La Revue Item - « La Tradition sans peur »
Abonnements
Newsletter

Entrez votre adresse email

Le « Notre Père »

Le « Notre Père »

publié dans paroisse saint michel le 16 juillet 2010


Prédication pour le 8ème dimanche après la Pentecôte.

« Aussi vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption des enfants, par lequel nous crions Abba ; Père. L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritier de Dieu et cohéritiers du Christ ».

Ce passage de l’Epître aux Romains qu’aujourd’hui l’Eglise propose à notre méditation est pour moi un passage merveilleux. Il met mon cœur dans l’allégresse parce qu’il fonde mon espérance en la Vie Eternelle. Et comment, en effet, ne pas être ému, sensible, enthousiaste, plein de reconnaissance à cette perspective formidable de la Vie Eternelle ? Ce qui nous était impossible de ravir par suite du péché originel, le Ciel, nous est de nouveau proposé dans la foi, grâce à la Passion de NSJC et à l’envoi de l’Esprit Saint qui nous fait vivre dans la sainteté. La Vie Eternelle est donc réellement notre destinée. C’est notre avenir. Nous sommes des êtres d’éternité, promis à la Vie Eternelle. C’est le fruit de l’Esprit reçu en nos âmes par notre saint Baptême. Il nous fait « enfants de Dieu ». « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ ». Le Christ, notre aîné, tête du Corps mystique dont nous sommes les membres, encore par notre baptême, est entré dans « la gloire ». Il est assis pour toujours à la « Droite de son Père ». Là où est la Tête, là sont les membres, s’ils vivent « selon l’Esprit de Dieu », s’ils se laissent « conduire par l’Esprit de Dieu ». « Je vais vous préparer une place » dit NSJC à ses disciples. Et saint Pierre, dans sa première épître, nous confirme bien dans cette espérance et dans cette joie, lui qui écrit : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une vivante espérance par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, qui ne saurait ni se souiller ni se flétrir : héritage conservé dans le ciel pour vous, que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut, qui est prêt à apparaître dans le dernier temps » Et il conclut, me confirmant dans ma joie: « Dans cette pensée, vous tressaillez de joie… » Et il conclut ce passage en disant : « vous tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse parce que vous allez remporter le prix de votre foi, le salut de vos âmes ». Oui, MBCF, notre foi est en même temps notre espérance en Dieu. La Foi et l’Espérance sont intimement liées. L’une ne va pas sans l’autre. L’une, la foi fonde l’autre, l’espérance. Et l’espérance engendre la joie. Nous tressaillions de joie…même s’il faut être pour un peu de temps « affligés de diverses épreuves ». Ces épreuves fortifient notre foi, ce qui garantit encore notre espérance en la Vie Eternelle. Il faut s’en souvenir toujours au moment opportun.

Ceci étant rappelé, je voudrais cette année m’arrêter non point sur l’espérance et l’allégresse que cela doit engendrer en nos coeurs, mais sur l’affirmation que si nous avons reçu l’Esprit d’adoption des enfants nous pouvons crier « Abba, Père », c’est-à-dire que nous pouvons nous adresser à Dieu comme à un Père, réciter le « Notre Père », la prière enseignée par le Christ Seigneur.

Dieu comme Père. Qu’est-ce à dire ?

C’est le deuxième mot du « Notre Père qui êtes aux cieux… ». Ce mot « Père » a pour but d’augmenter en nous la confiance envers Dieu et d’augmenter notre piété. Nous nous adressons à « un Dieu, qui est aussi un Père ».

Pater, Père. Notre Sauveur aurait pu commencer cette divine Oraison par une expression qui aurait eu plus de majesté, par exemple celle de Créateur et de Seigneur. Il ne l’a pas voulu, parce que de telles expressions pouvaient nous inspirer des sentiments de crainte. Il a choisi un terme qui inspire nécessairement la confiance et l’amour à ceux qui prient, et qui demandent quelque chose à Dieu. Qu’y a-t-il en effet de plus doux que ce nom de Père, qui rappelle tout ensemble l’indulgence et l’amour ?

