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Petit traité pour les nuls sur la sainte Messe, le trésor de l’Eglise

publié dans la doctrine catholique le 31 octobre 2019


Chapitre 1

La Sainte Messe
Le trésor de l’Eglise

La messe traditionnelle, latine, et grégorienne, dite de saint Pie V, est le vrai trésor de l’Eglise. Comme tout trésor, il faut l’apprécier, l’estimer et l’aimer et le défendre, s’il est attaqué. Mais pour l’aimer, il faut le bien connaître. Un bien ne saurait être aimé qu’autant qu’il est connu.

Ce sera notre but, dans cette introduction : mieux connaître ce trésor de l’Eglise qu’est la messe. Le mieux connaître pour d’abord en vivre, le mieux aimer, pour le mieux défendre et ainsi apprécier à sa juste valeur le combat de la messe que Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer menèrent leur vie durant, action courageuse qui nous ont permis de retrouver cette messe tridentine..

Ce sera en effet l’objet de ce cours : l’histoire de l’injuste interdiction de la messe et sa juste reconnaissance, et pour reprendre le titre du livre de Jean Madiran sur ce sujet, l’objet de ce cours sera fondamentalement :

« l’histoire de la messe outragée »

La messe.

Si je devais résumer d’un mot ce qu’est la messe, je dirais que la Messe, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ Crucifié. Voilà pourquoi il faut l’aimer. Saint Paul ne faisait-il pas profession, lui, « de ne connaître rien d’autre que Jésus-Christ et Jésus Crucifié » (1 Cor 2 2)

Savez-vous ce qu’est la messe en réalité ?

« Elle est le sacrifice de la Croix renouvelé sacramentellement sur nos autels »

Voilà la grande vérité dogmatique sur la messe : elle est le sacrifice du Christ renouvelé sur les autels de nos églises.

Section 1 : Le Sacrifice de la Messe est le même que Celui du Calvaire.

Le premier et principal caractère d’excellence de la sainte Messe, c’est que nous devons la considérer comme étant essentiellement et absolument le même Sacrifice que celui qui fut offert au Calvaire. Une seule différence se présente : sur la croix, il fut sanglant et il n’eut lieu qu’une seule fois, et en cette seule fois, il eut assez de vertu pour expier pleinement toutes les iniquités de l’univers. Car il fut le Sacrifice du Fis de Dieu fait homme, du Dieu-Homme. Sur l’autel, il n’y a point de sang répandu, il est sacramentel ; de plus, le Sacrifice se renouvelle à l’infini, et son objet direct est d’appliquer à chacun en particulier, la rédemption générale acquise par Jésus dans sa douloureuse immolation.

§-1 : C’est tout l’enseignement de notre foi.

Voici l’enseignement du catéchisme du Concile de Trente exprimé dans le § 8 du chapitre XX sur le sacrement de l’Eucharistie considéré comme sacrifice

§ VIII. — LE SACRIFICE DE LA MESSE EST LE MEME QUE CELUI DE LA CROIX.

Nous reconnaissons donc que le Sacrifice qui s’accomplit à la Messe, et celui qui fut offert sur la Croix ne sont et ne doivent être qu’un seul et même Sacrifice, comme il n’y a qu’une seule et même Victime, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s’est immolé une fois sur la Croix d’une manière sanglante. Car il n’y a pas deux hosties, l’une sanglante, et l’autre non sanglante, il n’y en a qu’une ; il n’y a qu’une seule et même Victime dont l’immolation se renouvelle tous les jours dans l’Eucharistie depuis que le Seigneur a porté ce Commandement « Faites ceci en mémoire de Moi. »

Il n’y a non plus qu’un seul et même Prêtre dans ce Sacrifice, c’est Jésus-Christ. Car les Ministres qui l’offrent n’agissent pas en leur propre nom. Ils représentent la Personne de Jésus-Christ, lorsqu’ils consacrent son Corps et son Sang, comme on le voit par les paroles mêmes de la Consécration. Car les prêtres ne disent pas : Ceci est le Corps de Jésus-Christ, mais, Ceci est mon Corps : se mettant ainsi à la place de Notre-Seigneur, pour convertir la substance du pain et du vin en la véritable substance de son Corps et de son Sang.

Les choses étant ainsi, il faut sans aucune hésitation enseigner avec le saint Concile que l’auguste Sacrifice de la Messe n’est pas seulement un Sacrifice de louanges et d’actions de grâces, ni un simple mémorial de celui qui a été offert sur la Croix, mais encore un vrai Sacrifice de propitiation, pour apaiser Dieu et nous le rendre favorable. Si donc nous immolons et si nous offrons cette victime très sainte avec un cœur pur, une Foi vive et une douleur profonde de nos péchés, nous obtiendrons infailliblement miséricorde de la part du Seigneur, et le secours de sa Grâce dans tous nos besoins. Le parfum qui s’exhale de ce Sacrifice lui est si agréable qu’Il nous accorde les dons de la grâce et du repentir, et qu’Il pardonne nos péchés. Aussi l’Eglise dit-elle dans une de ses Prières solennelles : « Chaque fois que nous renouvelons la célébration de ce sacrifice, nous opérons l’œuvre de notre salut. » Car tous les mérites si abondants de la Victime sanglante se répandent sur nous par ce Sacrifice non sanglant ».

Retenons l’enseignement du catéchisme du Concile de Trente: le sacrifice de la messe est le sacrifice de la Croix parce que c’est la même Victime, Jésus-Christ, c’est le même Prêtre, NSJC qui s’offre à son Père en très agréable odeur, les prêtres n’étant que les ministres de ce sacrifice du Christ. C’est toutefois, toute leur gloire et leur honneur.

Retenons aussi les finalités du sacrifice de la Croix, de la messe : finalité de louange et d’action de grâce, finalité de propitiation qui apaise Dieu et nous le rend favorable.

§- 2 : C’est également l’enseignement du Concile de Trente lui-même sur le sacrifice de la messe en son chapitre 1.

Concile de Trente – SESSION XXII – 17 septembre 1562
Doctrine et canons sur le très saint sacrifice de la messe
Chapitre I
Parce que la perfection n’avait pas été réalisée sous la première Alliance, au témoignage de l’apôtre Paul, en raison de la faiblesse du sacerdoce lévitique, il a fallu, Dieu le Père des miséricordes l’ordonnant ainsi, que se lève un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédech1, notre Seigneur Jésus Christ, qui pourrait amener à la plénitude et conduire à la perfection tous ceux qui devaient être sanctifiés. Sans doute, lui, notre Dieu et Seigneur, allait-il s’offrir lui-même une fois pour toutes à Dieu le Père sur l’autel de la croix par sa mort2, afin de réaliser pour eux un rédemption éternelle. Cependant, parce qu’il ne fallait pas que son sacerdoce soit éteint par la mort, lors de la dernière Cène, la nuit où il fut livré3, il voulut laisser à l’Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice qui soit visible (comme l’exige la nature humaine). Par là serait représenté le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir une fois pour toutes sur la croix, le souvenir en demeurerait jusqu’à la fin du monde et sa vertu salutaire serait appliquée à la rémission de ces péchés que nous commettons chaque jour. Se déclarant établi prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech4, il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; sous le symbole de celles-ci, il les donna aux apôtres (qu’il constituait alors prêtres de la nouvelle Alliance) pour qu’ils les prennent; et à ceux-ci ainsi qu’à leurs successeurs dans le sacerdoce, il ordonna de les offrir en prononçant ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi5, comme l’a toujours compris et enseigné l’Église catholique. En effet, ayant célébré la Pâque ancienne, que la multitude des enfants d’Israël immolait en souvenir de la sortie d’Égypte, il institua la Pâque nouvelle où lui-même doit être immolé par l’Église, par le ministère des prêtres, sous des signes visibles en mémoire de son passage de ce monde à son Père, lorsque, par l’effusion de son sang, il nous racheta et nous arracha à la puissance des ténèbres et nous fit passer dans son royaume6. Et c’est là l’oblation pure, qui ne peut être souillée par aucune indignité ou malice de ceux qui l’offrent, dont le Seigneur a prédit par Malachie qu’elle devrait être offerte pure en tout lieu en son nom, qui serait grand parmi les nations7, que l’apôtre Paul a désigné sans ambiguïté lorsque, écrivant aux Corinthiens, il dit: ceux qui se sont souillés en participant à la table des démons ne peuvent participer à la table du Seigneur8, entendant par le mot ´ table ª, dans l’un et l’autre cas, l’autel. C’est elle, enfin, qui, au temps de la nature et de la Loi, était figurée par les diverses images des sacrifices, en teint que renfermant en elle tous les biens que ceux-ci signifiaient, en étant la consommation et la perfection de tous.
Chapitre II
Parce que, dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ est contenu et immolé de manière non sanglante, lui qui s’est offert une fois pour toutes de manière sanglante sur l’autel de la Croix, le saint concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et que par lui il se fait que, si nous nous approchons de Dieu avec un cœur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents, nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce d’un secours opportun9. Apaisé par l’oblation de ce sacrifice, le Seigneur, en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes. C’est, en effet, une seule et même victime, c’est le même qui, s’offrant maintenant par le ministère des prêtres, s’est offert alors lui-même sur la Croix, la manière de s’offrir étant seule différente. Les fruits de cette oblation – celle qui est sanglante – sont reçus abondamment par le moyen de cette oblation non sanglante ; tant il s’en faut que celle-ci ne fasse en aucune façon tort à celle-là. C’est pourquoi, conformément à la tradition des apôtres, elle est légitimement offerte, non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres besoins des fidèles vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés ».
Canons sur le très saint sacrifice de la messe
1. Si quelqu’un dit que, dans la messe, n’est pas offert à Dieu un véritable et authentique sacrifice ou qu’´ être offert ª ne signifie pas autre chose que le fait que le Christ nous est donné en nourriture : qu’il soit anathème.
2. Si quelqu’un dit que par ces mots : Faites ceci en mémoire de moi17, le Christ n’a pas institué les apôtres prêtres, ou qu’il n’a pas ordonné qu’eux et les autres prêtres offrent son corps et son sang : qu’il soit anathème.
3. Si quelqu’un dit que le sacrifice de la messe n’est qu’un sacrifice de louange et d’action de grâces, ou simple commémoration du sacrifice accompli sur la Croix, mais n’est pas un sacrifice propitiatoire ; ou qu’il n’est profitable qu’à celui-là seul qui reçoit le Christ et qu’il ne doit pas être offert pour les vivants et les morts, ni pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités : qu’il soit anathème.
1 He 7, 11, 19. 2 Cf. He 7, 27 ; 9, 12 ,26, 28. 3 1 Cf. 1 Co 11, 23. 4 Cf. Ps 109, 4; He 5, 6. 5 Lc 22, 19; 1 Co 11, 24. 6 Cf. Col 1, 13. 7 Cf. Ml 1, 11. 8 Cf. 1 Co 10, 21. 9 He 4, 16. 10 Cf. Augustin, Contra Faustum X-X, 21 (PL 42, 384 ; CSEL 25, 562). 11 Cf- messe romaine, prière Suscipe sancta Trinitas dite par le prêtre qui se lave les mains. 12 Cf. Ambroise, De sacram. IV, 6 (PL 16, 464 ; SC 25) ; c. 6 X. 111 41 (Fr. 2, 636). 13 Cf. Conc. de Carthage 111 (397), c. 24 (Msi 3, 884 ; Bruns 1, 126) et IIe Conc. Braga (572), c. 55, extrait des synodes orientaux (Bruns 2, 54 ; cf. H-L 3, 195), cc. 4-5 et 7 D. II de cons. (Fr. 1, 1315). 14 Cf. Jn 19, 34. 15 Cf. Ap 17, 15. 16 Cf. Lm 4, 4. 17 1 Co 11, 25.
Fidèle à l’enseignement du Concile de Trente, remarquons attentivement que : la sainte Messe n’est point un simple mémorial de la passion et de la mort du Sauveur : c’est une reproduction réelle et certaine de ce qui s’est accompli sur la croix ; en sorte qu’on peut dire, en toute vérité, que dans chaque messe, notre Rédempteur subit de nouveau pour nous la mort, d’une manière mystique, sans mourir en réalité. Il vit tout à la fois et il est immolé. « J’ai vu, dit saint Jean, l’Agneau qui était comme égorgé. »

Précision : Le jour de Noël, par exemple, l’Église nous représente comme actuelle la naissance de Jésus ; à l’Ascension et à la Pentecôte, elle nous le montre triomphant, quittant la terre, ou bien envoyant aux Apôtres le Saint-Esprit, sans que pour cela il soit vrai qu’à pareil jour le Seigneur monte au ciel et que l’Esprit-Saint descende visiblement sur les fidèles.

Or, il ne serait pas permis de raisonner ainsi quant au Sacrifice de la Messe : là, ce n’est point une simple représentation, c’est exactement le même Sacrifice que celui du Calvaire; seulement il n’est plus sanglant. Ce même corps, ce même sang, ce même Jésus qui s’offrit sur la croix, sont offerts sur l’autel.

« C’est, dit l’Église, l’œuvre même de notre rédemption qui s’accomplit de nouveau. » Oui, elle s’accomplit très certainement, oui c’est le même Sacrifice, absolument le même que le Sacrifice du Calvaire.

O merveille inexprimable ! Avouez-le sincèrement : si, lorsque vous allez à l’église entendre la Messe, vous réfléchissiez que vous montez au Calvaire pour assister au sacrifice de Notre-Seigneur, à son immolation, nous vous verrions déjà recueilli, et déjà attentif ?

Section II : ce sacrifice: une œuvre de salut.

Ce sacrifice du Christ est une œuvre de salut. Ou si vous préférez : C’est l’œuvre de salut que le Christ est venu accomplir par son sacrifice. C’est le salut des âmes que NSJC est venu accomplir.

A- C’est l’enseignement de notre Credo : « qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de coelis ».

B- C’est l’enseignement du Concile de Trente et de son catéchisme et principalement du chapitre 3 de la Cinquième Session du Concile sur le péché originel :

« Si quelqu’un soutient que ce péché d’Adam, qui est Un dans sa source, et qui étant transmis à tous par la génération, et non par imitation, devient propre à chacun, peut être effacé ou par les forces de la nature humaine, ou par quelque autre remède, que par le mérite de Jésus-Christ Notre Seigneur, l’unique Médiateur (I. Tim. 2. 5.), qui nous a réconciliés par son Sang, s’étant fait notre justice, notre sanctification, et notre rédemption (I Corint. I. 30.) : Ou quiconque nie que le même mérite de Jésus-Christ soit appliqué tant aux Adultes, qu’aux Enfants, par le Sacrement du Baptême, conféré selon la forme et l’usage de l’Eglise : Qu’il soit Anathème ; parce qu’il n’y a point d’autre nom sous le Ciel, qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvé (Act. 4. 12.) Ce qui a donné lieu à cette parole, Voilà l’Agneau de Dieu, Voilà celui qui ôte les péchez du monde (Joan. I. 29.). Et à cette autre, Vous tous qui avez eté baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Galat. 3. 27.) ».

C- C’est l’enseignement du chapitre 12 de l’Apocalypse ! « Maintenant le salut, la puissance et l’empire sont à notre Dieu, et l’autorité à son Christ »

NB : C’est pourquoi, le prêtre, étant un « alter Christus », doit avoir même préoccupation : l’œuvre salvifique. L’être du prêtre doit s’identifier à l’être du Christ, au Christ, à son œuvre.

Or l’œuvre du Christ, disons-nous, se résume en son sacrifice. C’est son « heure ». C’est pourquoi l’œuvre du prêtre, c’est la messe, c’est le sacrifice. Il n’y a rien de plus important pour le prêtre que la messe. Il n’y a rien de plus éloquent que ces phrases que le prêtre dit à la messe : « Offerimus praeclarae majestati tuae, de tuis donis ac datis, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panem sanctum vitae aeternae et calicem salutis perpetuae » (nous offrons à Votre Majesté suprême, l’Hostie pure, l’Hostie sainte, l’Hostie sans tache, le pain sacré de la vie éternelle et Calice de l’éternel salut »).

Voilà la fonction du prêtre, sa raison d’être. Offrir la Victime sainte : offerimus Hostiam sanctam….pour l’éternel salut ».

Or le Christ fut de son sacrifice, la Victime. C’est pourquoi, nous, prêtres,
nous sommes prêtres, en conséquence, d’un sacerdoce d’immolation. Telle est l’œuvre du salut en son mode « sanglant »

Oui ! La messe est la grande « œuvre » du prêtre parce qu’elle fut la grande œuvre du Christ, le calvaire : œuvre de salut des âmes par l’œuvre de l’immolation. La rédemption est une œuvre de salut par l’immolation d’une Victime sainte.

Cette « œuvre » du salut des âmes, saint Paul l’appelle aussi « l’œuvre de la piété », en I Timothée 3 16 : « Et de l’aveu de tous, il est grand le mystère de la piété, Jésus-Christ, qui a été manifesté en chair et justifié en Esprit, a été vu des anges et prêché parmi les nations, a été cru dans le monde et élevé dans la gloire ».

« Il est grand le mystère de la piété, Jésus-Christ ».

Quel est « ce mystère de la piété » ? Quel est son objet ?
C’est le « Christ ». Et quel est ce « Christ » ? C’est celui qui est venu accomplir le salut voulu par le Père, accepté par le Fils, réalisé en l’Esprit Saint. Dès lors le « mystère de la piété » c’est, dira le Père Spicq, « le secret de Dieu relatif au salut des hommes ».

NB : Et si le Christ est le réalisateur du salut voulu par le Père, le prêtre, étant un « alter Christus », doit faire de ce « mystère de la piété » le tout de sa vie sacerdotale. D’où l’importance d’en bien connaître l’objet.

Le père Spicq a, sur ce sujet, des paroles très fortes qu’il vous faut méditer :

« Un prêtre n’est au service de l’Eglise que pour en recevoir la communication, s’en instruire, puis le révéler aux hommes, en leur appliquant toute sa puissance salutaire. Il n’est peut-être pas de vérité plus importante à rappeler de nos jours que cette « essence du christianisme » et cette fonction de l’apostolat chrétien, (qui est aussi l’essence du sacerdoce). Les prêtres du Christ poursuivent l’œuvre de leur Maître, le mystère de la piété ; ils ne sont pas les gardiens d’une civilisation terrestre ni les agents d’une révolution sociale ; ils n’ont même pas pour premier but de transformer les mœurs et encore moins d’assurer le bonheur en ce monde de leurs contemporains. Toute leur vocation est de sauver les hommes » (Spiritualité sacerdotale p. 17) parce que toute la vie du Christ fut cette œuvre : sauver les âmes. C’est la raison de son Incarnation. C’est sa raison : le salut par son sacrifice. Réaliser la volonté salvatrice de Dieu par le sacrifice de la Croix. …. Il est « focalisé » par son sacrifice. Alors qu’il est transfiguré sur le Thabor, au lieu de contempler sa propre gloire, il s’entretient avec Moïse et Elie, des douleurs de son sacrifice qui doit être consommé à Jérusalem.

Et ce sacrifice de la Croix est la chose la plus grande qui puisse être sur cette terre, en tout cas, il fut la chose la plus aimée du Christ.

Section III : Le mystère de la Rédemption : la Rédemption : c’est « son » œuvre, l’œuvre du Christ

La preuve : C’est son « heure »

§ 1-l’heure du Christ. (Cf La messe de Charles Journet pp. 29-34)

Ce sacrifice fut l’ « heure » du Christ en ce sens qu’elle est au cœur de ses préoccupations. Il a dit: « Mon heure n’est pas encore venue », « Mon heure vient », c’est la raison de son Incarnation pour satisfaire, à notre place, à la justice de Dieu.

a- Jésus l’annonce.

« Toute la vie du Sauveur est dominée par la pensée de ce qu’il appelle « son Heure », l’Heure de sa Passion et de son passage au Père, l’heure de son sacrifice.

A Cana, « son heure n’est pas encore venue » (Jn 2 4). S’il veut bien, à cause de la Vierge, avancer l’heure de sa manifestation publique, il sait qu’il avance du même coup l’heure de sa mort. Cette Heure n’est pas en la puissance des hommes, elle dépend de son Père : « Ils voulurent alors l’arrêter ; mais personne ne mit la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue ». (Jn 8 30 ; 8 20)

Elle marque l’entrée de Jésus par la mort dans une gloire où il attirera tous les siens :

« La voici venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul…Maintenant mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauvez moi de cette heure ? Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette Heure » (Jn 12 23 27). « Père, l’Heure est venue, glorifie ton Fils, pour que ton Fils te glorifie et que, par le pouvoir sur toute chair que tu lui as conféré, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (Jn 17 1-2)

Remarquer ici qu’il y a une relation entre le sacrifice et la vie éternelle. La vie éternelle est le fruit de ce sacrifice. (Cf Saint Thomas) Ainsi du sacrifice de la messe. Qui vit du sacrifice de la Messe, connaîtra la vie éternelle. La vie éternelle est le fruit de son passage au Père. « Avant la fête de Pâque, Jésus sachant que son Heure était venue de passer de ce monde au Père… » (Jn 13 1)

b- Elle le préoccupe

Jésus connaît d’avance cette Heure. Il la prédit à ses disciples : Mt 26 1-2
Il en sait toutes les circonstances. Quand les disciples lui demandent où faire la Pâques, il donne toutes précisions : Mc 14 13-15

Cette Heure le préoccupe. Elle teinte de son mystère ses actes antérieurs, les démarches de sa vie publique et déjà le silence de sa vie cachée. Elle pèse sur le premier Noël. C’est le sens de Hb 10 4-9. Dès l’entrée du Christ dans le monde, sa Passion, son Heure semble l’éblouir.

c- Elle résume sa vie temporelle

Toute la vie du Christ s’éclaire donc ainsi, par avance, des feux de sa Passion. En revanche, sa Passion est riche de toute sa vie antérieure. Elle condense, elle récapitule en elle la vertu de toutes ses actions passées. (p 31) …Et plus ces actes antérieurs et ces mérites ont été précieux, plus riche et plus abondante a été la grâce rédemptrice finalement déversée sur le monde par la seule Passion. Vous pouvez voir ainsi l’importance de la messe qui est la Croix du Seigneur…

d- Elle récapitule l’histoire du monde

Ce n’est pas la seule vie du Christ, ce sont tous les temps antérieurs, toute l’histoire du monde recommencée à partir de la chute originelle, que la Passion du Christ attire à elle et récapitule en elle.
C’est la doctrine exprimée par saint Irénée et saint Jérôme : p32

e- Elle s’ouvre sur la Résurrection et l’Ascension

1- La Passion du Christ fut peut-être le terme de son pèlerinage, elle n’était pas le terme de sa vie. Elle était une mort pré contenant la félicité, une défaite apparente pré contenant une victoire manifeste. Et c’est comme telle, i.e. comme unissant en elle toutes ces oppositions qu’elle est cause de notre salut. Au vrai, la Passion, la mort et la Résurrection, l’Ascension ont été, cette fois dans un sens très strict, les moments d’un acte unique, commencée dans la douleur et achevé dans la gloire, par lequel le Sauveur est descendu jusque dans les régions de l’humanité captive, pour l’entraîner dans les hauteurs. La Passion, et donc la messe, résume en elle seule tout notre salut, mais en tant d’abord qu’elle renferme la vie antérieure, et en tant surtout qu’elle débouche sur la Résurrection et sur l’Ascension qui nous atteignent à travers elle, et qui cause conjointement avec elle notre délivrance. Ainsi de la messe catholique

2- Pour l’Apôtre, la Passion et la Résurrection sont comme l’avers et le revers d’un même mystère : Rm 4 25 ; Rm 6 4
Il en va de même de la Passion et de l’Ascension : Eph 2 8-10
La grâce de la passion est une grâce de mort mais en vue de la résurrection, une grâce de crucifixion mais en vue de la transfiguration. Elle est destinée à éclore dans la gloire, et déjà elle le sait.

