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Entraide et Tradition

Mgr Lefebvre et le séminaire français

publié dans couvent saint-paul le 24 septembre 2020


Abbé Michel Simoulin – Après avoir évoqué le séminaire et son éminent supérieur, il faut rendre hommage à ceux qui furent ses principaux collaborateurs dans la formation de notre jeune Marcel Lefebvre. Je ne peux les nommer tous, même s’ils le méritent, mais j’évoquerai ceux qui ont marqué le plus profondément notre séminariste

Le P. Voegtli, père spirituel
25 Avril 1853 – 7 janvier 1930

  1. L’Abbé JOHAN, doyen des séminaristes, notait à son sujet le 10 avril 1926 : « Lors de mon arrivée au Séminaire, en Octobre 1921, le trait de vie commune qui m’avait le plus frappé, c’était la déférence affectueuse et l’esprit de très filiale obéissance à l’égard du R.P. Supérieur. Il y avait là des confrères très âgés, ayant fait toute la guerre, et parmi eux, le doyen, un ancien médecin : ils aimaient et estimaient tous le R.P. Supérieur, et lui obéissaient comme des fils très fidèles à un Père très cher. Il suffisait que le Père Supérieur parlât, pour être suivi et totalement obéi : les élèves se rendaient spontanément et joyeusement à ses moindres désirs, comme l’eussent fait des religieux à l’égard de leurs supérieurs. Nul besoin de réprimander, ni de coaction aucune : j’en fus étonné alors, et je me suis rendu compte par la suite que là était le secret de cet accord parfait des esprits et des cœurs qui faisait (et fait encore, bien qu’on en dise) le charme profond de la vie dans notre Séminaire. Donc, premier trait distinctif de l’âme du Séminaire, un esprit de très affectueuse obéissance.

Aux côtés du R.P. Supérieur figurait une autre personnalité, toute de sainte énergie et d’intégrité sacerdotale, le R.P. Voegtli. Il représentait pour nous le type complet de l’expérience sacerdotale, car il avait occupé des postes variés. Il avait dirigé de nombreuses âmes et avait une haute science et il jouissait du reste d’une réputation universelle et sainteté et de sagesse sacerdotales. Ses conférences avaient le ton des conseils d’un vieillard plein d’expérience. Sa doctrine était simple, il nous parlait uniquement de Notre Seigneur Jésus Christ-Roi. La doctrine de ses cours de pastorale était également simple : le Prêtre est l’homme de Notre Seigneur Jésus Christ jusqu’aux derniers sacrifices. Il enseignait l’intégrité du sacerdoce, la logique du sacerdoce poussée à bout : le sacrifice du Prêtre pour que règne Jésus Christ. Tout était jugé de ce point de vue. ” Nous ne relèverons notre pays, que lorsque nous y aurons fait régner Notre Seigneur Jésus Christ. “

Cette conception du Sacerdoce acceptée dans son intégrité, si parfaitement prêchée par le P. Voegtli dans ses conférences et par l’exemple de sa vie constitue le second trait spécifique de notre Séminaire.

J’ai toujours constaté comme troisième caractéristique du Séminaire, un esprit de dévouement total au Souverain Pontife.” Il est sacerdos orbis catholicus, la source de toute la puissance que vous aurez un jour sur les âmes… Vous lui donnerez La dévouement entier de votre intelligence ; vous l’aimerez comme un Père, vous serez plein de zèle pour le faire aimer. Vous prierez pour lui et vous lutterez contre tous les préjugés“.

Ainsi nous parlait le Révérend Père supérieur à la fin de 1921. Le Père Voegtli lui faisait écho en son cours de pastorale de 1922- 25 : « Il faut être tout entier pour le Pape et pour le Pape régnant, suivre avec dévotion et enthousiasme ses ordres, ses conseils, ses décisions doctrinales et ses décisions administratives, ses encycliques, ses lettres, ses discours. Nous n’avons pas à nous occuper des nuances qui existent entre prédécesseur et successeur. »

Et comment doit se manifester notre amour pour le Pape ? Notre amour pour le Pape se manifeste par la défense de la vérité” (allocution du R.P. Supérieur à la clôture des conférences de théologie de 1926-27). Chaque année qui passe fortifie votre attachement à Rome, à la doctrine Romaine, base de toute votre formation ” Sentire cum Ecclesia”, être avec l’Église, avec le chef de l’Église : c’est un organe, c’est un sens, c’est un esprit qui est et avec lequel on sent, on juge, on respire et l’on vit. C’est le vrai sens théologique, c’est comme l’instinct de la vérité catholique » (Réponse du R.P. Supérieur aux voeux du nouvel an 1927) Et le Père Voegtli ramenait ce sens théologique à sa grande, synthèse, à Notre seigneur Jésus Christ : ” La vérité dont le Pape a le dépôt, c’est la Vérité de Notre Seigneur. Jésus Christ, c’est Notre Seigneur Jésus Christ qui est la vérité ” ».

« La plupart d’entre nous ont eu le bonheur d’être formés à l’école du R.P. Voegtli, nous le considérions comme un saint, et l’impression qu’il a donnée à nos âmes est à jamais ineffaçable, c’est par lui que nous avons appris à voir Notre seigneur Jésus Christ, le roi, le centre de tout, la solution de toutes les questions, la nourriture, la pensée, la vie…tout. Notre Seigneur Jésus Christ connu, aimé et servi, et cela par Marie, c’est tout le P. Voegtli, c’est ce qu’il a voulu graver en nous : cela restera ! » (Lettre des Séminaristes appelés au Service militaire. Lundi de Pâques 1927)

Le R.P. Haegy, préfet de culte
19 mai 1860-5 février 1931

Ce fut peut-être le préféré de Monseigneur, qui avait travaillé avec lui pendant toutes les années où il fut grand cérémoniaire, et dont il parlait toujours avec grande émotion.

