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L’Exhortation post-Synodale: Après la présentation de Jeanne Smits, cette de la FSSPX

publié dans magistère du pape François le 13 février 2020


 

L’exhortation post-synodale « Amazonie bien-aimée »

13 FÉVRIER, 2020
PROVENANCE: FSSPX.NEWS

Très attendue notamment à cause des rumeurs qui annonçaient un amoindrissement du célibat sacerdotal, mais aussi du fait des fortes tensions qui ont préludé à la préparation du synode, ainsi que des incidents qui l’ont émaillé, l’exhortation post-synodale a été publiée le mercredi 12 février 2020. La presse a surtout relevé que la question des viri probati n’était pas abordée. Mais une première lecture permet d’en présenter une analyse détaillée.

Le texte, qui s’étend sur 32 pages sans les notes, est présenté par le pape François comme un long « rêve » se déroulant en quatre étapes : un aspect social, suivi d’une réflexion culturelle, à laquelle succède un rêve écologique qui s’achève dans des considérations ecclésiales. L’ensemble est ponctué de nombreuses citations des conférences épiscopales des différents pays amazoniens et illustré de citations de poèmes liés à l’Amazonie.

Une introduction importante

Le pape y présente la nature de ce document : « Je désire seulement fournir un bref cadre de réflexions qui incarne, dans la réalité amazonienne, une synthèse de certaines grandes préoccupations que j’ai exprimées dans mes documents antérieurs, et qui aide et oriente vers une réception harmonieuse, créative et fructueuse de tout le chemin synodal (n° 2) ». Ceci se constate à travers les nombreuses citations de documents qui ont déjà exposé par le passé la pensée du pape sur l’écologie et sur l’évangélisation : 29 citations de l’encyclique Laudato si’ (24 mai 2015) et 21 de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium (24 novembre 2013).

L’Instrumentum laboris du synode pan-amazonien, qui a été fortement critiqué même par des cardinaux, est également sollicité 11 fois, alors que le Document final n’est jamais cité. Le pape s’en explique : « Je veux présenter officiellement ce Document qui nous expose les conclusions du Synode. (…) J’ai préféré ne pas citer ce Document dans cette Exhortation parce que j’invite à le lire intégralement (n° 3) ». Il ajoute : « Dieu veuille (…) que les pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs s’engagent pour son application (n° 4) ».

Ainsi donc, si le pape ne parle pas directement du sujet brûlant des viri probati, il présente « officiellement » le Document qui le contient et engage les évêques à « appliquer » ce qui y a été entériné. Il y a donc un certain flou entretenu sur cette question, inquiétant pour l’avenir.

Un rêve social

Le pape se livre à une dénonciation de l’injustice et du crime dont les populations autochtones de l’Amazonie sont les victimes, en particulier de la part des sociétés d’exploitation des richesses de la région. Cela le conduit à s’indigner et à demander au lecteur de l’imiter. Il demande également pardon pour les errances de certains missionnaires qui n’ont pas toujours pris la défense des Amazoniens.

François réclame aussi un dialogue social, afin d’aider ceux qui sont déjà dans une situation tragique pour leur permettre de retrouver leur mode de vie perdu et leurs biens. C’est la ratification de tous les efforts du Conseil Indigéniste Missionnaire qui a permis la formation du mouvement panindien de revendication. Mais celui-ci a œuvré sur un plan politique, en mettant de côté – et cela, de manière volontaire – l’évangélisation. (Voir notre dossier.)

Un rêve culturel

C’est un appel à la protection de la culture des peuples amazoniens, sans enfermement toutefois. Le pape reconnaît les limites de ces cultures amazoniennes – limites qui n’étaient pas présentes dans l’Instrumentum laboris. Il plaide même contre un « indigénisme fermé (n° 37) », ce qui va à l’encontre de la théologie « indienne » strictement prise.

François encourage ainsi les rencontres interculturelles entre les peuples autochtones, et l’enrichissement mutuel qu’elles sont censées produire.

