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A Villeneuve-sur-Lot, le couvent des annonciades ferme…

publié dans nouvelles de chrétienté le 5 mai 2019


Emmanuel Macron est venu fêter Léonard de Vinci à Amboise. Amboise, ce château édifié par Louis XI et marqué par le destin tragique de Charles VIII, l’enfant du miracle tard venu, qui y est né, y a vécu une jeunesse protégée et y est mort, à 28 ans, après avoir heurté un linteau. Mort inattendue qui donna le trône à son cousin Louis d’Orléans dont le premier acte fut de répudier Jeanne de France, fille de Louis XI, pour épouser, raison d’État oblige, Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. C’est cette succession d’imprévus, de tragédies, avec lesquels Dieu travaille, qui poussa Jeanne à fonder l’ordre de l’Annonciade. Et c’est la répudiée, la sacrifiée, qui nous fait encore signe aujourd’hui.

À Villeneuve-sur-Lot, il y a un festival de photographie, le « Mai de la photo », depuis quinze ans. À Villeneuve-sur-Lot, il y a aussi un monastère de l’ordre de l’Annonciade, depuis presque… 400 ans. Il y a ? Dans quelques semaines, il faudra parler au passé : il y avait, il y a eu…

En effet, à l’automne, l’évêque d’Agen a publié la lettre suivante :

« C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous apprenons la fermeture prochaine du monastère de l’Annonciade de Villeneuve-sur-Lot. C’est une décision que les sœurs ont longuement mûrie depuis 2012. Elles ont pris le temps d’envisager leur avenir dans la prière et le discernement spirituel.
Les raisons de leur départ sont les suivantes : le manque de vocations (les sœurs ne sont plus que six au monastère), le vieillissement et des santés fragiles.
[…]
Les sœurs ne vont pas partir précipitamment. Plusieurs mois seront nécessaires pour s’y préparer. En effet, le monastère étant mis en vente, il faudra dans le même temps faire une demande de fermeture canonique à Rome (à condition que le devenir des sœurs et des biens soit assuré) et, en dernier lieu, procéder à l’abrogation de la reconnaissance légale par l’État.
Les sépultures des sœurs seront déplacées et il faudra s’interroger sur l’avenir de la chapelle.
C’est une douleur immense pour notre diocèse qui, par le fait même, s’appauvrit. Les sœurs accueillaient volontiers des groupes du diocèse pour des réunions.
Le monastère, par son histoire, faisait partie de notre patrimoine religieux et la spiritualité de sainte Jeanne de France a nourri la foi de tous. Nous perdons vraiment beaucoup avec le départ des Annonciades. […] »

Oui, beaucoup de tristesse… Aujourd’hui, les tombes ont été transférées. L’heure du départ approche et – comment dire ? – je ne dois pas être le seul à ressentir comme un grand vide à l’idée de voir partir ces six « petites sœurs ». Avec une bonne dose de mauvaise conscience, aussi. À Villeneuve, les sœurs, par leur présence, leur discrétion, leur service, leur prière, ont beaucoup compté. Pour beaucoup. Les catholiques, bien sûr. Mais au-delà. Les Annonciades faisaient partie du « paysage » avec les murs et la chapelle du monastère visibles de la rive droite, près du pont de la Libération et d’un rond-point – tout un programme… Elles faisaient partie du paysage et de l’âme de cette petite sous-préfecture. Les lycéens de ma génération se souviennent qu’elles abritaient des chambres pour jeunes filles. Des jeunes ou des moins jeunes se sont souvent arrêtés prier dans la chapelle. Nous sommes nombreux à y avoir des souvenirs.

Donc, ce lundi 15 avril, alors que le feu dévorait la flèche de Notre-Dame, le « Mai de la photo » commençait à accrocher ses photos sur les murs extérieurs du monastère. Symbole, symbole… En effet, cette année, cette manifestation a choisi de montrer dans la ville, sur les allées Jeanne-de-France, sur le mur extérieur du monastère, et dans le jardin de la mairie, des photos de Thierry Cecchinato et Christian Loubradou, rassemblées sous le titre : « Les Annonciades, une histoire villeneuvoise ».

Comme s’il fallait un grand feu, un grand départ pour, soudain, voir ce que l’on ne voulait pas voir, notre grand vide contemporain et la force de cette petite espérance. Notre bouleversement actuel n’est peut-être pas sa dernière œuvre.

Alors, chères sœurs, et vous, sainte Jeanne de France, et vous Notre-Dame, priez pour nous, pauvres pécheurs.

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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