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Martin Mosebach et la liturgie

publié dans nouvelles de chrétienté le 5 octobre 2011


Voici un document sur la liturgie que Paix Liturgie, n° 302,  propose à notre  attention

AUX ORIGINES DE LA LITURGIE : UN DOCUMENT SIGNÉ MARTIN MOSEBACH;

J’y ajoute, à la fin de cette article,  une autre étude  du même auteurque l’on trouve sur:  www.ceremoniaire.net/

Voici tout d’abord la présentation de Martin Mosebach que nous donne Paix Liturgique:

Du 1er au 3 septembre 2010 s’est tenu à Colombo (Sri Lanka) un colloque sur la liturgie, organisé par Monseigneur Malcolm Ranjith, l’archevêque du diocèse, qui est aussi le président de la conférence épiscopale de Ceylan, qui a aussi été appelé depuis à la pourpre cardinalice par Benoît XVI. Lors de ce colloque, réunissant les prêtres de l’archidiocèse, tous en soutane, l’écrivain allemand Martin Mosebach, auteur de La Liturgie et son Ennemie (1) (Hora Decima 2005), (NB: J’ai moi-même commenté et présenté ce livre dans Item, en 2005 dans la rubrique « Regards sur le monde politique et religieux ». Vous trouverez ce commentaire en troisième partie) y a prononcé une importante communication, que nous sommes heureux de vous proposer aujourd’hui dans une traduction originale à partir du texte allemand que nous a faite parvenir Gilles Banderier.

La personnalité de l’auteur, romancier et essayiste réputé outre-Rhin, – il a écrit aussi de nombreux récits, poèmes, pièces de théâtre, articles sur l’art et la littérature, scénarios de films, livret d’opéras, et a été honoré d’un certain nombre de prix littéraires-, marié à une luthérienne convertie, est importante car son parcours n’est pas sans similitudes avec celui de GK Chesterton : il ne s’agit pas d’un exégète chrétien publié pour le petit nombre, mais bien d’un écrivain de premier plan ressentant le besoin de mieux comprendre et illustrer sa foi catholique. A cause de cette personnalité, son livre sur la liturgie avait représenté un véritable événement Outre-Rhin, au point que Martin Mosebach fut invité à prononcer une conférence sur ses idées liturgiques devant l’assemblée du catholicisme allemand, de tendance très progressiste, le Katholikentag de 2004 (2) : « La crise de la liturgie n’est pas pour moi une forme de décadence : elle est quelque chose d’infiniment plus grave. Elle représente à mes yeux une catastrophe inédite, une catastrophe spirituelle et culturelle ».
En outre, dans un pays dont l’Église est malade des tensions progressistes qui ne cessent de l’affaiblir, Martin Mosebach représente l’un des principaux relais de la pensée et de la parole de Benoît XVI. Il est notoire que son livre sur la liturgie, étincelante apologie de la liturgie catholique traditionnelle, avec de piquantes invectives contre l’attitude iconoclaste qui règne aujourd’hui dans l’Église de l’après-Concile, a été très apprécié par Benoît XVI. Martin Mosebach a fait partie des artistes reçus par le Pape dans la Chapelle Sixtine, le 21 novembre 2009. Auparavant, lui-même, avec des personnalités telle que Nikos Salingaros, Steven J. Schloeder, Steen Heidemann, Duncan G. Stroik, Pietro De Marco, Martin Mosebach, Enrico Maria Radaelli, avaient signé un appel « plein de tristesse la plus poignante préoccupation quant à la terrible situation actuelle de tous les arts qui ont toujours accompagné la liturgie sacrée ».

Le texte qui suit constitue la première partie de sa conférence à Colombo et traite des origines de la liturgie, de sa singularité comme œuvre de Dieu et non comme création des hommes et, par conséquence, de la nature de la messe, avant tout révélation divine plus qu’assemblée communautaire.

LE DOCUMENT

L’histoire de la sainte Église catholique est riche de mystères, dans le domaine du bien comme dans celui du mal. Ce n’est pas sans raison que saint Paul parle du mysterium iniquitatis – Le mystère d’iniquité. À travers les siècles, la question de ce qu’on appelle la théodicée est demeurée brûlante : pourquoi le mal est-il présent au sein d’une création divine fondamentalement bonne ? Saint Paul a su condenser en une formule l’angoisse profonde que provoque l’existence du mal, mais il a refusé d’y apporter une réponse.

Le mystère dont je vous entretiendrai appartient-il au bien, au mal, ou à un mélange inextricable des deux ? Je me garderai de le dire, tant il est vrai que les conséquences de chaque événement historique se répercutent au long des siècles, en changeant sans cesse d’aspect. Ce qui apparaît comme une malédiction à une époque donnée sera plus tard perçu comme une bénédiction. Toutefois, il existe également des maladies qui traversent les âges et dont seuls les symptômes varient.

La liturgie, œuvre de Dieu

Ce n’est pas à la légère et sans un serrement de cœur que j’en viens à mon sujet. J’aimerais vous entretenir du formidable bouleversement survenu dans l’histoire de l’Église après le second concile du Vatican. Il s’agit de quelque chose d’absolument nouveau, que personne n’aurait naguère cru possible. Lorsqu’il entend le mot « nouveauté », à propos de l’Église, un catholique doit se méfier.

La seule véritable nouveauté de l’histoire universelle – l’Incarnation – s’est déjà produite. Pourtant, l’Incarnation ne cesse d’être une nouveauté si radicale que nous ne la comprendrons jamais complètement. Elle annonce la nouvelle création du monde, à la fin des temps. Mais, en attendant, l’Incarnation agit comme un aiguillon d’inquiétude et de colère, planté dans la chair du monde. Rien ne peut être considéré comme une nouveauté en comparaison du Christ, à moins d’être imprégné de Sa Présence. Bien au contraire, tout ce qui prétend modifier, augmenter, diminuer ou surpasser ce qui fut révélé une fois pour toutes ; tout ce qui – si intéressant et brillant qu’il paraisse – tente de renchérir sur la Révélation, doit être accueilli avec méfiance, voire avec crainte.

La sagesse des nations professe que seul ce qui est ancien est bon. Chaque civilisation en fait l’expérience. La culture est toujours liée à la foi dans une tradition. La culture n’est autre chose que l’insertion d’une vie humaine, si brève soit-elle, dans l’immensité du passé et de l’avenir. La culture offre à l’homme la possibilité de s’approprier l’expérience des générations qui le précédèrent et de la transmettre aux générations qui le suivront. L’expérience des générations disparues nous apprend comment planter des arbres, dont les fruits mûriront pour nos descendants. Ce qui est ancien a fourni la preuve de sa capacité à franchir plusieurs générations. Ce qui est ancien n’est pas tombé dans l’oubli, comme l’aurait fait ce qui est éphémère et dépourvu de valeur ; mais au contraire a donné du fruit au long des siècles, voire des millénaires, et comme l’a remarqué Goethe, le grand poète allemand : « Seul est vrai ce qui porte des fruits ». Ce qui est ancien et demeure une réalité vivante constitue une forme de vérité à la fois passée et à venir.

