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Un beau témoignage d’un évêque américain en faveur de la messe tridentine

publié dans nouvelles de chrétienté le 23 juillet 2020


Mgr Joseph Strickland (Tyler, Texas), bouleversé lors de sa première célébration de la messe tridentine

Pour la première fois, le 11 juin denier, à l’occasion de Solennité de la Fête-Dieu, Mgr Joseph Strickland a célébré la « forme extraordinaire » du rite romain : fruit d’une lente maturation d’un désir nourri par son recentrage sur l’adoration eucharistique depuis son sacre épiscopal. Trop jeune pour avoir connu le rite tridentin dans son enfance, Mgr Strickland a découvert avec « émerveillement » – le mot anglais « awe » indique aussi la stupeur et la révérence – la profondeur de sa signification, tout orientée vers le Christ.

Je vous propose de découvrir l’émouvante description faite par Mgr Strickland de cette rencontre privilégiée avec Dieu à travers la messe de saint Pie V – a contrario, elle dit quelque chose des manques de la messe moderne, dont l’évêque de Tyler ne s’est pourtant pas détaché.
Dans son entretien avec Bree Dail du New Catholic Register, dont je vous propose ici une traduction intégrale, Mgr Strickland invite clairement chacun à découvrir le rite traditionnel, en même temps qu’il demande aux fidèles de ce dernier d’aller donner l’exemple de leur révérence dans des célébrations Novus Ordo. Signe d’une certaine naïveté, peut-être, mais on comprend à travers ses dires que l’évêque a pu être heurté par l’attitude de certains pratiquants de la « forme extraordinaire ».
La franchise de Mgr Strickland ne fait pas de doute. Il est tout aussi direct lorsqu’il s’agit de s’élever contre la culture de mort sous toutes ses formes. Son témoignage n’en est que plus fort. – J.S.
*
J’ai cru comprendre que le 11 juin, vous avez célébré la messe latine traditionnelle pour la première fois depuis que vous avez été ordonné prêtre. Pourquoi l’avoir fait ?
C’est une longue histoire. Je suis entré au séminaire en 1977, à l’âge de 18 ans, et à cette époque, la Messe latine était pratiquement reléguée aux oubliettes l’histoire. On ne parlait pas de ce rite, on n’y faisait pas allusion, on ne l’étudiait pas : il avait tout simplement disparu.
J’ai grandi dans une toute petite église de la mission Glenmary, et mon premier souvenir d’une messe se situe dans la grande salle municipale d’Atlanta, au Texas, que nous utilisions temporairement. Ces premiers souvenirs doivent remonter au début des années 1960 – probablement en 1963-64 – donc la liturgie, elle était très informelle. Je n’ai aucun souvenir de la messe en latin.
Je suis allé au séminaire en 1977 à Dallas – une université catholique assez solide ; et au Séminaire de la Sainte Trinité – ce qui était considéré comme un séminaire conservateur de huit ans. Je pense avoir de bonnes bases, mais je n’ai jamais assisté à une messe en latin.
J’ai passé la plupart de mes années de sacerdoce – et cela en fait beaucoup – ici même, à la cathédrale de Tyler. Ce n’est qu’avec Summorum Pontificum, de Benoît XVI, que j’ai vraiment commencé à comprendre ce que pouvait représenter le désir du latin traditionnel et de la liturgie. Je travaillais avec mon prédécesseur, Mgr Álvaro Corrada del Río, qui, bien sûr, connaissait la messe en latin. Une fois établi le motu proprio qui nous encourageait à rendre disponible la messe en latin, nous nous y sommes efforcés : comme son secrétaire était un prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, je sais que l’évêque était à l’aise avec ce rite. Mgr Corrada avait choisi de faire appel à la Fraternité pour établir une petite communauté ici, mais, encore une fois, cela m’était très étranger. Quand ces prêtres s’approchaient de la cathédrale je me suis souvent dit –­ et cela semble si péjoratif maintenant : « Ah, voilà ces gens-là. » Bien sûr, j’étais encouragé à être accueillant et ouvert en tant que recteur de la cathédrale. Plus tard, ils ont pu fonder leur paroisse, Saint-Joseph l’Ouvrier, et l’une des toutes premières choses que j’ai faites en tant qu’évêque a été d’y célébrer les confirmations en latin. C’était un peu différent pour moi, de célébrer une confirmation en dehors de la messe – comme on le fait dans le rite traditionnel. Ils plaisantaient en disant que mon latin avait un accent espagnol !
Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui vous a incité à apprendre la forme extraordinaire ?
Je suis évêque depuis sept ans et demi. Il y a chez nous des prêtres et des séminaristes qui ont exprimé leur intérêt pour la forme extraordinaire, ainsi que des familles – de jeunes familles – qui y participent, en allant dans les paroisses des fraternités. De plus en plus souvent, des fidèles me faisaient part de leur désir de me voir permettre la Messe en latin – ce que j’ai fait, bien sûr, conformément au motu proprio. Je me suis rendu compte de plus en plus, en me rendant compte de l’existence de la messe en latin et de l’attrait qu’elle exerce sur les gens, ce n’était pas un chose négative et désuète qui méritait de rester enterrée. Les écrits de Benoît XVI – Summorum Pontificum et L’Esprit de la Liturgie, que j’ai lus – et, honnêtement, le fait d’avoir été embarqué dans la prière d’adoration [eucharistique], tout cela m’a aidé à en approfondir mon appréciation. En fait, l’adoration est devenue le centre de ma vie d’évêque. J’essaie d’être en adoration devant le Saint-Sacrement le matin et le soir tous les jours où cela m’est possible, aussi longtemps que possible.
C’est donc l’adoration de l’Eucharistie qui vous a amené à la forme extraordinaire de la Messe ?
Absolument. C’est le fait de prier devant le Christ dans le Saint-Sacrement m’a attiré vers ce rite. J’ai fait l’expérience d’une montée en flèche de ma vie spirituelle depuis que je suis devenu évêque, et surtout depuis que je me suis centré sur Notre Seigneur eucharistique. Vous savez, j’essaie de faire une adoration deux fois par jour, pour accompagner mes prières du matin et du soir – et l’Office [divin] peut être bien long. Pourtant, je constate que je prie maintenant les psaumes comme si je Lui parlais. J’ai fait des Psaumes ma prière personnelle.
Ce que j’ai constaté, c’est que ce rite est tellement centré sur Lui. Il faut que vous compreniez qu’avant janvier de cette année, je n’avais même pas lu les prières de la forme extraordinaire. Je partais littéralement de zéro. Ce qui m’a incité à le faire, c’est que cette année avait été décrétée « Année de l’Eucharistie » dans mon diocèse. Franchement, c’est le fruit de quelque chose qui a grandi en moi depuis que je suis évêque, mais cette déclaration faite dès le début de l’Avent, l’année dernière, a été déterminante : dès lors j’ai encouragé à ce que l’accent soit mis sur l’Eucharistie de différentes manières, comme les processions et l’adoration. J’avais déjà décidé – ou plutôt encouragé, parce que je n’oblige jamais, mais j’encourage – que des processions eucharistiques aient lieu le jour de la Fête-Dieu. La plupart des prêtres en ont organisé, même en pleine folie du coronavirus. On peut penser que c’est « vieux jeu », mais regardez – c’est Lui. Pourquoi ne voudrions-nous pas Le célébrer dans les rues, et dans nos vies, à l’occasion de sa fête ?
Ainsi, tout au long de l’Avent, j’ai prié, et ce désir n’a cessé de croître : je voulais faire quelque chose pour honorer Jésus-Christ. Je pensais sans cesse à essayer d’apprendre la messe traditionnelle en latin pour la fête traditionnelle du Corpus Christi. Je me disais tout le temps : « Je peux le faire ! » J’ai appris plus tard que si et quand un évêque dit la messe en latin, c’est toujours une messe pontificale, où l’évêque représente toujours son peuple. C’est intense. Si vous connaissiez « Joe Strickland », un enfant de l’arrière-pays du Texas, vous sauriez que « ce type est simple ; il n’aime pas ces choses compliquées ». Pourtant, c’est une chose que je vois et que le désire pour Lui. Il est tellement clair que cette liturgie n’est pas centrée sur nous – elle l’est totalement sur Lui. Je veux L’honorer.