3- L’ordre du Père c’est que Jésus donne sa vie pour la reprendre Jn 10 18. Ce que le Sauveur lui-même appelle son Heure, c’est donc la Passion s’ouvrant sur la glorification et comme déjà confondue avec elle : Jn 13 31

f- Elle est dans le temps, mais domine le temps par voie soit d’anticipation soit de dérivation (Card Journet. La Messe )

Ce Sacrifice est vraiment « l’heure » du Christ » parce qu’elle est l’œuvre du salut que le Christ est venu accomplir et qu’il a aimé par-dessus tout.

Voilà ce que je voudrai regarder avec vous maintenant quelques instants

§-2 Là, il faut se rappeler les belles méditations de Louis Chardon.

Les méditations de Louis Chardon vous permettront de comprendre qu’il y a dans l’âme du Christ comme un poids qui l’incline à la Croix.

§-1 : le commentaire du Père Garrigou Lagrange :

Cette « thèse » a été particulièrement expliquée par le Père Garrigou Lagrande dans son livre « l’amour de Dieu et la Croix de Jésus », surtout en son chapitre 4 du premier tome, et plus particulièrement dans son paragraphe intitulé : « le désir de la croix et de notre salut dans la prédication du Sauveur » (p 211 et suivantes).

La révélation divine est formelle.

« Saint Paul a écrit dans l’Epître aux Hébreux 10 7 : « Le Christ dit en entrant dans le monde : « Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni oblation (du sang des taureaux et des boucs) mais vous m’avez formé un corps…Me voici, je viens, O mon Dieu, pour faire votre volonté ». Cet acte d’oblation de lui-même, NSJC l’a incessamment renouvelé au cours de sa vie ; c’est ainsi qu’il marchait vers le but de sa mission rédemptrice. C’est ce même acte qu’il exprime à nouveau à Gethsémani, en disant : « Mon Père, s’il est possible que ce calice s’éloigne de moi ! Cependant que votre volonté soit faite et non la mienne » (Mt 26 39-42. Il y a ici l’angoisse de la croix toute proche et le désir efficace d’être pleinement fidèle à la mission de prêtre et de victime, et c’est ce désir qui l’emporte pour se réaliser dans le Consummatum est.

Cette soif ardente de notre salut a été comme l’âme de l’apostolat de NSJC.

Des modernistes ont prétendu que l’idée de sacrifice de la Croix était une invention du génie de saint Paul et qu’elle était étrangère à la prédication de Jésus. Mais c’est à chaque instant qu’elle fut affirmée par lui, non seulement sous la forme où elle nous est rapportée par saint Jean, mais sous les formes variées conservées dans les trois premiers évangiles.

C’est dans l’Evangile selon saint Mathieu (20 28) que Jésus dit : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de beaucoup » (Mc 10 45 Lc 1 68 ; 2 38 ; 21 28)

Dans une de ses plus belles paraboles, Jésus dit : Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et comme je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis…Il y aura une seule bergerie, un seul pasteur. C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre. Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père » ( Jn 10 11-18)

La même pensée revient toujours dans la prédication de Jésus : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? Je dois encore être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli » (Lc 12 49). Il parlait du baptême de sang, le plus parfait de tous.
« Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. Ce qu’il disait, ajoute saint Jean, pour marquer de quelle mort il devait mourir » (Jn 12 32)

Lorsque Pierre, ne pouvant porter l’annonce de la Passion, prend à part NSJC et se met à le reprendre en disant : « A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera pas », Jésus répond : « Retire-toi de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu ; tu n’as que des pensées humaines » (Mt 16 23). De fait, les pensées humaines de Pierre en cet instant étaient contraires au mystère même de la Rédemption et à toute l’économie de notre salut, du plan de salut.

La pensée et le désir de la croix sont si fréquents chez NSJC qu’il la présente à tous comme l’unique voie du salut. Comme le rapporte saint Luc (9 23) : « S’adressant à tous il dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera ». De même il dit plus loin en saint Luc (14 27) : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».

Aux fils de Zébédée : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ; pouvez-vous boire le calice que je dois boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? (Marc 10 38)

La grandeur du désir qu’il avait d’accomplir sa mission de Prêtre et de victime, Jésus l’exprima encore la veille de la Passion, à la Cène, en instituant le sacrifice eucharistique, qui s’identifie en substance avec celui de la croix. Comme il est rapporté en saint Luc (22 15) : « Il dit alors : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, antequam patiar. Car je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à la Pâque parfaite, célébrée dans le royaume de Dieu…et prenant du pain, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon Corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il fit de même pour la coupe, après le souper disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous »
C’est au sortir de la Cène, en allant au jardin de Gethsémani, que Jésus dit encore : « Le Prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi, mais afin que le monde sache que j’aime mon Père et que j’agis selon le commandement que mon Père m’a donné, levez-vous, partons d’ici » (Jn 14 31). Comme le remarque saint Thomas d’Aquin, Jésus parle manifestement ainsi selon l’inspiration de son Père, qui le porte à vouloir mourir pour nous par amour et par obéissance.

Un peu plus loin (Jn 15 13) il dit plus clairement encore : « Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » et dans l’oraison sacerdotale : « Père saint…sanctifie-les dans la vérité.. . Je me sacrifie moi-même pour eux afin qu’eux aussi soient sanctifiés en vérité » (Jn 17 17).
C’est ce qui fait dire à Saint Jean : « Nous avons connu l’amour de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous ; nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (I J 3 16)

En d’autres termes, cet effet de la plénitude de grâce en NSJC doit se retrouver selon une participation plus ou moins parfaite dans les membres de son corps mystique.

La croix et toutes ses circonstances douloureuses étaient ainsi comprises dans le décret de la Rédemption, consommation de l’œuvre du Christ et de sa destinée de prêtre et de victime.

La sainte âme de Jésus, du fait qu’elle a été personnellement unie au Verbe et constituée tête de l’Eglise, a contracté l’obligation de satisfaire pour l’humanité. La tête doit réparer le désordre auquel les membres se sont livrés. La plénitude de grâce, disposant Jésus au parfait accomplissement de sa mission, est donc en lui comme un poids qui l’incline vers la Croix et la lui fait ardemment désirer pour notre salut. » (p.211-215)

§-3 : Le Père Louis Chardon O.P.:

Louis Chardon a magistralement mis en lumière, vous dis-je, ce point de doctrine, en montrant que la grâce du Christ est le principe de deux forces, de deux poids, qui le tirent, pour ainsi parler, en sens inverse : le poids de la gloire et l’inclination à la croix. Même au Thabor, Jésus pense surtout à s’offrir et c’est de sa Passion qu’il parle avec Moïse et Elie.

Nous trouvons ce commentaire dans « La Croix de Jésus » au T 1 p 94, au chapitre 8.
Cf. p. 96 : « Sur le Thabor….
Cf. p 98 : « Lors de son entrée à Jérusalem…

Louis Chardon, de ces deux exemples, tire la conclusion : « Jésus met sa grandeur dans les tourments de sa passion, et l’amour qu’il a pour la croix ne peut permettre à aucune autre pensée d’altérer l’attrait que la grâce lui donne de mourir entre ses bras. C’est pourquoi il incline son souvenir vers sa condition d’homme mortel, et se plaît à exposer les circonstances qui doivent le faire paraître en proie à la honte, aux opprobres et à la souffrance. Il supprime ainsi, autant qu’il le peut, les conditions qui le rendent adorable et le montrent plein de la gloire qui lui est due. De cette gloire il ne parle que sobrement et le moins possible, si ce n’est lorsqu’il se souvient que sa qualité de Fils de Dieu doit être cause de sa mort. Sans cesse et en tout lieu, il s’appelle le Fils de l’homme, parce qu’il veut prendre de sa nature mortelle le devoir de souffrir et le motif d’éloigner de sa pensée tout ce qui peut le réjouir ». (p 101)

C’est à cette lumière que Louis Chardon explique l’attitude de Jésus à l’égard de Marthe et de sa sœur Marie Madeleine :
Cf p.101 : « De cette hauteur….

Il en conclut : « A vrai dire, la vie lui est à charge tant qu’il ne la donne point pour le salut des hommes. C’est pourquoi il loue Marie et paraît blâmer Marthe. Il console celle-là et l’approuve publiquement de sa piété, tandis qu’il manifeste ne goûter que peu les actives sollicitudes de sa sœur aînée, si généreuse pourtant, et si pleine de foi. On dirait que ce qui ne porte pas le caractère de sa mort lui est pénible ; au lieu que ce qui en révèle les moindres traces est pour son esprit un sujet de joie ». (p 104)

C’est encore à cette lumière que Louis Chardon interprète la scène du baptême de Jésus et sa fuite au désert

Cf. p. 106-107 : « Lors du baptême de Jésus….
Et il conclut : ‘Proclamé, par la bouche même de Dieu, l’Image de sa gloire, il (Jésus) semble ne plus oser paraître en la présence des hommes » (p. 107)

C’est encore à cette lumière que Louis Chardon interprète la scène de Jésus et de saint Pierre lors de la confession de Césarée, ainsi que l’attitude de Jésus à l’égard de Judas lors de l’arrestation à Gethsémani :

Cf. p. 115-124 : Avec saint Pierre….
Cf. p. 124-128 : Avec Judas…

Manifestement la plénitude de grâce produisit en la sainte âme de Jésus un très ardent désir de l’accomplissement parfait de sa mission de Rédempteur ; c’est le motif même de l’Incarnation, qui a été voulue par Dieu surtout comme Incarnation rédemptrice.

Le Père Garrigou Lagrange soutient cette idée comme tous les dominicains thomistes. Cf, « L’amour de Dieu pour nous » T 1 p. 217-220.

C’est pourquoi, nous l’avons déjà dit, Jésus parlait souvent de son « heure », l’heure de sa passion, son heure par excellence ; elle avait infailliblement été déterminée de toute éternité par la divine Providence, et avant qu’elle en fut arrivée ses ennemis ne pouvaient rien contre lui…Il a voulu souffrir jusqu’au couronnement d’épines, jusqu’à la flagellation, qui réduisit tout son corps à n’être qu’une plaie…Il a voulu être cloué sur la croix…Il a voulu souffrir à notre place de la malédiction due au péché…Le Seigneur a voulu le briser par la souffrance. Il est le serviteur souffrant d’Isaïe.

La plénitude de grâce a conduit NSJC jusqu’à cette extrémité ; c’était là sa mission de Rédempteur et de Victime.
C’était ainsi que devait s’accomplir l’œuvre du salut. C’est la thèse de Louis Chardon.

Mon but est de vous faire aimer le sacrifice de la messe comme le Christ a voulu son propre sacrifice. A cette lumière, on comprend combien il est juste d’aimer la messe, nous qui voulons faire profession d’aimer NSJC et NSJC crucifié, nous l’avons dit plus haut.

NB : Cet amour de la messe fut toute la raison, toute la vie de Mgr Lefebvre et de sa fondation. Il nous a fait comprendre que c’était là la raison d’être du prêtre. Le prêtre est grand par son ordination au Saint Sacrifice de la messe. Toucher au Saint Sacrifice de la messe, en changer la nature, en faire « une simple assemblée communautaire, « un simple rassemblement du peuple de Dieu présidé par le prêtre », (art 7) c’est toucher à la nature du sacerdoce catholique. Mgr Lefebvre disait ne pouvoir former des séminaristes, des futurs prêtres, avec la nouvelle messe qui est une messe « bâtarde » disait-il, dans son fameux discours à Lille en 1976.

Afin qu’un pareil trésor obtienne de nous l’estime qu’il mérite, nous examinerons ici rapidement, l’aspect propitiatoire du sacrifice de la Croix.

Section IV : Le mystère de la Rédemption. Œuvre propitiatoire, satisfactoire.

La Révélation nous dit, ce que nous n’aurions pu imaginer, ni même oser soupçonner, que pour nous sauver, Dieu s’est rendu notre égal, qu’il s’est fait homme. C’est, nous venons de le voir, ce que saint Paul appelle le « mystère de la piété ».

Mais le mystère de la Rédemption dit plus que cela encore. Comme nous avions offensé, par le péché originel, péché de nature qui se transmet à tous par génération, une majesté infinie, Dieu, et que nous n’aurions jamais pu égaler la réparation à l’outrage, Dieu s’est substitué à nous, en souffrant dans la nature humaine qu’il a prise en NSJC, s’est constitué notre rançon, a satisfait pour nous et nous a rendu l’héritage perdu par notre faute. Voilà la volonté salvifique qui décrète qu’une personne divine prendra notre humanité afin de souffrir et d’expier pour nous : voilà l’Incarnation rédemptrice. Un Homme-Dieu se fait victime pour racheter les hommes. Un Homme-Dieu souffre, satisfait, mérite pour ses créatures. Voilà la rédemption. Voilà notre messe, ce que réalise, dans le temps, notre messe. Quel mystère ! Voilà ce qui émerveillait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus…Le Fils de Dieu consent à faire de son existence sur la terre un sacrifice continuel. Sa vie est fondée sur son sacrifice. Ainsi de son Eglise. Elle est basée sur le sacrifice. Elle s’origine en son sacrifice. Ainsi du sacerdoce. Il est fondé sur le sacrifice. Ainsi de toute sainteté sacerdotale. Ainsi de toutes œuvres divines

Notre Evangile est cela, n’est que cela : un mystère d’amour, un mystère de mal, un mystère de triomphe. Un mystère du mal qui se dresse contre Dieu. Un mystère d’amour qui terrasse le mal et triomphe de lui par le sacrifice expiatoire.

Notre Evangile est cela : il nous montre la malice du mal parce qu’il nous fait voir la justice divine demander au Christ innocent, l’effrayante rançon de la croix. Il se fait victime pour nous,

Notre Evangile est cela : l’annonce de la victoire du Christ sur le mal et donc la gloire possédée de nouveau pour la Vie Eternelle gagnée par le sang de la Victime : Jésus.
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§-1 : La rédemption comme satisfaction. Mystère de Charité

A- « Pour réparer le péché mortel, d’une manière condigne, il faut une personne d’une dignité infinie ».

a- C’est la foi affirmé, nous l’avons vu au Concile de Trente : « Si quelqu’un soustient que ce péché d’Adam, qui est Un dans sa source, et qui étant transmis à tous par la génération, et non par imitation, devient propre à chacun, peut être effacé ou par les forces de la nature humaine, ou par quelque autre remède, que par le mérite de Jesus-Christ Notre Seigneur, l’unique Médiateur (I. Tim. 2. 5.), qui nous a réconcilié par son Sang, s’étant fait notre justice, notre sanctification, et notre rédemption (I Corint. I. 30.) : Ou quiconque nie que le même mérite de Jésus-Christ soit appliqué tant aux Adultes, qu’aux Enfants, par le Sacrement du Baptême, conféré selon la forme et l’usage de l’Eglise : Qu’il soit Anathème ; parce qu’il n’y a point d’autre nom sous le Ciel, qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvez. (Act. 4. 12.) Ce qui a donné lieu à cette parole, Voilà l’Agneau de Dieu, Voilà celui qui ôte les péchez du monde (Joan. I. 29.). Et à cette autre, Vous tous qui avez été baptisez, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Galat. 3. 27.).

b- Voici l’argument de saint Thomas :

Il est bien certain que le péché par de nombreux côtés reste toujours fini. Ne serait-ce parce qu’il procède de facultés finies et limités, celles de l’homme.
Mais pour apprécier le dommage, l’offense, il faut considérer, non pas précisément l’acte et le sujet, mais la dignité de la personne qu’on offense. L’offense est proportionnée à la valeur de la personne offensée, à sa dignité. Si la dignité est infinie, l’offense est infinie.
C’est ici que vaut l’adage : « honor est in honorante, injuria in injuriato », l’honneur se mesure à la personne qui honore et l’offense à la personne offensée.
L’honneur se tire de la personne qui honore. L’offense se tire de la dignité de la personne offensée.
Or quelle est la dignité lésée par le péché originel ? C’est Dieu lui-même d’une dignité, d’une majesté infinie. Le péché, dit saint Thomas, parce qu’il est commis contre Dieu, a une certaine infinité, à cause de l’infinité de la majesté divine ; l’offense est d’autant plus grave que l’offensé est plus digne (III 1 2 ad 2)

Cette vérité établie, il devient manifeste qu’une créature ne sera jamais capable d’égaler la réparation à l’outrage.

Nous avons dit tout de suite que l’honneur est proportionné à celui qui honore. Dès lors, l’honneur d’un homme, quelle que soit sa sainteté, ne sera jamais de taille d’une offense infinie. Toutes les saintetés accumulées, tous les martyrs sont radicalement et à jamais incapables d’expier un seul péché mortel. N’oublions pas que l’offense contre Dieu est absolument d’un ordre transcendant parce qu’elle se mesure à la personne offensée et participe de son infinité. Et Dieu est toujours dans un ordre supérieur à l’ordre créé parce qu’il est infini. L’offense reste dans un ordre transcendant parce qu’elle est infinie tandis que les satisfactions des créatures, même les plus parfaites, restent limitées.

Il reste donc désormais acquis qu’il faut pour réparer l’offense infinie une personne d’une dignité infinie.

Mais cela ne suffit pas. Car Dieu, restant en lui-même, peut bien pardonner et remettre l’injure infinie – Il est libre et ne relève de personne, que de lui-même – Mais il ne saurait satisfaire. Pourquoi ? Parce que les satisfactions, les réparations, les excuses, les honneurs, s’adressent à un supérieur et Dieu ne relève que de lui-même. Il faut donc qu’une personne d’une dignité infinie prenne une nature créée, dépendante, soumise à un maître. Dès lors parce qu’il y aura nature inférieure, les actes pourront aller à un supérieur. Parce qu’il y aura personne infinie et que toutes les actions appartiennent à la personne, les satisfactions et les mérites auront une infinie valeur. (Il ne faut pas oublier que les droits, les devoirs, les actes et les actions sont attribuées à la personne mais seulement en raison, au titre de sa nature considérée en elle-même. Les droits et les devoirs se diversifient donc selon la diversité des natures. Ainsi dans la Trinité où Trois personnes divines subsistent consubstantiellement dans une seule et même nature, il n’y a qu’un droit indivisible.)
Dans le Verbe incarné où la même personne subsiste en deux natures, il y a diversité de droits et de devoirs. En tant que nature divine, la personne du Verbe ne peut rendre aucun devoir religieux à la sainte Trinité ; mais en tant que subsistant dans la nature humaine, la personne du Verbe endosse ses devoirs, et, comme inférieure, peut et doit adorer. Elle put au même titre, offrir à Dieu des réparations. Celles-ci maintenant seront égales à l’offense. Mesurée à la dignité infinie de la personne outragée, l’offense est infinie, mesurée à la dignité infinie de la personne divine qui répare, la satisfaction est infinie. Il y a donc payement rigoureux et total : la réparation, enfin, est de condigno.

Ainsi il fallait un Dieu-Homme pour réparer le péché des hommes.

NB : C’est là que l’on voit que la rédemption est une œuvre où éclatent la justice de Dieu et sa miséricorde. Sa justice, car il a voulu une réparation égale à l’offense. Sa miséricorde : car il a donné le seul Sauveur possible : son Fils fait chair en le sein de la Vierge Marie.

Dès lors NSJC a offert à Dieu, à notre place, une véritable satisfaction pour tous nos péchés. Restant innocent, toujours agréable à son Père, Jésus-Christ a soldé pour nous et gratuitement la rançon due à la justice divine à cause de nos péchés, semblable à un bienfaiteur libéral payant pour ses sujets la dette qu’il n’a jamais contractée lui-même. Le Rédempteur a pris sur lui la peine de nos fautes, sans en avoir jamais encouru ni accepté la souillure, et il a offert une réparation égale, supérieure même, à l’offense faite à Dieu pour tous les crimes du genre humain.

c- le dogme catholique :

S’il n’y a pas à ce sujet de définition explicite et formelle, le dogme est équivalemment affirmé dans les symboles de foi et les allusions des conciles.

« C’est pour nous, hommes et pour notre salut, dit le symbole de Nicée, que Jésus Christ est descendu des cieux, s’est incarné, s’est fait homme et a souffert ».

L’Eglise nous fait chanter cette profession de foi dans la formule définitive après les conciles de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine : « Pour nous hommes et pour notre salut, Jésus-Christ est descendu des cieux, s’est incarné par la vertu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s’est fait homme. C’est pour nous aussi qu’il a été crucifié, sous Ponce Pilate » (Session 6 c. 7 concile de Trente) Les pères d’Ephèse déclarent que Jésus-Christ est le pontife de notre religion et qu’il s’est offert pour nous à Dieu le Père comme une victime de suave odeur. Le Concile de Trente ajoute : « Lorsque nous étions ennemis, le Christ, à cause de l’immense charité dont il nous a aimés, nous a mérité la justification par sa très sainte Passion sur l’arbre de la Croix et a offert une satisfaction pour nous à Dieu le Père : Pro nobis Deo Patri satisfecit » Denzinger 86.

d- : l’Ecriture Sainte.

Le serviteur souffrant d’Isaïe

C’est là qu’il faut citer ce très beau et émouvant passage de l’Ecriture Sainte, le Serviteur souffrant d’Isaïe. C’est le chapitre 53 :

1 Qui a cru ce que nous avons entendu, et à qui le bras de Dieu a-t-il été révélé?
2 Il s’est élevé devant lui comme un frêle arbrisseau ; comme un rejeton gui sort d’une terre desséchée; il n’avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour.
3 Il était méprise et abandonné des hommes, homme de douleurs et familier de la souffrance, comme un objet devant lequel on se voile la face; en butte au mépris, nous n’en faisions aucun cas.
4 Vraiment c’était nos maladies qu’il portait, et nos douleurs dont il s’était chargé; et nous, nous le regardions comme un puni, frappé de Dieu et humilié.
5 Mais lui, il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix a été sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.
6 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun de nous suivait sa propre voie ; et Dieu a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous.
7 On le maltraite, et lui se soumet et n’ouvre pas la bouche, semblable à l’agneau qu’on mène à la tuerie, et à la brebis muette devant ceux qui la tondent; il n’ouvre point la bouche.
8 Il a été enlevé par l’oppression et le jugement, et, parmi ses contemporains, qui a pensé qu’il était retranché de la terre des vivants, que la plaie le frappait à cause des péchés de mon peuple?
9 On lui a donné son sépulcre avec les méchants, et dans sa mort il est avec le riche, alors qu’il n’a pas commis d’injustice, et qu’il n’y a pas de fraude dans sa bouche.
10 Il a plu à Dieu de le briser par la souffrance; mais quand son âme aura offert le sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et le dessein de Dieu prospérera dans ses mains ».

Dans cette belle description, nous trouvons toute la satisfaction que le Christ a offerte pour le rachat de nos péchés. On peut mesurer également la charité qui animait le cœur douloureux de Jésus, lui l’innocence même, s’offre à l’expiation et s’offre en rançon pour notre salut.

§- 2- Le mystère de la rédemption. La surabondance des satisfactions. Une surabondance d’amour.

Les témoignages de l’Ecriture sainte sont catégoriques. Saint Jean a posé le principe : Jésus est une victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier : 1 Jn 2 2. Saint Paul s’est plu à faire ressortir les supériorités de la Rédemption sur la faute : il y avait abondance du côté du péché, il y a surabondance du côté de la grâce. Pour que ces paroles soient vraies dans toute leur plénitude, et par rapport à Dieu et par rapport à l’homme, il faut que la Rédemption apporte aux hommes plus de bien que la chute ne leur a fait de mal et rende à Dieu plus d’honneur que le péché ne lui a fait d’injure.