Les chrétiens ont encore une autre raison, de chérir ce qui est ancien et s’inscrit dans une tradition. La foi en la divinité du Christ n’est pas comparable à la croyance aux mythes païens, qui se déployaient dans l’éternel présent d’un monde hors de l’Histoire. Les chrétiens professent que le Créateur du ciel et de la terre s’est incarné à un moment bien précis de l’Histoire (les premières décennies de l’Empire romain), au cœur de la province la plus décriée de cet Empire. Dans un texte parmi les plus sacrés, le Credo, les chrétiens mentionnent, après les noms du Fils de Dieu et de sa sainte mère, celui d’un fonctionnaire romain obscur et médiocre, un certain Ponce Pilate, qui doit à sa lâcheté d’être devenu immortel, lorsque les Pères du concile de Nicée établirent que le Christ était un personnage historique et que cette affirmation ferait partie intégrante de la doctrine chrétienne. Dieu s’est incarné et cela s’est produit dans un pays précis, une langue donnée, des traditions précises. Le Christ est né homme dans une situation politique et culturelle donnée. Jésus était à la fois fils d’Israél et sujet de Rome. Par la suite, lorsque son Église incorpora des éléments israélite et des éléments romains, elle prolongea – au sens littéral – l’Incarnation de Dieu. Telle est, jusqu’à la fin des temps, sa mission.

Tous les chrétiens doivent donc regarder vers l’avenir, vers le retour du Seigneur, mais, pour savoir qui Il est, ils doivent regarder vers le passé : non point les ténèbres infinies de la préhistoire, mais les années pendant lesquelles vécurent Auguste et Tibère. En ces temps-là, ceux qui avaient vu de leurs yeux la gloire du Christ et en avaient porté témoignage furent suppliciés en raison de leur foi. Pour eux, toutefois, il s’agissait moins d’une croyance que d’une certitude. Aucun prêtre, aucun laïc, sommé de défendre sa foi, ne peut formuler mieux que saint Paul les raisons qui le portent à croire : « C’est du Seigneur que j’ai appris ce que je vous ai aussi enseigné » (1 Cor 11, 23).

Les chrétiens qui professent leur foi sont les maillons d’une chaîne, qui relie le passé au présent. Le geste de l’imposition des mains, qu’aucune pratique de type spiritualiste ne saurait remplacer, les rapproche des tout premiers Apôtres. Ceux-ci nous ont enseigné que la présence du Christ donne vie à son Église, non par autosuggestion, méditation ou une quelconque transmission interne, mais grâce à la figure du Christ, qui s’est incarné et a imposé les mains ; grâce au Christ, dont les vêtements irradiaient une énergie miraculeuse ; grâce au Christ, dont les pieds furent lavés par une pécheresse, puis transpercés de clous ; grâce au Christ, qui pleura Lazare et fit rôtir un poisson pour ses disciples. Le Christ ordonna aux Apôtres de sans cesse Le rendre à nouveau présent, parce que Sa présence est bien plus importante que Son enseignement, puisqu’elle inclut tout Son enseignement, et davantage encore, qu’on peut appréhender par la contemplation, et non par l’intelligence discursive.

Ses Apôtres reçurent pour mission de Le rendre à nouveau présent, dans le moment le plus intense et le plus dramatique de Son existence terrestre : Son sacrifice sur la Croix. De telle sorte que les premiers chrétiens comprirent fort bien que la célébration instituée par le Seigneur était bien plus que la répétition de la Cène ; ils savaient que cet ultime repas n’était lui-même que le signe de l’œuvre rédemptrice, dont le supplice de la Croix constituait l’accomplissement. Pour cette raison, les premiers chrétiens embellirent leur culte à l’aide des formes les plus nobles et les plus belles, que l’humanité avait élaborées pour prier et offrir des sacrifices, au cours des millénaires précédant la venue du Sauveur. Ces formes n’avaient pas d’auteur désigné ; elles ne furent pas créées par des sages, mais modelées par la sensibilité de tous les hommes qui adorèrent jamais la divinité. Un seul point distinguait ce nouveau sacrifice chrétien, des sacrifices qui existaient auparavant parmi les différentes religions : parce qu’il rendait présent Jésus en tant que victime, il n’était pas seulement l’œuvre d’hommes pieux, mais bien l’œuvre de Dieu Lui-même. Il s’agissait d’une œuvre accomplie par Dieu et pour les hommes; une œuvre que des hommes, même d’une piété exemplaire, n’eussent jamais pu accomplir eux-mêmes, sans le secours de la Grâce. Ce point forme un élément essentiel de l’adoration chrétienne. Si on le néglige, on ne peut vraiment la comprendre : elle n’est pas une œuvre humaine, et par conséquent elle ne doit pas non plus apparaître comme une œuvre humaine. Il faut considérer qu’elle ne prend pas son origine dans la volonté des hommes, mais dans celle de Dieu.

La Messe comme Révélation

Pour tous les catholiques, ce que je viens d’énoncer devrait aller de soi. Nous constatons néanmoins que, dans de nombreux endroits du monde catholique, y compris dans les pays où l’Église est établie depuis le plus longtemps, ce n’est plus évident. Après cette longue entrée en matière, je reviens aux développements qui suivirent le second concile du Vatican, lorsque se produisirent des choses nouvelles, si nouvelles que les catholiques ne purent que les contempler avec effroi.

J’ai essayé de décrire l’attitude de l’Église vis-à-vis de sa liturgie qui, pendant près de deux mille ans, fut considérée comme la présence corporelle de Jésus, de la tête et du corps visibles de l’Église. Pour un catholique, cette visibilité n’était pas une qualité secondaire, qui eût été subordonnée à un monde supérieur invisible, puisque Dieu Lui-même s’était incarné dans un corps humain et avait emmené Ses blessures dans Sa Gloire. Depuis que Dieu fait homme a vu et entendu avec les yeux et les oreilles d’un être humain, nos sens, par nature si faciles à abuser, sont devenus fondamentalement capables de percevoir la vérité. Grâce à l’Incarnation du Christ, le monde sensible n’est plus le domaine de l’illusion ; la matière peut à nouveau être envisagée comme la pensée de Dieu rendue tangible.

De cette considération découle la gravité absolue avec laquelle l’Église accomplit tous les actes de la liturgie : chaque geste de la main, chaque inclinaison du corps, chaque génuflexion, chaque baiser aux objets sacrés ; les cierges, les vases, les espèces du Pain et du Vin, mais également la langue dans laquelle les pensées divines sont exprimées, tout cela fut considéré comme faisant littéralement partie intégrante de la Révélation. Saint Basile de Césarée, un des Pères d’Orient, déclara expressément que la Messe est un aspect de la Révélation, au même titre que les Saintes Écritures.

Un exemple sera le bienvenu pour illustrer l’attitude de l’Église envers les objets dont elle se servait pour les sacrements, avant le second concile du Vatican. Au Moyen Âge, les Cisterciens gravaient sur leurs calices dorés le nom de Marie car, de la même manière que le corps de Marie avait porté Dieu fait homme, le calice contient le sang de Dieu. Toute l’histoire du salut aboutit ainsi aux objets utilisés pour célébrer l’Eucharistie. Le second concile du Vatican reprit avec clarté et énergie la théologie de la messe la plus traditionnelle. Il reconnut solennellement l’existence d’une langue sacrée, d’une musique sacrée (le chant grégorien, trait d’union entre l’Orient et l’Occident et qui n’appartient exclusivement à aucune de ces deux aires culturelles) ; il ne préconisa qu’une révision prudente des livres liturgiques, comme il convient de le faire tous les quelques siècles, pour éviter que des erreurs ne s’y glissent.

