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Les psaumes de Sexte au dimanche: Psaume 118 F

publié dans paroisse saint michel le 4 mai 2019


Les psaumes du dimanche à Sexte

T 6

Psaume 118 F

«Defecit in salutare tuum anima mea et in verbum tuum supersperavi »

« Mon âme languit dans l’attente de votre salut et j’espère fermement en votre parole »

Ce psaume expose les difficultés que le fidèle rencontre dans le monde pour rester fidèle à la loi divine, aux commandements, à sa « parole ». Il sait qu’il vaincra parce qu’il s’appuie sur Dieu et que  Dieu est le plus fort puisque « toutes choses (lui) obéissent ». C’est dans cette force divine, dans cette « parole divine » que l’âme du fidèle met son espérance et qu’ elle « attend » son salut…même si elle craint de « défaillir », « defecit ».

Cette première strophe, de prime abord, pourrait paraître contradictoire : ou je possède le salut et en ai une ferme espérance parce que je suis sûr de la parole de Dieu ; ou, malgré cette parole, je crains de ne pas connaître ce salut : « Defecit in salutare tuum anima mea », je crains de « défaillir » dans l’attente de mon salut. Soit l’un. Soit l’autre. Soit une certitude : « j’espère fermement en votre parole » « supersperavi in verbum tuum ».  Soit la craindre de ne jamais posséder ce salut. Soit l’un. Soit l’autre.

Malgré les apparences, cette strophe n’est nullement contradictoire, on peut l’interpréter en s’inspirant de la Première  Epître de Saint Pierre. Elle exprime simplement une loi fondamentale de la vie chrétienne qui vit dans la certitude du salut de son âme même si il faut «  encore pour un peu de temps être affligés par diverses épreuves ». Voilà la parole de saint Pierre : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa grande miséricorde nous a régénérés par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts pour une vivante espérance ; pour un héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, qui vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut, qui est prêt à se manifester au dernier moment. Dans cette pensée, vous tressaillez de joie,  – (Voilà la certitude exprimée, le fondement de notre espérance certaine, elle repose sur la puissance de Dieu ;  ce que dit également le psalmiste lorsqu’il affirme : «  et j’espère fermement en votre parole » « et in verbum tuum supersperavi ») –  bien qu’il vous faille encore pour un peu de temps être affligés – ( saint Jérôme traduit cette pensée par le verbe « contristari » : être attristé, être assombri) – par diverses épreuves (Voilà l’inquiétude exprimée de l’âme devant les difficultés de la vie qui peuvent dangereusement nuire l’acquisition du salut,  ce que dit de la même manière, mais avec d’autres mots, le psalmiste : « Mon âme (défaille) dans l’attente de votre salut » « defecit in salutare tuum anima mea ») afin que l’épreuve de votre foi beaucoup plus précieuse que l’or périssable que l’on ne laisse pourtant pas d’éprouver par le feu, vous soit un sujet de louange, de gloire et d’honneur lorsque se manifestera Jésus-Christ. Vous l’aimez sans l’avoir jamais vu ; vous croyez en lui, bien que maintenant encore vous ne le voyiez pas ; et vous tressaillez d’une joie ineffable, et pleine de gloire, sûrs que vous êtes de remporter le prix de votre foi, le salut de vos âmes »(I Pet 1 369)

Saint Pierre, comme le psalmiste, expose une loi de la vie spirituelle, elle est faite de certitudes, mais, je dirais, volontiers, comme saint Paul, portées dans des « vases d’argiles » et sous ce rapport il n’est pas faux de dire avec le psalmiste : « Mon âme languit dans l’attente de votre salut » « defecit in salutare tuum anima mea ».

Je crois que je donne une interprétation juste de cette strophe, un peu surprenant de prime abord. C’est au milieu des tribulations qu’il faut gagner son ciel. La gloire n’en sera que plus grande, nous assure saint Pierre !

« Defecerunt oculi mei in eloquium tuum, dicentes : quando consolaberis me » « Mes yeux languissent après votre parole, vous disant : quand me consolerez-vous ».

Il me semble que cette deuxième strophe confirme mon interprétation précédente. En effet si je vis aussi, malgré ma certitude, dans l’inquiétude de mon salut, en raison de ma faiblesse, il est bien légitime et parfaitement compréhensible que mes « yeux » se tournent vers le Seigneur pour lui dire mon inquiétude et le supplier, en même temps,  de me consoler. C’est comme si j’entendais Sainte Jeanne d’Arc brulant sur son bucher à Rouen, lançant au ciel ses « Jésus » pathétiques et cela par trois fois, non point pour exprimer l’inquiétude de son salut, mais  bien plus, pour exprimer la certitude de son salut et sa « consolation » prochaine. Car elle aussi, comme le juste de notre psaume, n’a pas oublié les justifications du Seigneur. « Justificationes tuas non sum oblitus » « Je n’ai pas oublié vos « justifications », votre salut promis.