Voici la pensée de saint Thomas ! III 48 2

« Satisfaire, c’est offrir à l’offensé quelques chose de tellement parfait que celui-ci l’estime et l’aime autant et même plus qu’il ne déteste l’offense. Eh bien Jésus en s’immolant par obéissance et par amour, a offert à Dieu cette compensation excellente : il a donné plus que n’exigeait la réparation pour les crimes du genre humain tout entier. D’abord à cause de sa charité : elle était portée au degré suprême et tellement héroïque qu’à elle seule déjà et sans la passion, elle honorait Dieu bien plus que le péché ne peut l’injurier. Ensuite à cause de la dignité de la valeur que possède la vie du Christ, offerte comme satisfaction pour nous : c’est la vie d’un Dieu-Homme, de quelqu’un qui, à raison de sa nature humaine, peut offrir à la Trinité comme à un supérieur des réparations et des hommages et dans lequel la personne divine confère à tous les actes une infinie valeur. En troisième lieu, à cause de l’universalité de sa passion et de la grandeur de ses souffrances, car Jésus a souffert de toutes les manières et sa douleur surpasse toutes les autres douleurs ».

Donc la raison fondamentale est celle tirée de l’union hypostatique : c’est la satisfaction d’un Dieu-Homme ; donc elle est infinie ; donc elle est surabondance.

Telle est la vérité catholique : Le catéchisme du Concile de Trente l’a condensée en quelques mots, pleins et concis : « La satisfaction payée à Dieu par Jésus-Christ, pour nos péchés, est complète, entière, parfaite de tous points, non moins qu’admirable ».

Donc le Rédempteur a, par ses satisfactions, payé à Dieu toutes nos dettes, et plus encore, il est manifeste que nous lui appartenons comme son vrai bien, que nous sommes véritablement sa conquête. Il a un droit réel à ce que le juge nous pardonne, quoique nous ne puissions invoquer nous-mêmes aucun titre personnel pour que le bienfait nous soit appliqué. Voilà comment se rencontre la justice et la miséricorde : c’est justice que le Christ soit écouté et ses satisfactions agréées ; c’est miséricorde qu’il nous communique ses trésors satisfactoires.

Une histoire :

« La raison de la clémence de Dieu, c’est à l’autel qu’il réside ; c’est dans le Sacrifice de Jésus immolé pour nous à la sainte Messe, devenu notre victime d’expiation, qu’il faut le chercher. Oui, voilà le soleil de l’Église catholique, qui dissipe les nuages et rend au ciel sa sérénité ; voilà l’arc-en-ciel qui apaise les tempêtes de l’éternelle Justice.

Pour moi, je n’en doute guère, sans la sainte Messe le monde serait à cette heure au fond de l’abîme, entraîné par le poids épouvantable de tant d’iniquités. La Messe, voilà le victorieux levier qui le soutient. Voyez donc, après cela, à quel point le divin Sacrifice nous est indispensable.

Lorsque nous assistons à la sainte Messe, imitons ce que fit un jour le grand Alphonse d’Albuquerque, conquérant des Indes.

L’historien Osorio raconte que cet illustre capitaine, se trouvant avec une partie de son armée sur un navire que les fureurs de la mer allait faire sombrer, prit dans ses bras un petit enfant qui était là, et, l’élevant vers le ciel : « Si nous autres sommes des pécheurs, ô mon Dieu, s’écria-t-il, cette innocente créature ne vous a jamais offensé : au nom de son innocence, épargnez les coupables ! » Chose merveilleuse ! Le regard du Seigneur s’arrête avec complaisance sur l’enfant, l’océan s’apaise, le danger disparaît et l’équipage change en cris de joie et d’action de grâces ses mortelles angoisses.

Que fera donc pour nous Dieu le Père alors que le prêtre, élevant vers lui l’Hostie sacrée, lui présente avec elle son Fils, la parfaite Innocence ? Sa miséricorde pourra-t-elle nous refuser quelque chose ? pourra-t-elle résister à cette supplication, ne point calmer les flots qui nous assaillent, ne point subvenir à toutes nos nécessités ?

Ah ! sans cette admirable et divine Victime, sacrifiée pour nous sur la croix d’abord, et ensuite journellement sur nos autels, tout était fini, tout était perdu, et chacun de nous pouvait dire à son frère expirant : « Au revoir en enfer ! L’enfer nous réunira ! » Mais maintenant, enrichis de ce trésor protecteur, le fruit de la sainte Messe entre les mains, nous surabondons d’espérance : le Paradis est à nous, et une seule chose nous en écarterait, notre perversité calculée.

Baisons-les donc avec amour, ces saints autels ; brûlons autour d’eux l’encens et les parfums ; mais surtout environnons-les de vénération et de respect, puisqu’ils nous procurent tant et de si précieux biens ».

§-3 : La liturgie céleste : le sacrifice de la cour céleste

A- L’Apocalypse :

Je peux maintenant comprendre beaucoup mieux cette liturgie céleste qui s’exerce toute à l’honneur de celui qui est sur le trône et à l’Agneau et que la liturgie de la messe sur cette terrestre s’efforce d’imiter :

Chapitre 4

1 Après cela, je vis, et voici qu’une porte était ouverte dans le ciel, et la première voix que j’avais entendue, comme le son d’une trompette qui me parlait, dit « Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arriver dans la suite.  »
2 Aussitôt je fus ravi en esprit; et voici qu’un trône était dressé dans le ciel, et sur ce trône quelqu’un était assis.
3 Celui qui était assis avait un aspect semblable à la pierre de jaspe et de sardoine ; et ce trône était entouré d’un arc-en-ciel, d’une apparence semblable à l’émeraude.
4 Autour du trône étaient vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, avec des couronnes d’or sur leurs têtes.
5 Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres; et sept lampes ardentes brûlent devant le trône : ce sont les sept Esprits de Dieu.
6 En face du trône, il y a comme une mer de verre semblable à du cristal ; et devant le trône et autour du trône, quatre animaux remplis d’yeux devant et derrière.
7 Le premier animal ressemble à un lion, le second à un jeune taureau, le troisième a comme la face d’un homme, et le quatrième ressemble à un aigle qui vole.
8 Ces quatre animaux ont chacun six ailes ; ils sont couverts d’yeux tout à l’entour et au dedans, et ils ne cessent jour et nuit de dire :  » Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant, qui était, qui est et qui vient !  »
9 Quand les animaux rendent gloire, honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône, à Celui qui vit aux siècles des siècles,
10 les vingt-quatre vieillards se prosternent devant Celui qui est assis sur le trône, et adorent Celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant
11  » Vous êtes digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur, et la puissance, car c’est vous qui avez créé toutes choses, et c’est à cause de votre volonté qu’elles ont eu l’existence et qu’elles ont été créées.

Chapitre 5

1 Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux.
2 Et je vis un ange puissant qui criait d’une voix forte  » Qui est digne d’ouvrir le livre et de rompre les sceaux?  »
3 Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder.
4 Et moi je pleurais beaucoup de ce qu’il ne se trouvait personne qui fût digne d’ouvrir le livre, ni de le regarder.
5 Alors un des vieillards me dit :  » Ne pleure point; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux.  »
6 Et je vis, et voici qu’au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards,
7 un Agneau était debout: il semblait avoir été immolé; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint, et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône.
8 Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints.
9 Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant :  » Vous êtes digne de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux; car vous avez été immolé et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation
10 et vous les avez faits rois et prêtres, et ils régneront sur la terre.  »
11 Puis je vis, et j’entendis autour du trône, autour des animaux et des vieillards, la voix d’une multitude d’anges, et leur nombre était des myriades et des milliers de milliers.
12 Ils disaient d’une voix forte :  » L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction.  »
13 Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s’y trouvent, je les entendis qui disaient :  » A Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles!  »
14 Et les quatre animaux disaient :  » Amen !  » Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent [Celui qui vit aux siècles des siècles].

B- Le Benedictus de Zacharie

Je peux aussi mieux comprendre et chanter ici le « Benedictus » de Zacharie.

J’apprécierai d’autant mieux cette satisfaction du Christ que je comprendrai le zèle qu’il mit à l’accomplir. Nous en avons dit beaucoup déjà sur ce sujet. Mais voilà ce que dit Dom Marmion :

Voici comment Dom Marmion explique ce mystère de la Passion et entre en ce mystère :

« La Passion marque le point culminant de l’œuvre qu’il vient réaliser ici-bas ; pour Jésus, c’est l’œuvre où il consomme le sacrifice qui doit donner une gloire infinie à son Père, racheter l’humanité, et rouvrir aux hommes les sources de la vie éternelle. Aussi NSJC qui s’est livré tout entier au bon plaisir de son Père, depuis le premier moment de son Incarnation, désire-t-il ardemment voir arriver ce qu’il appelle son heure (Jn 13 1), l’heure par excellence. « Je dois être baptisé d’un baptême, le baptême de sang – et quelle angoisse me presse jusqu’à ce qu’il soit accompli ». Il tarde à Jésus de voir sonner l’heure où il pourra se plonger dans la souffrance et subir la mort pour nous donner la vie.
Certes, il ne veut pas la devancer cette heure ; Jésus est pleinement soumis à la volonté de son Père. Saint Jean note plus d’une fois que les Juifs ont taché de surprendre le Christ et de faire mourir ; toujours NSJC s’est échappé, même par miracle, « parce que son heure n’était pas venue. (Jn 7 30)
Mais quand elle sonne, le Christ se livre avec la plus grande ardeur, bien qu’il connaisse d’avance toutes les souffrances qui doivent atteindre son corps et son âme : »J’ai désiré d’un vif désir de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ma Passion » (Jn 8 20).

C- L’épître de saint Paul aux Ephésiens.

Un texte de la lettre de saint Paul aux Ephésiens résume les points essentiels que nous devons considérer dans ce mystère : « le Christ, dit-il, a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle, afin de faire apparaître devant lui, une société glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qui soit sainte et immaculée » (Eph 5 25-27)
Dans ces paroles est indiqué le mystère même de la Passion : -Jésus s’est livré en personne, semetipsum tradidit. Et qu’est-ce qui l’a poussé à se livrer? L’amour est la raison profonde du mystère : Dilexit ecclesiam. Et le fruit de cette oblation de tout lui-même par amour, c’est la sanctification de l’Eglise.
Saint Paul nous dit que le Christ a aimé l’Eglise…Le Christ a tant aimé cette Eglise qu’il s’est livré pour elle. C’est l’amour qui a commandé la Passion.

Section V : La rédemption par le sang : la messe sacrifice

§-1 : L’enseignement du Christ et des Apôtres.

Comme nous l’avons dit, NSJC, pendant sa vie terrestre, a constamment devant les yeux la pensée de sa mort futur et cette mort, il l’a prédit bien des fois à ces disciples (Mt 16 21 23 ; 20 17-20 21 38 ; 26 12. Jn 10 10-18). Il l’a considère comme un baptême de sang, comme un calice que son Père lui a donné à boire (Mt 20 22) : idées qui éveillent déjà celle de sacrifice. Il se consacre lui-même, c’est-à-dire se voue à la mort en qualité de victime (Jn 17 19).
Au moment de mourir, le Sauveur laisse clairement entendre que son trépas est une immolation, un sacrifice, puisque son corps est livré pour nous, son sang versé pour nous et que dans ce sang est conclue et sanctifiée la nouvelle Alliance, de telle sorte que ce sang est non seulement le signe mais la cause même de cette alliance (lc 22 19-20.
Les Apôtres nous diront comment ce sang a la valeur d’un sacrifice expiatoire. C’est lui, explique saint Jean, c’est ce sang qui nous purifie et nous lave de toutes nos souillures (Ap 1 5 ; 5 9 ; 7 14.
Le Christs s’est livré pour nous, prêche saint Paul, comme une victime de suave odeur ; il est le sacrifice pascal offert pour l’humanité (Eph 5 2 : 1 Cor 5 7)
C’est tout l’enseignement aux Hébreux : Prête éternel, institué par Dieu, le Christ doit offrir une victime et elle n’est pas autre que lui-même. Offert une seule fois, ce sacrifice nous vaut une rédemption éternelle.
Ce sacrifice du Christ offert à Dieu le Père, est l’acte de réconciliation avec Dieu. : Rm 5 10 ; Eph 2 ; Col 2)

§-2 : Pourquoi la rédemption devait être un sacrifice ?

Le Christ voulut donc être une victime. Mais pourquoi ? Dieu pouvait nous relever par pure miséricorde, sans les souffrances du sacrifice de la Croix. Il est le Tout-Puissant et sa justice ne relève que de Lui.
S’il est vrai que la rédemption demande une satisfaction, celle-ci peut-être équivalente, surabondante même, sans aller jusqu’à la souffrance et sans se terminer dans l’immolation. En effet il y a surabondance de satisfaction lorsqu’une personne divine offre à Dieu, dans une nature créée, raisonnable et libre, des hommages et des réparations proportionnées à l’offense et dignes d’un Dieu. En effet la moindre opération, même celle qui n’exige aucune peine…à cause de la valeur personnelle infinie, pouvait satisfaire et surabondamment, pour toutes les créatures. Pourquoi donc s’imposer encore le sacrifice ?

Certes c’est pour aller jusqu’au bout de son amour envers son Père et envers nous que le Christ s’est immolé. Oblatus est quia ipse voluit.

A- C’est la belle explication de saint Bernard. Une explication morale. On la trouve dans le chapitre XI de son commentaire du « Cantique des Cantiques », intitulé « de la Rédemption du genre humain ».

C’est très beau. Je vous donne le texte pour que vous puissiez le méditer.

« 1. J’ai dit à la fin du discours précédent, et je le répète encore bien volontiers, que je désire vous voir participer tous à cette onction sacrée par laquelle la piété se souvient des bienfaits de Dieu avec joie et action de grâces. Car cela est extrêmement avantageux, parce qu’il sert à alléger les travaux de la vie présente, qui deviennent plus supportables lorsque nous nous réjouissons dans les louanges de Dieu, et parce que rien ne représente aussi parfaitement sur la terre l’état des bienheureux dans le ciel, que l’allégresse de ceux qui louent Dieu. C’est pour cela que l’Écriture dit :  » Heureux ceux qui demeurent dans votre maison, Seigneur, ils vous loueront dans les siècles des siècles (Psal. LXXXIII, 5).  » Je pense que c’est particulièrement ce parfum que le Prophète avait en vue quand il s’écriait :  » Comme il est bon et agréable, pour des frères, d’habiter ensemble! C’est comme un parfum précieux répandu sur la tête (Psal. CXXXII, 5).  » Car il semble que cela ne peut convenir au premier ; en effet, s’il est bon, il n’est pourtant point agréable, attendu que le souvenir des péchés ne cause pas du plaisir, mais de l’amertume. D’ailleurs, ceux qui le commettent ne demeurent pas ensemble, car chacun pleure à part ses propres péchés. Quant à ceux qui se répandent en actions de grâces, ils ne regardent que Dieu, et ne pensent qu’à lui; c’est pourquoi ils demeurent vraiment ensemble. Or, ce qu’ils font non-seulement est bon, car ils réservent la gloire à celui à qui elle appartient légitimement, mais agréable, puisqu’il leur procure beaucoup de satisfaction.
2. Voilà pourquoi je vous conseille à vous, qui êtes mes amis, de vous arracher quelquefois au souvenir fâcheux et pénible de vos péchés, et de marcher dans un chemin plus uni, en vous entretenant de pensées agréables, et en repassant, dans votre mémoire, les bienfaits de Dieu, afin que les regards que vous jetterez sur lui vous fassent un peu respirer de l’abattement et de la confusion que vous cause la considération de votre faiblesse. Je veux que vous suiviez le conseil que donne le Prophète, lorsqu’il dit :  » Réjouissez-vous dans le Seigneur, et il vous accordera ce que votre cœur lui demande (Psal. XXXVI, 4).  » Il est nécessaire dé concevoir de la douleur de ses péchés, mais il ne faut pas qu’elle soit continuelle, et on doit la mélanger du souvenir agréable de la clémence de Dieu, de peur que la trop grande tristesse n’endurcisse le cœur et que le désespoir n’achève sa perte. Mêlons le miel avec l’absinthe, afin que ce breuvage, d’une salutaire amertume, tempéré par quelque douceur, puisse se boire et donner la vie. Écoutez comme Dieu même tempère l’amertume d’un cœur contrit, comme il retire de l’abîme du désespoir, celui qui est dans la langueur et le découragement, comme par le miel d’une douce et fidèle promesse, il console celui qui est dans la tristesse et relève celui qui est dans la défiance. Il dit par son Prophète :  » Je mettrai mes louanges dans votre bouche pour vous en servir comme d’un frein, de peur que vous ne vous perdiez (Isa. XLVIII, 9) ;  » c’est-à-dire, de peur que la vue de vos péchés ne vous jette dans une tristesse excessive, et, qu’emporté par le désespoir, comme un cheval qui n’a plus de frein, vous ne tombiez dans le précipice et ne périssiez. Je vous retiendrai, dit-il, comme par le frein de ma miséricorde, je vous relèverai par mes louanges, et vous respirerez à la vue de mes bienfaits, au lieu de vous abattre par celle de vos maux, quand vous me trouverez plus indulgent que vous ne vous jugerez coupable. Si Caïn avait été arrêté par ce frein, il n’aurait pas dit en se désespérant :.  » Mon crime est trop grand pour mériter qu’on me le pardonne (Gen. IV, 13).  » Dieu nous garde de ce sentiment, oui, qu’il nous en garde. Car sa bonté est plus grande que quelque crime que ce soit. C’est pourquoi le Sage ne dit pas, que le juste s’accuse toujours, il dit seulement qu’il s’accuse au commencement de son discours (Prov. XVIII, 17), qu’il a coutume de finir par les louanges de Dieu. Voyez un juste qui observe cet ordre.  » J’ai examiné, dit-il, mes actions et ma conduite, et j’ai dressé mes pas dans la voie de vos louanges (Psal. CXVIII, 59),  » afin que, après avoir souffert beaucoup de fatigues et de peines dans ses propres voies, il se réjouisse dans la voie des louanges de Dieu, comme dans la possession de toutes les richesses du monde. Et vous aussi, à l’exemple de ce juste, si vous avez des sentiments d’humilité de vous-mêmes, ayez du Seigneur des sentiments de confiance en sa bonté souveraine. Car vous lisez dans le Sage :  » Croyez que le Seigneur est plein de bonté, et cherchez-le en simplicité de cœur (Sap. I, 1).  » Or, c’est ce que le souvenir fréquent, que dis-je ? continuel de la libéralité de Dieu persuade aisément à l’esprit. Autrement, comment s’accompliraient ces paroles de l’Apôtre : « Rendant des actions de grâces en toutes choses (I Thess. V, 17), n si on bannit du cœur les sujets de gratitude et de reconnaissance? Je ne veux pas qu’on vous fasse le reproche honteux que l’Écriture adresse aux Juifs, en disant :  » Ils ne se sont pas souvenus de ses bienfaits, ni des merveilles dont ils ont été les témoins oculaires (Psal. LXXVII, 11).
3. Mais comme il est impossible à qui que ce soit de repasser en son esprit, et de se rappeler tous les biens que le Seigneur, si plein de miséricorde et de bonté, ne cesse de répandre sur les hommes, car, comme dit le Prophète, qui sera capable de raconter les miracles de la puissance du Seigneur, et de le louer à proportion de ce qu’il mérite (Psal. CV, 2) ? Que du moins le principal et la plus grande de ses œuvres, je veux dire l’œuvre de notre rédemption, ne s’éloigne jamais de la mémoire de ceux qui ont été rachetés. Or, dans cette œuvre, il y a deux choses qui me viennent à la pensée, que je tâcherai de vous faire remarquer, et cela le plus brièvement qu’il me sera possible; afin d’abréger, car je n’ai pas oublié cette parole :  » Donnez occasion au sage, et il sera encore plus sage (Prov. IX, 9). N Ces deux choses sont, la manière dont elle s’est faite, et le fruit qu’elle produit. La manière consiste dans l’anéantissement de Dieu, et le fruit, en ce que nous sommes remplis de lui. Méditer sur le fruit, c’est semer en nous une sainte espérance; et méditer sur la manière, c’est allumer en nous un amour très-ardent. L’un et l’autre sont nécessaires à notre avancement, pour empêcher ou que notre espérance ne soit mercenaire, si elle n’est accompagnée d’amour, ou que notre amour ne se refroidisse, si nous le croyons infructueux.
4. Or le fruit que nous attendons de notre amour est celui que l’objet de notre amour nous a promis par ces paroles.  » Ils vous donneront, dit-il, une mesure pleine, pressée, entassée, et qui débordera (Luc. XVI, 38).  » Cette mesure, à ce que je vois, sera sans mesure. Mais je voudrais bien savoir de quoi sera remplie cette mesure, ou plutôt cette immensité qui nous est promise.  » Nul œil, hormis le vôtre, ô mon Dieu, n’a vu les biens que vous avez préparés à ceux qui vous aiment (Isa. LXIV, 4).  » Dites-nous, s’il vous plaît, quels sont les biens que vous préparez, vous qui les préparez. Nous croyons et nous espérons avec confiance, puisque vous nous le promettez, que  » nous serons comblés des biens de votre maison (Psal. LXIV, 5).  » Mais de quels biens? Est-ce du froment, du vin, de l’huile, de l’or, de l’argent ou des pierres précieuses ? Mais nous avons connu et vu ces choses, nous les voyons encore et les méprisons. Nous cherchons ce que l’œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a point entendu, ce qui n’est tombé dans la pensée d’aucun homme. Voilà ce qui nous plaît, et ce que nous souhaitons, voilà, quoi que ce soit, ce que nous sommes bien aises de chercher,  » Dieu les éclairera tous intérieurement, dit-il, et il sera toutes choses en tous (Joan. VI, 45).  » A ce que j’entends, la plénitude que nous attendons de Dieu, ne sera que de Dieu même.
5. Qui peut comprendre la douceur ineffable renfermée dans ce peu de paroles, « Dieu sera toutes choses en tous? » Pour ne rien dire du corps, il y a trois facultés dans l’âme: La raison, la volonté et la mémoire : et ces trois facultés sont l’âme même. Toute personne spirituelle reconnaît assez combien il lui manque en ce monde, pour être entière et parfaite. Pourquoi cela, sinon parce que Dieu n’est pas encore toutes choses en tous? C’est ce qui fait que la raison se trompe souvent dans ses jugements, que la volonté est agitée de troubles et de passions, et que la mémoire est confuse par l’oubli de quantité de choses qu’elle perd. Une créature si noble est soumise malgré elle à cette triple vanité, bien qu’elle espère un jour en être délivrée. Car celui qui comble les désirs de l’âme par une affluence de biens, sera lui-même à la raison une plénitude de lumière, à la volonté une abondance de paix, et à la mémoire un objet toujours présent et éternel. O vérité, ô charité, ô éternité! O Trinité bien heureuse, et source de bonheur! Ma misérable trinité à moi soupire tristement vers vous, parce qu’elle a le malheur d’être éloignée de vous. En combien d’erreurs, de peines et de craintes, cet éloignement ne l’a-t-il point plongée ? Hélas! Malheureux que je suis, Quelle trinité ai-je échangée contre la vôtre? « Mon cœur a été troublé,  » c’est le sujet de ma douleur :  » Mes forces m’ont quitté,  » c’est la raison de ma crainte :  » La lumière de mes yeux m’a abandonnée (Psal. XXXVII, 11),  » c’est la cause de mon égarement. O trinité de mon âme, que vous avez trouvé dans ce lieu d’exil une trinité différente de celle de mon Dieu !
6. Néanmoins,  » ô mon âme, pourquoi êtes-vous triste, et pourquoi me troublez-vous? Mettez votre espérance en Dieu. Car j’espère que je lui rendrai encore mes actions de grâces (Psal. XII, 6);  » lorsque l’erreur sera bannie de ma raison, la douleur de ma volonté; et la crainte de ma mémoire, et que cette merveilleuse sérénité, cette parfaite douceur, et cette sécurité éternelle que nous espérons, auront succédé à tous ces maux. La vérité qui est Dieu, fera la première de ces choses, la charité, qui est Dieu, fera la seconde, et la souveraine puissance, qui est Dieu, fera la troisième, et Dieu sera tout en tous; la raison recevra une lumière qui ne s’éteindra jamais, la volonté jouira d’une paix qui ne sera traversée par aucun trouble, et la mémoire s’attachera éternellement à une source inépuisable de bonheur. Voyez si on ne pourrait point attribuer la première au Fils, la seconde au Saint-Esprit, et la troisième au Père, en sorte pourtant qu’on n’en soustraie aucune ni au Père, ni au Fils, ni à l’Esprit, de peur que quelqu’un ne croie que la distinction des personnes, en diminue la perfection, ou qua leur perfection ôte ce que chacune d’elles a de propre et de particulier. Considérez encore si les enfants du siècle éprouvent rien de semblable dans les plaisirs de la chair, dans les spectacles du monde, et dans les pompes de Satan; et néanmoins c’est par ces choses que la vie présente séduit ses misérables amateurs, suivant cette parole de saint Jean:  » Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, et ambition du siècle (I Joan. II, 47).  » Voilà pour ce qui est du fruit de la rédemption.
7. Quant à la manière de la rédemption, que nous avons dit, si vous vous en souvenez, être l’anéantissement de Dieu, je vous prie d’y considérer aussi principalement trois choses. Car ce n’a pas été un simple, un médiocre anéantissement; mais un anéantissement qui est allé jusqu’à la chair, jusqu’à la mort, jusqu’à la croix. Qui peut se faire une juste idée de cet excès d’humilité, de douceur, de bonté ineffable, qui a porté une Majesté si haute et si souveraine à se couvrir d’une chair, à souffrir la mort, à être déshonorée sur une croix? Mais on dira peut-être: Le Créateur ne pouvait-il réparer son ouvrage sans tant de peines? Il le pouvait, mais il a mieux aimé le faire par les souffrances, afin que désormais les hommes n’eussent plus aucun sujet de tomber dans le vice si détestable et si odieux de l’ingratitude. Sans doute il a enduré beaucoup de travaux, mais ce fut afin de se rendre les hommes redevables de beaucoup d’amour, et pour que la difficulté de la rédemption portât à la reconnaissance ceux à qui la facilité de leur création en avait si peu inspiré. Car, que disait l’homme ingrat, lorsqu’il n’était encore que créé ? J’ai été créé gratuitement, je le confesse, mais mon Créateur n’a eu ni peine ni mal à me former. Il m’a créé comme tous les autres êtres, d’un seul mot. La grande affaire de donner même les plus grandes choses, quand il n’en coûte qu’une parole! Voilà comment l’impiété des hommes diminuait le bienfait de la création, et tirait un sujet d’ingratitude de ce qui devait être la cause de leur amour, et cela pour avoir une excuse dans leurs péchés. Mais la bouche de ceux qui tenaient de méchants discours a été fermée. On voit plus clair que le jour, ô homme misérable, tout ce qu’il en a coûté à Dieu pour te sauver, car il n’a pas dédaigné de se faire esclave de Seigneur, pauvre de riche, chair de Verbe, fils de l’homme de fils de Dieu qu’il était. Souvenez-vous que si vous avez été créés de rien, vous n’avez pas été rachetés pour rien. C’est en six jours qu’il a créé toutes choses, et vous avec elles. Mais il a mis trente ans à opérer votre salut sur la terre. O que de travaux il a soufferts! N’a-t-il pas accru par l’ignominie de la croix, les infirmités de la chair, et les tentations de l’ennemi, et ne les a-t-il pas comblées par l’horreur de sa mort? Aussi était-il nécessaire, Seigneur, que voulant ainsi sauver les hommes et les bêtes, pour user de l’expression de votre Prophète, vous augmentassiez le nombre et la grandeur de vos miséricordes (Psal. XXXV, 8).
8. Méditez sur ces choses, et occupez-vous y sans cesse. Versez dans votre cœur ces sortes de parfums, pour dissiper l’odeur infecte de vos péchés qui l’a tourmenté si longtemps et pour avoir en abondance ces parfums qui ne sont pas moins doux que salutaires. Et toutefois ne pensez pas encore avoir de ces parfums excellents, qui sont sur les mamelles de l’Epouse, dont je ne veux pas commencer à parler maintenant, attendu que le temps me presse de finir ce discours. Retenez seulement ce que nous avons dit des autres, témoignez par votre conduite que vous les possédez déjà, et qu’ils vous servent à m’aider de vos prières, afin que je puisse parler dignement de si grandes délices de l’Épouse, et exciter vos coeurs à l’amour de l’Époux qui est Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

