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« Le rapprochement de Rome et de Moscou »

« Le rapprochement de Rome et de Moscou »

publié dans regards sur le monde le 27 avril 2010


« Le rapprochement de Rome et de Moscou »
par Roland Hureaux. (1)

Une leçon de géopolitique

De nouvelles lignes de force ne se dessineraient-elles pas entre le Vatican et Moscou, entre Rome et le patriarcat de Moscou? En effet le Gouvernement russe et le patriarcat témoignent d’un soutien étonnant à « Rome » alors que le monde anglo-saxon se déchaîne aujourd’hui contre la papauté.

Lors de l’émission de David Boujadas, les Infiltrés, du mardi 27 avril 2010, j’ai eu l’occasion, pour défendre la sagesse de Benoît XVI dans son gouvernement, de parler du rapprochement prochain, auquel le pape travaille ardemment, entre Rome et le patriarcat de Moscou. Ce rapprochement sera providentiellement la grande victoire de ce Pontificat. Ce sera aussi le triomphe de Fatima, Ce sera la conséquence de la consécration de la Russie au Cœur immaculée de Marie, avec pour bienfait le grand développement de la dévotion mariale au Cœur immaculée de Marie.

Le rapprochement de Rome et de Moscou !
C’est l’objet de cet article de Roland Hureaux trouvé sur son blog. Il m’a fort intéressé. Il est à lire. Il élève très heureusement le débat.

Lundi 5 avril 2010
LE RAPPROCHEMENT DE ROME ET DE MOSCOU

Par-delà la question des abus sexuels du clergé, un basculement géopolitique ?

C’est un singulier honneur que font les medias occidentaux à l’Eglise catholique en la tenant pour seule responsable des dérives liées aux abus sexuels d’enfants ( une expression que nous préférons à celle de « pédophilie », ce dont il s’agit étant à l’ évidence de l’ordre de l’eros et non de la philia) , comme si les autres confessions, l’école publique, la famille elle-même, pourtant aussi touchées, si ce n’est plus, par ces abus répugnants étaient tenues pour irresponsables ou insignifiantes.
Car ce genre d’ abus touche d’abord les institutions éducatives. Ceux qui ont décidé de consacrer leur vie à s’enrichir plutôt qu’à éduquer les enfants, qui préfèrent les salles de marché aux salles de classe, traders plutôt que prêtres ou instituteurs, sont, eux, à l’abri des tentations. Il reste, Dieu merci, dans notre monde, des professions honorables !
Mais l’emballement médiatique en cours a servi d’écran de fumée à ce qui se produisait à ce moment là et qui pourrait bien ressembler à un séisme géopolitique de grande ampleur.

Par-delà l’écume

La vague anti-romaine qui a déferlé au cours des dernières semaines sur le pape Benoît XVI , et qui touche l’institution ecclésiastique dans son ensemble, semble partie de New York, épicentre de ce milieu WASP ( white anglo-saxon protestant) où l’on nourrit depuis le XVIIe siècle une solide animosité à l’égard de l’Eglise romaine, la plupart des médias français ayant adopté en l’occurrence une position, désormais habituelle, de suivisme.
Qui n’a remarqué, à l’inverse, dans les tourmentes de ces derniers mois, l’appui sans faille de la Russie à la papauté ? Les faveurs dont son prédécesseur polonais n’avaient jamais bénéficié, n’ont pas été marchandées au pape allemand. Aussi bien dans les affaires de la levée de l’excommunication des évêques lefévristes, que celles de la prévention du sida en Afrique, puis des abus sexuels de prêtres, tant le patriarcat de Moscou que le gouvernement de la Fédération de Russie ont apporté un soutien total à la papauté. L’étonnant « pèlerinage » du chef de l’Etat russe à Notre-Dame de Paris s’inscrit dans la même ligne.
Qui l’eut cru ? La Pravda, elle-même , jadis organe du parti communiste, a défendu Benoît XVI : les temps ont bien changé depuis que les réseaux soviétiques « produisaient » la pièce Le Vicaire, dans le but de discréditer la mémoire de Pie XII…

On dira que tout cela est de la politique. Mais les grands événements de l’histoire religieuse n’ont-ils pas été tous de la politique, de la conversion de Constantin et de Clovis, au schisme de 1054 entre Rome et Constantinople, du ralliement des princes allemands à Luther au Concordat de 1801 ?
On se méfiera, non sans raison, de cette tentative d’enfoncer un coin dans le camp atlantique. Mais ceux qui, au sein de ce camp, s’attachent avec persévérance à marginaliser l’Eglise catholique, avaient-ils besoin de ce renfort ?

Cette marginalisation ne date pas d’aujourd’hui. Dès lors que l’Europe commence à basculer, au XVIIIe siècle d’abord, puis, de manière définitive, à partir de 1815, vers une prééminence culturelle anglo-américaine , que, de manière souvent inconsciente, les Européens ont intégré que la modernité sous toutes ses formes venait du Nord-est et plus du Sud, les pays de tradition catholique se sont trouvés décentrés. Ils sont devenus, pour le monde anglo-saxon protestant et libéral, les cousins de province. Dans l’imaginaire occidental, à commencer par celui des élites françaises, ils ne sont plus le centre mais la banlieue et, si le catholicisme venait à s’effondrer, ils ne seraient plus que le bidonville, sorte de terrain vague spirituel aux marges d’une Amérique ayant conservé, elle, ses valeurs religieuses et patriotiques.

La marginalisation n’est pas seulement géographique, elle est aussi historique : dans le même imaginaire, l’histoire moderne se réduit à une cascade d’ émancipations, qui commence avec la réforme protestante, se poursuit avec les Lumières ( françaises mais déjà très anglophiles) et s’accomplit dans l’univers libéral-libertaire , la tradition catholique n’apparaissant dans un tel schéma, que comme une survivance.
A l’évidence les signaux forts que Moscou a envoyés à Rome ne resteront pas sans effet. Les réponses du Vatican sont certes moins visibles que les avances du Kremlin mais qui ignore que le rapprochement avec les lefévristes, fondé sur la restauration de la liturgie, a pour arrière-plan la volonté de se rapprocher de l’orthodoxie ? Si, comme nous le pensons, la différence avec celle-ci est plus politique que théologique, un grand pas aura été accompli ces derniers jours dans cette direction.

La crise que travers l’Eglise catholique pourrait ainsi préluder à une remise en cause de la grande césure qui, selon Samuel Huntington, oppose la civilisation « occidentale », à la fois protestante et catholique d’un côté , à la civilisation « orthodoxe » de l’autre , et qui avait , jusqu’ici , structuré notre conception du monde.

Roland HUREAUX(1)

(1) : Normalien et énarque, Roland Hureaux a été membre des cabinets de Philippe Séguin et Édouard Balladur et professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse. Il a été premier adjoint du maire de Cahors de 2001 à 2003.
Agrégé d’histoire, il a publié différents essais touchant à la politique et à l’histoire, inspirés à la fois par sa connaissance de l’histoire et une large expérience administrative, diplomatique et politique. Il peut être qualifié de gaulliste, libéral et catholique.
Il est membre du comité de rédaction de la revue Commentaire et du comité scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. Il est également chroniqueur associé à Marianne 2.

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