Racontez-moi comment vous avez commencé à apprendre le rite et ce qui vous a semblé le plus difficile. Vous a-t-on aidé ?
A l’origine, nous devions célébrer la grand-messe pontificale, mais nous n’avions pas le personnel nécessaire – je devais compter sur mes prêtres et certains de nos séminaristes pour nous aider. Je veux dire pour célébrer correctement – et c’est ce sur quoi j’insiste : nous respectons les règles, y compris en ce qui concerne les chaussures, les ornements, tout.
L’un de nos prêtres, le père Joshua Neu, qui a été ordonné il y a seulement cinq ans, connaît les deux rites. Il m’a servi de précepteur dès le début. Il savait ce dont nous avions besoin, et il m’a même aidé à comprendre le latin très difficile. Pour être honnête – et je le dit pour vous, prêtres et même évêques, qui envisagez de vous y  mettre – par moments c’est comme si vous suiviez un cours universitaire ; il y aura des devoirs à faire. Au début, cela demande de la concentration et des efforts, mais vous verrez que c’est riche de tant de grâces. Cela vaut tellement la peine d’apprendre.
Il existe de nombreuses ressources. J’ai lu le livre Treasure and Tradition –il s’adresse à tous les publics – qui vous fait voyager à travers la messe avec beaucoup de détails. Le blog du père John Zuhlsdorf contient de nombreux articles sur l’apprentissage de la liturgie et de certaines prières. J’ai regardé de nombreuses vidéos sur YouTube, dont certaines ont été publiées par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre. Il y a tellement de ressources.
Avez-vous jamais été submergé par la complexité des rubriques et de la langue de la messe traditionnelle en latin ? Si oui, que conseilleriez-vous aux autres prêtres et évêques qui souhaitent l’apprendre ?
Je vais vous dire ce que le P. Neu et d’autres m’ont dit : c’est normal d’être un peu dépassé au début, mais vous pouvez et vous devez le faire. J’avais encore besoin d’aide, et le P. Neu devait parfois m’aider en m’indiquant où j’en étais ; mais, vraiment, c’est cela que les prêtres et diacres sont censés faire quand ils assistent à la messe. Je dirais que j’étais un peu nerveux à l’idée de dire la Séquence du Corpus Christi, mais le Père m’a même aidé en m’apprenant à le faire en utilisant un tempo. J’ai eu l’impression d’accomplir un voyage spirituel. J’ai toujours essayé de dire la forme ordinaire avec révérence – lentement, en toute conscience. Ce n’est pas ainsi qu’on m’a formé, c’était d’instinct. Je dois dire que cela doit être une grâce, car même quand j’étais jeune, je croyais vraiment à la présence réelle.
Il n’y a pas de raison pour que la forme ordinaire ne puisse pas être révérencieuse – c’est Lui ! Il y a peut-être eu des manipulations par le passé, mais nous pouvons et devons revenir à la révérence parce que la messe n’a jamais été concerné autre chose que Lui. C’est vraiment la mission que je me suis donnée, d’amener les deux liturgies à comprendre la révérence et à se concentrer sur l’Eucharistie. J’y pense, en un sens, comme à la musique. La façon dont je décris cela est que la forme ordinaire est comme la « mélodie de base » d’une symphonie. Elle est reconnaissable. La forme extraordinaire, c’est la même mélodie, accompagnée par l’orchestre complet.