Représentons-nous à nouveau tout ce que la liturgie catholique avait à ce moment-là accompli. Venue d’Asie mineure, elle avait conquis Rome et la Grèce ; triomphé du monde païen, mais survécu à son effondrement ; subjugué les peuples païens du Nord et de l’Est. Elle fut l’outil d’une réussite missionnaire qui n’a pas d’autre exemple dans l’histoire du monde. À combien de ruptures, de bouleversements, n’a-t-elle pas survécu ? Elle a franchi les frontières de l’Europe, elle est arrivée en Asie, en Afrique, en Amérique. Elle fut partout, au commencement, un corps étranger. Elle fut portée aux Germains, aux Irlandais, aussi bien qu’aux Indiens, aux Cinghalais et aux Chinois. Les Germains ne comprenaient pas le latin et ne savaient pas davantage lire, lorsque saint Boniface, un grand évangélisateur, leur fit connaître la Messe. Cela se passa longtemps ainsi, en particulier durant les périodes les plus brillantes que connut l’Église, quand les fidèles percevaient intuitivement que, dans la célébration de la Messe, l’essentiel n’était pas de comprendre chaque mot, mais bien d’éprouver la présence du Sauveur. Celui qui comprenait chaque mot, mais qui ne ressentait pas cette présence, n’avait – strictement parlant – rien compris à la Messe.

Les révolutions bouleversèrent le monde, les dictatures apparurent et disparurent, mais la Messe demeura toujours identique à elle-même. Aux yeux du monde entier, elle symbolisait l’immuabilité de l’Église à travers les âges. Même ses adversaires reconnaissaient que son caractère intempestif, intemporel, faisait sa force ; non pas au sens où elle eût été démodée, mais dans la mesure où la liturgie ne pouvait être complètement rapportée à une époque ou à une culture particulière. À toutes les périodes, elle eut toujours un pied hors du temps. On ne la célébrait pas dans le moment présent, mais per omnia saecula saeculorum, pour toutes les époques, depuis la Création du monde jusqu’à sa consommation, et ensuite dans l’éternité, laquelle a déjà commencé et forme comme l’arrière-plan doré du tableau devant lequel se déploie le temps de l’Histoire. C’est ainsi que la liturgie – que l’Apocalypse appelle les Noces de l’Agneau » – a été célébrée et devra toujours être célébrée.

(1) . Häresie der Formlosigkeit, Liturgiereform (2002, Karolinger-Verlag).
(2) http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/docs/mosebach_katholikentag.htm

 

Un deuxième document du même auteur allemand:

Discours de martin Mosebach à Katholikentag 2004

La crise de la liturgie n’est pas pour moi une forme de décadence : elle est quelque chose d’infiniment plus grave. Elle représente à mes yeux une catastrophe inédite, une catastrophe spirituelle et culturelle. Je vous propose quelques réflexions à ce sujet.

La rupture avec la tradition

La réforme de la messe de Paul VI après le Concile Vatican II représente un événement unique dans l’histoire de l’Église. Jamais auparavant l’Église n’avait interdit un rite antique ; jamais auparavant, comme le disait le cardinal Ratzinger en son temps, elle n’avait institué un rite « construit » à la place d’un rite qui s’était fait lui-même. Jusqu’en 1968, le rituel en vigueur dans l’Église latine n’est absolument pas « tridentin » au sens où il aurait été construit par le Concile de Trente, comme on l’affirme souvent par erreur. Il remonte dans ses parties essentielles à Grégoire le Grand. Après la Réforme, des éléments hérétiques s’étaient infiltrés dans de nombreux rites locaux. De ce fait, c’est le rite du Pape et de la ville de Rome qui fut rendu obligatoire pour l’ensemble de l’Église. À cette occasion, le Concile de Trente s’était lancé dans toute une série d’explications autour de ce rite transmis. Ainsi il a reconnu que ce rite ne contenait aucune partie secondaire ou sans importance. Et de fait, tous les éléments qui le composaient y étaient bien agencés et reliés étroitement entre eux. La liturgie était un organisme vivant, dont on ne pouvait retirer certaines parties ou pierres de construction pour les remplacer par autre chose sans que l’ensemble n’en souffrît. Cet organisme n’était rien d’autre qu’une icône de l’incarnation. Comme dans toutes les religions antiques, le culte chrétien avait également la mission de rendre présent la divinité. Dans l’ancienne messe, il s’agissait de la mise en présence de l’homme-Dieu qui naissait et prenait chair une nouvelle fois dans le sacrement, puis mourrait et ressuscitait. D’après une théologie des plus anciennes, qui continue à vivre de manière ininterrompue dans l’orthodoxie, ce n’était pas le repas du Jeudi saint qui se renouvelait dans la messe, mais la mort et le sacrifice sur la croix.

Après que la philosophie sécularisante, peu de temps avant son agonie, se fut introduite dans l’Église, et que des concepts comme le péché, la faute, le sacrifice et la rédemption soient apparus comme les dépôts barbares et indécrottables d’une religion qui ne déclenchait qu’embarras dans l’humanité avancée, il fallait que le sacrement transmis soit subverti dans le repas mémorial de la communauté en paix. Depuis règne dans l’Église une contradiction insoluble : alors que le Pape ne cesse de rappeler la doctrine traditionnelle du sacrement eucharistique, dans la pratique de l’Église, malheureusement bien plus importante que la doctrine, on a abandonné plus ou moins cette conception transmise et on a forgé une mentalité complètement nouvelle parmi les croyants. Si le magistère pontifical renonce encore à imposer une doctrine qui hérite de toute l’histoire de l’Église, les conséquences destructrices de cette contradiction ne se feront pas longtemps attendre.

La nouvelle messe n’est pas la messe de Vatican II

La réforme liturgique postconciliaire ne peut se référer à la Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II. Il n’y a aucune équivoque dans ce que les pères conciliaires avaient en tête quand ils bâtirent cette constitution. Ils exigeaient avant tout la prudence lors de l’examen des livres liturgiques. Ils interdirent toute modification de la liturgie qui ne promettait pas un « bien certain ». Ils confirmèrent le caractère obligatoire du latin comme langue sacrée, et n’autorisèrent les langues vernaculaires qu’à titre d’exception et de tolérance pastorale. On pensait avant tout aux missions hors de l’Europe, où les cultures non européennes n’avaient pourtant aucune difficulté à imaginer que le culte ait sa langue propre. Ils souhaitaient que la lecture des épîtres et des évangiles soit faite en langue vernaculaire. Ils souhaitaient l’abandon du psaume Judica me et du prologue de saint Jean à la fin de la messe. Ils voulaient éviter toute « répétition inutile ». Par exemple, il fallait que le prêtre ne lise plus le Gloria et le Credo seul à voix basse pendant que l’assemblée les chante ou les récite à voix haute, mais qu’il puisse réciter ces prières en même temps que l’assemblée. Jean XXIII révisa le missel en observant fidèlement ces idées et en 1965 fut publié un missel qui correspondait aux vœux des pères conciliaires. Les écarts par rapport à ces règles étaient peu nombreux. On ne toucha pas à l’action cultuelle en elle-même. La messe d’aujourd’hui – si l’on peut parler d’une messe, car il n’y a plus une messe qui ressemble à une autre – n’aurait eu aucune chance d’être acceptée par les pères conciliaires. Le chemin qui va de la célébration du sacrifice offert à Dieu à la célébration du repas dirigé vers l’assemblée n’a pas été voulu par les pères conciliaires. Les éléments les plus importants de la pratique de la messe – la célébration de la messe vers le peuple et non l’orientation commune de la prière du prêtre et de l’assemblée vers l’Orient, et la distribution de la communion dans la main – ne sont pas inscrites dans la réforme voulue par Paul VI. Ils furent arrachés dans la désobéissance aux prescriptions du missel. On est arrivé au résultat paradoxal qu’une messe célébrée selon l’ancien missel est plus proche des idées des pères conciliaires qu’une messe célébrée selon le nouvel ordo. Cela vaut également dans les rares cas où elle est célébrée dignement et selon les prescriptions du missel.

