie terrestre.

En outre, l’Eglise moderniste a eu tendance à transférer à la société les devoirs enjoints par le Christ à la personne. Le glissement est aussi illégitime qu’il est pernicieux et lourd de conséquences. La paix du Christ est un commandement individuel. Il n’est pas admissible d’en déduire l’exclusion de la vertu de force et une obligation de non-violence pour la société à laquelle on dénierait ainsi le droit et le devoir de se défendre, de défendre ses citoyens, leur patrimoine, leur territoire, leur avenir, leur survie. Pourquoi d’ailleurs le Christ aurait-il rappelé la distinction entre Dieu et César ? Que chaque chrétien ait un devoir de compassion active à l’égard de l’étranger ou du prisonnier n’implique en rien d’enjoindre à la nation de se laisser envahir totalement ou de fermer les prisons comme le réclament des modernistes. Le parti qui peut être tiré de ces dérives au profit de l’idéologie soixante-huitarde est évident et catastrophique.

 

Triomphe de l’idéologie soixante-huitarde

 

La solidarité entre les Français s’est défaite alors qu’on n’en a jamais autant parlé dans notre pays. Recroquevillés dans leur égoïsme, les Français n’ont plus aucune notion de leurs devoirs mutuels, ni de la nécessité de préserver et de défendre un avenir commun.

Malheureusement l’esprit soixante-huitard n’est plus l’apanage de quelques révolutionnaires d’époque, vieillis, et de quelques intellectuels propageant un individualisme forcené, sous le coup d’une haine destructrice à l’égard de notre société et de tous ses fondements. Dans les trois décennies et demie écoulées depuis l’explosion de ce cloaque, l’idéologie que dévoilaient les slogans les plus délirants a étendu ses ravages à tout un chacun. Elle a gagné sans conteste les pouvoirs médiatiques, l’enseignement, la plus grande partie du pouvoir judiciaire, mais aussi éminemment les pouvoirs politiques.

Une multitude de lois plus permissives les unes que les autres seraient à citer. Leur objectif, plus ou moins apparent, plus ou moins évident, est toujours de libérer l’individu non seulement de toutes les contraintes, de tous les commandements, de tous les tabous de la morale, mais même des lois de la nature. En particulier le pouvoir législatif, qu’il soit de gauche ou qu’il se prétende de droite, propage lui-même les pires abominations aux dépens de notre société. Il a apporté un concours déterminant à l’idéologie de mort qui étend tous les jours davantage son spectre sur nous. Et il a agi ainsi en substituant à cette union sacrée qu’était le mariage une institution de plus en plus lâche, de plus en plus fragile – avec un divorce de plus en plus facile et accordé primordialement aux caprices des individus – et, en lui suscitant la concurrence abjecte du PACS, en banalisant et en officialisant l’union d’individus du même sexe, en autorisant l’usage de pilules abortives du lendemain, en légalisant et en remboursant l’avortement qui assassine des centaines de milliers d’enfants chaque année. Les pratiques immorales, contre nature ou même criminelles, que rien ne pouvait favoriser plus efficacement que l’estampille législative, ont été l’un des facteurs principaux de la fin de l’engendrement qui signera la fin de notre société.

Nos lois et nos magistrats s’avèrent d’une complaisance sans limites à l’égard des incitations à l’érotisme propagées par tant de vecteurs : la pornographie de la publicité, les turpitudes étalées dans de si nombreux films à la télévision et de ce tout-à-l’égout qu’est devenue une grande partie de la littérature contemporaine, sans parler encore d’incitations scolaires scandaleuses. L’intérêt porté à ces turpitudes et leur pratique avilissent le caractère et détournent les individus de leur vocation à la procréation. Une complaisance qui confine à la complicité accompagne la pratique de la drogue qui corrompt une population et, généralisée, la tue à petit feu. Or on sait de quelles sollicitudes sont entourées maintenant ces ignobles rave-parties, au sujet desquelles les députés ont rejeté avec horreur la simple obligation d’une déclaration préalable que voulait instituer une proposition d’amendement… Bien entendu, les collectivités territoriales ne veulent pas rester en arrière par rapport au pouvoir central : il n’est que de voir ces Gay Pride dûment autorisées, dûment encouragées, qui souillent nos cités et incitent des jeunes à incliner à leur tour vers la perversion.