B- Mais la réponse de saint Thomas est plus belle encore

Pour que la justice soit parfaite, il convient que la réparation vienne de l’humanité ; et, par suite, il ne faudra pas considérer seulement la valeur que la Passion tire de la personne divine, mais, faisant pour ainsi dire, abstraction, un instant de la divinité, examiner ce qui selon la nature humaine put être regardé comme suffisant pour une telle satisfaction, i.e. toutes les douleurs qu’il faudrait subir dans l’hypothèse où il n’ y aurait que la nature humaine pour expier (III 46 6 ad 6). Une telle réparation demande un sacrifice et des douleurs insondables. Pourquoi ?
Pour comprendre à quel degré de souffrance doit aller la satisfaction, considérons ce que fait l’homme par le péché mortel. Il cherche dans le bien périssable une indigne jouissance, qu’il aime jusqu’au mépris de Dieu, jusqu’à ravaler Dieu dans son appréciation, au-dessous de la créature. L’ordre exige donc qui celui qui répare subisse une peine sensible en comparaison du plaisir illégitime gouté par le pécheur ; et puisque l’attachement à la créature a été immense, jusqu’au mépris du Créateur, la douleur subie par la réparation doit être immense aussi, aller jusqu’au mépris de la nature qui a été choisie pour satisfaire : en sorte que cette nature soit comme brisée et broyée, réduite comme un néant, de même que Dieu, dans le jugement et le choix du pécheur a été mis au-dessous du créé, au niveau de rien.
Donc la satisfaction considérée ainsi, du côté de la nature qui expie, requiert déjà des douleurs effroyables, même s’il ne s’agissait que d’un seul homme et d’un seul péché mortel…Que sera-ce donc s’il faut réparer pour tous les crimes du genre humain tout entier !Puisque Jésus-Christ est le représentant de tous les hommes et qu’il se substitue à la place de chacun d’eux, sa passion aura quelque chose d’universel…Comme si toutes les souffrances du genre humain s’étaient concentrées e, lui seul qui souffre pout ous à la fois, au point que sa douleur surpasse toutes les autres, en intensité, en étendue et qu’il n’y aura jamais sur la terre une douleur pareille à cette douleur (III 46 6-7) .

C- C’est ici que l’on peut lire les belles pages que le catéchisme du Concile de Trente consacre aux souffrances du Christ. Vous les trouvez dans le § 4 du chapitre V :

Ch 5, § IV. — DOULEURS DE JESUS-CHRIST DANS SON CORPS ET DANS SON AME.
« Ici le Pasteur devra expliquer combien furent cruelles les douleurs de la Passion. Hélas ! nous n’avons qu’à nous rappeler cette sueur qui coulait du corps du Sauveur jusqu’à terre en gouttes de sang, à la pensée des tortures et des supplices qui L’attendaient pour comprendre qu’il était impossible de rien ajouter à de pareilles souffrances. Car si la seule pensée des tourments qui Le menaçaient fut assez douloureuse pour exciter en Lui une sueur de sang, que ne souffrit-Il pas lorsqu’Il les endura réellement ? Il est donc bien certain que notre Seigneur Jésus-Christ ressentit dans son Corps et dans son Ame les plus cruelles douleurs.
Et d’abord il n’y eut aucune partie de son Corps qui n’éprouvât des tourments extrêmes. Ses pieds et ses mains furent cloués à la Croix, sa tête fut percée par la couronne d’épines et frappée à coups de roseau ; son visage fut souillé de crachats, et meurtri par les soufflets ; tout son Corps enfin fut battu de verges.
Ce n’est pas tout. Des hommes de tous rangs et de toutes conditions conspirèrent contre le Seigneur et contre son Christ. Juifs et Gentils furent également les instigateurs, les auteurs et les ministres de sa Passion. Judas Le trahi. Pierre Le renia. tous ses autres disciples L’abandonnèrent.
Voyons-Le maintenant sur la Croix. Faut-il déplorer la cruauté, ou l’ignominie d’un tel supplice, ou ces deux choses ensemble ? Certes, on ne pouvait inventer un genre de mort ni plus honteux, ni plus douloureux. Il était réservé aux grands criminels, aux derniers des scélérats, et la lenteur de la mort y rendait encore plus aigu le sentiment des douleurs les plus violentes.
Mais ce qui augmentait également l’intensité de ses souffrances, c’était la constitution et les qualités même du Corps de Jésus-Christ. Formé par l’opération du Saint-Esprit ce Corps était incomparablement plus parfait et plus délicatement organisé que celui des autres hommes. Voilà pourquoi aussi sa sensibilité était beaucoup plus vive, et Lui faisait ressentir plus profondément tous ces tourments.
Quant aux souffrances intimes de l’âme, personne ne peut douter qu’elles n’aient été extrêmes en Jésus-Christ. Lorsque les Saints avaient à subir des persécutions, ou étaient livrés aux supplices, leur âme recevait de Dieu des consolations ineffables qui les ranimaient au milieu des tourments et leur donnaient la force d’en supporter patiemment toutes les rigueurs. On en vit même quelquefois qui éprouvaient alors dans leur cœur la joie la plus vive. Je me réjouis, disait l’Apôtre , dans les maux que j’endure pour vous, et je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant moi-même pour son Corps qui est l’Église. Et ailleurs : Je suis rempli de consolations, et je surabonde de joie dans toutes mes tribulations. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut boire le calice amer de sa Passion, sans mélange d’aucune douceur. Bien plus, Il laissa goûter, en quelque sorte, à la nature humaine dont Il s’était revêtu, toute la rigueur des tourments, comme s’Il n’avait été qu’un homme, et non pas un Dieu ».

Section VI : les causes de la mort du Christ. Réponse de Saint Thomas.

Si nous cherchons les raisons de nous attacher au mystère de la Rédemption et aussi à notre messe, il sera bon d’insister quelques instants aussi sur les causes de la mort de NSJC.

Le catéchisme du Concile de Trente nous les donne sobrement :

Le but de ce développement : « Les Pasteurs auront soin de développer, sur la Passion et la mort de Jésus-Christ, certaines considérations propres à faire méditer aux Fidèles, la profondeur d’un si grand mystère ».

Après avoir étudié le caractère « satisfactoire », « expiatoire » et « sacrificiel » de la Passion du Christ, on n’aura pas de difficultés à comprendre que la cause première de la Passion du Christ soit le péché.

§- 1- Et tout d’abord, le catéchisme insiste sur la qualité de Celui qui souffre : le Fils de Dieu fait homme.

« Et d’abord, ils diront quel est Celui qui a enduré toutes ces souffrances. C’est Celui dont la dignité est telle que nous ne pouvons ni la comprendre ni l’expliquer -, Celui dont Saint Jean a dit qu’Il est le Verbe qui était en Dieu ; Celui dont l’Apôtre Saint Paul a fait ce magnifique éloge , qu’il a été établi de Dieu héritier de toutes choses, que les siècles ont été faits par Lui ; qu’Il est la splendeur de la gloire et le caractère de la substance du Père ; qu’Il soutient tout par la parole de sa Puissance, qu’Il nous a purifiés de nos péchés, et qu’en conséquence, Il est assis à la droite de la Majesté suprême, au plus haut des cieux. Et, pour tout dire en un mot, Celui qui a souffert pour nous, c’est Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble. Oui, c’est le Créateur qui souffre pour ses créatures ; c’est le Maître qui souffre pour ses esclaves. C’est Celui qui a créé les Anges, les hommes, le ciel et tous les éléments, enfin Celui en qui, par qui, et de qui toutes ces choses subsistent.

Il ne faut donc pas nous étonner que lorsque l’Auteur de la nature fut si violemment agité par tant de tourments, l’édifice tout entier n’ait été ébranlé, et que, selon le récit de l’Ecriture, la terre ait tremblé, que les rochers se soient fendus, que les ténèbres aient couvert toute la surface de la terre, et que le soleil se soit obscurci.

Mais si ces créatures muettes et insensibles ont pleuré la mort de leur Créateur, quelles larmes ne doivent pas verser les Fidèles, et de quelle douleur ne doivent-ils pas être pénétrés, eux qui sont les pierres vivantes de la maison de Dieu ?

§- 2- Et maintenant on peut étudier les causes de la Passion de NSJC :

a) La cause : les péchés du monde entier :

« Il faut ensuite exposer les causes de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la grandeur et la force de l’Amour de Dieu pour nous. Or, si on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles. En effet le Fils de Dieu notre Sauveur eut pour but dans sa Passion et dans sa Mort de racheter et d’effacer les péchés de tous les temps, et d’offrir à son Père pour ces péchés une satisfaction abondante et complète.

b) Il faut ajouter que ce sont les pécheurs eux-mêmes qui furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’Il endura

Il convient d’ajouter, pour donner plus de prix à son Sacrifice, que non seulement ce divin Rédempteur voulut souffrir pour les pécheurs, mais que les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’Il endura. C’est la remarque de l’Apôtre Saint Paul dans son épître aux Hébreux: Pensez, dit-il, en vous-mêmes à Celui qui a Souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs élevés contre Lui, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez point dans l’abattement.
Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sur ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides.

§-3 Enfin la Sainte Écriture nous enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été livré à la mort par son Père et par Lui-même.

Enfin la Sainte Écriture nous enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été livré à la mort par son Père et par Lui-même Le Prophète Isaïe fait dire à Dieu le Père: Je L’ai frappé à cause du crime de mon peuple. Et, quelques lignes plus haut, le même Prophète plein de l’Esprit de Dieu, voyant dans l’avenir le Sauveur couvert de plaies et de blessures, s’écriait: Nous nous sommes tous égarés comme des brebis. Chacun de nous a suivi sa voie, et le Seigneur a mis sur Lui les iniquités de nous tous. Puis en parlant de Dieu le Fils, il dit: S’Il sacrifie sa vie pour le péché, Il verra une longue postérité. Et l’Apôtre Saint Paul confirme cette vérité par des paroles encore plus décisives, tout en voulant nous montrer d’ailleurs ce que nous avons à espérer de la Miséricorde et de la Bonté infinie de Dieu: Celui, dit-il, qui n’a pas épargné son Propre Fils, mais qui L’a libéré pour nous tous, comment, avec Lui, ne nous aurait-il pas aussi donné toutes choses ?

Approfondissons cette merveilleuse raison

§-4 La passion : expression de l’amour de Jésus pour son Père et pour nous.
Un amour totalement libre

Sans doute, d’abord et avant tout, c’est par amour pour son Père que Jésus a voulu subir la mort de la Croix. Il le dit lui-même explicitement : « Afin que le monde sache que j’aime mon Père, j’accomplis sa volonté, qui est que je me livre à la mort »…
Mais c’est aussi en raison de l’amour qu’il nous porte. A la dernière Cène, quand va sonner l’heure « d’achever » son oblation, que dit-il à ses apôtres réunis autour de lui ? « Il n’est pas d’amour plus grand que celui de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15 13) Et cet amour qui surpasse tout amour, Jésus va nous le montrer, car, dit saint Paul, « c’est pour nous tous qu’il s’est livré » (2 Cor 5 15) Il est mort pour nous « alors que nous étions ses ennemis (Rm 5 10). Quelle marque plus grande d’amour pouvait-il nous donner ? Aucune. Aussi l’Apôtre ne cesse-t-il de proclamer que « c’est parce qu’il nous a aimés que le Christ s’est livré » ( Gal 2 20, « à cause de l’amour qu’il m’a porté, il s’est donné pour moi ». Et livré et donné dans quelle mesure ? Jusqu’à la mort : semetipsum tradidit.

Et ce qui rehausse infiniment cet amour, c’est la liberté souveraine avec laquelle le Christ s’est offert : « Oblatus est quia ipse voluit » Cf Jn 10 17-18…

Une liberté souveraine : le Christ s’offre lui-même. Nul ne lui ravit la vie. « Il se donne lui-même »
(Le Christ dans ses mystères. P 277-286)

Pour bien faire ressortir cette liberté dans le don sacrificiel de NSJC, on peut utiliser très heureusement la pensée de saint Thomas dans sa question sur la « cause efficiente de la mort de NSJC.

Cf III 47 : La cause efficiente de la Passion du Christ.

Quelle est en cette question délicate la doctrine de saint Thomas.

Saint Thomas d’Aquin consacre la question 47 de la IIIa Pars de la Somme à cette question. Il l’intitule : « De la cause efficiente de la Passion de NSJC ». Là, il étudie les auteurs de la Passion du Christ. Quels sont-ils ? Et quelles sont leurs responsabilités respectives. Les réponses de saint Thomas nous permettront de cerner au plus près la vérité avec les distinctions nécessaires.

Saint Thomas se pose 6 questions

1. Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même? – 2. Pour quel motif s’est-il livré à la Passion? – 3. Est-ce le Père qui l’a livré à la Passion? – 4. Convenait-il qu’il souffre par la main des païens, ou plutôt des Juifs? – 5. Ses meurtriers l’ont-ils connu? – 6. Le péché de ses meurtriers.

De ces six articles, les deux premiers examinent la part du Christ dans le fait de sa mort ; le troisième, la part du Père ; les trois autres, la part des hommes.
Pour ce qui est de la part du Christ, saint Thomas se demande, d’abord, si le Christ peut être dit avoir eu une part dans le fait de sa mort ; et, en second lieu, en cas de réponse positive, quel a été le motif ou le mobile qui a porté le Christ à se livrer ainsi à la Passion et à la mort. Le premier point fait l’objet de l’article premier.

A- Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même?

Il semblerait qu’il faille répondre que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autre que par lui-même puisqu’Il dit « Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18).
D’autre part, le fait qu’il ait poussé un « grand cri » remettant son âme entre les mains de son Père montre que le Christ a remis son âme quand il le voulut. C’est dire que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autres que par lui-même. « Il n’a pas quitté sa chair malgré lui, mais parce qu’il le voulut, quand il le voulut, et comme il le voulut ».
Cependant: le Christ annonçait en parlant de lui-même (Lc 18, 33): « Après l’avoir flagellé, ils le tueront. »

Alors ? Comment répond saint Thomas :

« Il y a deux manières d’être cause d’un effet.
1° En agissant directement pour cela. C’est de cette manière que les persécuteurs – pour l’instant Saint Thomas ne cherche pas à savoir si ce sont les païens ou les Juifs qui l’ont mis à mort- il parle seulement des « persécuteurs » – du Christ l’ont mis à mort; car ils lui ont fait subir les traitements qui devaient amener la mort, avec l’intention de la lui donner. Et la mort qui s’en est suivie a été réellement produite par cette cause.
2° Indirectement, en n’empêchant pas cet effet; par exemple on dira qu’on mouille quelqu’un en ne fermant pas la fenêtre par laquelle entre la pluie. En ce sens, le Christ n’a pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais a voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups. « En ce sens, on peut dire que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement ».
Le Christ pouvait en effet empêcher cette Passion et cette mort.
-Il le pouvait d’abord, en réprimant ses adversaires, de telle sorte qu’ils ne voulussent pas ou qu’ils ne pussent pas le mettre à mort. On l’a vu au Jardin des Oliviers. Le Christ a terrassé ses ennemis.
-Il le pouvait aussi, parce que son esprit avait la puissance de conserver la nature de sa chair pour qu’aucune cause de lésion qui lui serait infligée ne parvint à l’accabler : puissance que l’âme du Christ avait parce qu’elle était unie au Verbe de Dieu dans l’unité de sa Personne.

Par cela donc que le Christ ne repoussa point de son propre corps les coups qui lui étaient portés mais qu’Il voulut que la nature corporelle succombât sous ces coups, Il est dit avoir disposé Lui-même de son âme ou de sa vie. De cette façon il est dit « être mort volontairement ».

Alors lorsque Jésus dit « Personne ne prend ma vie », il faut sous entendre : « sans que j’y consente », car prendre, au sens propre du mot, c’est enlever quelque chose à quelqu’un contre son gré et sans qu’il puisse résister.
Et lorsqu’il est dit dans l’Evangile qu’Il a « poussé un grand cri »; c’est là un des miracles de sa mort. D’où la parole de Marc (15, 39): « Le centurion qui se tenait en face, voyant qu’il avait expiré en criant ainsi, déclara: « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! »

Il y eut encore ceci d’admirable dans la mort du Christ, qu’il mourut plus rapidement que les deux larrons. On lit dans S. Jean (19, 32) qu’on « brisa les jambes » de ceux qui étaient crucifiés avec le Christ » pour hâter leur mort « : mais « lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui rompirent pas les jambes ». D’après S. Marc (15, 44), « Pilate s’étonna même qu’il fût déjà mort ». De même que, par sa volonté, sa nature corporelle avait été gardée dans toute sa vigueur jusqu’à la fin, de même c’est lorsqu’il le voulut qu’il céda aux coups qu’on lui avait porté.

Ainsi, avec Saint Thomas, il faut conclure : « en mourant le Christ, tout à la fois, a subi la violence et est mort volontairement, puisque la violence faite à son corps n’a pu dominer celui-ci que dans la mesure où il l’a voulu lui-même ».

Ainsi c’est en toute vérité que le Christ s’est livré Lui-même à la mort ; bien que cependant, en toute vérité aussi, cette mort lui ait été donnée par ses bourreaux.

Vous le voyez : les choses ne sont pas aussi simples que çà et les distinctions apportées par Saint Thomas font apprécier particulièrement la liberté du Christ en sa mort et donc son amour pour nous. Qu’aurait-elle eu de remarquable cette mort du Christ si elle lui eut été imposée? Mais mourant librement, cette mort du Christ fait éclater davantage son amour pour nous. Il est une victime libre. Cette liberté mesure son amour.

Mais pour l’instant, il n’est pas encore question de la « qualité » des bourreaux, des auteurs de la Passion du Christ. On peut dire que la mort, sous un certain rapport, lui a été donnée par ses bourreaux tout en affirmant que le Christ s’est livré lui-même à la mort, sous un autre rapport. Et sous ce rapport, i.e. en tant qu’Il domine par sa Puissance divine, sur son propre corps et âme, le Christ est seul cause de sa mort.
Mais quelle fut, de sa part, la cause qui le fit ainsi aller à la mort et l’accepter volontairement ?

B- Autrement dit : Quel en fut le motif ?

A cette question importante, Saint Thomas d’Aquin répond que le Christ est mort par obéissance à l’ordre de son Père : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre, tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10, 18), pour réparer la désobéissance d’Adam et Eve en le péché originel.

C’est l’objet de son deuxième article. Il fonde son argument sur la parole de saint Paul: « De même que par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes » (Rm 5, 19).