L’objectif de la réforme n’est pas le renforcement mais la dissolution de la discipline

Jadis toute réforme religieuse avait pour objet la restauration de la discipline, le redressement d’un ordre ecclésial qui s’était défait. Quand on parle d’ecclesia semper reformanda, on se réfère au phénomène bien humain qui va vers l’allègement des fardeaux et l’arasement des règles. La réforme de Cluny et de Cîteaux, de l’ordre des carmélites et celle du Concile de Trente représentent un retour à un ordre strict : il s’agit à chaque fois de reprendre le collier. Elles correspondent à un retour à la radicalité religieuse, à la restauration de la discipline spirituelle passée.

La réforme liturgique postconciliaire est la première réforme de l’histoire de l’Église qui n’a pas eu pour objectif la restauration de la forme mais son éradication. Abolition et relativisation. Aujourd’hui tout ordre liturgique a été mis de facto à disposition pour être rendu modifiable à volonté. La confession a été abolie. Le jeûne a été rendu obligatoire seulement deux jours par an. Quant au jeûne eucharistique, on n’en parle même plus. L’art et la musique liturgiques sont livrés au plus grand désordre. La liturgie se mesure désormais à son caractère « supportable » et « transmissible ». La liste des règles qui fixent l’attitude liturgique et qui ne sont plus supportables pour le croyant moderne est longue. Se mettre à genoux est désormais complètement impensable. Les horaires de messe doivent être fixés de manière confortable. Les passages dérangeants ou durs de l’Écriture sainte doivent être passés sous silence. Si les croyants expliquent qu’ils ne sentent pas concernés par la liturgie, qu’ils ne s’y retrouvent pas ou qu’elle « ne leur dit rien », la réaction des théologiens est toujours une reculade. Le curé qui se dispute avec l’équipe liturgique ne doit attendre de l’aide d’aucun évêque. Il ne doit s’attendre qu’à des reproches de ne pas avoir été assez souple et serviable. Quand on parle de réforme liturgique, la réforme que l’on évoque n’a absolument rien à voir avec la réforme telle que l’entendaient les anciens. Elle ressemble à la politique des grands magasins quand ils soldent et bradent et qu’ils sont envahis de clients qui courent de droite et de gauche.

La réforme de la messe a échoué sur le plan pastoral

Avec la réforme de la messe de Paul VI, au centre de la messe il n’y a plus l’adoration de Dieu mais la catéchisation, la mise sous influence et la distraction de l’assemblée. À ce sujet, je vous recommande un livre d’un psychanalyste allemand qui a fait une analyse intéressante de la réforme liturgique. Le livre s’intitule Das Konzil der Buchhaltung, [Le Concile des comptables]. Le prêtre est tourné vers l’assemblée comme un modérateur dans une émission de télévision. Quand il dit des prières, même quand il semble se diriger vers Dieu, il s’adresse à l’assemblée pour l’éveiller à des sentiments religieux et la diriger spirituellement. De même que les bons pédagogues aspirent à faire participer leurs élèves à un enseignement, de même l’assemblée est invitée à participer aux activités sacrées, comme si sa non-participation affaiblirait inévitablement son engagement. Quand le prêtre fait quelque chose, il se plaît à l’expliquer auparavant. Certains prêtres tiennent quatre ou cinq sermons pendant la messe. Au Notre Père, il invite les gens à se tenir la main. Les adultes se tiennent alors là debout comme à l’école. Lors du rite de la paix, le prêtre quitte le chœur pour aller serrer les mains des fidèles. Entre-temps, les femmes et les enfants peuvent également réciter des textes qu’ils ont eux-mêmes composés, tandis que, comme un tonton chargé de la surveillance, le prêtre s’assoit sur le côté et joue le rôle de l’auditeur de manière convaincante.

Ce sont des raisons pastorales qui ont amené la réforme de la messe. On dit qu’on a voulu empêcher que les croyants quittent l’église. Si pour être pastoral il faut lorgner sans cesse sur la réaction des croyants, on peut dire que l’ancienne messe n’a jamais été pastorale. Elle fut célébrée aussi fréquemment en l’absence de fidèles, in conspectu angelorum. Cependant bien qu’elle n’ait pas été instituée pour la communauté – les croyants venaient à elle et rendaient grâce de pouvoir y être acceptés –, elle conserva le trésor de la foi de manière imbattable. Celui qui y assistait savait qu’il devenait le témoin de la présence du Christ. Ainsi quand on voit la manière dont la messe est aujourd’hui célébrée dans de nombreuses paroisses, on ne peut garantir que la foi soit transmise par ce biais. Des générations entières de jeunes gens sont parvenus aujourd’hui à l’âge adulte qui ne savent plus ce qu’est un sacrement et qui ne savent plus réciter par cœur un Pater ou un Credo. Voilà le résultat d’une réforme de la messe dont l’optique était soi-disant pastorale. Même si la crise est profonde, il est certain que ce caractère pastoral de la réforme a contribué à vider les églises. La réforme de la messe a donc échoué si on la mesure à ses propres étalons. L’extraordinaire rupture avec toute la tradition religieuse n’a pu maintenir les gens à l’église ni n’a pu maintenir intact le trésor de la foi.

La réforme de la messe ne tient pas dans le détail à un examen scientifique

Les fondements de la réforme de la messe sont contradictoires. La casse a été beaucoup trop importante. Il fallait « moderniser », mais on prétendait en même temps revenir à des usages de la chrétienté primitive. Déjà Pie XII avait montré du doigt le danger de « l’archéologisme », cette tentation qui consiste à intégrer de force de prétendus « résultats scientifiques » dans la lex orandi, la loi de la prière. Les résultats scientifiques ont la propriété de vieillir en quelques générations. La dernière découverte du jour deviendra vingt ans plus tard une vieille baderne. On pensait pouvoir prouver de manière scientifique que l’Église primitive avait célébré l’eucharistie sur des tables où le prêtre se tenait en face de l’assemblée et pouvait ainsi la regarder. Les enquêtes exhaustives du fameux liturgiste de Ratisbonne, Klaus Gamber, ont prouvé que l’église était tournée vers l’Orient, vers le soleil qui se lève, et priait ainsi le Christ ressuscité. Ce qui a été célébré comme scientifique peut donc être soupçonné de délit idéologique depuis les travaux de Gamber.

