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Les psaumes de laudes du dimanche Psaume 62

publié dans paroisse saint michel le 15 février 2019


Les psaumes de Laudes II

du dimanche du Bréviaire Romain.

Tome 3

 

Psaume 62

Ce psaume se divise en deux parties inégales, exprimant de vifs sentiments d’amour, v 1-9, et de confiance à l’égard de Dieu, v. 10-12.

Et tout d’abord l’amour à l’égard de Dieu.

« Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo » « O Dieu mon Dieu je veille aspirant à vous dès l’aurore ».

Ce premier vers est l’expression d’une âme enflammée vis-à-vis de Dieu et de son amour. « Deux, Deus meus », ne doit pas se traduire comme l’équivalent d’une invocation répétée. « Mon Dieu, Mon Dieu ». Non ! Elle renferme une profession de foi. « Mon Dieu, Oh Dieu vous êtes mon Dieu » ou encore « mon Dieu vous êtes ma force » ou encore : « O Dieu, vous êtes mon amour » de sorte que je vous cherche dès l’aurore, i.e. je vous cherche avec grande hâte, ou encore avec un vif désir. C’est ce que l’auteur répète de suite, dans le second vers : « Sitivit ad te anima mea », mais ce n’est pas seulement mon âme qui vous cherche, mais aussi mon corps : « « quam multipliciter tibi caro mea » « Mon âme a soif de vous Et combien ma chair aussi est altéré de vous ». Cela me fait penser au « sitio » de la Passion du Christ alors qu’il est agonisant cloué sur la Croix. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus interprète ce « sitio », arraché « de la chair » du Christ souffrant, comme un appel à l’amour d‘être aimé de ses créatures, un appel d’être aimé de ceux pour qui ces souffrances insondables sont supportées. Son appel sera-t-il entendu ?

«  Mon âme a soif de vous. Et combien ma chair aussi est altéré de vous ». Comme cette expression est légitime venant d’un cœur qui connait l’amour de son Dieu. Amour qui s’exprime tout particulièrement dans l’œuvre salvifique du Christ. L’œuvre salvifique de Dieu étant ce qu’elle est, un acte d’amour miséricordieux, nous devons y répondre par le plus grand des amours. « Mon âme a soif de vous. Et combien ma chair aussi est altéré de vous ».

C’est ce que nous enseignent les saints. Et plus particulièrement saint Grignon de Montfort et saint Bernard, ainsi que saint Thomas.

Saint Grignon de Montfort, dans le chapitre 13 de son livre « l’amour de la Sagesse éternelle » intitulé : « Abrégé des douleurs inexplicables que la Sagesse incarnée a voulu souffrir pour notre amour ».

Il écrit : « Entre toutes les raisons qui nous peuvent exciter à aimer Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, la plus puissante à mon avis [ce] sont les douleurs qu’il a voulu souffrir pour nous témoigner son amour. Il s’inspire de saint Bernard :

« Il y a, dit saint Bernard, un motif qui l’emporte par-dessus tous, que me pique plus sensiblement et me presse d’aimer Jésus-Christ, c’est, ô bon Jésus, le calice d’amertumes que vous avez bu pour nous, et l’œuvre de notre rédemption qui vous rend aimable à nos cœurs; car ce souverain bienfait et ce témoignage incomparable de votre amour acquiert aisément le nôtre: il nous attire plus doucement, il nous demande plus justement, il nous presse plus étroitement et il nous touche plus puissamment. Et la raison qu’il en donne en peu de mots: « Multum quippe laboravit sustinens: parce que ce cher Sauveur a beaucoup travaillé et beaucoup souffert pour venir à bout de nous racheter. Oh! Combien de peines et d’angoisses a-t-il essuyées! »

« Mais ce qui nous fera voir clairement cet amour infini de la Sagesse pour nous, nous dit saint Grignon de Montfort, [ce] sont les circonstances qui se rencontrent en ses souffrances, dont la première est l’excellence de sa personne qui, étant infinie, élève infiniment tout ce qu’elle a souffert en sa Passion. Si Dieu eût envoyé un séraphin ou un ange du dernier ordre pour se faire homme et mourir pour nous, c’eût été, sans doute, une chose très admirable et digne de nos reconnaissances éternelles; mais le Créateur du ciel et de la terre, le Fils unique de Dieu, la Sagesse éternelle, étant venue elle-même donner sa vie, auprès de laquelle les vies de tous les anges et de tous les hommes et de toutes les créatures ensemble sont infiniment moins considérables que la vie d’un seul moucheron comparé à celle de tous les monarques du monde, quel excès de charité nous fait-il voir en ce mystère, et quel doit être notre étonnement et notre reconnaissance!