Ce n’est probablement pas si facile à décrire. Ce sentiment d’émerveillement et d’admiration n’a cessé de croître tout au long du processus. Bien sûr, j’avais déjà entendu de nombreux termes en latin, mais je ne savais pas vraiment comment ils s’accordaient aussi profondément dans la forme extraordinaire. C’est presque comme s’il manquait quelques pièces dans un puzzle, et je ne m’en suis rendu compte que lorsque j’ai enfin dit la messe. La prise de conscience que l’on a, en tant que prêtre, de la signification profonde de ces prières, de ces mots, je peux la comprendre maintenant de façon profonde. Comme je l’ai dit, cette liturgie est entièrement consacrée à Lui, à l’adoration de Dieu. Il s’agit du Fils de Dieu descendant du ciel, descendant à l’autel pour prendre l’apparence du pain et du vin – il s’agit de Dieu. On peut y voir où la « ligne mélodique » du Novus Ordo a été reprise, mais on est pris par la splendeur, ici, de l’« orchestre » complet. Il n’y de place que pour l’émerveillement. Ne serait-ce que la beauté du corporal, et la façon dont l’hostie et le calice sont traités… et je dois dire [longue pause, pleine d’émotion] que je pouvais à peine prononcer les mots de la consécration, tant j’ai été submergé par l’émotion, tant j’ai été profondément touché par ces mots. Dieu merci, nous devons seulement les murmurer dans ce rite, parce que je ne suis pas sûr que j’aurais pu parler plus fort que ce murmure, tellement j’ai été frappé par la profondeur des mots. C’était la première fois de ma vie que je les prononçais en latin, et j’avais du mal à les faire sortir. En fait, c’est indescriptible.
Avez-vous un message à adresser aux communautés qui chérissent la messe traditionnelle en latin ?
Dans mon homélie, le 11 juin, j’ai dit à l’assistance : nous devons nous rappeler qui nous allons adorer, qui nous allons recevoir. La messe avance vers cette rencontre avec Lui, qui s’avance vers nous.
J’encourage ceux qui assistent à la forme extraordinaire… à envisager d’aller à une messe Novus Ordo pour témoigner de la révérence envers la liturgie et envers Notre Seigneur dans l’Eucharistie.
Je suis convaincu que l’Église doit dépasser ces groupes et chapelles à forme humaine, car, franchement, tout cela est devenu un obstacle et une distraction. Le Divin vient à notre rencontre là, à l’autel, mais, pendant ce temps, nous nous laminons les uns les autres et nous nous déchirons – et quels sont les fruits ? Ce n’est pas le Saint-Esprit, cette division.
J’encourage les membres des congrégations traditionnelles à se rappeler pourquoi ils aiment la liturgie, pourquoi et comment la révérence désignent le Christ… Il y a une si belle occasion de donner un exemple de révérence simple et joyeuse dans la forme extraordinaire. Ce sentiment d’émerveillement que j’ai éprouvé devrait être ressenti par tous. Je comprends bien que pour certains fidèles qui assistent à ces messes traditionnelles en latin, il se peut que le manque de respect dont ils ont été témoins [dans la forme ordinaire], voir la persécution dont ils ont pu été victimes depuis l’intérieur même de l’Église, pour avoir manifesté leur révérence, aient provoqué une réaction. Mais les fruits de la discorde, de la division, du sectarisme, de l’élitisme, voire de l’orgueil spirituel ne peuvent pas trouver leur source dans la liturgie – cele est pleinement humain, réactionnaire. Je pense que c’est par là que le diable s’infiltre, en détournant cette communauté de la focalisation sur Jésus pour la centrer sur le rituel, le légalisme et même l’élitisme. C’est une subtile tromperie.
Il me coûte de le dire ; je crois qu’une partie de mon hésitation à apprendre à célébrer selon la forme extraordinaire venait de mon expérience de la communauté qui y assiste. Si j’ai vécu cela, je sais que d’autres l’ont fait aussi. J’encourage les membres de ces communautés à prier et à méditer sur les paroles de saint Paul aux Galates, chapitre 5, 22-23. Il faut méditer, d’autant plus qu’ils ont un grand trésor de grâce à partager, sur la mise en garde de Jésus en Luc 12, 48. Demandez-vous : « Mes actions, mes paroles et mon attitude reflètent-elles vraiment les fruits de la messe des âges, ou se pourrait-il que j’empêche d’autres personnes de désirer en savoir davantage ? »
Après ce que j’ai vécu, en tant qu’évêque, je ne peux qu’encourager tout le monde à rencontrer Jésus dans l’émerveillement, dans la beauté de la forme extraordinaire de la Messe.
Photo prise lors de la messe de la Fête-Dieu, 1e 11 juin dernier : site du New Catholic Register.
 

© Jeanne Smits pour la traduction.

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