Même chose pour la communion dans la main, symbole d’une conquête du chrétien devenu « majeur ». Certes, aux premiers siècles, la communion était reçue dans la main, mais les signes de respect qui l’accompagnaient allaient au-delà de la réception à genoux en vigueur plus tard. On retirait ses chaussures, on posait un linge sur les mains pour qu’elles ne viennent pas en contact avec le Corps du Christ. La discipline de la confession était dure. Les pécheurs se trouvaient parfois exclus des sacrements pendant plusieurs années. Un protestant me raconta que dans sa jeunesse le pasteur refusait la cène aux gens qui se trouvaient en querelle avec les voisins. Ici continuait à vivre en fait quelque chose des usages du christianisme des premiers siècles. Les archéologues en matière de liturgie faisaient malgré tout soigneusement le tri entre ce qui était digne de la modernité et ce qui ne l’était pas. Les usages de la chrétienté primitive ne les intéressaient que s’ils pouvaient justifier la désacralisation et la banalisation. C’est la scolastique du moyen âge qui était particulièrement visée. La doctrine scolastique des sacrements fut méprisée comme obsolète, mais quand on pouvait l’utiliser pour démolir l’ancienne messe, on n’hésitait pas à la sortir et à la ressortir à tout bout de champ. Les prières de l’offertoire constituent le plus beau joyau de l’ancien rituel. Dans le souci de gommer le caractère sacrificiel de la messe, ces prières, qui représentent autant de liens très forts avec la liturgie byzantine, devaient disparaître. Avec son exactitude philosophico-juridique, la scolastique obsolète était tout juste bonne à justifier que les prières de l’offertoire anticipaient de manière inadaptée ce qui allait se passer lors de la consécration. On les remplaça par une prière de table juive du moyen âge qui soulignait le caractère de repas de la messe et ne mentionnait quasiment plus le sacrifice. Même l’argument œcuménique ne venait à la rescousse que quand il s’agissait de désacraliser la messe : survivance de l’unité d’avant la Réforme, les catholiques et les protestants avaient le même lectionnaire ; on le sacrifia d’un coup pour introduire les nouveaux péricopes nettoyés de tout élément menaçant.

Si on les examine à l’aune de l’esprit qui a guidé tout le développement liturgique au cours de l’histoire, il n’y a aucun des éléments nouveaux du nouveau missel dont le fondement tient bon.

La réforme de la messe a produit des fruits catastrophiques

La réforme de la messe a fait naître chez les catholiques une attitude profondément antireligieuse. Le culte chrétien n’est plus désormais un don de la grâce qui doit être accepté à genoux, mais une marchandise qui est vérifiée avec méfiance avant d’être assez fréquemment repoussée. Il fallait que le mystère de la messe, hermétiquement protégé jusqu’ici, s’ouvre au tohu-bohu des opinions. Ce qui était honoré auparavant comme apparition surnaturelle est considéré désormais comme quelque chose de construit, d’arrangé. Et ce que l’on a arrangé, on peut également le réarranger d’une nouvelle manière. On a affaire à un jeu sans fin. Cependant il est rare que plus on pomponne et arrange la messe, plus le cœur vibre et brûle pour elle.

Aujourd’hui on parle de la messe dans les conseils paroissiaux et chez ceux qui y assistent, un peu à la manière des habitués du théâtre national qui parlent de la nouvelle mise en scène de Tchékhov : vous savez, celle qui est à moitié ratée. Il y a dans les petits ghettos catholiques une manie de parler liturgie comme on parle boulot. Il est devenu impensable dans l’atmosphère de la nouvelle messe d’imaginer cette prière tirée de la liturgie orthodoxe, mais qui correspond complètement à l’esprit de la vieille liturgie latine : « nous t’invoquons, te prions, te supplions de nous rendre dignes de recevoir les célestes et redoutables Mystères de cette table sacrée et spirituelle, avec une conscience pure, pour la rémission de nos péchés et le pardon de nos transgressions, pour la communion du Saint Esprit et l’héritage du Royaume des cieux, comme gage de confiance en toi, et non pour notre jugement et notre condamnation ». Redoutable – une commission liturgique interdirait un tel mot de nos jours. On ne souhaite pas être agréable au rédempteur en se tenant la tête inclinée, mais on préfère l’attendre allongé dans un fauteuil. Si Dieu s’est fait homme, alors il pourrait suivre un cours de langue pour se faire comprendre des hommes. Il faut avoir vu comment un chrétien « réformé », qui par hasard se retrouve dans l’un des rares endroits où l’on célèbre l’ancienne messe, présente les mains lors de la communion pour exiger que la communion lui soit administrée dans la main et non sur la langue. Il fait usage de son bon droit et guette le moment où l’on osera repousser cette prétention. « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ».

Je sais que l’on ne peut pas faire reculer la roue de l’histoire. Construire est plus difficile que détruire. Mais je crois que si, ici ou là, l’ancienne messe est tolérée, célébrée, elle peut représenter un correctif à cette situation.

C-  » La liturgie et son ennemie « 
 ou L’hérésie de l’informe
de Martin Mosebach

 J’écrivais ce commentaire dans Item ,le n° 56 de la rubrique « Un regard sur l’actualité politique et religieuse » au 8 septembre  2005″

 

 L’Association  » Entraide et Tradition  » que j’anime, depuis mon expulsion de la FSSPX, en octobre 2003, reçut, en service de presse, une livre intitulé :  » La liturgie et son ennemie  » de Martin Mosebach, publié par les éditions nouvelles  » Hora Decima « . Il est sous-titré  » l’hérésie de l’informe « 

Je ne connaissais pas l’auteur et les éditions  » Hora Decima  » ne me disaient pas grand-chose non plus… Je le laissais de côté, sur ma chaise…Il fallut que je lise l’article que le dernier numéro de  » Monde et Vie  » lui consacre pour que je me décide d’y porter quelque attention. Bien m’en a pris.

Ce livre est tout simplement passionnant. Il faut le lire. Il  » vaut le détour « , comme dirait Jean Madiran. Il eut un immense succès et retentissement en Allemagne du fait de la célébrité de son auteur. Je le comprends.

Mais qui est donc ce Martin Mosebach ?

C’est un laïc allemand.
Son éditeur français de  » Hora Decima « , Xavier Van Lierde, nous le présente ainsi :

 » Martin Mosebach est ce qu’on appelle un romancier à succès. Ses romans sont des best-sellers qui rencontrent un vaste public tout en étant appréciés de la critique puisqu’ils ont été distingués par de nombreux prix littéraires. Il faut préciser qu’il n’est pas à proprement parler un écrivain catholique, même si certaines pages de ses romans laissaient déjà deviner ses sympathies…Toujours est-il que Martin Mosebach n’est nullement une sorte de Bernanos d’outre-rhin. Jusqu’à la publication de cet ouvrage, ses convictions religieuses étaient, pour ainsi dire inconnues…
Le respect dont jouit Martin Mosebach a empêché qu’il soit ostracisé. En terrain catholique, son plaidoyer en faveur de la liturgie traditionnelle a permis l’éclosion d’un débat jusqu’ici inexistant en Allemagne. Toutes les publications catholiques allemandes ont rendu compte de ses positions. Un débat a même été lancé dans l’équivalent allemand de la Documentation catholique, revue qui considérait jusqu’alors que la liturgie ne faisait plus débat. Enfin, fait inimaginable auparavant, Martin Mosebach a pu défendre la liturgie traditionnelle dans une table ronde lors du Katholikentag, le grand rassemblement annuel des catholiques allemands.

L’ensemble de la presse, tant écrite qu’audiovisuelle, a rendu compte de l’ouvrage. Martin Mosebach a été invité à participer à des émissions de télévision et à plusieurs colloques institutionnels. Dans les milieux non catholiques, me confiait Martin Mosebach, c’est le thème de l’hérésie de l’informe qui a fait mouche, pour désigner, au-delà du domaine religieux, le caractère informe et l’anomie de la modernité finissante. C’est notamment ce thème qui a éveillé l’intérêt d’un autre intellectuel allemand plus connu en France : Peter Sloterdijk.