« Il nous a appris à remplir surnaturellement nos fonctions, en comparant nos travaux à ceux de la Sainte Vierge et de saint Joseph. Il favorisait l’ascension de nos âmes vers Dieu. Il a mis et développé dans nos cœurs le désir de faire soi­gneusement notre office, non seulement dans les grandes lignes et, comme l’on dit, « en gros », mais dans le détail. Nous comprenions que nous devons agir à l’égard de Notre- Seigneur Jésus-Christ comme envers un ami, c’est-à-dire mettre par amour beaucoup de soin dans nos moindres ac­tions. » (…)

Voici enfin très heureusement exprimée la raison profonde de toute la conduite et de l’autorité du maître de liturgie que fut le P. Hægy : « Ceux qui franchissaient les apparences un peu rudes, découvraient une âme sacerdotale au vrai sens du mot, c’est-à-dire une âme qui aime ceux qui lui sont confiés et cherche à faire passer en eux ce qu’il y a de meilleur en elle. Ce qu’il avait de meilleur, ce cher Père, c’est, sans nul doute, ce sens catholique si profond : le sentire cum Ecclesia ; il vivait de cette formule dans son do­maine liturgique, il voulait en faire vivre les autres. Un juge­ment sûr et pondéré… une compréhension exacte de la li­turgie… une interprétation toujours sûre des décisions ecclé­siastiques, une obéissance respectueuse vis-à-vis de toute autorité. C’est en cela, dans ce sens de l’Église, que réside le secret de la haute autorité qu’il avait acquise en matière liturgique dans les milieux romains. » (BG 493 septembre 1931)

Mais l’hommage qui nous sera le plus doux est celui que lui a rendu Mgr Lefebvre lui-même, alors vicaire aux Marais de Lhomme, lors de son décès. « La douloureuse nouvelle de la mort du Rév. Père Hægy émeut tous ceux qui l’ont connu, mais elle frappe plus durement ceux qui ont eu le bonheur de vivre dans son intimité, qui ont profité de sa foi, de sa science et de son cœur de père.

Le Rév. Père était en effet de ceux qu’il faut approcher de près pour estimer à leur juste valeur. A le juger trop vite, on ferait erreur. Son extérieur, un peu rude, sa réprimande parfois vive à un interrogateur ignare ou inhabile, l’ont fait passer, chez quelques visiteurs fortuits, pour un homme chez qui l’autorité voulait faire place à la science.

Pour nous, qui l’avons bien connu, le Rév. Père Hægy fut à la fois un éducateur et un père. Il fut plus qu’un professeur de liturgie, parce qu’à la parole il joignait l’exemple. À travers son souci de la perfection, jusque dans les moindres détails, en tout ce qui concernait les cérémonies religieuses, nous apercevions sa grande foi en la présence de l’hôte divin. Il savait, par expérience, qu’aux rites traditionnels font souvent place des pratiques arbitraires. Nul ne devait avoir assisté à une cérémonie religieuse, au Séminaire Français, sans avoir compris que la liturgie était une grande manifestation de foi.

Pour ceux qu’il avait appelés à l’aider dans sa charge, le cher Père Hægy fut surtout un père, sachant à la fois réprimander et récompenser. Pas d’éloges, mais un simple témoignage de satisfaction ; pas d’observations en public, mais en famille. Toujours il écoutait nos requêtes avec bienveillance et s’efforçait, en nous satisfaisant, de nous témoigner une grande confiance.

Au soir de sa vie, alors qu’il sentait faiblir son excellente mémoire et surtout ses forces physiques, le Père devint plus paternel encore. Les liens se resserraient à mesure que le Bon Dieu semblait vouloir les briser. Obligé de nous laisser participer davantage à sa charge et de recourir plus souvent qu’il ne le voulait à nos services, il se montrait plus affectueux et partageait en famille ses joies et ses peines. Volontiers, il jetait la gaîté parmi nous par quelques joyeuses plaisanteries. Parfois aussi, au souvenir de l’un ou de l’autre de ceux qu’il avait bien connus, quelques larmes perlaient dans ses yeux.

Tous ceux qui, comme nous, l’ont approché de près, remercient Dieu d’avoir été un peu les fils de cette grande âme sacerdotale qui leur a communiqué sa sainte vénération de l’autel auquel ils ne peuvent monter sans se souvenir de toute la reconnaissance qu’ils lui doivent. » (Les Échos de Santa Chiara – Souvenirs biographiques 1931).

Voici donc notre abbé pleinement « converti » au Règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ et armé d’une dévotion sans limite au saint sacrifice de la Messe. Il choisit pour son image d’ordination la formule : « Pax Christi in regno Christi » Tel sera le phare de toute la vie sacerdotale de notre jeune prêtre : que règne Jésus-Christ pour que les hommes vivent dans la paix qu’il nous a laissée. Il reçoit l’ordination des mains du Cardinal Liénart à Lille le 21 septembre 1929 et le cardinal lui im­pose de rester un an au service du diocèse malgré son désir de suivre René au noviciat des missions. C’est ainsi qu’il a été nommé vicaire à Lommes pour un an, et c’est le 1° septembre 1931 qu’il se présente à son tour au noviciat des pères du Saint-Esprit à Orly, ce dont nous parlerons la prochaine fois.

Lettre d’information N° 23 – 20 septembre 2020 | Source : Perspective catholique

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