Ces « Jésus » exprimés par trois fois par Jeanne sur son bucher ne peuvent-ils pas être aussi un bon commentaire de notre troisième strophe : « Quot sunt dies servi tui ? quando facies de persequentibus me judicium » « Quel est le nombre des jours de votre serviteur ? Quand ferez-vous justice de ceux qui me persécutent ». Le Maître de tout,  de lui répondre : bientôt, Fille de France.  Ce soir, « tu seras avec moi dans le Royaume de Dieu » et « tes juges iniques seront confondus ».

« Narraverunt mihi iniqui fabulationes, sed non ut lex tua » « Les méchants m’ont entretenu de choses vaines ; mais ce n’était pas comme votre loi » ;

On peut comprendre parfaitement le sens de cette strophe en restant dans l’Epître de saint Pierre citée plus haut. Rappelez-vous son enseignement qui est toute la loi évangélique, à savoir la certitude de la vie éternelle, acquis par le sang du Christ sur le bois de la Croix. Vis-à-vis de la richesse, de la sublimité de cet enseignement, les choses humaines sont, il est vrai, bien vaines: « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa grande miséricorde nous a régénérés par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts pour une vivante espérance ; pour un héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, qui vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut, qui est prêt à se manifester au dernier moment. Dans cette pensée, vous tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore pour un peu de temps être affligés par diverses épreuves,afin que l’épreuve de votre foi beaucoup plus précieuse que l’or périssable que l’on ne laisse pourtant pas d’éprouver par le feu, vous soit un sujet de louange, de gloire et d’honneur lorsque se manifestera Jésus-Christ. Vous l’aimez sans l’avoir jamais vu ; vous croyez en lui, bien que maintenant encore vous ne le voyiez pas ; et vous tressaillez d’une joie ineffable, et pleine de gloire, sûrs que vous êtes de remporter le prix de votre foi, le salut de vos âmes ».(I Pet 1 3-9)

Vis-à-vis de la richesse de cet enseignement, combien pâles sont les choses du monde. On comprend que Saint Paul puisse considérer les choses de ce monde comme de la « balayeur » et qu’il puisse crier « qui me séparera de ce Dieu de bonté » ?  Voyez la richesse de l’enseignement de l’Evangile ! Cette richesse est insondable et comble de bien les affamés de justice et ceux qui vivent de l’Esprit : «  Nous savons, en effet, que, si cette tente, notre demeure terrestre, vient à être détruite, nous avons une maison qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans le ciel. Aussi gémissons-nous, dans cette tente, dans l’ardent désir que nous avons d’être revêtus de notre demeure céleste, si du moins nous sommes trouvés vêtus, et non pas nus.  Car tant que nous sommes dans cette tente, nous gémissons accablés, parce que nous voulons, non pas ôter notre vêtement, mais revêtir l’autre par-dessus, afin que ce qu’il y a de mortel soit englouti par la vie. Et celui qui nous a formés pour cela, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit. Etant donc toujours pleins d’assurance, et sachant que, aussi longtemps que nous habitons dans ce corps, nous sommes loin du Seigneur, — car nous marchons par la foi, et non par la vue, —  dans cette assurance, nous aimons mieux déloger de ce corps et habiter auprès du Seigneur. C’est pour cela aussi que nous nous efforçons d’être agréable à Dieu, soit que nous demeurions dans ce corps, soit que nous le quittions. Car nous tous, il nous faut comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qu’il a mérité étant dans son corps, selon ses œuvres, soit bien, soit mal. Etant donc pénétrés de la crainte du Seigneur, nous cherchons à convaincre les hommes ; quant à Dieu, il nous connaît intimement, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi.
Car l’amour du Christ nous presse, persuadés, comme nous le sommes, que si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts ; et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux….Aussi bien, quiconque est en Jésus-Christ est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées, voyez, tout est devenu nouveau. Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et qui nous a confié le ministère de la réconciliation. Car Dieu réconciliait le monde avec lui-même dans le Christ, n’imputant pas aux hommes leurs offenses, et mettant sur nos lèvres la parole de la réconciliation…. Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu ».

Voilà l’enseignement de l’Evangile. Quelle plénitude ! Comme le psalmiste a raison d’écrire: « les méchants m’ont entretenu de choses vaines ; mais ce n’était pas comme votre loi » qui est la vérité même : « Omnia mandata  tua veritas » « tous vos commandements sont la vérité même » et j’ai trouvé la vie dans la méditation de vos paroles. C’est ce que veut dire le psalmiste lorsqu’il écrit : « Peu m’en est fallu que (vos ennemis) ne m’anéantissent dans le pays ; mais je n’ai pas abandonné vos commandements » et j’ai trouvé la vie, la vie même  de Dieu.

« Secundum misericordiam tuam vivifica me et custodiam testimonia oris tui” « Faites-moi vivre selon votre miséricorde et je garderai les témoignages de votre bouche». Et de fait, cette vie que me donne l’enseignement du Christ, « je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn1) est d’abord et avant tout l’œuvre de la miséricorde de Dieu. Ce n’est pas nos mérites qui ont attiré la miséricorde de Dieu sur nous et son œuvre de sanctification.  Non ! Comme le dit encore saint Paul « alors que nous étions encore pécheurs, le Christ pour nous est mort ». Toute sanctification est l’œuvre de la miséricorde de Dieu. Si nous sommes régénérés dans le Christ, si nous sommes une nouvelle créature, c’est par l’effet de la  miséricorde de Dieu. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu et si tu l’as reçu pourquoi t’en orgueillir ? » nous dit toujours saint Paul, ce génie du Christianisme. C’est donc dans un cœur humble que « je garderai les « testimonia » Dei,  les « témoignages de votre bouche ».