Mais comment ce nom de Père convient-il à Dieu ?

Nous le comprendrons facilement en portant notre attention sur les mystères de la Création, de la Providence et de la Rédemption.

Le mystère de la création : « Dieu a créé l’homme à son image, et II n’a point accordé cette faveur aux autres êtres animés. C’est donc avec raison que pour ce privilège unique dont il nous a honoré, honoré l’humanité, la Sainte Eglise l’appelle le Père de tous, aussi bien des Fidèles que des infidèles ».

Le mystère de la Providence : En veillant aux intérêts des hommes, nous dit le catéchisme, sans jamais les perdre de vue, Dieu par ces soins touchants et cette Providence assidue, nous donne la preuve d’un Amour vraiment paternel

Pour mettre plus en lumière cette vigilance paternelle de Dieu sur nous tous, nous pourrions rappeler qu’Il donne à chacun d’entre nous un ange gardien. Voilà ce que nous enseigne la « doctrina catholica ». Je lis le Catéchisme du Concile de Trente : « C’est qu’en effet la Providence divine a confié à des Anges la garde du genre humain. Elle les a chargés de protéger sans cesse tous les hommes pour les préserver des dangers qui pourraient les menacer. De même que les parents donnent des gardes et des défenseurs à leurs enfants, lorsqu’ils les voient entreprendre quelque voyage difficile et périlleux, ainsi dans ce voyage que nous faisons tous vers la céleste Patrie, Dieu notre Père nous a confiés à la garde d’un Ange, afin que son secours et sa vigilance nous fissent éviter les embûches secrètement préparées par nos ennemis, repousser les plus terribles attaques dirigées contre nous, marcher constamment dans le droit chemin, et empêcher que quelque piège tendu par notre perfide adversaire ne nous fît sortir de la voie qui mène au ciel ».
Ainsi nous pouvons nous souvenir de l’ange Gabriel « que Dieu donna pour compagnon et pour guide à Tobie dans son voyage pour le conduire et le ramener sans encombre. C’est lui qui l’empêcha d’être dévoré par un poisson énorme, qui lui fit connaître les vertus secrètes du foie, du fiel et du cœur de ce monstre ».
Nous pouvons nous souvenir de cet ange qui vint libérer Saint Pierre de la prison d’Hérode. Nous avons rappelé ce récit raconté dans les Actes des Apôtres lors de la solennité de Saint Pierre et Paul.
Nos Saints Livres « sont pleins d’exemples semblables et bien propres à nous faire comprendre la grandeur des bienfaits que nous recevons de Dieu par le ministère des Anges. Et ce n’est pas seulement pour quelque affaire particulière et déterminée que Dieu nous confie à eux, ou qu’Il les députe vers nous. Non ! Dès notre naissance, Il les prépose à notre garde, et les établit individuellement pour veiller au salut de chacun de nous ».
Tout ceci nous permet de « vénérer avec un plus grand respect les soins paternels de la Providence de Dieu à notre égard ».

Mais que dirons-nous encore sur ce sujet, i.e. sur la bonté paternelle de Dieu ? Portons notre regard sur le fait que malgré les outrages que nous commettons contre Dieu « néanmoins Il nous conserve toujours son amour, et ne dépose jamais cette sollicitude si touchante qu’Il a pour nous ». Pensez à l’attention de Dieu pour nos premiers parents. Ils ont méprisé et violé les ordres formels de Dieu ; Ils sont chassés du paradis terrestre… Ne croirait-on pas qu’ils seront pour toujours privés de tout secours divin, et réservés à toutes les misères ? Et cependant, au milieu de tant et de si cruelles preuves de la colère et de la vengeance divines, on vit paraître comme une lueur de la Bonté de Dieu à leur égard. « Le Seigneur Dieu, nous dit la Genèse, fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et Il les en revêtit. » Marque évidente, entre tant d’autres, que Dieu n’abandonnera jamais les hommes.
Oui, « jamais l’iniquité humaine n’épuisera la Bonté de Dieu ». « C’est au moment où nous nous croyons perdus et absolument délaissés de Dieu, c’est alors qu’Il nous cherche avec une Bonté infinie, et qu’Il prend soin de nous. Il suspend dans sa colère le glaive de sa justice, et II ne cesse de répandre sur nous les inépuisables trésors de sa miséricorde ». Il est vraiment le Père de l’enfant prodigue.

