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Polémique autour d’Assise III

publié dans nouvelles de chrétienté le 5 octobre 2011


Trois prêtres donnent leur avis sur la prochaine réunion d’Assie, le 27 octobre 2011.

A-Tout d’abord M l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France, dans un  texte qui aurait reçu l’aval de son supérieur général, Mgr Fellay. C’est une condamnation sans appel d’Assise III.

B- M l’abbé de Tanoüarn de l’IBP lui répond dans son Blog, le 12 septembre. Il en prend la défense et cite des textes de Benoît XVI. Il laisse entendre que l’esprit d’Assise I ( celui de JP II) ne serait  pas celui de Assise III (Benoît XVI

C- M l’abbé de la Roque, prieur du Prieuré de Nantes de la FSSPX, lui répond . sur « La porte Latine », le site officiel du District de France. Il condamne, lui aussi, sans appel, les explications de M l’abbé de Tanoüarn.

D- M l’abbé de Tanôüarn lui répond, de nouveau dans son blog, du .29 septembre 2011, avec amabilité. Les points de vue s’opposent, mais ici, avec plus de courtoisie.

E- M l’abbé de Cacqeray lance un appel solennel contre Assise III et parle de « péché public ». M l’abbé de Tanoüarn lui répond fortement.

Tous ces textes sont intéressants à conserver pour étude attentive. Voilà la raison de leur publication sur mon site Item.

A- Le texte de M l’abbé de Cacqueray.

Abbé Régis de Cacqueray,
Supérieur du District de France

Le renouvellement du scandale d’Assise
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
Abbé Régis de Cacqueray

Que va-t-il se passer en ce 27 octobre 2011 ? Une simple rencontre amicale entre gens de bonne foi ? Une discussion à bâtons rompus sur la divinité du Christ et de son Église ? Non, le renouvellement, par le pape régnant, Benoît XVI, du scandale sans précédent commis par son prédécesseur, Jean-Paul II, le 27 octobre 1986.

Qu’arrivera-t-il en ce 27 octobre 2011 ? L’appel à la conversion à la foi catholique ? Les déclarations du pape laissent clairement entendre ce que sera cette journée: la réunion des représentants de toutes les fausses religions, appelés par le pape en personne, à une journée de réflexion où tous sont invités à prier (1) pour la paix.

Certes, à la différence de la première réunion d’Assise, la prière semble devoir rester silencieuse, quoique très présente. Mais quel dieu prieront en silence ces représentants de toutes les fausses religions ? Quel dieu prieront-ils sinon leurs faux dieux, puisque le pape les invite explicitement à vivre plus profondément « leur foi religieuse »(2) ? Vers qui se tourneront alors les musulmans sinon vers le dieu de Mahomet ? À qui s’adresseront les animistes sinon à leurs idoles ? Comment donc peut-on concevoir qu’un pape appelle les représentants des fausses religions, en tant que tels, à participer à une journée de prière personnelle ? Cet acte du souverain pontife constitue par le fait même un effroyable blasphème envers Dieu ainsi qu’une occasion de scandale pour les hommes du monde entier.

Une offense au Dieu trinitaire et incarné

Comment pourrait-on qualifier autrement cette foire des religions qui offense gravement le premier commandement : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne rendras de culte qu’à Lui seul »(3) ?

Comment s’imaginer que Dieu se plaira dans les prières de Juifs fidèles à leurs pères qui ont crucifié Son Fils et nient le Dieu Trine ?

Comment pourrait-il exaucer des prières adressées à Allah dont les disciples, ne cessent de persécuter les chrétiens ?
Comment pourrait-il agréer les suffrages de tous les hérétiques, schismatiques et apostats qui ont renié Son Église, née du côté ouvert de son Fils ?

Comment pourrait-il être honoré du culte offert aux idoles par tous les animistes, panthéistes et autres idolâtres ?

Comment pourrait-il entendre ces prières quand Son Fils nous a clairement indiqué le contraire : « Nul ne va au Père sans passer par moi »(4) ?

Que des âmes de bonne foi prient Dieu dans l’hérésie ou l’infidélité est une chose ; Dieu reconnaîtra les siens et les guidera vers la seule véritable Église. Mais qu’on invite ces hommes à prier, en tant que représentants des fausses religions, selon « leur foi religieuse », n’est-ce pas le signe manifeste qu’on les invite à prier selon l’esprit et les formules de leur fausse religion ?

Comment alors ne pas y voir l’injure suprême jetée à la face du Dieu trois fois saint ? Comment ne pas être profondément indigné à la vue d’un tel scandale ? Comment se taire sans se montrer complice ?