Et le père Pègues fait de cet article un splendide commentaire : « Cette raison éclaire d’un jour magnifique toute l’histoire du genre humain. On peut dire du genre humain, dans la suite de son histoire, que tout s’y ramène à une question de vie et de mort, rattachée elle-même à une question d’obéissance et de désobéissance. Dieu avait créé l’homme, pouvant cependant être mortel de sa nature, dans un état de vie qui ne connaissait point la mort ; mais à une condition : qu’il observerait un précepte, d’ailleurs très facile que Dieu lui donnait pour marquer sa dépendance à l’endroit du Créateur. Il était du reste, expressément averti que s’il désobéissait, il mourrait de mort. L’homme eut le malheur de ne point tenir compte de cette défense et de cette menace. Emporté par un mouvement d’orgueil, à la suggestion du Tentateur perfide, il désobéit à Dieu. Aussitôt le privilège de vie immortelle, accordée par Dieu à la nature humaine dans la personne du premier homme lui fut enlevé. Pour toujours désormais, la mort devait régner dans le genre humain déchu. Mais Dieu, dans sa miséricorde, allait tout restaurer en vue d’un triomphe éblouissant sur la mort et sur le démon, qui en était le premier auteur. Il allait créer l’Homme Nouveau, par lequel Il remporterait sa victoire. Le démon avait vaincu en amenant l’homme premier à désobéir. Dieu allait vaincre en se donnant, dans l’Homme Nouveau, un obéissant parfait. Et, de même que la désobéissance du premier avait causé la mort en violant le précepte auquel était attaché l’immortelle vie ; de même l’Homme Nouveau restaurerait la vie en observant fidèlement et par obéissance au Chef, Dieu lui-même, Souverain maître de la mort et de la vie, le précepte qui lui commandait d’aller à la mort. Toute l’économie des conseils de Dieu, dans l’histoire du genre humain, tient dans ce double contraste : d’une vie immortelle perdue par une désobéissance qui méprisait le précepte de la vie ; et de cette même vie immortelle reconquise par une obéissance qui embrasserait amoureusement le précepte de la mort ».

NB : Voilà, mes chers amis, une magnifique présentation du plan divin dans lequel vous êtes insérés depuis votre baptême et dans lequel vous voulez vous insérer d’une manière plus particulière encore dans votre sacerdoce futur. L’histoire que va connaître nécessairement votre sacerdoce est celle de ce conflit entre la désobéissance initiale, la désobéissance satanique, la désobéissance d’Adam et l’obéissance de Nouvel Adam, le Christ. Deux mondes s’affrontent : celui de l’obéissance à Dieu et à son Christ ; celui de la désobéissance du monde contemporain contre Dieu et son Christ. Saint Augustin, lui, parlera du conflit entre un monde dominé par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » et d’un monde dominé par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ». Voilà ce que vous allez connaître. Il n’y a pas de milieu. Les libéraux qui ont cherché le juste milieu ont toujours porté mains fortes aux ennemis du Christ et de son Eglise. Vous avez à choisir. Ce sera votre idéal et votre noblesse.
Je pense que vous avez choisi…en venant dans ce séminaire….

Ainsi le Christ s’est livré Lui-même à la Passion et à la mort. Comme Dieu et comme homme, et comme Verbe incarné ou Dieu-Homme, non seulement, il n’y avait, pour Lui, aucune nécessité de souffrir ou de mourir, mais Il avait tout Pouvoir, un pouvoir absolu d’éviter la Passion et la mort. Toutefois Il a voulu les subir. Et c’est parce qu’Il a voulu les subir qu’en effet la Passion et la mort l’ont atteint. D’où il résulte qu’en toute vérité Il s’est sacrifié lui-même ; ce qui est la raison de son sacerdoce. Or il l’a fait par obéissance, pour accomplir ce qu’Il savait être une pensée arrêtée dans les conseils de Dieu son Père, une volonté ferme portant sur un dessein qui devait montrer en pleine lumière la sagesse, la bonté , la puissance infinie de Dieu dans l’économie de son Œuvre par excellence : la restauration, par la mort volontaire de son Fils sur la Croix, de l’œuvre ruinée au début du genre humain par la désobéissance du premier homme détachant de l’arbre du Paradis terrestre, à l’instigation du Démon, le fruit défendu.
C’est ce qu’exprime bien Nostra Aetate dans son § 6 : « D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce ».

C- Le Père a-t-il livré à la Passion son Fils ? C’est l’article 3

Mais alors cette volonté formelle du Père accomplie volontairement et par obéissance par le Fils, permettrait-elle de dire, en toute vérité, que le Père a livré Lui-même son Fils à la Passion et à la mort ? La question est d’une portée extrême pour la parfaite intelligence du langage biblique et chrétien dans le grand mystère de la Rédemption.
Saint Thomas va la résoudre à l’article 3 où il se pose la question : « Est-ce le Père qui a livré le Christ à la Passion ? Il semblerait que non puisque c’est Judas qui livra le Christ aux Juifs, les Juifs, le Christ à Pilate ; Pilate ne disait-il pas : « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » et également Pilate « qui le livra pour qu’il soit crucifié » ( Jn 19, 16). Alors qu’en est-il du Père ?

Dans cet article, Saint Thomas rappelle d’un mot la conclusion de l’article précédent et en tire tout de suite une triple preuve pour établir la conclusion du présent article : « Nous l’avons montré à l’article précédent: le Christ a souffert volontairement, par obéissance à son Père. Aussi Dieu le Père a livré le Christ à la passion de trois façons :
1° Selon sa volonté éternelle, il a ordonné par avance la passion du Christ à la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6): « Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. » Et il ajoute: « Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance. »
N’oubliez toujours pas le plan divin de salut. N’oubliez toujours pas le Livre 12 de l’Apocalypse de saint Jean….

Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité. Aussi Isaïe ajoute-t-il « Il s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu. »

3° Il ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Parce que, remarque S. Augustin, Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs.
Ainsi le Père a livré le Christ à sa Passion en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous.

Et Saint Thomas conclut cet article par une phrase capitale : « Par là on constate tout d’abord la sévérité de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32): « Il n’a pas épargné son propre Fils » ; et sa bonté en ce que l’homme ne pouvant pas satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné quelqu’un qui satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi: « Il l’a livré pour nous tous. » Et il dit (Rm 3, 25): « Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. »

Il faut donc dire, en toute vérité, que Dieu le Père a livré son Fils à la Passion et à la mort. Jamais, en effet , le Christ n’eut connu la Passion et la mort si Dieu le Père n’en avait disposé ainsi dans ses conseils éternels, en vue du salut du genre humain : non pas que Lui-même ait infligé la mort au Christ, pas plus que le Christ ne se l’est donné Lui-même ; mais Il avait dans son infinie justice, dans sa sagesse et sa miséricorde statué qu’Il inspirerait au Christ, par amour pour nous, la volonté de ne point repousser, comme Il en aurait le droit et le pouvoir, les mauvais traitements et la mort que lui infligeront des hommes pervers ; d’accepter même tout cela avec une sorte de saint empressement pour que fussent manifestés les infinis trésors de bonté contenus en Dieu et dans son Christ. Le Christ a donc été livré par Dieu son Père et Il s’est livré Lui-même pour des raisons d’infinie sagesse »

Ce qui n’est pas le cas et de Judas, des Juifs et de Pilate.

D- Et de fait qu’en est-il de Judas, des juifs et des Romains

Alors qu’en est-il de Judas, des Juifs, de Pilate ? des Juifs et des Gentils ? L’ont-ils livré à la Passion ou pas ?

Saint Thomas n’exclut pas leur responsabilité en la Passion du Christ :« La même action se juge diversement, en bien ou en mal, suivant la racine dont elle procède. En effet, le Père a livré le Christ et le Christ s’est livré lui-même, par amour, et on les en loue. Mais Judas a livré le Christ par cupidité, les Juifs par envie, Pilate par crainte ambitieuse envers César, et c’est pourquoi on les blâme ».
(Voilà ce qu’aurait du rappeler Nostra Aetate, ce qu’il n’a pas fait).

Alors Saint Thomas va revenir sur le rôle et de Judas et des Juifs, du peuple et des anciens et de Pilate…Et tout d’abord sur le rôle de Pilate et plus généralement sur le rôle des Gentils
Ainsi dans l’exécution de ce conseil divin, convenait-il que les Gentils eussent une part, la part même décisive – le crucifier – de telle sorte que ce serait eux qui condamneraient à mort et exécuteraient la sentence ? Il semble, au contraire, qu’ils n’y auraient du avoir aucune part. ?

Saint Thomas considère la question suivante dans son article 4: « Convenait-il que le Christ souffre de la part des païens »? Il répond en faisant un parallèle entre les circonstances de la passion du Christ et les effets de cette même Passion. Il dit : « Les circonstances mêmes de la passion du Christ ont préfiguré l’effet de celle-ci. D’abord, elle a eu un effet salutaire sur les Juifs, dont beaucoup furent baptisés, d’après les Actes (2, 41 et 4, 42), dans la mort du Christ. Mais ensuite, par la prédication des Juifs, ( juif, saint Pierre, juif , saint Paul…) l’effet de la passion du Christ est passé aux païens. Et c’est pourquoi il convenait que le Christ commence à souffrir de la part des Juifs, et ensuite, les juifs le livrant aux païens, que sa passion soit achevée par ceux-ci ».

Résumons la pensée de saint Thomas : « Il convenait que les auteurs de la mort du Christ fussent, en premier lieu, les Juifs prévaricateurs ; et, en second lieu, les païens eux-mêmes, à l’instigation des Juifs : parce que, en fait, les Juifs, qui pourtant étaient les premiers à vouloir, par haine, la mort du Christ, avaient perdu leur indépendance politique et, par suite, le droit de vie et de mort qui est la prérogative de la souveraineté. D’ailleurs l’ordre même des effets de la Passion du Christ qui devaient se communiquer d’abord aux Juifs et ensuite aux païens, demandait qu’un ordre semblable se retrouvât dans le mode de la Passion du Christ ».
Mais quelle est la part de responsabilité des uns et des autres, des Gentils et des Juifs, des « grands du peuple » et du petit peuple » dans cette Passion et cette mort du Christ ? Devons-nous supposer qu’ils connurent Celui qu’ils poursuivaient ainsi, qu’ils condamnaient et qu’ils frappaient. C’est la question même de la responsabilité des auteurs du déicide. Saint Thomas va le résoudre à l’article 5 : « Les meurtriers du Christ l’ont-ils connu »?

Il semble bien que les persécuteurs du Christ, les Juifs, le connurent:

1. D’après S. Matthieu (21, 38) « Les vignerons, en le voyant, dirent entre eux « Voici l’héritier, venez, tuons-le. » S. Jérôme commente: « Par ces paroles, le Seigneur prouve clairement que les chefs des juifs ont crucifié le Fils de Dieu non par ignorance, mais par envie. Car ils ont compris qu’il est celui à qui le Père avait dit par le prophète (Ps 2, 8): « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » Il semble donc qu’ils ont connu qu’il était le Christ, ou le Fils de Dieu.
2. Le Seigneur dit (Jn 15, 24): « Maintenant ils ont vu, et ils nous haïssent, moi et mon Père. » Or, ce qu’on voit, on le connaît clairement. Donc, les Juifs connaissant le Christ, c’est par haine qu’ils lui ont infligé la passion.
3. On lit dans un sermon du concile d’Éphèse : « Celui qui déchire une lettre impériale est traité comme s’il déchirait la parole de l’empereur et condamné à mort. Ainsi le juif qui a crucifié celui qu’il voyait sera châtié comme s’il avait osé s’attaquer au Dieu Verbe lui-même. » Il n’en serait pas ainsi s’ils n’avaient pas su qu’il était le Fils de Dieu, parce que leur ignorance les aurait excusés. Il apparaît donc que les Juifs qui ont crucifié le Christ ont su qu’il est le Fils de Dieu.

Cependant: il y a la parole de S. Paul (1 Co 2, 8): « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire », et celle-ci de S. Pierre aux Juifs (Ac 3, 17): « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs » et le Seigneur sur la croix demande (Lc 23, 34): « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
(NB On voit à la lecture de tous ces textes combien délicate est la question posée. Elle est au cœur de la « problématique » de la pensée de Jules Isaac et de ses 18 questions qui influença tellement le Concile Vatican II dans Nosta aetate.)

Saint Thomas, pour résoudre ce problème, va établir une distinction de la plus haute importance. Il nous avertit que « parmi les Juifs, les uns étaient les notables ou les Grands ; et les « autres » constituent la multitude et la foule ou les « petits »
Chez les Juifs, il y avait les grands et les petits.
Les grands, qui étaient leurs chefs, ont su « qu’il était le Messie promis dans la loi; car ils voyaient en lui tous les signes annoncés par les prophètes; mais ils ignoraient le mystère de sa divinité ». Et c’est pourquoi S. Paul dit: « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire. »
Mais pour autant leur ignorance n’excusait pas leur crime, puisque c’était en quelque manière une ignorance volontaire (affectata). En effet, ils voyaient les signes évidents de sa divinité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu. Aussi dit-il lui-même à leur sujet (Jn 15, 22): « Si je n’étais pas venu, et si je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. » Et il ajoute: « Si je n’avais fait parmi eux les oeuvres que personne d’autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché. » On peut donc leur appliquer ce texte (Job 21, 14): « Ils ont dit à Dieu: « Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes chemins ».
Le Père Pègues commente ainsi ce passage de Saint Thomas : « On remarquera cette doctrine si ferme de saint Thomas sur le caractère d’évidence que portaient les signes ou les miracles faits par le Christ devant les Juifs cultivés et instruits ; de telle sorte que ceux qui n’en ont pas conclu qu’Il était vraiment Dieu et le Fils de Dieu sont inexcusables : seule leur volonté mauvaise en fut la cause. Ces mêmes miracles, et dans des conditions encore plus convaincantes si l’on peut ainsi dire, sont rapportés dans les quatre Evangiles. Il n’est pas un esprit cultivé ou instruit qui ne puisse les connaître et les reconnaître. Si donc ceux-là qui le peuvent ne les connaissent pas ou ne les reconnaissent pas, et que, par ce motif, ils ne viennent pas au Christ par une foi pleine et aimante, ce sera pour une raison de mal ou de disposition mauvaise dans leur volonté ; et, par suite, eux non plus n’auront pas d’excuse pour leur péché de n’être point venus au Christ ».

Ils n’ont pas connu le Christ comme Fils de Dieu parce qu’ils ne voulurent pas le reconnaître. Tous ses faits et gestes montraient à l’évidence sa Messianité, sa divinité. Ils sont donc inexcusables dans leur aveuglement ou leur ignorance. Comme le dit Saint Thomas. Les « grands » du peuple Juif sont coupables d’une ignorance volontaire. Elle ne peut les excuser dans la Passion du Christ.
Comme le dit encore saint Thomas : « L’ignorance volontaire n’excuse pas la faute, mais l’aggrave plutôt; car elle prouve que l’on veut si violemment accomplir le péché que l’on préfère demeurer dans l’ignorance pour ne pas éviter le péché, et c’est pourquoi les Juifs ont péché comme ayant crucifié le Christ non seulement comme homme, mais comme Dieu ».
Ils ont donc toute la responsabilité du déicide. Ils l’ont, parce qu’ils pouvaient, parce qu’ils devaient savoir que Celui qu’ils vouaient au crucifiement était vraiment Dieu Lui-même, le Fils de Dieu en Personne ; qu’ils n’ont pas pu ne pas s’avouer qu’il en était ainsi, mais qu’ils ont détourné volontairement leur esprit de ce qui, dans cette vérité, les aurait contraints d’abdiquer devant le Christ et de se faire ses disciples. Ils ont même entraîné, dans la responsabilité du même déicide, la foule qu’ils ont rendue participante de leur crime.

Quant aux petits, c’est-à-dire les gens du peuple, qui ne connaissaient pas les mystères de l’Écriture, ils ne connurent pleinement ni qu’il était le Messie, ni qu’il était le Fils de Dieu. Car bien que quelques-uns aient cru en lui, la multitude n’a pas cru. Parfois elle se demandait si Jésus n’était pas le Messie, à cause de ses nombreux miracles et de l’autorité de son enseignement, comme on le voit chez S. Jean (7, 31). Mais ces gens furent ensuite trompés par leurs chefs au point qu’ils ne croyaient plus ni qu’il soit le Fils de Dieu ni qu’il soit le Messie. Aussi Pierre leur dit-il: « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs »; c’est-à-dire « que ceux-ci les avaient trompés».
« Ici encore, dit le Père Pègues, on aura remarqué ce tableau si vrai de l’inaptitude de la foule, comme telle, à saisir, par elle seule, les profondeurs cachées de la doctrine ; et sa facilité à être trompée et égarée par les conducteurs pervers, même lorsque sa droiture naturelle l’aurait d’abord portée à se rendre aux signes éclatants plus particulièrement faits pour la convaincre. Sa responsabilité sera donc moindre, et nul doute que Dieu ne soit plus pitoyable aux petits qu’aux « grands », en pareil cas. Il n’en faudrait pas conclure pour autant que toute responsabilité disparaît et que les « petits » égarés par les « grands » seront excusés de tout péché par le fait même. Quelque difficulté qu’il y ait en effet pour la multitude de se conduire par elle-même, surtout quand il s’agit d’une multitude plus éloignée de ce qui constitue, à des degrés divers, la culture de l’esprit, il n’en demeure pas moins que tout être humain ayant l’usage de la raison est à même, absolument parlant, de reconnaître les signes de la vérité, selon que Dieu, dans sa Providence, les met, d’une manière au moins suffisante à sa portée, en utilisant les lumières indéfectibles du bon sens et les sentiments premiers de l’équité naturelle. Aussi bien voyons nous que la multitude du peuple juif n’a pas été indemne aux yeux de la justice divine, et que non seulement les chefs qui l’avaient égaré, mais aussi le peuple qui avait suivi ses chefs, ont tous été châtiés pour le crime de déicide. »
Mais cela nous amène à mesurer la gravité du crime commis par ceux qui se rendirent coupables de la mort du Christ sur la Croix. Faut-il dire que ce crime a été de tous le plus grave ? Saint Thomas nous répond à l’article 6 intitulé : « Le péché des meurtriers du Christ »

E- Est-il ou non le plus grave des péchés ?

Comme on peut s’y attendre, Saint Thomas va distinguer la gravité de la faute chez les « grands » et chez les « petits ». Il parlera ensuite de la faute des « romains », des païens.
Voilà le principe de la réponse thomiste : La faute de tous est proportionnée à la connaissance que les uns et les autres ont du Christ.
Pour les Grands : « Nous l’avons dit à l’article précédent, les chefs des juifs ont connu le Christ, et s’il y a eu chez eux de l’ignorance, elle fut volontaire et ne peut les excuser. C’est pourquoi leur péché fut le plus grave, que l’on considère le genre de leur péché ou la malice de leur volonté ».
Quant aux « petits », aux gens du peuple, ils ont péché très gravement, si l’on regarde le genre de leur péché, mais celui-ci est atténué quelque peu à cause de leur ignorance. Aussi sur la parole: « Ils ne savent pas ce qu’ils font », Bède nous dit: « Le Christ prie pour ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ayant le zèle de Dieu, mais dépourvus de connaissance. »
Beaucoup plus excusable fut le péché des païens qui l’ont crucifié de leurs mains, parce qu’ils n’avaient pas la science de la loi.
Mais si on peut mettre une « hiérarchie » dans la faute de tous ces gens, il faut dire, avec Saint Thomas : « Judas a livré le Christ non à Pilate mais aux chefs des prêtres, qui le livrèrent à Pilate selon cette parole (Jn 18, 35): « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » Cependant le péché de tous ces gens fut plus grave que celui de Pilate qui tua le Christ par peur de César; et il fut plus grand que celui des soldats qui crucifièrent le Christ sur l’ordre de leurs chefs, non par cupidité comme Judas, ni par envie et par haine comme les chefs des prêtres ».

Conclusion :
Ainsi si nous voulions résumer la pensée de saint Thomas dans cette question de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ, on pourrait dire : « Si la Passion du Christ a eu lieu, c’est, à n’en pas douter parce que Lui-même l’a voulu. Et il ne l’a voulu Lui-même qu’en union de volonté parfaite avec la volonté du Père dont l’infinie sagesse avait renfermée dans ce mystère ses plus riches trésors : la justice et la miséricorde. Mais les exécuteurs humains de ce plan divin qui furent les Juifs et les Gentils, ne sauraient bénéficier de la sagesse des conseils de Dieu. C’est par une volonté perverse de leur part qu’ils ont poursuivi le Christ et l’ont conduit à la mort. La perversité de cette volonté n’a pas été la même pour tous. Car tous n’étaient pas éclairés d’une égale lumière au sujet du Christ.
Les premiers responsables, et, partant, les plus coupables, furent les principaux parmi les Juifs, les chefs du peuple, ceux qui avaient en leurs mains le dépôt des Ecritures. Ils auraient pu et ils devaient reconnaître le Christ dans la Personne de Jésus. Mais par jalousie et par haine, ils éteignirent sciemment la lumière qui leur était donnée avec surabondance. Leur crime est sans excuse. Il est le plus grand qui n’ait été jamais commis parmi les hommes.
Le peuple juif, égaré et trompé par eux, a eu sa responsabilité diminuée en raison de la part d’involontaire qu’il a pu y avoir dans son ignorance.

Il en fut de même et dans une mesure plus grande encore pour les païens, ignorants les choses de la Loi, qui coopérèrent au crime du déicide. Tous furent coupables ; mais bien moins que les Juifs ; et, à des degrés divers selon le degré de leur culture ou de leur indépendance. »

Et le péché fut « l’occasion » de cette passion et de la mort du Christ.

Voilà la doctrine de Saint Thomas sur le problème de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ et donc sur les « intervenants » dans cette mort.
Ce fut la doctrine de l’Eglise jusqu’à Pie XII.

Section VII : Les fruits de la Passion du Christ. Les fruits de la messe catholique

Ils sont merveilleusement résumés par le catéchisme du Concile de Trente, au chapitre 5 § 5. Tout cela est une raison supplémentaire de nous attacher à notre messe.

Ch5, § V. — FRUITS DE LA MORT DE JESUS-CHRIST.

Arrivé ici le Pasteur n’a plus qu’à expliquer — mais avec soin — les avantages et les biens que la Passion du Sauveur nous a procurés.

En premier lieu, Jésus-Christ par ses souffrances nous a délivrés du péché. Il nous a aimés, dit Saint Jean et Il nous a lavés de nos péchés dans son sang. Et encore, comme dit l’Apôtre , Il nous a fait revivre avec Lui, nous remettant tous nos péchés, effaçant l’arrêt de condamnation écrit et porté contre nous, l’abolissant et l’attachant à la Croix.

Ensuite Il nous a arrachés à la tyrannie du démon. Voici maintenant le jugement du monde, dit le Sauveur Lui-même, et le prince de ce monde va en être chassé, et Moi, quand j’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tout à Moi.

En troisième lieu, Il a payé la peine qui était due pour nos péchés.

De plus, comme on ne pouvait offrir à Dieu un sacrifice qui fût plus digne ou plus agréable, Il nous a réconciliés avec son Père, Il L’a apaisé, et nous L’a rendu favorable.

Enfin, en enlevant nos péchés, Il nous a ouvert la porte du ciel que le péché commun à tous les hommes avait fermée. C’est ce que l’Apôtre nous marque bien dans ces paroles: Nous avons la confiance d’entrer dans le Sanctuaire, par le Sang de Jésus-Christ. Et l’Ancien testament ne manquait pas de symboles et de figures qui exprimaient la même vérité. Ainsi les citoyens qui ne pouvaient rentrer dans leur pays qu’à la mort du grand prêtre, étaient l’image des Justes à qui l’entrée dans la Céleste Patrie était interdite, malgré toute leur sainteté, jusqu’à la Mort du Souverain et Eternel Pontife, Jésus-Christ. Mais depuis que le Rédempteur l’a subie, cette Mort, les portes du ciel sont ouvertes à tous ceux qui, purifiés par les Sacrements, et possédant la Foi, l’Espérance et la Charité, deviennent participants des mérites de sa Passion.