L’accueil réservé au livre de Martin Mosebach dans les milieux non catholiques et a fortiori chez les non croyants, est très encourageant. Il démontre que le catholicisme non affadi exerce, sur la société, et même dans les milieux intellectuels, une séduction bien supérieure à celui qui, suite à une effroyable erreur stratégique des progressistes, a accroché ses wagons à la modernité au moment même où celle-ci commençait à tourner à vide !  » (M. et V.n° 751 du 3 septembre 2005)

La lecture de cette présentation me décida à lire le livre.

J’ai aimé les toutes premières lignes du livre. Il est écrit par un homme de foi. Il ne craint pas de confesser sa foi, publiquement, sans détour, avec franchise :  » Je ne suis ni converti, dit-il, ni prosélyte. Je n’ai connu dans ma vie aucune expérience d’illumination. Pendant longtemps, mes racines religieuses restèrent fragiles. Il ne m’est pas possible de déterminer avec certitude quand elles commencèrent à croître, peut-être à partir de mes vingt-cinq ans. En tout cas, elles crûrent lentement, mais continuellement. Je suppose qu’elles sont maintenant profondes et que, comme jusqu’à présent, leur croissance se poursuit de manière quasiment invisible. C’est la rencontre avec l’ancienne liturgie catholique qui est à l’origine de ce processus encore inachevé « . (p. 15).

J’ai trouvé cette présentation sympathique et humble. Cela m’a également encouragé à aller de l’avant.

C’est un livre très intéressant, à la lecture facile et captivante. La traduction est bonne. Le style coule bien.

L’auteur manifeste une sensibilité religieuse étonnante, un goût réel de la liturgie, une connaissance profonde du sens symbolique des rites liturgiques. Il nous présente une critique positive du rite traditionnel qui laisse le nouveau rite, sur le ring,  » chaos « . Mais sans aucun esprit polémique. Les arguments sont solides et bien fondés.

En 9 chapitres, il aborde beaucoup de problèmes liturgiques. Je ne vais retenir ici que quelques idées, les plus percutantes.

Le chant grégorien

Il commence par nous parler du chant grégorien. C’est l’amour du chant grégorien qui l’a  » rendu attentif au rite catholique  » (p.17)… Il le goûtait non en  » esthète  » qui veut  » satisfaire ses besoins esthétiques dans la religion  » (p. 17) mais en fidèle sensible au beau qui conduit au vrai, mieux qui est le signe ou l’enveloppe du vrai. Il écrit très joliment :  » Je me réclame ouvertement de la foule naïve qui déduit de l’aspect superficiel et extérieur des choses leur texture profonde et peut-être même leur vérité et leur fausseté. L’histoire des  » valeurs intérieures  » qui se cachent sous une coquille sale et misérable ne me paraît pas une doctrine très sûre. Que l’âme offre au corps la forme, et le visage sa surface, je le croyais déjà alors que je ne savais pas encore que cette proposition faisait partie du magistère de l’Eglise. Avec une rusticité méditerranéenne, je crois qu’une parole fausse, mensongère et sans âme ne peut contenir aucune idée de valeur. Ce qui va pour l’art concerne cependant dans une mesure bien plus élevée la prière publique de l’Eglise. Dans le domaine religieux, là où le laid permet de conclure au faux, cela signifie que Satan est présent « .

Ce jugement me saisit et m’encourageait de nouveau à poursuivre avec attention cette lecture.

Le culte : un mystère

Il effleure l’aspect mystérieux,  » mystique  » du culte :  » le rite est redevenu un réel mystère dans le sens où il est célébré en secret  » (p. 23). Il a cette phrase merveilleuse qui lui permet de comprendre le symbolisme en liturgie : « Sacrifier est une action matérielle qui poursuit un but spirituel  » (p. 26) et il justifie ce principe par cette remarque très juste :  » tout matériau est si rempli d’esprit et de vie qu’il en rayonne tout simplement « 

Le sacrifice de la messe

Et sur le sacrifice de la messe, il s’exprime joliment :  » ce que le prêtre sacrifiait à l’autel ne doit pas faire ici l’objet de discussion. Le fait qu’il sacrifiait était pour l’instant décisif pour moi. Dans l’une des prières du Canon, on pouvait lire :  » Sur ces offrandes, daigne jeter un regard favorable et bienveillant ; accepte-les comme tu as bien voulu accepter les présents de ton serviteur Abel le juste, le sacrifice d’Abraham, le père de notre race, et celui de Melchisédech, ton souverain prêtre, offrande sainte, sacrifice sans tache « .

Le berger Abel avait tué le premier-né de son troupeau et brûlé sa graisse sur l’autel du sacrifice ; Abraham avait voulu sacrifier son fils et avait abattu un bélier à sa place ; Melchisedech qui n’appartenait pas au peuple d’Abraham, offrit du pain et du vin.

 » La religion primitive, le judaïsme et le paganisme, dit-il, étaient représentés par les trois noms de la prière sacrificielle : sacrifice humain, sacrifice animal, sacrifice non sanglant, ce dernier conservant dans ses signes le souvenir du sacrifice sanglant. Il était clair pour moi que la messe catholique, dans sa forme transmise de manière ininterrompue depuis mille cinq cents ans, devait être considérée précisément non pas comme le rite d’une religion déterminée, mais comme la réalisation de toutes les religions qu’elle avait absorbées. Quand je participais à un tel sacrifice, je m’unissais à tous les hommes qui avaient vécu autrefois, des temps les plus éloignés jusqu’à l’époque présente, parce que je faisais la même chose qu’eux. En participant à ce sacrifice de la messe, je sentais que j’étais un homme et que j’effectuais quelque chose d’humain, que je remplissais le devoir le plus haut de la condition humaine, et cela peut être pour la première fois. Je le remplissais pour tous les autres qui ne pouvaient ou ne voulaient pas le remplir, parce que le refus de la participation m’apparaissait soudain comme un réflexe puéril et sans raison.  » (p.26-27)

Toutes ces réflexions me paraissent fort justes.

Le culte et la piété

Quelques pages plus loin, dans le chapitre II, je trouvais ce jugement de valeur, fort perspicace :  » Il est impossible de conserver piété et adoration sans garder les formes traditionnelles  » d’agenouillement.

Ou encore :  » Naturellement, on pourra toujours trouver l’homme débordant de grâce, capable de prier si on lui a arraché des mains tous les moyens de la prière. Et, certainement, beaucoup me demanderont avec inquiétude si je crois qu’on peut célébrer dignement et avec respect la nouvelle liturgie du pape Paul VI. Bien entendu, cela est possible, mais cette possibilité est justement l’argument le plus important contre cette nouvelle liturgie. On a dit qu’une monarchie héréditaire est perdue à partir du moment où il manque pour assurer sa survie un monarque capable, car le monarque, dans la conception classique, tire sa légitimité non pas de son talent, mais de sa naissante. Cette proposition se laisse encore mieux appliquer à la liturgie : elle est morte si son exécution requiert un bon prêtre pieux. Il ne doit jamais être possible que les croyants considèrent la liturgie comme résultant d’une performance personnelle du prêtre… Elle n’est pas le fruit d’une heure favorable, d’un charisme personnel ; ses mérites ne peuvent être assignés à personne. En elle, le temps est aboli…C’est le temps du Golgotha, le temps du sacrifice unique et sans pareil et ce temps englobe tous les temps et aucun en particulier. Comment peut-on faire comprendre à un être humain qu’il quitte le présent, si l’espace qu’il pénètre consiste en un présent bruyant où règne l’individuel ? Combien l’ancienne liturgie fut avisée lorsqu’elle se décida à soustraire à l’assemblée le visage du prêtre, sa distraction et sa froideur, ou, plus important encore, son recueillement et son émotion !  » (p. 37)

C’est pertinent !