La paix du Christ dénaturée

Ce péché gravissime offense tout autant la paix de Jésus-Christ. Le pape appelle à prier pour la paix. Mais quelle est cette paix demandée par le pape ? Est-ce la cessation des conflits qui ensanglantent le monde ? Mais croit-on véritablement que la prière aux faux dieux va nous mériter, non le châtiment, mais le bienfait d’une paix toute humaine ? A-t-on oublié le déluge des premiers temps ? A-t-on perdu le souvenir de la destruction de Sodome et de Gomorrhe dont le crime fut moins grave que celui des âmes incrédules ? (5) A-t-on effacé de l’Évangile et de l’Histoire la destruction sanglante de Jérusalem, prix des péchés de Son peuple ?

Au reste, à quoi nous servirait d’acheter une paix temporelle si l’on vient à perdre notre âme ? « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui après cela ne peuvent rien faire de plus (…) craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne. »(6) Par ailleurs, comment ne pas voir dans cette prière pour la paix, un détournement sans doute inconscient mais perfide et à des fins œcuméniques, de l’aspiration légitime de tout homme à la paix civile ? Non, la paix apportée par le Christ ne saurait être cette paix du monde, cette paix maçonnique scellée par la liberté de conscience.

Car en réalité, la paix appelée de tous ses vœux par le pontife actuel, n’est pas la seule paix temporelle, c’est surtout la liberté religieuse,(7) la liberté de conscience, condamnée tant de fois par les papes.(8) Voici l’intention de prière donnée par le pape, voici la paix demandée par le pape : la paix temporelle obtenue par la liberté de conscience.

Est-ce là la paix de Jésus-Christ ? De celui qui est mort sur une Croix pour affirmer sa divinité ? La paix du Christ est tout autre, aussi éloignée de cette paix maçonnique que la charité l’est de la fraternité. La paix du Christ, c’est la paix avec Dieu, fruit du rachat des âmes par le Sang de Son Fils et de l’abandon du péché par les hommes. Quant à la paix civile communiquée par le Christ, elle n’est autre que le fruit d’une civilisation chrétienne, toute pétrie de la foi et de la charité catholiques.

Une odieuse humiliation de l’Église

Mais si le Dieu trinitaire et l’humanité du Christ sont gravement offensés par cette invitation au péché, l’Épouse immaculée du Christ, son unique Église catholique, est humiliée publiquement. Bafoué l’enseignement des Apôtres, des papes, des Pères de l’Église, des saints, des martyrs, des princes et des héros catholiques.Bafoué l’enseignement du psalmiste selon lequel « tous les dieux des nations sont des démons »(9) ; bafoué l’ordre formel de saint Jean de ne pas saluer les hérétiques(10) , bafoué l’enseignement d’un Grégoire XVI ou d’un Pie IX(11) pour lesquels la liberté de conscience est un « délire », bafouée la défense formelle des papes Léon XIII (12) et Pie XI(13) d’organiser ou de participer à des congrès interreligieux ; bafoué le martyre d’un Polyeucte refusant de sacrifier aux idoles, bafoué l’exemple d’un saint François de Sales écrivant ses Controverses afin de convertir l’hérétique protestant, bafoués ces milliers de missionnaires ayant tout abandonné pour sauver l’âme des infidèles, bafouée la geste héroïque d’un Charles Martel arrêtant l’Islam à Poitiers, d’un Godefroy de Bouillon forçant l’entrée de Jérusalem par sa lance et son épée, bafoué l’honneur d’un saint Louis punissant le blasphème.

Comment le catholique pétri de l’esprit d’Assise pourrait-il souscrire encore au dogme « Hors de l’Église, point de salut » ? Comment verrait-il dans l’Église catholique, la seule et unique arche de salut ? Qui plus est, ce scandale vient de la plus haute autorité sacrée qui soit sur terre, du vicaire de Jésus-Christ lui-même, comme si la gravité d’une telle réunion ne suffisait pas. N’est-ce pas faire du pape présidant cette réunion, non le chef de l’Église catholique, mais le chef d’une « Église » de l’O.N.U., le primus inter pares d’une religion de toutes les religions, essentiellement identique au culte maçonnique du Grand Architecte de l’Univers ? N’est-ce pas là une perversion satanique de la mission de Pierre ? Alors que le Christ a solennellement ordonné à Pierre de « confirmer ses frères dans la foi» et de paître Ses brebis, le successeur de Pierre va de fait confirmer ses frères dans l’indifférentisme et le relativisme.