Ainsi, pour Saint Grignon de Montfort, c’est la qualité de la victime, Dieu lui-même, qui manifeste l’immensité de l’amour divin pour nous et notre rachat.

Ainsi me présentant « dans votre sanctuaire » nous dit le psalmiste,  je contemple votre puissance et votre gloire » et reste confondu de tant d’amour. « Je me suis présenté devant vous dans le sanctuaire pour contempler votre puissance et votre gloire ».

Et dans ma prière et votre sanctuaire je me souviens de « la qualité des personnes pour lesquelles le Christ souffre. Ce sont des hommes, de viles créatures et ses ennemis, dont il n’avait rien à craindre ni rien à espérer. Il s’est trouvé quelquefois des amis qui sont morts pour leurs amis; mais trouvera-t-on jamais autre que le Fils de Dieu qui soit mort pour son ennemi? Commendat charitatem suam [Deus] in nobis; quoniam cum adhuc peccatores essemus secundum tempus Christus pro nobis mortuus est. [Rm 5,8-9]. Jésus-Christ a fait paraître l’amour qu’il nous porte en mourant pour nous, lors même qui nous étions encore pécheurs et par conséquent ses ennemis ».

Ainsi éclate, oh combien, votre miséricorde. C’est elle que je loue dans votre temple : « Labia mea laudabunt te » «  « mes lèvres vous loueront »

Et si je retiens mon attention sur « la multitude, la grièveté et la durée de (vos) souffrances. La multitude de (vos) douleurs est si grande que (vous êtes appelé : vir dolorum, l’homme de toutes les douleurs, dans lequel, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a pas une partie sans blessure: a planta pedis usque ad verticem, non est in eo sanitas. [Is 1,6] Ce cher ami de nos âmes a souffert en toutes choses: dans l’extérieur et dans l’intérieur, dans le corps et dans l’âme ».

Là, sur ce sujet, Saint Grignon de Montfort s’inspire manifestement de la pensée de saint Thomas. En effet saint Thomas fait la description des souffrances du Christ dans la question 46 de la III.

«  Il a souffert en ses biens, car sans parler de la pauvreté de sa naissance, de sa fuite et de sa demeure en Egypte et de toute sa vie, il fut en sa Passion dépouillé de ses habits par les soldats qui les partagèrent entre eux, et puis attaché tout nu au gibet, sans qu’on lui laissât un pauvre haillon pour le couvrir.

En son honneur et en sa réputation, pour avoir été chargé d’opprobres, et appelé blasphémateur, séditieux, ivrogne, gourmand et endiablé. En [sa] sagesse, parce qu’il fut tenu pour [un] ivrogne et un imposteur et traité comme un fol et un insensé. En sa puissance: réputé comme un enchanteur et un magicien, qui faisait de faux miracles par l’intelligence qu’il avait avec le diable. En ses disciples dont l’un le vendit et le trahit, le premier d’entre eux le renia, et les autres l’abandonnèrent.

Il souffrit de toutes sortes de personnes: des rois, des gouverneurs, des juges, des courtisans, des soldats, des pontifes, des prêtres, des ecclésiastiques et des séculiers, des Juifs et des Gentils, des hommes et des femmes, et généralement de tous; sa sainte Mère même lui fut un terrible surcroît d’afflictions, la voyant présente à sa mort, noyée dans un océan de tristesses au pied de la croix.

Notre cher Sauveur a de plus enduré en tous les membres de son corps: sa tête fut couronnée d’épines, ses cheveux et sa barbe arrachés, ses joues souffletées, son visage couvert de crachats, son col et ses bras étreints de cordes, ses épaules accablées et écorchées par le poids de la croix, ses pieds et ses mains percés de clous, son côté et son cœur ouverts d’une lance, et tout son corps déchiré sans pitié de plus de cinq mille coups de fouets, en sorte qu’on lui voyait les os à demi décharnés. Tous ses sens furent encore noyés en cette mer de douleurs: ses yeux, en voyant les grimaces et les moqueries de ses ennemis et les larmes de la désolation de ses amis; ses oreilles, en entendant les injures, les faux témoignages, les calomnies et les horribles blasphèmes que ces bouches maudites vomissaient contre lui; son odorat, par l’infection des crachats qu’on lui vomit au visage; son goût, par une très ardente soif en laquelle on ne lui donna que du fiel et du vinaigre; et les sens du toucher, par les excessives douleurs que lui firent les fouets, les épines et les clous.

