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Entretien avec M l’abbé Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX

publié dans regards sur le monde le 16 octobre 2018


Entretien avec l’abbé Pagliarani : la FSSPX a entre les mains un trésor

SOURCE – FSSPX actualités – 12 octobre 2018


Entretien avec l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X.

Monsieur le Supérieur général, vous succédez à un évêque qui a été à la tête de la Fraternité Saint-Pie X pendant vingt-quatre ans et qui, de plus, vous a ordonné prêtre. Quel est votre sentiment en lui succédant ?

On m’a déjà posé une question équivalente lorsque j’ai été nommé directeur du séminaire de La Reja où deux évêques m’avaient précédé dans cette charge. Disons que, cette fois, c’est un peu plus compliqué ! Mgr Fellay représente une personnalité importante dans l’histoire de la Fraternité, puisqu’il l’a dirigée pendant un temps qui correspond à la moitié de son existence. Pendant cette longue période, les épreuves n’ont pas manqué, et cependant la Fraternité est toujours là, portant haut l’étendard de la Tradition. Je pense que cette fidélité de la Fraternité à sa mission est d’une certaine manière le reflet de la fidélité de mon prédécesseur à la sienne. De cela, je tiens à le remercier au nom de tous.

Certains ont quand même voulu voir en vous une personnalité fort différente de celle de votre prédécesseur. Y a-t-il un point sur lequel vous vous sentez vraiment différent ?

Je dois avouer – cum grano salis – que je déteste irrémédiablement tous les moyens électroniques sans exception et sans possibilité de changer d’avis, alors que Mgr Fellay est un expert en la matière…

Comment voyez-vous la Fraternité Saint-Pie X que vous aurez à diriger pendant douze ans ?

La Fraternité a entre les mains un trésor. On a souligné plusieurs fois que ce trésor appartient à l’Eglise, mais je pense que l’on peut dire qu’il nous appartient à nous aussi de plein droit. Il est à nous et c’est pour cela que la Fraternité est parfaitement une œuvre d’Eglise. Déjà maintenant !
La Tradition est un trésor, mais, pour le garder fidèlement, nous devons être conscients que nous sommes des vases d’argile. La clef de notre avenir se trouve là : dans la conscience de notre faiblesse et de la nécessité d’être vigilants sur nous-mêmes. Il ne suffit pas de professer la foi dans son intégralité, si nos vies ne sont pas l’expression fidèle et concrète de cette intégralité de la foi. Vivre de la Tradition signifie la défendre, lutter pour elle, se battre afin qu’elle triomphe d’abord en nous-mêmes et dans nos familles, pour pouvoir ensuite triompher dans l’Eglise tout entière.
Notre vœu le plus cher est que l’Eglise officielle ne la considère plus comme un fardeau ou un ensemble de vieilleries dépassées, mais bien comme l’unique voie possible pour se régénérer elle-même. Toutefois les grandes discussions doctrinales ne seront pas suffisantes pour mener à bien cette œuvre : il nous faut d’abord des âmes prêtes à toutes sortes de sacrifices. Cela vaut aussi bien pour les consacrés que pour les fidèles.
Nous-mêmes nous devons toujours renouveler notre regard sur la Tradition, non pas d’une façon purement théorique, mais d’une manière vraiment surnaturelle, à la lumière du sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix. Cela nous préservera de deux dangers opposés qui s’entretiennent parfois l’un l’autre, à savoir : une lassitude pessimiste voire défaitiste et un certain cérébralisme desséchant.
Je suis persuadé que nous avons là la clef pour faire face aux différentes difficultés que nous pouvons rencontrer.

Y compris au problème majeur de la crise dans l’Eglise ?