Un immense scandale

Car au-delà d’un terrible blasphème, cette décision personnelle du pape va engendrer un immense scandale dans l’âme des catholiques et des non-catholiques. Devant l’image d’un pape réunissant les représentants de toutes les fausses religions, la réaction de la majorité des hommes sera de relativiser un peu plus la vérité et la religion. Quel homme, peu au fait de la doctrine catholique, ne sera-t-il pas tenté de se rassurer sur le sort des non-catholiques lorsqu’il verra le pape inviter ces derniers à prier pour la liberté de conscience ? Quel non-chrétien verra dans la religion catholique la seule vraie religion à l’exception de toute autre, quand il saura que le chef de l’Église catholique réunit un panthéon des religions ? Comment interprétera-t-il l’exhortation du pape à ne pas céder au relativisme, (14) sinon en pensant qu’il s’agit non pas d’être dans le vrai, mais d’être sincère ?

Comment, au contraire, n’interpréterait-il pas dans un sens relativiste cette invitation explicite du Saint-Père à pratiquer du mieux possible sa religion : « …je me rendrai au mois d’octobre prochain comme pèlerin dans la ville de saint François, en invitant à s’unir à ce chemin nos frères chrétiens des diverses confessions, les autorités des traditions religieuses du monde, et de manière idéale, tous les hommes de bonne volonté, dans le but (…) de renouveler solennellement l’engagement des croyants de chaque religion à vivre leur foi religieuse comme service pour la cause de la paix. » (15) ? En 1986, un journaliste publiait cette conclusion significative : « Le pape invente et préside l’O.N.U. des religions : ceux qui croient en l’Éternel, ceux qui croient en mille dieux, ceux qui ne croient en aucun dieu précis. Vision stupéfiante ! Jean-Paul II admet spectaculairement la relativité de la foi chrétienne qui n’est plus que l’une entre les autres. »(16) Comment imaginer que ce jugement ne soit pas partagé par de nombreux hommes au soir du 27 octobre 2011 ?

C’est pourquoi il nous paraît singulièrement étrange de vouloir excuser le pape d’un tel péché au motif qu’Assise 2011 serait différent d’Assise 1986. Tout concourt au contraire à nous convaincre d’une étonnante continuité entre la réunion d’Assise de 1986 et celle de 2011 :

La nature de la réunion : une invitation aux représentants des fausses religions à se réunir ensemble pour réfléchir et prier pour la paix.

Le motif : la paix civile promue par l’O.N.U. En 1986, Jean-Paul II avait invité toutes les religions « en cette année 1986 choisie par l’O.N.U. comme année de la paix, pour promouvoir une réunion spéciale de prière pour la paix en la cité d’Assise. » (17) Lors de son message pour la paix en date du 1er janvier 2011, jour de l’annonce de la réunion d’Assise le 27 octobre 2011, Benoît XVI signait ces lignes révélatrices : « Sans cette expérience originelle [des grandes religions], orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits – de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948. (…) Tout cela est nécessaire et est cohérent avec le respect de la dignité et de la valeur de la personne humaine, respect garanti par les Peuples de la terre dans la Charte de l’Organisation des Nations Unies de 1945.» (18)

Comme l’écrivait Monseigneur Fellay à Jean-Paul II lors du deuxième scandale d’Assise en 1999 : « les thèmes humanistes, terrestres, naturalistes de ces rencontres font déchoir l’Église de sa mission toute divine, éternelle et surnaturelle, au niveau des idéaux maçonniques d’une paix mondiale en dehors de l’unique Prince de la Paix, Notre Seigneur Jésus-Christ. »(19)

La date : Benoît XVI prend cette initiative 25 ans jour pour jour après la fête d’Assise : « En 2011 sera fêté le 25ième anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 (…) à Assise (…). Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix » (20) N’est-ce pas là le signe clair d’une évidente continuité ? N’est-ce pas une manière de vouloir faire revivre à nos esprits le souvenir pénible des scandales du Bouddha sur le tabernacle de l’église saint-Pierre ; des poulets sacrifiés aux dieux sur l’autel de Sainte-Claire ; du vicaire du Christ encadré du Dalaï-Lama et d’un Patriarche orthodoxe à la botte du KGB ? Faut-il donc célébrer solennellement l’anniversaire d’un événement si l’on veut s’en démarquer nettement ? Pourquoi proclamer Urbi et Orbi que « Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance » ? Seule la trahison des bien-pensants peut permettre de se voiler ainsi la face.(21)

Le rappel de son prédécesseur comme s’il voulait dissiper toute équivoque possible et rappeler à qui veut l’entendre sa fidélité à l’esprit du premier Assise : « …en cette année 2011, l’on fêtera le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix que le vénérable Jean-Paul II convoqua à Assise en 1986. »(22)
Il n’est pas jusqu’aux défenseurs du pape qui utilisent les mêmes arguments pour tenter de justifier l’injustifiable. Jadis on défendait Assise en distinguant subtilement « être ensemble pour prier » et « prier ensemble ». Dira-t-on aujourd’hui qu’il n’y aura pas de prière commune mais une journée commune de prière ? À défaut même de nier la concomitance des prières silencieuses, dirons-nous que chacun prie séparément selon sa religion ? Comme si ces distinctions spécieuses n’étaient pas forgées pour les besoins de la cause. Comme si ces subtilités étaient immédiatement comprises par l’ensemble des hommes qui ne retiendront qu’une chose : un rassemblement des toutes les religions pour prier chacun la divinité, abstraction faite de toute Révélation.