Le Pasteur montrera que tous ces avantages, tous ces divins Bienfaits nous viennent de la Passion de notre Seigneur.

En premier lieu, parce que sa mort fut une satisfaction pleine et entière qui Lui fournit le moyen admirable de payer à Dieu son Père toute la dette de nos péchés. Et ce prix qu’Il paya pour nous, non seulement égale notre obligation, mais lui est infiniment supérieur.

En second lieu, parce que le sacrifice de la Croix fut infiniment agréable à Dieu. A peine Jésus-Christ l’eut-Il offert que la colère et l’indignation de son Père furent entièrement apaisées. Aussi l’Apôtre a-t-il soin de nous faire remarquer que la Mort du Sauveur fut un vrai Sacrifice Jésus-Christ nous a aimés, dit-il, et Il s’est livré Lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une Victime et une Oblation d’agréable odeur.

En troisième lieu, enfin, parce que la Passion fut pour nous cette Rédemption dont parle le prince des Apôtres, quand il dit : ce n’est ni par l’or ni par l’argent corruptibles que vous avez été rachetés de la vanité de votre vie, que vous avez héritée de vos pères, mais par le Sang précieux de l’Agneau Saint et Immaculé, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et Saint Paul dit à son tour : Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour nous.

Outre ces avantages si précieux, la Passion nous en fournit encore un autre d’un prix inestimable. Elle met sous nos yeux les exemples les plus frappants de toutes les vertus: la patience, l’humilité, une charité admirable, la douceur, l’obéissance, un courage surhumain à souffrir pour la justice, non seulement des douleurs, mais la mort elle-même. Et nous pouvons dire en vérité, que notre Sauveur, dans le seul jour de sa Passion, voulut représenter en Lui toutes les vertus dont Il avait recommandé la pratique pendant le cours entier de sa prédication.

Voilà ce que nous avions à dire ici sur la Passion et la Mort si salutaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Puissions-nous méditer sans cesse ces mystères au fond de nos cœurs ! Puissions-nous apprendre par-là à souffrir, à mourir, à être ensevelis avec ce divin Sauveur ! C’est alors que purifiés des souillures du péché, et ressuscitant avec Lui à une vie nouvelle, nous mériterons, par sa Grâce et par sa Miséricorde, de participer un jour à la gloire de son Royaume céleste.

Mais il est dans ce Trésor admirable d’autres merveilles encore, et d’autres excellences.

Section VIII : Le prêtre principal, à la Sainte Messe, est Jésus-Christ lui-même.

Le prêtre principal, à la Sainte Messe, est Jésus-Christ lui-même. Dans le nombre des prérogatives sublimes de cet adorable Sacrifice, aucune, semble-t-il, n’est plus admirable que d’être non pas seulement la copie mais l’original même du Sacrifice de la croix : et pourtant il en est une supérieure encore à celle-là, qui est d’avoir pour ministre et pour prêtre un Dieu-Homme.

Dans une action aussi sainte que celle du Saint-Sacrifice, il y a trois choses à considérer spécialement : le prêtre qui offre, la victime qui est offerte, la majesté de celui à qui on l’offre. Eh bien ! Ici nous trouvons, à ce triple égard, l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, pour prêtre ; la vie d’un Dieu pour victime ; Dieu lui-même pour fin. Excitez donc votre foi, et reconnaissez dans le prêtre qui est à l’autel la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est le prêtre principal, non seulement parce que c’est lui qui a institué cet auguste Sacrifice, et lui a donné par ses mérites toute son efficacité, mais encore parce qu’à chaque messe, il daigne changer pour nous le pain et le vin en son Corps adorable et son Sang précieux.

Voilà le plus grand privilège de la sainte Messe ; c’est d’avoir pour prêtre l’Homme-Dieu !
Sachez donc, quand vous voyez le célébrant à l’autel, que son principal mérite est d’être le ministre de ce Prêtre éternel et invisible, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

C’est pour cela que le saint Sacrifice de la Messe ne cesse pas d’être agréable à Dieu, lors même que le prêtre qui l’offre est sacrilège : parce que le prêtre principal est Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que celui que vous voyez n’est que son ministre.

Si quelqu’un fait l’aumône par la main de son serviteur, c’est à lui qu’on l’attribue et lors même que ce dernier serait un scélérat, si le maître est juste, son aumône est sainte et méritoire.

Béni soit donc le Seigneur de nous avoir accordé ce Prêtre saint, la sainteté même, chargé d’offrir au Père éternel l’auguste Sacrifice non seulement en tous lieux puisque la foi est désormais répandue dans l’univers entier, mais en tout temps, chaque jour, à toute heure même, car le soleil ne disparaît à notre horizon que pour se lever sur d’autres contrées.

C’est pourquoi, à chaque heure, sur chaque point du globe, ce Prêtre très saint présente à Dieu son Sang, son Âme, sa Personne entière : il les présente pour nous, et cela autant de fois qu’il se célèbre de messes dans le monde. O trésor immense ! O source d’inappréciables richesses ! Ah ! que ne pouvons-nous assister à toutes les messes qui se disent ! Quels mérites nous gagnerions ! Que de grâces en cette vie et quelle gloire dans l’autre nous pourrions acquérir !

Voilà ce que nous enseigne également le Saint Pape PIE XII dans sa fameuse encyclique « Médiator Dei », dans la deuxième partie de son encyclique sur le culte eucharistique consacrée pour une part importante à la nature du sacrifice eucharistique.

Section IX : Le prêtre, le fidèle et la messe : dignité à laquelle est élevé le fidèle qui assiste à la Messe.

Mais que parlé-je d’assister ? Entendre la sainte Messe, ce n’est pas seulement cela, c’est l’offrir soi-même. Oui, le simple fidèle peut et doit être appelé sacrificateur, ainsi que nous le lisons au chapitre V de l’Apocalypse : « Vous avez fait de nous, Seigneur, votre royaume et vos prêtres. »

Le célébrant à l’autel, c’est le ministre de l’Église agissant au nom de la Communauté ; il est le médiateur de tous les fidèles, spécialement de ceux qui sont présents, auprès de Jésus-Christ le prêtre invisible, uni à lui, il offre à Dieu le Père, tant au nom de tous qu’en son nom particulier, le prix divin de la rédemption des hommes. (NB cf. la première prière de l’Offertoire)

Mais comprenons-le bien, il n’agit pas seul dans une si auguste fonction : chacun de ceux qui assistent à son Sacrifice concourt avec lui à l’accomplir et à l’offrir, et c’est pourquoi, lorsque, après l’offertoire, il se tourne vers le peuple, il dit : « Priez, mes frères, pour que mon Sacrifice qui est aussi le vôtre, soit agréable au Dieu tout-puissant », afin que nous entendions par là que, bien qu’il fasse les fonctions de principal ministre, tous ceux qui sont présents offrent avec lui le Saint-Sacrifice.

Ainsi toutes les fois que vous assistez à la Messe, vous faites en un certain sens l’office du prêtre.

Oserez-vous maintenant entendre la Messe en causant, en regardant de côté et d’autre, peut-être même en dormant, vous contentant de réciter tant bien que mal quelques prières vocales, sans faire aucune attention aux fonctions redoutables de prêtre que vous exercez ?

Ah ! je ne puis m’empêcher de m’écrier ici : Monde insensé, qui ne comprend rien à ces sublimes mystères ! Comment est-il possible que l’on se tienne auprès de l’autel, l’esprit distrait et le cœur dissipé, pendant que les anges contemplent dans une sainte ferveur l’accomplissement d’une œuvre merveilleuse.

(NB Sur ce sujet, il faut lire l’Encyclique de Pie XII : « Mediator Dei » : de la participation des fidèles au sacrifice eucharistique :

Après avoir expliqué la valeur infinie du divin sacrifice de la Croix et sa puissance de rachat, le pape affirme que ce rachat n’obtient son total effet que suite à la participation des fidèles à cette Croix, à ce sacrifice. Il s’exprime d’une manière sublime. Ecoutez :

« Ce rachat, cependant, n’atteint pas aussitôt son plein effet : il faut que le Christ, après avoir racheté le monde au prix très précieux de lui-même, entre effectivement en possession réelle des âmes des hommes. Aussi, pour que leur rédemption et leur salut, en ce qui concerne les individus et toutes les générations qui se succéderont jusqu’à la fin des siècles, se réalisent et soient agréés de Dieu, il faut absolument que chaque homme en particulier entre en contact vital avec le sacrifice de la croix, et donc que les mérites qui en découlent lui soient transmis. On peut dire d’une certaine manière que sur le Calvaire le Christ a établi une piscine d’expiation et de salut, qu’il a remplie de son sang répandu, mais si les hommes ne se plongent pas dans ses eaux et n’y lavent les taches de leurs fautes, ils ne peuvent assurément obtenir purification ni salut. »

Ainsi la collaboration des fidèles est-elle nécessaire. C’est ce que dit le Pape dans ce passage :

« Afin donc que chaque pécheur soit blanchi dans le sang de l’Agneau, les chrétiens doivent nécessairement associer leur travail à celui du Christ. Si, parlant en général, on peut dire, en effet, que le Christ a réconcilié, avec son Père par sa mort sanglante, tout le genre humain, il a voulu cependant que, pour obtenir les fruits salutaires produits par lui sur la croix, tous fussent conduits et amenés à sa croix, par les sacrements principalement et par le sacrifice eucharistique ».

Dès lors « le saint sacrifice de l’autel est comme l’instrument par excellence par lequel les mérites venant de la croix du divin Rédempteur sont distribués ». C’est en dire toute la nécessité et toute la grandeur. (cf. Conc. Trid., Sess. XXII, cap. 2 et can. 4).

Nécessité. Grandeur du Sacrifice de la messe : parce que « renouvelé tous les jours, il nous rappelle qu’il n’y a pas de salut hors de la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ (cf. Ga VI, 14) ; et que Dieu lui-même tient à la continuation de ce sacrifice  » de l’aurore au coucher du soleil  » (Mal. I, 11) pour que jamais ne cesse l’hymne de gloire et d’action de grâces dû par les hommes à leur Créateur, car ils ont perpétuellement besoin de son secours, besoin aussi du sang du Rédempteur pour effacer des péchés qui provoquent sa justice ».

Ainsi concluons avec Pie XII sur le devoir et l’honneur de participer pour les fidèles à un tel sacrifice. : « Il est donc nécessaire, Vénérables Frères, que tous les chrétiens considèrent comme un devoir principal et un honneur suprême de participer au sacrifice eucharistique, et cela, non d’une manière passive et négligente et en pensant à autre chose, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre, selon la parole de l’Apôtre :  » Ayez en vous les sentiments qui étaient dans le Christ-Jésus  » (Ph II, 5) offrant avec lui et par lui, se sanctifiant en lui ».

Et c’est en cette phrase de saint Paul que nous pouvons comprendre la manière pour les fidèles de participer à la sainte Messe :

Ainsi « tous les chrétiens doivent reproduire autant qu’il est humainement possible, les sentiments dont était animé le divin Rédempteur lorsqu’il offrait le sacrifice de lui-même, c’est-à-dire qu’ils reproduisent son humble soumission d’esprit, qu’ils adorent, honorent, louent et remercient la souveraine majesté de Dieu. … Qu’ils prennent en quelque sorte la condition de victime, qu’ils se soumettent complètement aux préceptes de l’Évangile, qu’ils s’adonnent spontanément et volontiers à la pénitence, et que chacun déteste et expie ses fautes…Que tous avec le Christ nous mourions mystiquement sur la croix, de manière à pouvoir faire nôtre la pensée de saint Paul :  » Je suis crucifié avec le Christ  » (Ga II, 19).

Mais cette participation des fidèles au Sacrifice eucharistique ne veut pas dire qu’ils jouissent des « pouvoirs sacerdotaux ». Le pape est formel : « Du fait cependant que les chrétiens participent au sacrifice eucharistique, il ne s’ensuit pas qu’ils jouissent également du pouvoir sacerdotal. Il est absolument nécessaire que vous exposiez cela clairement aux yeux de vos fidèles ».

Cette erreur pourtant se développe, nous dit le Pape : « Il y a en effet, Vénérables Frères, des gens qui, se rapprochant d’erreurs jadis condamnées (cf. Conc. Trid., Sess. XXIII, cap. 4), enseignent aujourd’hui que dans le Nouveau Testament, le mot  » sacerdoce  » désigne uniquement les prérogatives de quiconque a été purifié dans le bain sacré du baptême ; de même, disent-ils, le précepte de faire ce qu’il avait fait, donné par Jésus-Christ à ses apôtres durant la dernière Cène, vise directement toute l’Église des chrétiens, et c’est par conséquent plus tard seulement qu’on en est arrivé au sacerdoce hiérarchique. C’est pourquoi, ils prétendent que le peuple jouit d’un véritable pouvoir sacerdotal, et que le prêtre agit seulement comme un fonctionnaire délégué par la communauté. A cause de cela, ils estiment que le sacrifice eucharistique est au sens propre une  » concélébration « , et que les prêtres devraient  » concélébrer  » avec le peuple présent, plutôt que d’offrir le sacrifice en particulier en l’absence du peuple ».

Le pape réfute cette erreur en disant : « Nous estimons cependant devoir rappeler que le prêtre remplace le peuple uniquement parce qu’il représente la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ en tant que Chef de tous les membres s’offrant lui-même pour eux ; quand il s’approche de l’autel, c’est donc en tant que ministre du Christ, inférieur au Christ, mais supérieur au peuple (cf. S. Robert Bellarmin, De Missa, II, cap. 4). Le peuple, au contraire, ne jouant nullement le rôle du divin Rédempteur, et n’étant pas conciliateur entre lui-même et Dieu, ne peut en aucune manière jouir du droit sacerdotal ».

Il précise cependant le rôle des fidèles : « les fidèles cependant offrent, eux aussi la divine Victime, mais d’une manière différente ».

a. Ceci est affirmé par l’Église

« Ceci a déjà été très clairement affirmé par certains de Nos prédécesseurs et par les docteurs de l’Église.  » Non seulement – ainsi parle Innocent III, d’immortelle mémoire – les prêtres offrent, mais aussi tous les fidèles, car ce qui s’accomplit d’une manière spéciale par le ministère des prêtres se fait d’une manière universelle par le vœu des fidèles  » (De Sacro Altaris Mysterio, III, 6), Et Nous aimons à citer en cette matière au moins une affirmation de saint Robert Bellarmin, prise entre beaucoup d’autres :  » Le sacrifice, dit-il, est offert principalement dans la personne du Christ. C’est pourquoi l’offrande qui suit la consécration atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec lui  » (De Missa, I, cap. 27) ».

b. Ceci est exprimé par les rites eux-mêmes

« Les rites et les prières du sacrifice eucharistique n’expriment et ne manifestent pas moins clairement que l’oblation de la victime est faite par les prêtres en même temps que par le peuple. Non seulement, en effet, après l’offrande du pain et du vin, le ministre du sacrifice, tourné vers le peuple, dit expressément :  » Priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, trouve accès près de Dieu, le Père tout-puissant  » (Missale Rom., Ordo Missae), mais en outre, les prières par lesquelles la divine hostie est offerte à Dieu sont formulées, la plupart du temps, au pluriel, et il y est plus d’une fois indiqué que le peuple, lui aussi, prend part à cet auguste sacrifice en tant qu’il l’offre. On y trouve ceci, par exemple :  » Pour lesquels nous t’offrons, ou qui t’offrent… Nous vous prions donc, Seigneur, d’accueillir d’un cœur apaisé cette offrande de vos serviteurs et de toute votre famille… Nous, vos serviteurs, ainsi que votre peuple saint, nous offrons à votre glorieuse Majesté ce que vous-même nous avez donné et nous donnez, l’hostie pure, l’hostie sainte, l’hostie immaculée  » (Ibid., Canon Missae) ».

Et la raison en est qu’ils sont, par le baptême, « membres du corps mystique de NSJC », mais aussi par le caractère baptismal députés au culte divin.

« Et il n’est pas étonnant que les chrétiens soient élevés à cette dignité. Par le bain du baptême, en effet, les chrétiens deviennent à titre commun membres dans le corps du Christ-prêtre, et par le  » caractère  » qui est en quelque sorte gravé en leur âme, ils sont délégués au culte divin : ils ont donc part, selon leur condition, au sacerdoce du Christ lui-même ».

Ainsi offrent-ils, avec le prêtre, en union au Christ Prêtre, le sacrifice eucharistique :

Le pape dit : « « Si le peuple offre en même temps que le prêtre, ce n’est pas que les membres de l’Église accomplissent le rite liturgique visible de la même manière que le prêtre lui-même, ce qui revient au seul ministre délégué par Dieu pour cela, mais parce qu’il unit ses vœux de louange, d’impétration, d’expiation et d’action de grâces aux vœux ou intentions mentales du prêtre, et même du Souverain Prêtre, afin de les présenter à Dieu le Père dans le rite extérieur même du prêtre offrant la victime. Le rite extérieur du sacrifice, en effet, doit nécessairement, par sa nature, manifester le culte intérieur ; or, le sacrifice de la loi nouvelle signifie l’hommage suprême par lequel le principal offrant, qui est le Christ, et avec lui et par lui tous ses membres mystiques, rendent à Dieu l’honneur et le respect qui lui sont dus.

Mais ceci ne veut pas dire que la présence du peuple pour l’offrande du sacrifice eucharistique soit absolument requise et que sans lui, le prêtre ne puisse offrir ce sacrifice. Le pape est formel :

« Certains, en effet, réprouvent complètement les messes qui sont offertes en privé et sans assistance, comme éloignées de l’antique manière de célébrer ; quelques-uns même affirment que les prêtres ne peuvent en même temps offrir la divine hostie sur plusieurs autels parce que par cette manière de faire ils divisent la communauté et mettent son unité en péril ; on va parfois jusqu’à estimer que le peuple doit confirmer et agréer le sacrifice pour que celui-ci obtienne sa valeur et son efficacité ».

Il en donne la raison : parce que le sacrifice du Christ a une dimension sociale intrinsèque, indépendamment de la présence ou non du peuple :

« On en appelle à tort, en la matière, à la nature sociale du sacrifice eucharistique. Toutes les fois, en effet, que le prêtre renouvelle ce que le divin Rédempteur accomplit à la dernière Cène, le sacrifice est vraiment consommé, et ce sacrifice, partout et toujours, d’une façon nécessaire et par sa nature, a un rôle public et social, puisque celui qui l’immole agit au nom du Christ et des chrétiens dont le divin Rédempteur est le chef, l’offrant à Dieu pour la sainte Église catholique, pour les vivants et les défunts (Missale Rom., Canon Missae). Et ceci se réalise sans aucun doute, soit que les fidèles y assistent – et Nous désirons et recommandons qu’ils y soient présents très nombreux et très fervents – soit qu’ils n’y assistent pas, n’étant en aucune manière requis que le peuple ratifie ce que fait le ministre sacré ».

Concluons, avec Pie XII, nos considérations sur la participation des fidèles à la messe par ces mots magnifiques :

« Que les fidèles considèrent donc à quelle dignité le bain sacré du baptême les a élevés, et qu’ils ne se contentent pas de participer au sacrifice eucharistique avec l’intention générale qui convient aux membres du Christ et aux fils de l’Église, mais que, selon l’esprit de la sainte liturgie, librement et intimement unis au souverain Prêtre et à son ministre sur la terre, ils s’unissent à lui d’une manière particulière au moment de la consécration de la divine Hostie, et qu’ils l’offrent avec lui quand sont prononcées les solennelles paroles :  » Par lui, avec lui, en lui, est à toi, Dieu Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire dans les siècles des siècles  » (Missale Rom., Canon Missae), paroles auxquelles le peuple répond : Amen. Et que les chrétiens n’oublient pas, avec le divin Chef crucifié, de s’offrir eux-mêmes et leurs préoccupations, leurs douleurs, leurs angoisses, leurs misères et leurs besoins ».

Section X: la transsubstantiation. : de la présence réelle, le plus grand Miracle de la Puissance Divine.

Le dogme :

L’Apôtre nous enseigne que ceux qui ne discernent point le Corps de Notre-Seigneur, commettent un grand crime. Les sens ne servent de rien. Seule la foi peut croire ce mystère.

La Foi catholique enseigne et croit, sans hésitation aucune, que les paroles de la Consécration produisent spécialement trois effets admirables.

-Le premier, c’est que le vrai corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Celui-là même qui: est né de la Vierge Marie, qui est assis à la droite du Père, est contenu dans l’Eucharistie.

-Le second c’est que dans le Sacrement il ne reste rien de la substance des deux éléments, quoique cela semble tout-à-fait opposé et contraire au rapport des sens.

-Le troisième, qui se déduit aisément des deux autres, et qui est positivement exprimé par les paroles de la Consécration, c’est que par une disposition inexplicable et toute miraculeuse, les accidents qui apparaissent aux yeux, et que les autres sens perçoivent aussi, se soutiennent sans le secours d’aucun sujet. Ils présentent encore toutes les apparences du pain et du vin. Mais ils ne tiennent à aucune substance ; ils subsistent par eux-mêmes. Quant à la substance même du pain et du vin, elle est tellement changée au Corps et au Sang de Jésus-Christ, qu’il n’en reste absolument rien, et qu’il n’y a réellement plus ni substance du pain, ni substance du vin.

L’Ecriture Sainte :

Les paroles de Notre Sauveur lors de la Consécration sont claires: « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. » Or, il n’est personne de bon sens qui ne comprenne immédiatement ce que ces paroles signifient. L’Eucharistie contient vraiment le Corps et le Sang de Jésus-Christ.

Saint Paul, après avoir rappelé la consécration que le Seigneur avait faite du pain et du vin, et la distribution des saints Mystères à ses Apôtres, ajoute : « que l’homme s’éprouve donc lui-même, et qu’après cela il mange de ce pain et boive de ce calice : car celui qui le mange et le boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur ».

Le même Apôtre s’exprime encore plus formellement dans le Chapitre précédent de la même Epître, lorsqu’il dit : « Le calice de bénédiction que nous bénissons, n’est-il pas la communication du Sang de Jésus-Christ ? et le pain que nous rompons, n’est-ce pas la participation du Corps du Seigneur ? »

On ne peut désigner plus clairement la véritable substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ.

L’Eglise de Dieu, avec son autorité infaillible, les a toujours entendus dans le sens que nous venons d’exposer.

Les Pères de l’Eglise :

C’est l’enseignement des Pères qui ont fleuri à l’origine et dans tous les âges de l’Eglise, et qui sont les meilleurs témoins de sa doctrine. Or, ils ont tous enseigné, et d’un accord unanime, la vérité du dogme en question

Retenons Saint Ambroise : dans le livre qu’il a écrit sur ceux qui sont initiés aux Mystères , il affirme que « l’on reçoit dans l’Eucharistie le vrai Corps de Jésus-Christ, comme Il l’avait pris lui-même très réellement dans le sein de la bienheureuse Vierge et que c’est un article de Foi incontestable ». – « Avant la Consécration, dit-il ailleurs, il n’y a que du pain, mais après la Consécration, il n’y a que la Chair de Jésus-Christ ».

Et Saint Augustin, ce défenseur si zélé de la Foi catholique, a toujours pensé et parlé de même, mais spécialement dans son commentaire sur le Psaume 33 : « se porter soi-même dans ses mains est impossible à l’homme, dit-il, cela ne peut convenir qu’à Jésus-Christ ; car il se portait dans ses propres mains, lorsque, donnant son Corps, il dit : ceci est mon Corps. »

Enfin, Saint Cyrille, dans son 4e livre sur Saint Jean, affirme si clairement que la véritable Chair de Jésus-Christ est dans l’Eucharistie.