Mais il faut bien le reconnaître c’est surtout l’œuvre de notre Rédemption accomplie par NSJC qui met le comble à cette infini bonté de Dieu pour nous. Cette rédemption est l’œuvre par excellence de la charité de Dieu. Cette rédemption fait de nous, d’une manière merveilleuse, de « vrais enfants de Dieu ». « Car le Verbe, dit Saint Jean, nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et nous sommes nés de Dieu. » C’est pourquoi le Baptême, qui est le premier gage et le premier effet de notre Rédemption, est appelé le Sacrement de la régénération. C’est par le mérite de cette Rédemption que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous avons été jugés dignes de la Grâce de Dieu. C’est ce don aussi qui nous a valu d’être adoptés pour ses enfants ainsi que l’affirme Saint Jean: « Considérez quel amour le Père a eu pour nous, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons vraiment enfants de Dieu. »

Face à toutes ces merveilles, on comprend, devant un Père si aimant, on comprend combien nous devons « témoigner amour, piété, obéissance, et respect à Celui qui nous a créés, qui nous gouverne et qui nous a rachetés, et avec quel espoir et quelle confiance, nous devons L’invoquer : Notre Père. Ne craignons pas. Nous osons dire « Pater Noster ».

Et si nous trouvons parfois que la main de Dieu est sévère, sachons que c’est pour notre bien. Il châtie celui ou ceux qu’Il aime. Il châtie ceux qui pèchent, afin que la punition les rende meilleurs, et que la peine présente les délivre de la peine éternelle. « Il visite, il est vrai, nos iniquités la verge à la main, et Il frappe nos péchés, mais Il ne nous retire point sa Miséricorde». Il a dit Lui-même « Il ne tombera pas un cheveu de votre tête ». Consolons-nous bien plutôt par cet oracle divin que nous lisons dans l’Apocalypse : « Ceux que J’aime, Je les reprends et Je les châtie. » Tenons-nous en paix, en relisant cette exhortation de Saint Paul aux hébreux: « Mon fils, ne négligez point la correction du Seigneur, et ne vous laissez point abattre lorsqu’Il vous reprend. Car c’est celui qu’Il aime qu’Il châtie, et il frappe à coups de verge tous ceux qu’il reçoit parmi ses enfants. Si vous n’êtes point châtiés, vous êtes donc des enfants étrangers à Dieu et qu’Il n’a pas adoptés. Nous avons eu du respect pour les pères de nos corps, lorsqu’ils nous corrigeaient, combien ne devons-nous pas avoir plus de soumission pour Celui qui est le Père de nos âmes, afin d’avoir la vie ? »