Les  » commentaires  » à la messe

Il se dresse contre ces messes sans cesse commentées où  » le commentateur qui parlait sans discontinuité détournait l’attention des actes sacrés en récitant des prières ou en faisant des observations ou des commentaires qui étaient fréquemment loin d’être de simples traductions du latin prononcé à l’autel  » (p.44), pour conclure :  » C’était l’image d’une Eglise qui n’avait visiblement plus confiance dans l’efficacité de ses rites…J’ai conscience d’avoir alors senti que le centre de gravité des cérémonies saintes se déplaçait. Au centre, il n’y avait plus d’office divin, victime à la fois redevable devant Dieu et offerte par Dieu, mais un regard de plus en plus angoissé sur l’assemblée « . (p. 46) Que c’est juste !

Les  » cantiques « 

Et sur les cantiques qui envahissaient notre liturgie, il écrit :  » Cette pastorale concentrée non sur le culte divin, mais sur le pétrissage et le façonnage des âmes croyantes trouva son apogée liturgique ou plutôt antiliturgique dans les cantiques qui régnèrent en maîtres sur la célébration de la messe « . Il réfute :  » Qu’on se rappelle comment on en est venu à la floraison des cantiques. La reforme luthérienne était un mouvement fondé sur le chant. Les cantiques exprimaient la foi réformatrice. Ils remplaçaient la liturgie et étaient là pour cela « . N’oublions pas, dit-il  » que la prière liturgique est la préparation du sacrifice et non l’expression unanime de l’assemblée. Pour le protestantisme, les cantiques représentaient la conséquence de l’abandon du sacrifice de la messe et le prolongement le plus adaptée de la prédication. La communauté réunie dans le chant, sortant des doutes du quotidien solitaire, retrouvait l’assurance collective du dimanche, une assurance, précisons-le, issue de la certitude de foi partagée et non du fait d’être témoin de la réalité de l’acte sacrificiel divin « . (p. 48). Il en tire la conclusion :  » Pour faire vite, la liturgie disparut, l’assemblée regardant désormais vers celui qui la préside, habillé de vêtements amples et dont la bouche s’ouvre toute grande pour entonner un chant joyeux « . (p. 49) C’est bien vrai !

Le respect dû aux formes antiques du culte

Il se dresse avec énergie contre toute atteinte  » aux formes antiques de prières consacrées par l’usage  » et tout particulièrement contre cette attaque contre le rite ancestral de la messe. Il écrit :  » La brutalité avec laquelle ce qui était vénéré autrefois et qui ne doit plus l’être aujourd’hui est profané, mis au rencart, aboli, rejeté, refondu ou bazardé est vulgaire. Aux nombreuses vagues de destructions qui ont déferlé sur nos sanctuaires tout au long de l’histoire de notre patrie…a succédé une dernière, tout à fait digne de ses devanciers par sa force de destruction… Que la tradition liturgique romaine avec ses mille cinq cents ans d’ancienneté ait été interrompue et ce de manière irrévocable, il nous faut avouer ce fait dans toute sa dureté. Nous sommes restés sans voix quand nous avons vu avec épouvante que l’autorité catholique la plus haute avait employé tout le pouvoir qu’elle avait acquis au cours des siècles à effacer cette forme de l’Eglise qu’est la liturgie et à mettre quelque chose d’autre à sa place. Jusqu’à aujourd’hui, une intelligentsia efficace travaille d’arrache-pied à faire appliquer les décisions prises à cette époque jusque dans le village le plus retiré des Andes, jusque dans la dernière chapelle des catacombes chinoises.  » (p. 53)

Et il conclut d’une manière désolée :  » Que celui qui est attaché au rite romain traditionnel et qui malgré les faits écrasants, veut rester attaché au respect et à la protection de l’espace sacré sache qu’il n’a pas le moindre droit à l’espoir, qu’il soit politique, historique ou sociologique. Qui reste fidèle au rite sacrificiel quinze fois centenaire de la messe est comme un oiseau qui plane dans le vide. Ce rite est abandonné par une hiérarchie qui a été créée pour sa protection. Les prêtres qui osent désobéir par fidélité à la liturgie sont menacés d’anathème. Les prêtres fidèles à Rome qui ne veulent pourtant pas abandonner ce rite sont broyés avec plaisir par la  » bureaucratie célibataire  » dont parle Carl Schmitt. Il est profondément déraisonnable de mettre en jeu la paix de son âme pour le combat liturgique. Mais celui qui l’entreprend pourtant peut également le faire correctement, s’il se bat non pas pour un cantique de 1820, mais pour le vêtement antiquement jeune qui entoure les mystères comme une peau. Préserver la liturgie consiste, il me semble, à la restaurer « . (p. 54)

Avec Benoît XVI, on peut espérer que ce temps s’éloigne définitivement de nous… Je l’espère !

La liturgie et l’iconoclasme

Il a un très beau chapitre sur la liturgie et l’iconoclasme. Il ne cache pas, là non plus, la réalité en ce domaine :  » Aucune église n’a été laissée intacte après le concile Vatican II et si, par chance, on tombe sur un ensemble qui n’a pas été endommagé, ce n’est pas parce que le respect ou le bon goût ont étendu leurs ailes protectrices : il faut plutôt remercier le manque d’argent, un phénomène regrettablement rare au pays de l’impôt d’Eglise  » (p. 85)

Il parle également très joliment du monastère de Fontgombault. C’est le chapitre 5. Il parle aussi de l’art en liturgie dans son chapitre 6.

De l’agenouillement

Il a un très beau chapitre sur  » l’agenouillement  » dans la liturgie. C’est le chapitre 7. Là, il constate que  » avant la réforme liturgique, l’agenouillement durant la prière était pour le profane un des signes de reconnaissance le plus évident des catholiques. Depuis, les agenouilloirs ont été ôtés de beaucoup d’églises ; les églises nouvelles n’en sont tout simplement plus pourvues ; les bancs de communion où l’on pouvait s’agenouiller pour communier ont généralement disparu. Il parait que l’agenouillement serait désormais un signe de dévotion privée ; l’Eglise, en ses débuts, aurait célébré la liturgie uniquement debout. La station debout serait la signe de la Résurrection et, en conséquence, la seule posture appropriée au déroulement du culte chrétien  » (p. 143).