Quels sont les sujets importants aujourd’hui ? Les vocations, la sanctification des prêtres, le souci des âmes. La situation dramatique de l’Eglise ne doit pas avoir un tel impact psychologique sur nos esprits que nous ne soyons plus à même de nous acquitter de nos devoirs. La lucidité ne doit pas être paralysante : lorsqu’elle devient telle, elle se transforme en ténèbres. Envisager la crise à la lumière de la Croix nous permet de garder la sérénité et de prendre du recul, sérénité et recul qui sont tous deux indispensables pour nous garantir un jugement sûr.
La situation présente de l’Eglise est celle d’un déclin tragique : chute des vocations, du nombre de prêtres, de la pratique religieuse, disparition des habitudes chrétiennes, du sens de Dieu le plus élémentaire, qui se manifestent – hélas ! – aujourd’hui par la destruction de la morale naturelle…
Or la Fraternité possède tous les moyens pour guider le mouvement du retour à la Tradition. Plus précisément, nous avons à faire face à deux exigences :
  • d’un côté, préserver notre identité en rappelant la vérité et en dénonçant l’erreur : « Prædica verbum: insta opportune, importune : argue, obsecra, increpa, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte » (2 Tm 4, 2) ;
  • de l’autre, « in omni patientia, et doctrina, avec une entière patience et toujours en instruisant » (ibidem) : attirer à la Tradition ceux qui cheminent dans cette direction, les encourager, les introduire peu à peu au combat et à une attitude toujours plus courageuse. Il y a encore des âmes authentiquement catholiques qui ont soif de la vérité, et nous n’avons pas le droit de leur refuser le verre d’eau fraîche de l’Evangile par une attitude indifférente ou hautaine. Ces âmes finissent souvent par nous encourager nous-mêmes par leurs propres courage et détermination.
Ce sont deux exigences complémentaires que nous ne pouvons dissocier l’une de l’autre, en privilégiant soit la dénonciation des erreurs issues de Vatican II, soit l’assistance due à ceux qui prennent conscience de la crise et qui ont besoin d’être éclairés. Cette double exigence est profondément une, puisqu’elle est la manifestation de l’unique charité de la vérité.

Prêcher la parole, à temps et à contretemps, avec une entière patience et toujours en instruisant

Comment se traduit concrètement cette aide aux âmes assoiffées de vérité ?

Je pense qu’il ne faut pas mettre de limites à la Providence qui nous donnera au cas par cas des moyens adaptés aux différentes situations. Chaque âme est un monde à elle seule, elle a derrière elle un parcours personnel, et il faut la connaître individuellement pour être en mesure de lui venir efficacement en aide. Il s’agit avant tout d’une attitude fondamentale que nous devons cultiver chez nous, d’une disposition préalable à venir en aide, et non pas d’un souci illusoire d’établir le mode d’emploi universel qui s’appliquerait à chacun.
Pour donner des exemples concrets, nos séminaires accueillent actuellement plusieurs prêtres extérieurs à la Fraternité – trois à Zaitzkofen et deux à La Reja – qui veulent voir clair dans la situation de l’Eglise et qui surtout souhaitent vivre leur sacerdoce dans son intégralité.
C’est par le rayonnement du sacerdoce et uniquement par lui que l’on ramènera l’Eglise à la Tradition. Nous devons impérativement raviver cette conviction. La Fraternité Saint-Pie X aura bientôt quarante-huit ans d’existence. Par la grâce de Dieu, elle a connu une expansion prodigieuse dans le monde entier ; elle a des œuvres qui croissent partout, de nombreux prêtres, districts, prieurés, écoles… La contrepartie de cette expansion est que l’esprit de conquête initial s’est inévitablement affaibli. Sans le vouloir, nous sommes de plus en plus absorbés par la gestion des problèmes quotidiens engendrés par ce développement ; l’esprit apostolique peut en pâtir ; les grands idéaux risquent de s’affadir. Nous sommes à la troisième génération de prêtres depuis la fondation de la Fraternité en 1970… Il faut retrouver la ferveur missionnaire, celle que nous a insufflée notre fondateur.

Dans cette crise qui fait souffrir tant de fidèles attachés à la Tradition, comment concevoir les relations entre Rome et la Fraternité ?

Là aussi, nous devons tâcher de conserver un regard surnaturel, en évitant que cette question ne se transforme en obsession, car toute obsession assiège subjectivement l’esprit et l’empêche d’atteindre la vérité objective qui est son but.
Plus spécialement aujourd’hui, nous devons éviter la précipitation dans nos jugements, souvent favorisée par les moyens modernes de communication ; ne pas nous lancer dans le commentaire « définitif » d’un document romain ou d’un sujet sensible : sept minutes pour l’improviser et une minute pour le mettre en ligne… Avoir un « scoop », faire le « buzz » sont les nouvelles exigences des médias, mais ils proposent ainsi une information très superficielle et – ce qui est pire – à long terme, ils rendent impossible toute réflexion sérieuse et profonde. Les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs s’inquiètent, s’angoissent… Cette anxiété conditionne la réception de l’information. La Fraternité a trop souffert de cette tendance malsaine et – en dernière analyse – mondaine, que nous devons tous essayer de corriger d’urgence. Moins nous serons connectés à l’Internet, plus nous retrouverons la sérénité de l’esprit et du jugement. Moins nous aurons d’écrans, plus nous serons à même d’effectuer une appréciation objective des faits réels et de leur portée exacte.

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