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Et si on avait écouté Mgr Lefebvre, on n’en serait pas là. Mais mieux vaut tard que jamais

publié dans nouvelles de chrétienté le 20 juin 2020


Aldo Maria Valli commente la dernière intervention de Mgr Vigano, en réponse à Mgr Schneider: Vatican II avait bien pour but de fonder une nouvelle Eglise, beaucoup de catholiques de bonne foi ont été trompés, il est temps pour eux de reconnaître leur erreur.

Le concile Vatican II et les origines du déraillement

La récente interventionde Mgr Carlo Maria Viganò consacrée aux liens entre le Concile Vatican II et les « déviations doctrinales, morales, liturgiques et disciplinaires qui sont apparues et se sont progressivement développées jusqu’à aujourd’hui » se concentre sur une question que nous ne pouvons pas éluder, même si elle est source de souffrance pour beaucoup d’entre nous qui avons grandi dans l’Église post-conciliaire.

Mgr Viganò, partant d’une intervention de l’évêque Athanasius Schneider, parle ouvertement d’un « monstrum généré dans les cercles des modernistes » et qui se montre aujourd’hui pour ce qu’il est, « dans sa nature subversive et rebelle ».

Il est inutile de tourner autour du pot: si nous avons aujourd’hui une Église qui emprunte en de nombreuses occasions des voies hérétiques de matrice gnostique et s’inspire de ce vague humanitarisme qui plaît tant au monde et qui, ce n’est pas un hasard, lui attire les applaudissements de ceux qui ont toujours été des ennemis de cette même Église, c’est parce que le Concile Vatican II, contrairement à tous ceux qui l’ont précédé, a eu en fin de compte la prétention de fonder une nouvelle Église. Il est vrai que cela n’a jamais été proclamé et qu’on a même parlé de la nécessité d’un renouvellement sans toucher au depositum fidei, mais les cercles modernistes ont de fait utilisé le Concile pour introduire une discontinuité. Et l’instrument rhétorique auquel on recourut fut l’expression totalement nouvelle « esprit du Concile », un concept qui permettait de fait d’introduire des bouleversements, bien au-delà de ce qui était écrit dans les textes.

Il y a un passage, dans le discours de Mgr Viganò, qui m’a particulièrement frappé, car il est très personnel et je pense que plus d’un lecteur peut se reconnaître:

Il arrive un moment dans notre vie où, par disposition de la Providence, un choix décisif pour l’avenir de l’Église et pour notre salut éternel se présente à nous. Je parle du choix entre comprendre l’erreur dans laquelle nous sommes tous tombés, et presque toujours sans mauvaises intentions, et continuer à se détourner ou à se justifier.

Eh bien, je crois que cette affirmation met en lumière le drame de ceux qui, ayant grandi dans l’Église de l’après-Concile, des décennies plus tard, ne peuvent qu’ouvrir les yeux et se rendre compte de la tromperie.

Dans le domaine œcuménique comme dans celui liturgique, écrit Viganò, pendant longtemps « nous avons pensé que certains excès n’étaient qu’une exagération de ceux qui s’étaient laissés prendre par l’enthousiasme de la nouveauté », mais nous avions tort.

Se référant à l’horrible pachmama, Mgr Viganò le dit clairement:

Si le simulacre d’une divinité infernale a pu entrer à Saint-Pierre, cela fait partie d’un crescendo que la partition prévoyait dès le début.

De même, si « de très nombreux catholiques pratiquants, et peut-être même la plupart des clercs eux-mêmes, sont aujourd’hui convaincus que la foi catholique n’est plus nécessaire pour le salut éternel » et si beaucoup sont maintenant intimement convaincus que « le Dieu Un et Trine révélé à nos pères est le même dieu que celui de Mahomet », c’est parce que la graine de l’erreur et de l’hérésie a été plantée il y a plus d’un demi-siècle, puis cultivée au fil des décennies.

Viganò écrit:

« Les progressistes et les modernistes ont habilement réussi à cacher dans les textes du Concile ces expressions d’ambiguïté qui, à l’époque, semblaient inoffensives pour la plupart des gens mais qui, aujourd’hui, se manifestent dans leur valeur subversive ».

Je ne suis pas un historien de l’Église et encore moins du Concile Vatican II, mais je pense pouvoir être d’accord avec ce qu’explique Mgr Viganò lorsqu’il affirme qu’il y a eu une tromperie et que beaucoup sont tombés dans le piège. Lorsque l’archevêque parle d’une « course à l’abîme » et se dit surpris que « nous persistions à ne pas vouloir enquêter sur les causes profondes de la crise actuelle, nous limitant à déplorer les excès d’aujourd’hui comme s’ils n’étaient pas la conséquence logique et inévitable d’un plan orchestré il y a des décennies », je pense qu’il nous place devant une tâche qu’il n’est pas possible de contourner.