Sa très sainte âme fut très grièvement tourmentée des péchés de tous les hommes, comme [d’]autant d’outrages faits à son Père qu’il aimait infiniment, et comme la source de la damnation de tant d’âmes qui, malgré sa mort et Passion, seraient damnées; et elle avait compassion, non seulement de tous les hommes en général, mais de chacun en particulier, qu’elle connaissait distinctement. Ce qui augmenta tous ses tourments, ce fut leur durée, qui commença depuis le premier instant de sa conception et dura jusqu’à sa mort; parce que, par la lumière infinie de sa sagesse, il voyait distinctement et avait toujours présents tous les maux qu’il devait endurer. Ajoutons à tous ses tourments le plus cruel et le plus épouvantable de tous, qui fut son abandon sur la croix, lorsqu’il s’écria: « Deus [meus], Deus meus, ut quid dereliquisti me: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous quitté, pourquoi m’avez-vous abandonné? »

A un tel spectacle, ce nouveau vers de notre auteur est bien légitime disant : « Sic benedicam te in vita mea ; et in nomine tuo levabo manus meas » « Ainui je vous bénirai toute ma vie et le lèverai mes mains en votre nom ».

De tout ceci, poursuit Grignon de Montfort,  il faut inférer, avec saint Thomas et les saints Pères, que notre bon Jésus a plus souffert que tous les martyrs ensemble, tant ceux qui seront jusqu’à la fin du monde que ceux qui ont été. Si donc la moindre douleur du Fils de Dieu est plus estimable et nous doit toucher plus sensiblement que si tous les anges et les hommes étaient morts et anéantis pour nous, quelle doit être notre douleur, notre reconnaissance et notre amour pour lui, puisqu’il a souffert pour nous tout ce qu’on peut souffrir, et avec une affection extrême, sans y être obligé! Proposito sibi gaudio sustinuit crucem. Heb.12. Ayant devant soi la joie, il a porté la croix. C’est-à-dire, selon les saints Pères, Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, pouvant demeurer là-haut au ciel, dans sa gloire, infiniment éloigné de nos misères, il a mieux aimé, en notre considération, descendre en terre, se faire homme et être crucifié. Après s’être fait homme, elle pouvait communiquer à son corps la même joie, la même immortalité et la même béatitude dont il jouit maintenant; mais elle ne le voulut pas, afin de pouvoir souffrir.

Rupert ajoute que le Père éternel proposa à son Fils, au moment de son incarnation, le choix de sauver le monde par les plaisirs ou par les afflictions, par les honneurs ou par les mépris, par les richesses ou par la pauvreté, par la vie ou par la mort; en sorte qu’il eût pu, s’il eût voulu, avec la joie, les délices, les plaisirs et les honneurs et les richesses, glorieux et triomphant, racheter les hommes et les mener avec soi en paradis. Mais il choisit plutôt les maux et la croix, pour rendre à Dieu son Père plus de gloire et aux hommes un témoignage d’un plus grand amour ».

Aussi sont justifiées de nouveau, oh combien ! les sentiments exprimés dans ce nouveau vers : « Sicut adipe et pinguedine repleatur anima mea : et labiis exsultationis laudabit os meum » « Que mon âme soit comme rassasiée et engraissée et ma bouche vous louera avec des lèvres d’allégresse ».

« Bien plus, poursuit saint Grignon de Montfort, il nous a tant aimés, qu’au lieu d’abréger ses peines, il désirait de les prolonger et d’en endurer encore mille fois davantage; c’est pourquoi, sur la croix, lorsqu’il était foulé d’opprobres et abîmé dans la souffrance, comme s’il ne souffrait pas assez, il s’écria: « Sitio: J’ai soif. » Et de quoi avait-il soif? « Sitis haec », dit saint Laurent Justinien, « de ardore dilectionis, de amoris fonte, de latitudine nascitur et charitatis: sitiebat nos et dare se nobis desiderabat: Cette soif provenait de l’ardeur de son amour, de la fontaine et de l’abondance de sa charité. Il avait soif de nous, et de se donner à nous et de souffrir pour nous. »