Le dogme :

Le second moyen de connaître la doctrine de l’Eglise dans les choses de la Foi, c’est la condamnation qu’elle a faite des doctrines et des opinions contraires. Or, il est impossible de le nier, le dogme de la Présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie a toujours été tellement répandu et popularisé dans toute l’Eglise, il a toujours été si universellement reçu par tous les Fidèles, qu’au moment où Bérenger, dans le onzième siècle, osa l’attaquer et prétendre qu’il n’y avait là qu’un signe, il fut aussitôt condamné, et d’une voix unanime, au Concile de Verceil, convoqué par le Pape Léon IX, et lui-même y anathématisa son hérésie. Et lorsque plus tard il revint encore à cette erreur impie, il fut de nouveau condamné par trois autres Conciles, l’un de Tours, et les deux autres de Rome, ces deux derniers assemblés successivement par les Papes Nicolas II et Grégoire VIII. Toutes ces décisions furent confirmées ensuite par Innocent III dans le Concile général de Latran. Enfin les Conciles de Florence et de Trente sont venus tour à tour fixer ce dogme avec une clarté et une précision invincibles.

Quiconque en effet croit et confesse que Dieu est Tout Puissant, croit par là-même qu’Il n’a pas manqué de pouvoir pour opérer le chef-d’œuvre que nous admirons et que nous révérons dans l’Eucharistie. Quiconque encore croit la sainte Eglise catholique, doit nécessairement reconnaître pour vraie la doctrine que nous venons d’expliquer.

Dès lors, les fidèles ne sauraient donc trop admirer la perfection, la gloire et la grandeur de la sainte Eglise, puisqu’il n’y a, pour ainsi dire, qu’un seul degré qui la sépare de la béatitude céleste. Nous avons cela de commun avec les habitants des cieux, que les uns et les autres nous possédons Jésus-Christ ; Dieu et homme, présent au milieu de nous. Le seul degré qui nous sépare d’eux, c’est qu’ils jouissent de la Présence de Jésus-Christ par la vision béatifique, tandis que nous, nous adorons seulement sa Présence, Présence invisible à nos yeux, et cachée sous le voile miraculeux des saints Mystères, mais que cependant nous confessons avec une Foi ferme et inébranlable.

Enfin Jésus-Christ nous a laissé dans ce Sacrement, la preuve de l’immense amour qu’Il a pour nous. N’était-ce pas en effet un des plus beaux traits de cet amour, de n’avoir pas emporté loin de nous cette nature qu’Il nous avait empruntée, mais d’avoir voulu, autant que cela était possible, demeurer sans cesse avec nous, afin que sans cesse on pût dire de Lui en toute vérité : « mes délices sont d’être avec les enfants des hommes ? ».

De la présence réelle :

L’Eucharistie ne contient pas seulement le Corps de Jésus-Christ avec tout ce qui constitue un corps véritable, comme les os et les nerfs, mais encore Jésus-Christ tout entier. Il faut enseigner que Jésus-Christ, c’est le nom d’un Dieu et d’un homme tout à la fois, c’est-à-dire d’une personne dans laquelle la nature divine et la nature humaine sont réunies ; Jésus-Christ possède les deux substances et ce qui les caractérise, la divinité d’abord, puis la nature humaine tout entière avec l’âme, les parties du corps et le sang qui la composent. Nous devons donc croire que toutes ces choses se trouvent dans l’Eucharistie. Car de même qu’au ciel l’humanité de Jésus-Christ est unie à la divinité dans une seule personne, (et dans une seule hypostase). de même ce serait un crime de supposer que le Corps, présent dans l’Eucharistie, y est séparé de la divinité.

Cependant les Pasteurs auront soin de faire observer que toutes ces choses ne sont point contenues de la même manière et par la même raison dans ce Sacrement.

II en est qui s’y trouvent en vertu, et par la force même de la Consécration. (vi verborum, dit saint Thomas). Ces paroles en effet produisent ce qu’elles signifient, et les Théologiens disent qu’une chose se trouve dans le Sacrement, par la force du Sacrement, quand elle est exprimée par la forme des paroles. Selon eux, s’il pouvait arriver que les choses fussent détachées les unes des autres, il y aurait dans le Sacrement uniquement ce que sa forme signifie ; le reste ne s’y trouverait point.

Au contraire, il est certaines choses qui sont renfermées dans le Sacrement, par cette seule et unique raison qu’elles. sont inséparablement liées avec celles que la forme exprime. (en raison du principe de concomitance) Ainsi, comme la forme employée pour la Consécration du pain exprime le Corps de Notre-Seigneur, puisqu’on y dit : ceci est mon Corps, c’est donc par la force même du Sacrement que le Corps de Jésus-Christ est renferme dans l’Eucharistie. Mais parce que le Sang, l’âme et la Divinité sont inséparables du Corps, toutes ces choses seront aussi dans le Sacrement, non en vertu de la Consécration, mais par l’union qu’elles ont avec le Corps, ou comme disent les Théologiens, par concomitance.

C’est de cette manière que manifestement Jésus-Christ est tout entier dans l’Eucharistie. Car lorsque deux choses sont absolument liées entre elles, il faut que l’une soit partout où l’autre se trouve. Il suit de là que Jésus-Christ est tellement tout entier, (si nous pouvons ainsi dire), et sous l’espèce du pain et sous l’espèce du vin, que, comme l’espèce du pain contient non seulement le Corps, mais le Sang, et Jésus-Christ tout entier, de même l’espèce du vin renferme non seulement le Sang, mais aussi le Corps et toute la Personne de Jésus-Christ.

Objection :mais il y a double consécration, le Corps est séparé du Sang ?

Réponse : Quoique les Fidèles doivent avoir la certitude et la persuasion que les choses se passent ainsi, cependant l’Eglise a été très sage de faire séparément les deux Consécrations. D’abord cela exprime bien mieux la Passion du Sauveur, dans laquelle le Sang fut séparé du Corps. C’est même pour cette raison que l’on fait mention de l’effusion du Sang, dans la Consécration. Ensuite, comme ce Sacrement était destiné à nourrir nos âmes, il était convenable qu’il fût établi sous la forme de nourriture et de breuvage, puisque ces deux choses constituent évidemment l’aliment complet de nos corps.

Il ne faut pas non plus oublier de dire que non seulement Jésus-Christ est tout entier dans chacune des espèces du pain et du vin, mais qu’Il est aussi tout entier dans la moindre parcelle de chaque espèce.

De la Transsubstantiation :

C’est ainsi que le vrai Corps et le vrai Sang de Jésus-Christ sont contenus dans l’Eucharistie.

Après la Consécration il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin dans le Sacrement. Il est dès lors « une conséquence nécessaire » : c’est la transsubstantiation

En effet, si après la Consécration le Corps et le Sang de Jésus-Christ sont réellement présents sous les espèces du pain et du vin où Ils n’étaient pas auparavant, ce ne peut être que
-par changement de lieu,
-ou par création,
-ou par le changement d’une autre substance en la sienne.

-Or il est impassible que le Corps de Jésus-Christ soit présent dans l’Eucharistie, en y venant d’un autre lieu, puisque autrement Il devrait quitter le ciel, un corps ne pouvant être mis en mouvement sans s’éloigner du lieu d’où part le mouvement.

-Il est encore bien moins croyable que le Corps de Jésus-Christ soit dans l’Eucharistie par création, ou plutôt il n’est même pas permis de le penser.
-Que reste-t-il donc, sinon que le pain soit changé en son Corps, et par conséquent que la substance du pain soit totalement détruite par la Consécration ?

Aussi les Pères du Concile général de Latran, et ceux du Concile de Florence ont-ils nettement enseigné cette vérité. Et après eux, le Concile de Trente l’a définie plus formellement encore en ces termes:

« Si quelqu’un dit que dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème ! »

Le mot transsubstantiation ne se trouve pas dans l’Ecriture, mais si le mot n’y est pas , la chose y est enseignée :

Et d’abord Notre-Seigneur, en instituant ce Sacrement, s’exprime ainsi: « ceci est mon Corps »: Or la propriété du mot: ceci, est d’exprimer toute la substance de l’objet présent. Si donc la substance du pain était demeurée, Jésus-Christ n’aurait pas pu dire avec vérité: ceci est mon Corps. D’un autre côté, le Seigneur dit, dans Saint Jean « le pain que Je donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde » désignant ainsi sa Chair par le nom du pain ; puis un instant après, II ajoute « Si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son Sang, vous n’aurez point la vie en vous ; » et encore « ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage » Or appeler en termes si clairs et si formels sa Chair un vrai pain, une véritable nourriture, et son Sang un vrai breuvage, n’est-ce pas évidemment pour nous apprendre que ni la substance du pain ni celle du vin ne demeurent dans ce Sacrement ?

C’est donc avec beaucoup de raison et de justesse que l’Eglise catholique appelle ce merveilleux changement transsubstantiation, comme l’enseigne le Concile de Trente.

Mais ainsi que les Saints Pères l’ont très souvent recommandé, il ne faut par rechercher avec trop de curiosité comment un tel changement peut se faire. Il nous est impossible de le comprendre, et nous ne pouvons en trouver aucune image ni aucun exemple dans les changements naturels, ni même dans la création. La Foi nous apprend que la chose est ainsi, nous ne devons point chercher avec curiosité pourquoi ou comment la chose est ainsi.

La seule explication que je peux donner est celle-là : « Rien n’est impossible à Dieu. » et j’ajouterai que la Présence de NSJC dans l’Eucharistie est une présence par mode de substance.

Les espèces du pain et du vin :

La troisième merveille de ce Sacrement, la plus grande et la plus étonnante de toutes, avons-nous dit : c’est que les espèces du pain et du vin y subsistent sans être soutenues d’aucun sujet. En effet, nous avons démontré d’une part que le Corps et le Sang de Notre-Seigneur sont véritablement présents dans ce Sacrement, et de manière qu’il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin. Mais d’autre part il est impossible que les accidents qui demeurent, s’attachent à son Corps et à son Sang. Par conséquent il est de toute nécessité que, contre toutes les lois de la nature, ces accidents subsistent en eux-mêmes, et sans être soutenus par aucune substance. telle a toujours été la doctrine constante de l’Eglise catholique, doctrine qui peut du reste se déduire des témoignages que nous avons rapportés plus haut en faveur de la vérité qui nous occupe, à savoir qu’après la Consécration, il ne demeure plus rien de la substance du pain et du vin dans l’Eucharistie.

Mais là aussi, rien ne convient mieux à la piété des Fidèles que de laisser de côté ces questions difficiles, et de se borner à vénérer, à adorer la majesté de ce Sacrement, et ensuite à admirer la souveraine Providence de Dieu, qui a établi ces sacrés Mystères, pour être administrés sous les espèces du pain et du vin. Toutefois, comme il répugne absolument à la nature de manger la chair et de boire le sang de l’homme, c’est une grande marque de Sagesse de la part de Notre-Seigneur de nous avoir donné sa Chair et son Sang adorables sous les apparences du pain et du vin, qui sont notre nourriture journalière, la plus ordinaire, et en même temps la plus agréable.

Nous trouvons encore en cela deux autres avantages ; le premier, c’est d’être à l’abri d’accusations calomnieuses, et qu’il nous eût été difficile d’éviter de la part des infidèles, s’ils nous avaient vus manger la Chair de Jésus-Christ dans sa propre forme.

Le second, c’est qu’en prenant le Corps et le Sang de Notre-Seigneur, sans que nos sens puissent saisir la réalité de leur existence, c’est un puissant moyen d’augmenter la Foi dans nos âmes.

Section XI : Avantages de la Sainte Messe. Elle nous permet de satisfaire à toutes nos obligations envers la Justice divine.

L’honnête et le sublime sont deux motifs très puissants sur nos cœurs ; mais de tous les motifs qui peuvent agir sur nous, l’utile est le plus efficace, et il triomphe presque toujours de nos répugnances. Si vous appréciez peu l’excellence et la nécessité de la Messe, comment ne seriez-vous pas frappé de la grande utilité qu’elle procure aux vivants et aux défunts, aux justes et aux pécheurs, pendant la vie et à l’heure de la mort, et même après celle-ci ?

Représentez-vous que vous êtes ce débiteur de l’Évangile, lequel ayant à payer dix mille talents, et étant appelé à rendre compte de son administration, s’humilie, implore son créancier, et lui demande du temps pour remplir ses engagements : « Ayez patience et je vous rendrai tout ce que je vous dois. »

Vous devez faire la même chose, vous qui avez contracté tant de dettes envers la justice divine ; humiliez-vous, demandez seulement le temps d’entendre une messe, et c’en est assez pour payer toutes vos dettes.

NOS QUATRE OBLIGATIONS ENVERS DIEU

Saint Thomas nous dit que nous avons quatre obligations principales envers Dieu, dont chacune est infinie.

La première est de louer et d’honorer son infinie Majesté, infiniment digne d’honneur et de louanges ;
La seconde est de satisfaire pour tant de péchés que nous avons commis ;
La troisième, de le remercier pour tant de bienfaits que nous avons reçus de lui ;
La quatrième enfin, de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires.

Or, comment nous, misérables créatures qui avons besoin qu’il nous donne jusqu’au souffle que nous respirons, pourrons-nous satisfaire à toutes ces obligations ?

Voici un moyen très facile, qui doit nous consoler tous : entendons souvent la sainte Messe, avec toute la dévotion dont nous sommes capables, faisons dire souvent des messes à notre intention, et nos dettes, fussent-elles sans nombre, nous pourrons les payer toutes parfaitement, avec le trésor que nous tirons du Saint-Sacrifice.

Pour que vous compreniez mieux les obligations que nous avons envers Dieu, nous allons les expliquer l’une après l’autre, et vous serez grandement consolés, en voyant l’immense profit et les trésors innombrables que vous pouvez recueillir de cette source infinie et féconde : la messe.

§1- Glorifier Dieu

Notre première obligation envers Dieu est de l’honorer.

La loi naturelle nous dit elle-même que tout être inférieur doit honorer son supérieur, et que plus celui-ci est grand, plus l’hommage qu’on lui rend doit être profond.

Il résulte de là que Dieu possédant une grandeur infinie, nous lui devons un honneur infini.

Mais où trouver une offrande digne de lui. Jetez les yeux sur toutes les créatures de l’univers, où trouverez-vous quelque chose qui soit digne de Dieu ? Il n’y a qu’un Dieu qui puisse être une offrande digne de Dieu. Il faut donc qu’il descende de son trône comme victime sur nos autels, pour que l’hommage corresponde parfaitement à sa Majesté infinie.

Or, c’est là ce qui se fait au Saint-Sacrifice ; Dieu y est honoré autant qu’il le mérite, parce qu’il est honoré par un Dieu lui-même.

Notre Seigneur se plaçant dans l’état de victime sur l’autel, adore, par un acte ineffable de soumission, la Sainte Trinité, autant qu’elle mérite de l’être ; de sorte que tous les autres hommages paraissent en présence de cette humiliation de Jésus, comme les étoiles devant le soleil.

Le Père Saint-Léonard de Port-Maurice parle d’une sainte âme, qui, éprise d’amour pour Dieu, soulageait son cœur par mille tendres désirs. « Mon Dieu, lui disait-elle, je voudrais avoir autant de cœurs et de langues qu’il y a de feuilles dans les arbres, d’atomes dans l’air et de gouttes d’eau dans l’océan, pour vous aimer et vous honorer autant que vous le méritez ».

« Oh ! Si j’avais toutes les créatures en mon pouvoir, je voudrais les mettre à vos pieds, afin qu’elles fondent d’amour pour vous ; mais je voudrais vous aimer plus qu’elles toutes ensembles, plus que tous les anges, plus que tous les saints, plus que tout le ciel. »

Un jour qu’elle formait ce désir avec plus de ferveur que de coutume, Notre-Seigneur lui répondit : « Console-toi, ma fille, car avec une seule messe que tu entendras dévotement, tu me rendras toute la gloire que tu désires, et infiniment plus encore. »

Cette proposition vous étonne ?
Mais c’est à tort ; car notre bon Jésus étant non seulement homme, mais vraiment Dieu et tout-puissant, quand il s’humilie sur l’autel, il rend à son Père, par cet acte d’humiliation, un hommage et un honneur infinis ; et nous, en offrant avec Lui ce grand Sacrifice, nous rendons aussi par Lui à Dieu un hommage et un honneur infinis.

Oh ! Le grand prodige ; répétons-le, parce qu’il est essentiel qu’on s’en pénètre. Oui, par l’assistance à la sainte Messe, le fidèle rend à Dieu une gloire infinie, un honneur sans bornes.

Secouez votre torpeur, méditez tout émus cette vérité si consolante et si douce : entendre avec dévotion la Messe, c’est procurer plus d’honneur que ne lui en peuvent apporter dans le ciel tous les anges, tous les saints, tous les bienheureux. Ils ne sont, eux aussi, que de simples créatures, et leurs hommages sont par conséquent finis et bornés ; tandis qu’au Saint-Sacrifice de la Messe, c’est Jésus-Christ qui s’humilie ; lui dont l’humiliation et le mérite ont une valeur infinie : c’est pour cela que l’hommage et l’honneur que nous rendons à Dieu par Lui à la Messe, sont infinis.

S’il en est ainsi, vous voyez combien nous payons largement à Dieu cette première dette, en assistant au Saint-Sacrifice.

O monde aveugle, quand ouvriras-tu les yeux pour comprendre des vérités si importantes ? Et vous, pourrez-vous dire encore : une messe de plus ou de moins, qu’importe ?

C’est ce que dit Pie XII dans Mediator Dei : « c. Fins identiques

« Les buts visés (de la Croix à la Messe) enfin, sont les mêmes. Le premier est la glorification du Père céleste. De son berceau jusqu’à la mort, Jésus-Christ fut enflammé du désir de procurer la gloire de Dieu ; de la croix au ciel, l’offrande de son sang s’éleva comme un parfum délectable, et pour que cet hommage ne cesse jamais, les membres s’unissent à leur Chef divin dans le sacrifice eucharistique, et avec lui, unis aux anges et aux archanges, ils adressent en chœur à Dieu de continuels hommages (cf. Missale Rom., Praefatio), rapportant au Père tout-puissant tout honneur et toute gloire (Ibid., Canon) ».

§-2 Satisfaire pour nos péchés.

Notre seconde obligation envers Dieu est de satisfaire à sa justice pour tant de péchés que nous avons commis.
Dette effroyable ! Un seul péché mortel est d’un tel poids dans la balance de Dieu que pour la mettre en équilibre ce ne serait pas assez des mérites de tous les martyrs et de tous les saints qui sont, qui ont été et qui seront.

Mais nous possédons la sainte Messe dont le prix intrinsèque est assez grand pour compenser, et au-delà, tous les péchés du monde. Faites bien attention, afin de comprendre la reconnaissance extrême que vous devez à Notre Seigneur.
C’est Lui-même qui est l’offensé : et malgré cela, non content d’avoir payé pour nous dans les tortures du Calvaire, il vous a remis et il entretient parmi vous, à votre usage, cette autre source de satisfaction continuelle qui est le Saint Sacrifice.
Là, il renouvelle l’immolation que sur la croix il fit de sa divine personne, en rachat de nos fautes : ce même sang adorable qu’il répandit alors en faveur du genre humain coupable, il veut bien l’offrir encore, l’appliquer spécialement, par la Messe, aux péchés de celui qui la célèbre, de ceux qui la font célébrer et de quiconque y assiste.

Ce n’est pas que le sacrifice de la Messe efface immédiatement et par lui-même nos péchés comme fait le sacrement de pénitence ; mais il nous obtient de bonnes inspirations, de bons mouvements intérieurs et des grâces actuelles pour nous repentir comme il faut, de nos péchés, soit pendant la messe, soit dans un autre temps opportun.

Dieu seul sait combien d’âmes doivent leur conversion aux secours extraordinaires qui leur viennent de ce divin sacrifice.
Il ne sert point, il est vrai, comme sacrifice de propitiation à ceux qui sont en état de péché mortel, mais il leur sert comme sacrifice d’impétration ; tous les pécheurs devraient assister souvent à la messe, afin d’obtenir plus facilement la grâce de se convertir.
Quant aux âmes qui sont en état de grâce, le saint Sacrifice leur donne une force merveilleuse pour s’y maintenir ; et selon l’opinion la plus commune, il efface immédiatement tous les péchés véniels, pourvu qu’on s’en repente au moins en général, comme le dit clairement saint Augustin : « Si quelqu’un, dit-il, entend dévotement la messe, il ne tombera point dans le péché mortel et les péchés véniels lui seront remis. »

Et cela ne doit pas nous étonner : Saint Grégoire raconte au livre IV de ses Dialogues, ch.27 qu’une pauvre femme faisait dire tous les lundis une messe pour l’âme de son mari, qui avait été fait esclave par les barbares, et qu’elle croyait mort. Or, chaque messe lui faisait tomber les chaînes des pieds et les menottes des mains, de sorte que, pendant tout le temps qu’elle durait, il restait libre comme il l’avoua à sa femme dès qu’il eut recouvré sa liberté.
Combien plus devons nous croire que cet auguste sacrifice sera très efficace, pour briser les liens spirituels des péchés véniels, lesquels tiennent l’âme captive, et ne la laissent point agir avec cette liberté et cette ferveur qu’elle aurait sans eux !

Oh ! qu’il est précieux cet adorable sacrifice, qui nous rend la liberté des enfants de Dieu et satisfait pour toutes les peines que nous lui devons à cause de nos péchés !
Il suffira donc, me direz-vous, d’entendre ou de faire dire une seule messe, pour payer à Dieu toutes les dettes que nous avons contractées envers lui, à cause de nos péchés ; car la messe ayant une valeur infinie, elle donne à Dieu une satisfaction infinie.

La messe a en effet une valeur infinie, mais vous devez savoir que Dieu l’accepte d’une manière limitée et proportionnée aux dispositions de celui qui la dit ou la fait dire ou de ceux qui y assistent. « Leur foi, Seigneur, vous est connue, leur dévotion est devant vos yeux », dit l’Eglise dans les prières du Canon.
Et, par là, elle fait entendre ce qu’enseignent expressément les Maîtres de la Théologie, à savoir que la satisfaction plus ou moins grande pour les peines dues à nos péchés est déterminée, dans l’application des mérites du sacrifice, par les dispositions et la ferveur du ministre et des assistants, ainsi que je viens de l’expliquer

Et ici considérez la folie de ceux qui courent après les messes les plus expéditives, les moins édifiantes, ou bien, ce qui est pis, qui s’y tiennent sans recueillement ou avec une dévotion presque nulle, ou bien encore qui s’inquiètent peu, lorsqu’ils les font célébrer pour eux, de s’adresser à un prêtre pieux et fervent.

Sans doute en tant que sacrement, toutes les messes ont la même valeur : cependant, observe saint Thomas, elles ne sont plus égales s’il s’agit des fruits qu’on en retire.
Plus la piété actuelle ou habituelle du célébrant sera grande, plus le fruit de son application sera grand aussi.

Il faut dire la même chose de ceux qui assistent à la messe ; et quoique je vous exhorte de tout mon pouvoir à y assister souvent, je vous avertis néanmoins d’avoir moins d’égard au nombre de messes qu’à la dévotion que vous y apporterez : car, si vous avez plus de piété dans une seule messe qu’un autre en cinquante, cette seule messe donnera plus d’honneur à Dieu, et à vous plus de profits, même de celui qu’elle produit ex opere operato, que n’en retirera l’autre avec ses cinquante messes.