Un rêve écologique

Ce chapitre est une reprise des grands thèmes de Laudato si’ qui en forme la trame : il faut combiner le développement de l’environnement et celui de l’homme, dans une application à l’Amazonie. (Voir l’analyse de Laudato si’ et la conférence de M. l’abbé Pagliarani sur ce sujet.)

Le pape considère l’Amazonie comme un lieu théologique, « un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants (n° 57) », dans un esprit imprégné d’immanentisme. Ainsi François écrit que l’Amazonie est un « mystère qui nous dépasse (n° 55) », que nous devons contempler, aimer et auquel nous devons nous sentir intimement lié. Comment interpréter ces paroles ?

Certes, Dieu est omniprésent, présent en toutes choses, parce qu’il les maintient dans l’être, qu’il en est le maître absolu et qu’il embrasse toutes les créatures dans sa vision divine. Et c’est pourquoi toutes les créatures nous parlent de Dieu. Mais l’Amazonie ne bénéficie d’aucune supériorité et, de plus, le mystère divin se découvre avant tout dans la révélation surnaturelle.

Un rêve ecclésial

La dernière partie s’adresse plus spécialement aux pasteurs et aux fidèles catholiques. Elle procède à une recension des besoins de la région amazonienne, et prône l’inculturation : sociale et spirituelle, liturgique – avec la possibilité de créer un rite amazonien –, ministériel, c’est-à-dire du ministère sacerdotal.

Au passage, sans nommer la Pachamama et les scandaleuses cérémonies qui eurent lieu à Rome lors du synode pan-amazonien, un paragraphe tente d’en défendre le bien-fondé : « Ne nous précipitons pas pour qualifier de superstition ou de paganisme certaines expressions religieuses qui surgissent spontanément de la vie des peuples. (…) Il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie (n° 78-79) ».

Quant au ministère sacerdotal, l’exhortation rappelle opportunément l’importance des sacrements et spécialement de l’Eucharistie, et souligne que seul le prêtre peut la célébrer. Toutefois, pour pallier le manque de prêtres, le pape propose d’abord de renforcer l’autorité des laïcs, de leur donner la capacité de prêcher, d’organiser les communautés, de célébrer certains sacrements – il est à espérer qu’il s’agit seulement du baptême et du mariage….

C’est à cet endroit que la question des viri probati aurait pu apparaître. Au lieu de cela, François exhorte les évêques à prier pour les vocations, et encourage les prêtres de ces pays à rester en Amazonie. Il constate d’ailleurs que « dans certains pays du bassin amazonien, il y a plus de missionnaires pour l’Europe et pour les Etats Unis que pour aider leurs propres Vicariats de l’Amazonie » (note 132)… La question des viri probati n’est pas traitée ; elle reste donc en suspens.

En revanche, le pape repousse l’idée de l’ordination des femmes, car cela « conduirait à cléricaliser les femmes, diminuerait la grande valeur de ce qu’elles ont déjà donné et provoquerait un subtil appauvrissement de leur apport indispensable (n° 100) ». Il vaut mieux leur confier des fonctions « y compris des services ecclésiaux (n° 103) » qui ne requièrent pas l’ordre sacré, mais avec une juridiction confiée par l’évêque.

Une synthèse autoréférencée

Cette exhortation, qui prend les accents de multiples rêves, se présente comme le déroulement d’une vaste utopie. Elle est l’occasion pour le pape de traiter à nouveau ses sujets de prédilection : l’écologie intégrale, l’inculturation, l’option préférentielle pour les pauvres, le développement de la place des laïcs dans l’Eglise et spécialement de la femme.

Si François ne pose aucun geste décisif contre le célibat sacerdotal, il ne le défend nullement en particulier. Il renvoie à ce qui a été voté au synode, en confiant aux conférences amazoniennes le soin de mettre en œuvre le document final. C’est pourquoi, loin d’avoir écarté le danger, il le laisse planer sur l’Eglise.

 

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