Mais nous disons aussi « Notre Père » alors que nous prions souvent en notre particulier. Pourquoi ?
- Pour nous rappeler que tous ceux qui ont le privilège et les droits de l’adoption divins sont frères, et qu’ils doivent s’aimer en frères. « Vous êtes tous frères, dit Jésus-Christ, et vous n’avez qu’un seul Père dans les cieux. »
- Mais aussi pour nous rappeler que NSJ, c’est notre frère. Dans son épître aux Hébreux, l’Apôtre Saint Paul, parlant de Notre Seigneur Jésus-Christ, écrit ces paroles remarquables : « Il n’a point rougi d’appeler les hommes ses frères, en disant: J’annoncerai votre nom à mes frères. » Mais du reste, n’oublions pas en quels termes Jésus-Christ Lui-même s’adresse aux saintes Femmes : « Allez, annoncez à mes frères de se rendre en Galilée ; c’est là qu’ils Me verront. » Mais cette phrase, NSJC la prononça après sa Résurrection. J’en tire la conclusion que « les liens de fraternité qui nous unissent à NSJC ne sont pas brisés par le fait que le Christ est exalté dans sa gloire. Aussi au Jugement général alors qu’Il jugera tous les hommes rassemblés devant Lui, ce jour-là, Il donnera ce doux nom de frères aux moindres d’entre nous. Au surplus, comment penser un instant que nous ne soyons plus ses frères alors qu’on dit que nous sommes ses cohéritiers.

Ainsi, MBCF, nous sommes unis entre nous par « les liens de fraternité ». En conséquence, nous devons nous traiter mutuellement comme des amis et des frères, et ne pas chercher à nous élever orgueilleusement les uns au-dessus des autres. Bien qu’il y ait dans l’Eglise de Dieu des fonctions de différents degrés, cependant cette diversité de dignités et d’emplois ne détruit en aucune façon les rapports d’union fraternelle qui existent entre nous.
Prenons un homme revêtu de l’autorité. S’il est Chrétien, n’est-il pas le frère de tous ceux qui comme lui font partie de la Communion chrétienne ? Oui, sans aucun doute, et pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas un Dieu pour les pauvres, et un Dieu pour les riches et un Dieu qui a fait les pauvres, et un Dieu qui a donné la puissance. Non, il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Père, un seul Seigneur de tous les hommes.
De là pour tous sans exception, dans l’ordre spirituel, nous avons même noblesse d’origine, même dignité, même splendeur de race, puisque tous nous avons été régénérés par le même esprit, puisque tous nous sommes devenus enfants de Dieu par le même sacrement de la Foi, et cohéritiers du même héritage avec Jésus-Christ. Il n’y a pas un Christ Rédempteur pour les riches et les puissants, et un autre pour les pauvres et les petits. Tous participent aux mêmes Sacrements, tous attendent le même héritage, c’est-à-dire le Royaume céleste. Nous sommes tous frères, et comme le dit l’Apôtre Saint Paul aux Ephésiens : « Nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, formés de sa chair et de ses os. » Vérité que le même Apôtre exprime encore en ces termes, dans son Epître aux Galates : « Vous êtes tous enfants de Dieu par la Foi en Jésus-Christ ; car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous êtes revêtus de Jésus-Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme ; vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ. »

Souvenez-vous donc, ô Chrétien, au moment d’adresser cette Prière au Seigneur, que vous devez parler à Dieu comme un enfant à son père. Dès lors, en la commençant, et en prononçant ces mots: Notre Père, pensez à quelle dignité Dieu dans sa Bonté infinie a voulu vous élever ! Il vous ordonne de vous présenter devant Lui, non par contrainte et en tremblant, comme un esclave devant son maître, mais de vous réfugier auprès de Lui en toute liberté et en parfaite confiance comme un enfant auprès de son père. Que ce souvenir et cette pensée vous fassent comprendre avec quelle ferveur et quelle piété vous devez prier. Efforcez-vous d’être tel qu’il convient à un enfant de Dieu, c’est-à-dire que vos Prières et vos actions ne soient jamais indignes de la divine origine qu’il a plu à sa Bonté de vous donner.« Vous êtes tous les enfants de la lumière, et les fils du jour. »

Revue-Item.com

article précédent

Lettre de Benoît XVI au patriarche latin de Jérusalem

article suivant

Encouragements du Cardinal Canizares.

 

 

articles liés

Imprimer cet article Imprimer cet article

partager cette page

bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark

 

Videos
Entretien par Novopress le 17/07/2011

Entretien par Franck Abed le 01/02/2011
Rechercher

Actualités RSS