 

Conclusion

 

Bien entendu, c’est largement avant mai 1968 que se sont déjà affaiblies les vertus transcendantes qui font la force d’une société et sont indispensables à sa santé et à sa simple survie : religion, imprégnation par le sacré qui s’incarne dans chaque homme sous la forme de l’esprit de sacrifice. Ce sont ces vertus et c’est cet esprit qui faisaient la cohésion et l’union des entités sociales : familles, collectivités, patrie, animées d’une véritable communion interne. Dès lors que cette sacralité, seule source de force respectable, était altérée ou éradiquée, la désagrégation de notre société était irrémédiablement en marche.

Mais la révolution de mai 1968 allait accélérer considérablement le processus. Ses slogans, ses proclamations, les pires comportements débridés et étalés eurent d’autant plus d’impact qu’ils étaient accompagnés de manifestations violentes et même sanguinaires, que les médias leur donnaient une diffusion générale et de tous les instants, et qu’on a fait croire qu’ils étaient véhiculés par la jeunesse estudiantine, censée représenter l’avenir – avec la jeunesse et l’intelligence – en tant que mouvement étudiant. Et ce fut la proclamation de l’individu, érigé en valeur suprême, libéré de tout ordre et tout spécialement d’ordre moral. Et ce fut l’obsession proclamée et réalisée de l’hédonisme sous toutes ses formes jusqu’aux pires abjections sexuelles, jusqu’à cet instrument de déchéance et de mort qu’est la drogue. Ce fut la haine proclamée du service militaire, l’anathème jeté sur les forces de l’ordre, etc. L’Occident connaissait déjà le matérialisme triomphant, hérité à la fois des succès du rationalisme et du consumérisme. Mai 1968 allait contribuer à imposer la recherche du plaisir comme idéal de vie : la course aux gadgets, les spectacles, les voyages, la jouissance sous toutes ses formes.

Mai 1968 fut le départ d’une permissivité sans précédent dans le droit fil des turpitudes étalées tout au long de cette chienlit. Ce fut d’abord une permissivité d’esprit. La tolérance fit l’objet d’une véritable promotion. Elle n’était plus ce qu’elle avait toujours été : le fait de supporter un mal qui ne peut présentement être éradiqué. Elle était devenue la liberté d’exercer le mal mis à égalité avec le bien. De là on est passé à une permissivité plus concrète, par exemple celle de tant de magistrats, ajoutant au refus de la condamnation morale la réduction maximale de la sanction pénale. Et l’on sait la flambée de la violence, de la délinquance et du crime dont ce laxisme est responsable.

La société vivante avec ses devoirs sacrés, avec ses solidarités fraternelles, avec son encadrement salutaire, avec sa communion des esprits et des âmes, tout cela a vécu. Les entités sociales les plus sacrées telles que la famille ou la patrie ont été machiavéliquement mises à mal, ont perdu leur sens, leur valeur, voire même leur validité. Notre société, désacralisée, est déréglée. Elle est décomposée, au sens de la décomposition qui affecte un cadavre. Il ne reste que des individus, pleins d’eux-mêmes et vides du reste, boursouflés dans leur orgueil, démesurés dans leur égoïsme, obsédés de même de leurs droits et d’une libido hégémonique. C’est un troupeau d’individus sans âme, sans foi, sans ardeur, sans défenses immunitaires. Il est mûr pour le servage.

Observons encore que dans ce nihilisme intégral, c’est la jeunesse qui est la principale victime. Elle souffre tragiquement de la perte de tout idéal, de toute transcendance. Elle souffre de cet immoralisme totalement démoralisant. Elle souffre de l’affaiblissement, de la débâcle des familles, dont le rôle affectif et éducatif était irremplaçable pour conduire un nouveau-né à la dignité d’une personne humaine.

Nous connaissons la révolution ultime. Car il est impossible de diviser la société au-delà de l’individu qui en est, comme son nom l’indique, l’unité indivisible. Ces sociétés libérales en décomposition avancée que sont les social-démocraties modernes présentent le masque quasiment mortuaire de la plus totale désagrégation sociale.

G.D.

 

 

(1) Parmi les naissances encore enregistrées, 40 % à l’heure actuelle se produisent déjà en dehors du mariage. N’est-il pas évident que les enfants issus de ces rencontres – librement consenties mais aussi librement défaites – ont les chances les plus faibles de profiter longuement de l’indispensable stabilité du couple qui les a engendrés ? La considération du destin de ces êtres de chair et de sang, fruits du plaisir, ne saurait suffire à contrecarrer la sacro-sainte liberté individuelle.

 

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