Je ne peux pas ne  pas vous aimer en retour et vous contempler « et méditer sur vous »

« Après cela, n’avons-nous pas raison de nous écrier avec saint François de Paule: « O charité! ô Dieu charité! Oh! que la charité que vous nous avez montrée, en souffrant et mourant, est excessive! » ou, avec sainte Marie-Madeleine de Pazzi embrassant un crucifix: « O amour! ô amour! combien peu êtes-vous connu! » ou, avec saint François d’Assise se traînant dans la boue au milieu des rues: « Oh! Jésus, mon amour crucifié, n’est point connu! Jésus, mon amour, n’est point aimé! » En effet, la sainte Eglise fait dire avec vérité tous les jours: « Mundus eum non cognovit: Le monde ne connaît point Jésus-Christ, la Sagesse incarnée; et, à parler sainement, connaître ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous et ne point l’aimer ardemment, comme le monde fait, est une chose moralement impossible ». Et pourtant ! Malheur.

« Mon âme a soif de vous et combien ma chair aussi est altéré de vous »

Et alors suivent des vers exprimant la confiance.

Qui craindre ? Que craindre après avoir été tant aimé par le Fils de Dieu :

« Si memor fui tui super stratum meum, in matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus » «  Si je me souviens de vous sur ma couche, dès le matin je méditerai sur vous. Car vous avez été mon défenseur »

« Et in velamento alarum tuarum exsutabo, adhaesit anima mea post te : me suscepit dextera tua » « Et je me réjouirai à l’ombre de vos ailes. Mon âme s’est attachée à votre suite, et votre droite m’a soutenu » ;

« Ipsi vero in vanum quaesierunt animam meam, introibunt in inferiorum terrae ; tradentur in manus gladii, partes vulpium erunt » « Quant à eux, c’est en vain qu’ils ont cherché à m’ôter la vie. Ils entreront dans les profondeurs de la terre ; ils seront livrés au pouvoir du glaive ; ils deviendront la proie des renards »

« Rex vero laetabitur in Deo, laudabuntur omnes qui jurant in eo : quia obstructum est os loquentium inqua » « Mais le roi se réjouira en Dieu ; tous ceux qui jurent par lui se féliciteront, car la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité a été fermée ».

Terminons cette méditation sur l’amour de Dieu et la confiance qu’il engendre dans l’âme fidèle, par ces quelques belles phrases de saint Bernard tiré de soin petit traité de « l’amour de Dieu » que je vous recommande très vivement et que je commente dans les retraites ignaciennes de l’IBP que je vous encourage de faire:

« L’époux céleste accourt avec empressement et réside avec délice en un lieu où la grâce de sa Passion et la gloire de sa Résurrection sont l’objet d’une constante méditation » (p38)

Ou encore : « Si nous désirons que le Christ se fasse souvent notre hôte, nous devons conserver dans notre cœur les témoignages fidèles de sa mort miséricordieux et de sa glorieuse résurrection »

Ou encore : « la mémoire de la (Passion) sert de consolation à la génération qui poursuit ici-bas son pèlerinage (p. 41)

Ou encore,  cette merveilleuse prière : « Et si je dois me donner tout entier à Dieu parce qu’il m’a créé, ma dette est beaucoup plus grande parce qu’il m’a recréé d’une façon plus merveilleuse encore. Oui, pour Dieu, cela a été moins facile de me recréer que de me créer. Pour me créer, et pour créer tout ce qui existe, les Livres Saints disent : « Dieu a dit une seule parole, et tout a été fait » (Psaume 148, 5). Mais celui qui m’a créé par une seule parole a dû faire beaucoup plus pour me recréer. Il a dû faire des choses merveilleuses. Il a dû supporter des choses dures, et non seulement dures, mais des souffrances qui ne sont pas dignes de Dieu. « Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il m’a donnés ? » (Psaume 115, 12). Au début, quand Dieu m’a créé, il m’a donné la vie à moi-même. Puis, quand Dieu m’a recréé, il s’est donné lui-même à moi. Et en se donnant lui-même, il m’a rendu la vie. C’est donc une double dette que j’ai envers lui. Ainsi, il m’a donné une première fois à moi-même, puis il m’a rendu une seconde fois à moi-même. Mais que rendrai-je à Dieu qui se donne à moi ? Même si je pouvais me donner mille fois, est-ce que je suis quelque chose, moi, à côté de Dieu ? »

 

 

 

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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