Et je ne saurais être confondu dans ma fidélité à votre enseignement, ou pour s’exprimer comme le psalmiste :  « aux témoignages de votre bouche » car vous êtes le Dieu tout puissant. « Eternelle est votre parole », tout comme Vous : « In aeternum Domine, verbum tuum permanet in coelo ».

 Suivent alors trois strophes qui affirment la toute-puissance de Dieu, garantie de sa parole :

– « Car votre Vérité se transmet de génération en génération » 

– « tout comme le « jour subsiste par votre ordre, car toutes choses vous obéissent ».

Aussi, Seigneur, je confesse que vous êtes ma « vie », que votre « loi » est  la raison de ma vie, de mon existence, de mon sacerdoce. Dès lors, « si je n’avais pas fait ma méditation de votre loi, j’aurais peut-être péri dans mon humiliation ». « tunc forte perissem in humilitate mea ». « In humilitate » c’est-à-dire, dans mon « néant ». Je suis, de fait, plus proche du néant que de l’être. Je suis, à propos parler, « ab alio ». C’est Dieu  qui est à proprement parler la raison de mon être : « Tu nous as fait pour toi Seigneur, dit Saint Augustin, et mon cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en toi ». Il faut sans cesse redire au monde cette vérité. Dieu est tout. Dieu est ma raison d’être. Je trouve en Lui ma signification. Son évangile est ma vie. En dehors de Lui, il n’y a que mort. Jean Paul II parlait bien dans son Exhortation Apostolique « Ecclesia in Europa » d’une « civilisation de mort », en raison de l’apostasie se développant. « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ». C’est ce que reconnait merveilleusement le psalmiste lorsqu’il écrit :

« In aeternum non obliviscar justificationes tuas, quia in ipsis vivificasti me » « je n’oublierai jamais vos préceptes car c’est par eux que vous m’avez donné la vie ».

N’est-ce pas aussi ce que veut dire le psalmiste lorsqu’il écrit : « Tuus sum ego, salvum me fac ; quoniam justificationes tuas exquisivi » « je suis à vous, sauvez moi parce que j’ai recherché vos précepte » ;

« Tuus sum ego, salvum me fac » : il me plait de vous rappeler que c’est par ces paroles que le Père Calmel signait son fameux texte, historique, prenant position contre la nouvelle messe de Paul VI. Il nous disait pourquoi il ne suivrait pas cette réforme liturgique « bunignienne », parce que plus protestante que catholique. « Elle vient du protestatisme et conduit au protestatisme, disait Mgr Lefebvre. Il est intéressant de remarquer aussi que ces paroles sont immédiatement suivies de ces autres paroles : « quoniam justificationes tuas exquisivi » «  parce que j’ai recherché vos préceptes ». « les préceptes », la « loi du Seigneur », la loi liturgique.

« les pécheurs m’ont attendu pour me perdre, mais j’ai compris vos enseignements » « testimonia tua intellexi ». J’ai compris votre « tradition » que j’ai voulu garder. Honte à ces évêques qui ont suivi le cours de l’hérésie, condamnant, pour se justifier, le « juste »…

« Omnis consummationis vidi finem, latum mandatum tuum nimis » « J’ai vu la fin de toute perfection, votre loi a une étendue infinie ». Pourquoi ne pas penser que le Père Calmel utilisant la strophe, un  peu plus haut citée, comme signature de sa protestation de foi liturgique,  ait eu également dans l’esprit cette ultime strophe de ce psaume « latum mandatum tuum nimis » « votre loi a une étendue infinie » et vaut pour tous les siècles, à jamais. Elle est éternelle. Ainsi de la loi liturgique. Ainsi de la Bulle « Quo Primum tempore » de saint Pie V. Aussi peut-on comprendre que ce saint Pape ait pu signer son document par ses paroles formidables : « Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime notre permission, notre décisions, notre ordonnance, notre commandement, notre précepte, notre concession, notre indult, notre déclaration, notre décret et notre interdiction, ou n’ose aller témérairement à l’encontre de ces dispositions. Si cependant, quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul ». « Donné à Rome, à Saint-Pierre, l’an mil cinq cent soixante-dix de l’Incarnation du Seigneur, en la cinquième année de Notre pontificat.
Sa Sainteté le Pape Pie V
 ». Et vous croyez que celui qui a osé toucher à ce trésor peut être sur les autels ? Non. Et Mgr Lefebvre réglait la chose en disant : ils ne croient plus à leur infaillibilité !

Le Père Calmel, lui, prenant la défense de cette loi éternelle, a pu connaître une paix parfaite dans la méditation de cet ultime strophe : « latum mandatum tuum nimis » « votre loi a une étendue infinie ».

 

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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