Viganò est très clair quand il met en relation directe la pachamama avec Dignitatis humanae, la liturgie protestante avec les thèses de Mgr Annibale Bugnini, le document d’Abou Dhabi avec Nostra aetate, et je sais bien que beaucoup de gens, même parmi ceux qui font partie du camp opposé au camp moderniste, bondissent sur leur siège face aux déclarations de l’archevêque, en prétendant que les maux et les abus ne sont pas nés avec le Concile mais à cause d’une trahison du Concile. Ce n’est pas ici l’endroit pour entrer dans la controverse. Pour ma part, je pense pouvoir être d’accord avec l’analyse de Mgr Viganò lorsqu’il écrit que

Ce Concile a été tellement exalté qu’il a été indiqué comme la seule référence légitime pour les catholiques, les clercs et les évêques, obscurcissant et connotant avec un sentiment de mépris la doctrine que l’Église avait toujours enseignée avec autorité, et interdisant la liturgie pérenne qui, pendant des millénaires, avait nourri la foi d’une génération ininterrompue de fidèles, de martyrs et de saints.

Et j’ai le sentiment que je peux adhérer aussi là où Viganò écrit:

Je l’avoue avec sérénité et sans polémique: j’ai été l’un de ceux qui, malgré de nombreuses perplexités et craintes, qui s’avèrent aujourd’hui tout à fait légitimes, ont placé leur confiance dans l’autorité de la Hiérarchie avec une obéissance inconditionnelle. En réalité, je pense que beaucoup, et moi parmi eux, n’ont pas initialement envisagé la possibilité d’un conflit entre l’obéissance à un ordre de la Hiérarchie et la fidélité à l’Église elle-même. Ce qui a rendu tangible la séparation contre-nature, voire perverse, entre la Hiérarchie et l’Église, entre l’obéissance et la fidélité, c’est certainement ce dernier pontificat.

Bref,

malgré toutes les tentatives d’herméneutique de la continuité misérablement naufragées lors de la première confrontation avec la réalité de la crise actuelle, il est indéniable que depuis Vatican II, une église parallèle s’est formée, superposée et opposée à la véritable Église du Christ. Elle a progressivement occulté l’institution divine fondée par Notre Seigneur pour la remplacer par une entité fallacieuse, correspondant à la religion universelle souhaitée dont la Franc-maçonnerie a été le premier théoricien. Des expressions comme +nouvel humanisme+, +fraternité universelle+, +dignité humaine+ sont les mots d’ordre d’un humanitarisme philanthropique qui nie le vrai Dieu, d’une solidarité horizontale d’inspiration vague et spiritualiste et d’un irénisme œcuménique que l’Eglise condamne sans appel.

Arriver à ces conclusions, provoque, je le répète, de la souffrance, et pourtant, comme l’écrit Viganò, il faut regarder la réalité en face.

Cette opération d’honnêteté intellectuelle exige une grande humilité, tout d’abord pour reconnaître que nous avons été induits en erreur pendant des décennies, en toute bonne foi, par des personnes qui, constituées en autorité, n’ont pas su veiller et garder le troupeau du Christ: certains pour vivre tranquilles, d’autres par excès d’engagements, d’autres par commodité, d’autres enfin par mauvaise foi ou même malice. Ces derniers, qui ont trahi l’Église, doivent être identifiés, repris, invités à s’amender et, s’ils ne se repentent pas, jetés hors de l’enceinte sacrée. Ainsi agit un vrai berger, qui prend soin de la santé des brebis et donne sa vie pour elles ; nous avons eu et nous avons encore trop de mercenaires, pour qui le consensus des ennemis du Christ est plus important que la fidélité à son Épouse..

Le piège a été tendu, beaucoup d’entre nous y sont tombés, mais cela ne justifie pas de persévérer dans l’erreur.

Et si jusqu’à Benoît XVI on pouvait encore imaginer que le coup d’État de Vatican II (que le cardinal Suenens a appelé le coup d’État de 1789 de l’Église) avait ralenti, ces dernières années même les plus naïfs d’entre nous ont compris que le silence, par crainte de provoquer un schisme, la tentative d’ajuster les documents papaux au sens catholique pour remédier à l’ambiguïté souhaitée, les appels et les doutes adressés à François, éloquemment laissés sans réponse, sont une confirmation de la situation d’apostasie très grave à laquelle sont exposés les dirigeants de la Hiérarchie, alors que le peuple chrétien et le clergé se sentent irrémédiablement écartés et considérés presque avec agacement par l’épiscopat.

Souvent, regarder en face les origines de la maladie provoque souffrance et peine; il peut même naître un sentiment insidieux d’échec. Il est nécessaire de le faire si l’on veut trouver le chemin de la guérison.

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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