« Dans la satisfaction, nous dit saint Thomas, on considère plutôt les dispositions de celui qui offre que la quantité de l’oblation ».

Il est certain comme l’affirme un grave auteur, qu’une seule messe entendue avec une dévotion singulière, suffit pour satisfaire la justice divine, pour tous les péchés que nous avons commis, quelque grands et nombreux qu’ils soient.
Et cette vérité est exprimée en termes formels par le saint Concile de Trente : « Le Seigneur, apaisé par cette oblation et accordant sa grâce avec le don de la pénitence, remet les péchés, les crimes les plus graves »

Cependant, comme vous ne connaissez ni les dispositions intérieures avec lesquelles vous assistez à la messe, ni le degré de satisfaction qui leur correspond, vous devez prendre vos sûretés le plus que vous pouvez, en y assistant souvent, avec toute la dévotion possible.
Heureux si vous y apportez une grande confiance dans la miséricorde de Dieu, qui opère des choses merveilleuses en ce divin sacrifice ; et si vous y assistez souvent avec recueillement et dévotion, vous pouvez alors nourrir en votre cœur l’espoir d’aller au ciel sans passer par le purgatoire.

Allez donc souvent à la messe et qu’on entende plus sortir de votre bouche cette proposition scandaleuse : une messe de plus ou de moins qu’importe ?

Sur cette finalité voici ce que dit Pie XII : « En troisième lieu, le sacrifice se propose un but d’expiation, de propitiation et de réconciliation. Aucun autre que le Christ ne pouvait assurément offrir à Dieu satisfaction pour toutes les fautes du genre humain ; aussi voulut-il être immolé lui-même sur la croix  » en propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier  » (I Jn, II, 2). De la même manière, il s’offre tous les jours sur les autels pour notre rédemption, afin qu’arrachés à la damnation éternelle nous soyons inscrits au nombre de ses élus. Et cela non seulement pour nous qui jouissons de cette vie mortelle, mais aussi  » pour tous ceux qui reposent dans le Christ, qui nous ont précédés avec le signe de la foi, et qui dorment du sommeil de la paix  » (Missale Rom., Canon) ; en effet, soit que nous vivions, soit que nous mourions,  » nous ne nous éloignons pas du seul et unique Christ  » (S. Augustin, De Trinit., lib. XIII, c. 19) ».

En quatrième lieu, enfin, il y a un but impétratoire. L’homme enfant prodigue, a mal usé de tous les biens reçus du Père céleste, et les a dissipés ; aussi se trouve-t-il réduit à un état de très grande pauvreté et de très grande souillure. Cependant, du haut de la croix, le Christ  » offrant avec un grand cri et des larmes… ses prières et ses supplications… fut exaucé à cause de sa piété  » (He, V, 7). Semblablement, sur les saints autels il exerce la même médiation efficace, afin que nous soyons comblés de toute bénédiction et de toute grâce.

§3 Remercier Dieu.

Notre troisième dette envers Dieu est celle de la reconnaissance, pour les immenses bienf
aits dont il nous a comblés.

Réunissez toutes les faveurs, toutes les libéralités, toutes les grâces que nous avons reçues de lui : bienfaits selon la nature et selon la grâce, bienfaits du corps et bienfaits de l’âme, nos sens, nos facultés, notre santé, notre vie ; et puis la vie même de Jésus, son divin Fils et la mort qu’il a souffert pour nous : toutes ces choses augmentent outre mesure notre dette envers Dieu.

Comment pourrons nous donc le remercier dignement ? Nous voyons que la loi de reconnaissance est observée même par le monde animal : l’animal sait reconnaître son bienfaiteur. A combien plus forte raison doit-elle être observée par les hommes, doués d’intelligence et comblés de tant de bienfaits par la libéralité divine !

Mais d’un autre côté notre pauvreté est si grande que nous ne pouvons satisfaire pour le moindre des bienfaits reçus de Dieu : parce que le moindre d’entre eux, nous venant d’une majesté si grande, et étant accompagné d’une charité infinie acquiert un prix infini et nous oblige à une correspondance infinie

Malheureux que nous sommes ! Nous serons des éternels débiteurs. Et si nous ne pouvons soutenir le poids d’un seul bienfait, comment pourrons nous jamais supporter la masse de ceux dont Dieu nous a comblés, au fil du temps?

Nous voilà donc réduits à la dure nécessité de vivre et de mourir ingrats envers notre souverain Bienfaiteur.

Mais non : rassurons nous. Le moyen de satisfaire amplement, parfaitement, à ce nouveau devoir nous est indiqué par le prophète David qui avait vu en esprit le divin Sacrifice et qui savait bien qu’avec lui seul nous serions au-dessus de la tâche. « Que rendrai-je au Seigneur, s’écrit-il, pour tous les bienfaits qu’il m’a faits ? Je prendrai le calice du salut, se répond-il à lui-même, c’est-à-dire, je lui offrirai un sacrifice très agréable, et je paierai ainsi la dette que je lui dois pour tant de bienfaits signalés.

Ajoutez à cela que ce sacrifice a été principalement établi par notre divin Sauveur pour reconnaître et remercier la munificence divine : c’est pour cela qu’il s’appelle par excellence l’Eucharistie, c’est-à-dire : action de grâces.

Au reste, Il nous en a donné lui-même l’exemple, lorsque à la dernière cène, avant de consacrer le pain et le vin dans cette première messe, il leva les yeux vers le Ciel et rendit grâce à son Père.
O acte merveilleux du Christ, qui nous découvre la fin sublime d’un si grand mystère et qui en même temps nous invite à nous conformer à notre Chef, afin que, à chaque messe à laquelle nous assistons, nous sachions nous prévaloir d’un si grand trésor et l’offrir à notre éternel Bienfaiteur dans le sentiment d’une immense gratitude.

Reconnaissons que dans la messe, nous recevons dans notre cœur, le Fils de Dieu : un petit enfant nous a été donné, dit Isaïe et nous pouvons avec lui remplir entièrement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu.

La vénérable sœur Françoise Farnèse, lisons-nous dans sa vie, était tourmentée du souci de tout ce qu’elle avait reçu de Dieu et de l’impuissance où elle se trouvait d’acquitter la dette de son cœur pénétré d’amour. Mais voici qu’un beau jour lui apparaît la très sainte Vierge : elle dépose entre les bras de Françoise le divin Enfant et dit à sa servante : « Prenez-le, ma fille : il est à vous : sachez seulement vous en servir pour ce qui fait le sujet de vos inquiétudes : Jésus suffit à tout ».

Et bien dans la messe, nous recevons non seulement entre nos bras, mais dans notre cœur, le Fils de Dieu : un petit enfant nous a été donné dit Isaïe, et nous pouvons avec lui remplir entièrement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu.

Et même à bien considérer les choses, nous donnons en quelque sorte à Dieu dans la messe plus qu’il ne nous a donné, sinon en réalité, du moins en apparence ; car le Père éternel ne nous a donné qu’une fois son divin Fils dans l’Incarnation, et nous le lui rendons un nombre infini de fois dans cet auguste sacrifice.
Et ainsi jusqu’à un certain point, Dieu serait en retour avec nous, sinon quant à la qualité de l’offrande, car il ne se peut rien de supérieur au Fils de Dieu, du moins quant à la multiplicité des actes qui la lui présente en satisfaction.

O Dieu grand et miséricordieux ! Que n’avons-nous un nombre infini de langues afin de vous rendre des actions de grâces infinies, pour le trésor précieux que vous nous avez donné dans la sainte Messe !
Comprenez vous maintenant combien ce trésor est précieux ? S’il a été caché pour vous jusqu’ici, maintenant que vous commencez à le connaître, comment ne vous écririez-vous pas, dans un saint étonnement : Oh quel grand trésor ! Quel grand trésor est la messe!
Sur cette fin, voici ce qu’écrit Pie XII dans Mediator Dei : « Le second but poursuivi est de rendre à Dieu les grâces qui lui sont dues. Seul le divin Rédempteur, en tant que Fils bien-aimé du Père éternel, dont il connaissait l’immense amour, put lui offrir un digne chant d’action de grâces. C’est ce qu’il visa, ce qu’il voulut,  » en rendant grâces  » (Mc XIV, 23) à la dernière Cène. Et il ne cessa de le faire lorsqu’il était suspendu à la croix ; il ne le cesse pas dans le saint sacrifice de l’autel, dont le sens est  » action de grâces  » ou action  » eucharistique « , et ceci parce que  » c’est vraiment digne et juste, équitable et salutaire  » (Missale Rom., Praefatio).

§-4 Demander les grâces dont nous avons besoin.

Mais ce n’est pas tout : nous pouvons encore dans le saint sacrifice de la messe nous acquitter de notre dernière obligation envers Dieu, c’est-à-dire lui demander les grâces dont nous avons besoin.
Nous connaissons par une triste expérience les désolantes misères auxquelles l’homme est soumis dans le corps aussi bien que dans l’âme, et par conséquent le besoin que nous avons de l’appui et du paternel secours de Dieu, à tout moment, en toute circonstance. Lui seul est l’auteur et le principe de tout bien, temporel et spirituel.

Mais d’un autre côté au nom de quoi, avec quelle espérance solliciteriez-vous de sa miséricorde de nouveaux dons, lorsque telle a été votre insensibilité, votre ingratitude pour des faveurs qu’il vous a déjà prodiguées, ingratitude qui est allée à cet excès de tourner le bienfait contre le bienfaiteur ?

Ici encore, néanmoins, ne perdez pas confiance : reprenez votre espoir. Vous n’êtes pas dignes de ces biens que vous souhaitez et dont vous sentez la nécessité ; mais le miséricordieux Sauveur accourt se faire votre intercesseur, se constituer votre caution. Pour vous il a acquis des mérites infinis, pour vous il devient à la messe l’hostie pacifique, c’est-à-dire la Victime auguste à l’immolation de laquelle notre Père des Cieux ne peut rien refuser.

Oui dans la sainte Messe, l’adorable, le bien aimé Jésus, à titre de principal et de souverain prêtre prend en main votre cause, intercède pour nous, se fait notre puissant avocat. N’oublions pas que Marie, elle aussi, joint ses supplications aux nôtres pour tout ce que la foi nous porte à demander à Dieu.
Que faut-il de plus à qui veut être exaucé ? La confiance, l’espoir ferme et assuré vous manqueront-ils, quand vous songez quà l’autel c’est Jésus-Christ qui parle pour vous qui pour vous offre son sang très précieux, qui prend en un mot le rôle de divin intermédiaire ?
O Messe bénie, source de tous les bienfaits et de tous les dons !

Les bienfaits de la messe.

Mais il faut creuser bien avant cette mine afin de découvrir les grands trésors qu’elle renferme. Oh ! que de grâces, de dons et de vertus nous obtient le Saint Sacrifice de la Messe !
Nous y obtenons d’abord toutes les grâces spirituelles, tous les biens de l’âme, le repentir de nos péchés, le triomphe des tentations qui nous viennent soit du dehors, de la part des mauvaises compagnies et des démons de l’enfer, ou du dedans, de la part de notre chair rebelle.
Nous y obtenons des grâces nécessaires pour nous convertir ou pour nous maintenir dans la grâce et avancer dans les voies de Dieu ; nous y obtenons de saintes inspirations et des mouvements intérieurs qui nous disposent à secouer notre tiédeur et nous portent à agir avec plus de ferveur, avec une volonté plus prompte, une intention plus droite et plus pure, et c’est là un trésor inestimable, ces moyens étant très efficaces pour obtenir de Dieu la persévérance finale, d’où dépend notre salut et cette assurance morale que l’on peut avoir ici-bas de la béatitude éternelle.
Nous y obtenons encore les biens temporels autant qu’ils peuvent concourir à notre salut : la santé, l’abondance, la paix, avec l’exclusion de tous les maux qui s’opposent au bien de notre âme tels que la peste, les tremblements de terre, la guerre, la famine, les persécutions, les procès, les inimités, les calomnies, les injures : en un mot, le saint sacrifice de la messe est propre à nous délivrer de tous les fléaux, à nous enrichir de tous els biens.
Il est la clé d’or du paradis : quels biens pourraient nous refuser le Père éternel, après nous l’avoir donné ? Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, dit saint Paul aux Romains, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas tout avec lui ?
Il avait donc bien raison ce saint prêtre dont un auteur nous rapporte qu’il disait souvent : « Lorsque au saint autel je demande à Dieu, pour moi ou pour d’autres quelque faveur insigne, la plus extraordinaire des grâces, il me semble ne rien demander en comparaison de ce que j’offre moi-même ? »Et il ajoutait expliquant sa pensée : « Toutes les grâces que je puis solliciter à la sainte Messe sont des biens crées et finis, pendant que mon offrande est sans limite et incréée. Ainsi en faisant arithmétiquement nos comptes, c’est moi qui suis le créancier. Dieu reste mon débiteur »
C’est pourquoi il demandait de grandes grâces et il obtenait beaucoup de Dieu. Pourquoi n’en faites vous pas autant ? Si vous suivez mon conseil, vous demanderez à Dieu, toutes les fois que vous assisterez à la Messe, qu’il fasse de vous un grand saint. Ne craignez pas que ce soit trop demander. Notre bon Maître ne nous dit-il pas dans l’Evangile que pour un verre d’eau donné en son nom, il nous donnera le Paradis ? Comment ne nous donnerait-il pas cent fois davantage, si c’était possible, lorsque nous lui offrons tout le sang de son Fils bien-aimé ? Comment pouvez vous douter qu’il vous donne toutes les vertus et toutes les perfections nécessaires pour faire de vous un grand saint ? Dilatez donc votre cœur et demandez à Dieu de grandes choses : car Celui que vous invoquez ne s’appauvrit point en donnant, et plus vous demanderez plus vous obtiendrez

Résumé sur la sainte Messe :
La foi catholique sur la sainte messe

Rappelons la foi catholique sur le saint sacrifice de la messe.

Je résumerai la doctrine catholique en trois propositions.

La première proposition est la suivante : La messe est un vrai et authentique sacrifice

A la messe, on offre à Dieu un vrai et authentique sacrifice. C’est là une proposition de foi divine, catholique, définie. Si donc quelqu’un nie, avec pertinacité, cette vérité, il est hérétique, il n’a pas la foi catholique.

Voilà ce que nous enseigne l’Église dans ce fameux catéchisme du concile de Trente, dont le cardinal Bellarmin fut le maître à penser
Ce catéchisme demande aux pasteurs, aux curés de paroisse qui ont charge d’âmes, d’enseigner les raisons pour lesquelles Notre Seigneur Jésus-Christ a institué l’Eucharistie.

Il y en a deux, dit le catéchisme : La première raison : Notre Seigneur Jésus-Christ a institué l’Eucharistie pour se donner en nourriture à nos âmes. La seconde : «Afin que I ‘Église possédât un sacrifice perpétuel capable d’expier nos péchés, et au moyen duquel notre Père céleste, trop souvent offensé d’une manière grave par nos iniquités, pût être ramené de la colère à la miséricorde et des justes rigueurs du châtiment à la clémence ».

C’est là la première vérité que vous croyez.

C’est bien là la doctrine de l’Église, car le concile de Trente, au canon premier de la même session, affirme bien, en effet, et précise bien, face au protestantisme, la chose suivante :

« Si quelqu’un dit qu’à la messe on n’offre pas à Dieu un sacrifice véritable et authentique, ou que cette offrande est uniquement dans le fait que le Christ nous est donné en nourriture, qu’il soit anathème. »

Il faut que vous vous rappeliez également les finalités de ce sacrifice de la messe, de cette action « sacrificiel ».
Les finalités du sacrifice de la messe
Il y a quatre finalités.
La première finalité de cette action, c’est d’être une action latreutique, du grec latreia, « action de louange, action de gloire ». Le sacrifice de la messe est un sacrifice de louange. « Per ipsum et cum ipso et in ipso… omnis honor et gloria ».

La deuxième finalité du sacrifice de la messe est d’être une action eucharistique. On parlera, en ce sens, du sacrifice eucharistique, du grec eucharistia, « action de grâces ».

La troisième finalité du sacrifice de la messe, c’est d’être un sacrifice propitiatoire, c’est-à-dire de nous rendre Dieu clément, favorable. Il nous devient, par l’oblation de ce sacrifice, la plus noble des actions, favorable, clément.

Et enfin la quatrième finalité du sacrifice de la messe c’est d’être impétratoire, du latin impetrare, « obtenir après une demande » ; nous demandons, par l’offrande du sacrifice, les grâces dont nous avons besoin pour vivre chrétiennement.

Mais, notez-le bien, parmi ces quatre finalités, il y en a une essentielle, c’est le caractère propitiatoire de la messe.

Les protestants admettent bien que la messe soit une action de louange, une action de supplication. Taizé admet tout cela. Mais ils refusent de croire au caractère propitiatoire de la sainte messe. C’est cette note, ce caractère, cette finalité, qui distingue la foi catholique de la position protestante.

En effet, invoquons le canon 3 de la session XXIIe du concile de Trente. Là, on voit bien que l’Église insiste sur le caractère propitiatoire de la messe :

« Si quelqu’un dit que le sacrifice de la messe n’est qu’un sacrifice de louange et d’action de grâces ou une simple commémoration du sacrifice accompli à la croix, mais non un sacrifice propitiatoire, qu’il soit anathème. »

Et dans le chapitre second de la session XXIIIe, il est bien dit :

« Parce que, dans ce divin sacrifice, qui s’accomplit à la messe, ce même Christ, qui s’est offert lui-même une fois de manière sanglante sur l’autel de la croix, est contenu et immolé de manière non sanglante, le saint concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire. »

Telle est la foi catholique
C’était là la première proposition dont il faut se souvenir pour être catholique..

La présence réelle

La deuxième proposition est la suivante : il faut à tout sacrifice une victime. Il n’y a pas de sacrifice sans victime.
Or quelle est la victime du saint sacrifice de la messe ? C’est Notre Seigneur Jésus-Christ, présent vraiment, réellement et substantiellement sous les apparences du pain et du vin.
C’est la deuxième proposition que vous croyez et qu’il faut croire pour être catholique. C’est une proposition qui est de foi divine, catholique, définie. Dès lors, qui nierait avec pertinacité une telle proposition serait hérétique.

Je vous ai donné quelques explications sur ce dogme.

Je vous ai dit que Notre Seigneur Jésus-Christ est présent dans l’Eucharistie tout entier, dans son corps, dans son âme, dans sa divinité, dans son humanité, dans son sang. Il est présent tout entier dans chacune des espèces, vous le savez. Il est présent dans son corps, sous l’espèce du pain : « Ceci est mon corps ». Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme, dit : « vi verborum », en raison même de la force des paroles de la consécration prononcées par le prêtre in persona Christi.
Mais Notre Seigneur Jésus-Christ est présent sous les espèces du pain, non seulement avec son corps, mais il est présent sous les espèces du pain avec son sang, avec son humanité, son âme, sa divinité.
Et pourquoi cela ? En raison, non point des formes du sacrement, mais par « concomitance », et le catéchisme du concile de Trente l’explique très bien : « parce que le sang et l’âme et la divinité sont inséparables du corps, toutes ces choses seront aussi dans le sacrement, non en vertu de la consécration, mais par l’union qu’elles ont avec le corps ou, comme disent les théologiens, « par concomitance ».
Donc Notre Seigneur Jésus-Christ est présent tout entier dans l’Eucharistie ; et il est une vérité qui suit nécessairement cette affirmation, sur laquelle l’Église insiste beaucoup, c’est la conversion de la substance du pain en la substance du corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, la conversion de la substance du vin en la substance du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et l’Église explique cette conversion, ce changement substantiel, par un mot très approprié, très catholique, et que vous connaissez tous, le mot « transsubstantiation ».

C’est la foi catholique que je vous rappelle. En effet, prenez la session XIIIe du concile de Trente:

« Si quelqu’un nie que dans le très Saint-Sacrement de l’Eucharistie soient contenus vraiment (retenez bien ces termes), réellement, substantiellement, le corps, le sang conjointement avec l’âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ et, par conséquent, le Christ tout entier, et s’il dit qu’ils n’y sont qu’en signe, en figure, qu’il soit anathème. »

Le deuxième canon nous parle bien de la conversion, du changement de la substance :

« Si quelqu’un dit que, dans le très Saint-Sacrement de 1 ‘Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure, avec le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ (ce que la théologie protestante appelle « impanation ») et s’il nie le changement, cette conversion admirable et unique de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sang, tandis que demeurent les apparences du pain et du vin, changement (retenez bien cela) que l’Église catholique appelle de manière très appropriée la transsubstantiation, qu’il soit anathème. »

Telle est la foi catholique sur ce deuxième point, sur la victime de nos autels, Notre-Seigneur dans sa divinité, dans son humanité substantiellement présent.

Sacrifice de la messe — Sacrifice de la croix

Enfin, la troisième vérité sur le sacrifice de la messe est la suivante : à la messe comme à la croix, c’est la même victime, c’est le même prêtre principal, Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est donc le même sacrifice puisque c’est la même victime, le même prêtre. Le sacrifice de l’autel est le sacrifice de la croix. II n’y a pas de distinction essentielle, substantielle, entre la croix et nos autels. C’est le même sacrifice; seul change, vous le savez, le mode.
A la croix, vous le savez, le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ était sanglant ; à l’autel le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ est non sanglant, sacramentel. Les ministres, les prêtres, ne sont à l’autel que comme ceux qui agissent in persona Christi, dans la personne même de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais c’est le même sacrifice ; c’est la foi catholique. C’est là une proposition de fide divina catholica definita.

En effet, regardez ce que dit le catéchisme du concile de Trente:

« Nous reconnaissons donc que le sacrifice qui s’accomplit à la messe et celui qui fut offert sur la croix, ne sont et ne doivent être qu’un seul et même sacrifice, comme il n’y a qu’une seule et même victime, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est immolé une fois sur la croix d’une manière sanglante. »
Il n’y a plus qu’un seul et même prêtre dans le sacrifice, c’est Jésus-Christ, car les ministres qui l’offrent n’agissent pas en leur nom propre, ils représentent, souvenez-vous bien de cela, ils représentent la personne de Jésus-Christ, lorsqu’ils consacrent son corps et son sang, comme on le voit par les paroles mêmes de la consécration, car les prêtres ne disent pas : « Ceci est le corps de Jésus-Christ », formule invalide, mais ils disent bien : « Ceci est mon corps », se mettant ainsi à la place de Notre Seigneur Jésus-Christ pour convertir la substance du pain et du vin en la véritable substance de son corps et de son sang ; et c’est ce que l’Église vous dit : « Le prêtre à l’autel agit in persona Christi ». Seul le prêtre est ministre de l’autel.

Synthèse de la foi catholique sur la messe

Telle est la foi catholique sur le saint sacrifice de la messe. Foi qui nous oblige à croire que la messe est un sacrifice, que Notre Seigneur Jésus-Christ est présent vraiment, réellement, substantiellement sur les autels et, enfin, que l’action sacerdotale de l’oblation sacrificielle, ou comme on dit « l’action sacrificale », qui se réalise essentiellement lors de la consécration, est l’acte même de Notre Seigneur Jésus-Christ, utilisant le ministère du prêtre, qui agit in persona Christi, lequel est, dès lors, le seul ministre du sacrifice de l’autel.
Et n’oublions pas que ce sont précisément ces trois vérités fondamentales, que je viens de vous rappeler, qui sont niées par les protestants et par les modernistes.
N’oublions pas que c’est pour manifester leur refus de croire à ces dogmes que leurs messes se sont transformées petit à petit en cultes, en cènes, en assemblées eucharistiques.
Et l’on doit malheureusement affirmer que toute la réforme liturgique, issue du concile Vatican II, porte directement ou indirectement atteinte à ces trois vérités essentielles de la foi catholique.

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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