Notre auteur montre le peu de sérieux de cette nouveauté. Cette attitude nouvelle porte atteinte au sens de l’adoration due à Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie.  » Quiconque recommande, écrit-il, la station debout pendant la prière veut aujourd’hui, dans beaucoup de cas, mettre fin par la même à l’adoration du Christ eucharistique  » (p. 144)

L’agenouillement, dans la liturgie chrétienne, a deux racines qui, si on les suit avec attention se rejoigne.
La première est le Nouveau Testament.  » Et il tomba à terre et l’adora  » : cela n’est pas dit seulement chez Jean de l’aveugle-né guéri, mais resurgit à chaque fois que la divinité de Jésus se manifeste soudain à quelqu’un. Il a cette très belle affirmation : l’agenouillement est  » la réponse à l’épiphanie(divine) qui est accordée par grâce à un individu  » (p. 145). Voilà la première explication.
Il en donne une seconde. L’agenouillement trouve aussi son fondement dans les anciennes cérémonies impériales. Il écrit :  » La plus importante des cérémonies dont s’entourait l’empereur était  » l’épiphanie  » impériale, l’apparition de l’empereur devant la cour, dans l’éclat de sa souveraineté. L’empereur et sa famille se rassemblaient derrière un rideau dans leurs habits d’apparat ornés de pierres précieuses ; la cour se tenait en attente dans l’aula du palais. Quand le rideau s’ouvrait et permettait de voir l’empereur, la cour plongeait pour se prosterner. Le parallèle entre une telle scène et l’image du tabernacle ouvert, dont les rideaux sont tirés de côté, dont on a enlevé le ciboire, ciboire lui-même débarrassé de son voile et de l’assistance agenouillée en prière s’impose de lui-même : nous avons ici, en vérité, le noyau à partir duquel l’adoration à genoux s’est développée dans la liturgie  » (p. 146)

Et il en tire le principe qui justifie l’agenouillement dans la liturgie. L’agenouillement doit être compris comme la vénération de l’épiphanie divine :  » les participants à la liturgie vénèrent par là l’épiphanie du Christ, c’est-à-dire tous les moments où l’on mentionne sa présence réelle, ou qui sont remplis précisément de cette présence  » (p. 151)

Il écrit :  » quand s’agenouille-t-on lors de la messe ? Cela ressort très clairement des considérations antérieures : la génuflexion et l’agenouillement marquent et accompagnent les instants de l’apparition divine à l’intérieur de la liturgie. Quand il entre dans l’espace sacré, quand il foule l’église, le croyant s’agenouille comme Moïse entendant la voix venant du buisson qui lui enjoint d’ôter ses chaussures parce qu’il se trouve sur un sol sacré. Dans le Credo et le dernier évangile, celui du prologue de Jean, quand il est question de l’Incarnation du Dieu devenu visible, ces mots sont prononcés à genoux. Après avoir prononcé la formule de consécration, le prêtre rend hommage par une génuflexion aux saintes offrandes et la communauté l’imite. La monstrance du corps sacrifié avant la communion se déroule devant la communauté agenouillée et c’est à genoux que la communion est reçue. La bénédiction du prêtre, enfin est reçue à genoux pour marquer que c’est une bénédiction céleste qui vient d’en haut  » (p. 149)
Tels sont les événements de la liturgie qui sont liés à l’agenouillement : ils se rapportent tous aux moments particuliers de la présence divine.

 » L’envoilement liturgique « 

Enfin son dernier chapitre, le chapitre 9 est consacré à l’envoilement.

Il en donne le sens symbolique. Et tout d’abord, il parle des vêtements du prêtre, qu’il appelle  » le voilage du célébrant  » (p. 177) et qui s’explique parfaitement parce que le prêtre est un alter Christus. Il doit s’en revêtir. C’est le sens de toutes les prières que doit dire le prêtre se revêtant des habits sacerdotaux :  » C’est littéralement le nouvel homme, le Christ, que l’on revêt « . Il fait même remarquer que  » chez l’évêque, même les mains et les pieds sont habillés ; il est complètement  » emballé  » (p. 178). Il parle des portes insignes :  » ils portent autour des épaules la voile huméral ou velum et ils ont pour fonction de tenir les insignes épiscopaux, mitre et crosse, pendant la liturgie. Ces voiles couvrent leurs mains « .  » Se couvrir les mains est un antique geste de révérence de la part de la domesticité  » ; (p. 179) Jusque dans les temps modernes, on a connu dans le monde profane les gants blancs du personnel servant à table, ultime préfiguration de la vison de saint Jean dans l’Apocalypse, celle des archanges redoutables devant le trône de Dieu, qui cachent sous trois paires d’ailes leurs mains, leurs pieds, leur visage.
Il en est de même lors de liturgie solennelle : à l’Offrande le sous-diacre porte à l’autel les ustensiles du sacrifice et les offrandes. Celles-ci sont recouvertes par la pâle et sur le tout est étendu un grand tissu de couleurs des ornements : le voile. Ainsi le calice ressemble à une tente, c’est le tabernacle : la demeure qui renferme les objets sacrés. Le sous diacre reçoit sur les épaules un grand voile et porte à l’autel le calice avec l’hostie qu’il renferme. Il reçoit la patène du diacre. Le sous-diacre prend alors place sur les marches de l’autel et élève devant lui la patène recouverte du voile huméral.

La situation physique du prêtre à l’autel cachant de son corps un certain nombre d’actes constitue aussi un envoilement de plus.

Notre auteur fait sur ce sujet un certain nombre de considérations intéressantes pour conclure d’une critique très pertinente sur la nouvelle liturgie :  » Dans le nouveau rite introduit par le pape Paul VI et dans la pratique qui a été bien au-delà, en partie avec l’encouragement des évêques, l’envoilement a presque complètement disparu. Il n’y a plus de séparation entre le sanctuaire et l’assemblée. Plus aucune dans les nouvelles églises ; quant aux anciennes, elle a été supprimée, non sans attenter parfois grossièrement aux exigences esthétiques. Le voile du silence n’existe plus dans le canon, ni le voile sur les vases sacrés ou le ciboire. La fonction se sous-diacre, attestée depuis le troisième siècle, a été abolie. Il n’y a également plus de rite de la patène voilée. Pendant la bénédiction du Saint Sacrement, le voile huméral est encore fréquemment utilisé pour l’ostensoir – mais il est vrai que cette bénédiction est devenue rare. L’envoilement des croix dans le temps de la Passion a été laissé au gré de chacun ; il a lieu ici, et pas là.  » (p. 190)

Il termine ce chapitre par une critique sentie sur le danger en liturgie, de la référence exclusive à l’archéologie:
 » La réforme de la liturgie est toujours défendue avec l’argument selon lequel le rite de la messe a été libéré de tous les ajouts ultérieurs et rétabli dans une forme qui est le plus  » pure  » et le plus proche possible de la chrétienté primitive. Sous ce rapport, voiles et envoilements font partie du lieu commun des  » ajouts tardifs « , bien qu’ils soient signes du caractère mystérieux que revêtait la liturgie dès les premiers siècles. Comme tous les historicismes et les restaurations, y compris dans le monde de l’art, l’archéologisme liturgique doit accepter d’être en butte au reproche que met Faust envers Wagner enivré d’histoire :  » ce que vous appelez esprit de l’époque/ Est le propre esprit des maîtres/ Dans lequel l’époque se reflète.  »
Dans ce contexte, le message d’une liturgie qui renonce au voile n’est que trop limpide : l’exhibition de la matérialité nue ne tient plus compte de la plénitude surnaturelle de la Création et de la nécessité pour le monde d’être racheté  » (p. 191).

Ce livre est à lire. Il est riche et savant.
Cette dernière citation vous dira bien qui est l’auteur, de quel bois il se chauffe :  » Nous aussi, nous avons besoin de beaucoup de prêtres inflexibles qui veillent pour nous sur le rite saint de l’Incarnation. Je place mon espérance dans leur désobéissance obéissante  » (p. 142)

Bonne lecture !

Pour commender le livre :

Editions Hora Decima 4, rue
Gabany 75017 Paris.

Prix du livre 18 euros, frais de port : 2,20 euros

 

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