En définitive, et comme la plupart des gestes du pape actuel par rapport à son prédécesseur, le scandale d’Assise 2011 sera substantiellement le même mais moins spectaculaire qu’Assise 1986. Aussi à ceux qui nous accuseraient une nouvelle fois de manquer de charité par ces lignes véhémentes, nous leur rappellerons les paroles du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même ». Sera-ce aimer le Christ d’un amour ardent que de ne pas dénoncer le blasphème et de critiquer ceux qui s’en offusquent ? ? Sera-ce aimer son prochain que de ne pas l’avertir du grave scandale qui le menace ? Est-ce là l’amour demandé par le Christ ? Non, comme le rappelait saint Pie X en des heures sombres : « La doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelque sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que leur bien être matériel. Cette même doctrine nous enseigne aussi que la source de l’amour du prochain se trouve dans l’amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l’amour de Jésus-Christ. Non, Vénérables frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne. »(23)

Alors de quelle Église sommes-nous ?

De l’Église de saint Polycarpe de Smyrne, qui répondit à l’hérétique Marcion lui demandant s’il le reconnaissait : « Oui, je te reconnais pour le fils aîné du diable » ?

Sommes-nous de l’Église de saint Martin qui brisait les idoles et les arbres sacrés de nos campagnes ?

Sommes-nous de l’Église de saint Bernard qui prêchait la croisade à nos pères ?

Sommes-nous de l’Église de saint Pie V, qui, ne se contentant pas de prier le rosaire, appela les princes chrétiens à guerroyer vigoureusement contre les mahométans ?

Sommes-nous de cette Église des saints et des martyrs ou de l’Église des Pilate, des Cauchon, des Lamennais, des Teilhard de Chardin toujours prompts à courtiser le monde et à livrer le Christ et ses disciples à ses détracteurs ?

Jugerons-nous Assise avec les yeux de la foi, des papes et des martyrs, ou avec les yeux du mondain, du libéral et du moderniste ?

C’est pourquoi, nous ne pouvons pas nous taire, et, tandis que le pape se prépare à l’un des actes les plus graves de son pontificat, nous clamons vigoureusement et publiquement notre indignation, espérant et suppliant le Ciel que ce malheur si bien préparé ne puisse avoir lieu. Enfin, comment ne pas songer à ces paroles de Mgr Lefebvre rappelées par Mgr Fellay en 1999 dans sa lettre au pape : « Mgr Lefebvre reconnut dans le funeste événement d’Assise un des « signes des temps » qui permettaient de procéder légitimement à des sacres épiscopaux sans Votre consentement et de Vous écrire que « ‘le temps d’une franche collaboration n’était pas encore venu’. » (24) L’heure est au contraire venue de réparer ce scandale, de faire pénitence en gardant au cœur la ferme espérance que malgré les progrès du Mystère de l’Iniquité, « Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre l’Église ».

Abbé Régis de Cacqueray, Le 12 septembre 2011, en la fête du Saint Nom de Marie, jour anniversaire de la victoire des armées catholiques sur les troupes musulmanes à Vienne le 12 septembre 1683.

Notes

(1) Le déroulement de la journée et le communiqué du Saint-Siège ne laissent aucun doute sur la dimension religieuse de l’événement : « …le Saint-Père entend convoquer, le 27 octobre prochain, une Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde. (…) Un temps de silence suivra pour la prière et la réflexion de chacun. Dans l’après-midi, tous ceux qui seront présents à Assise participeront à un chemin qui serpentera vers la Basilique de Saint François. Ce sera un pèlerinage auquel prendront part pour la dernière étape également les membres des délégations ; ainsi, on entend symboliser le chemin de chaque être humain dans la recherche assidue de la vérité et dans la construction active de la justice et de la paix. Il se déroulera en silence, laissant la place à la prière et à la méditation personnelle » Communiqué de presse du Saint-Siège du 2 avril 2011 : Une journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde – « Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix » (Assise, 27 Octobre 2011).
(2) Le but annoncé par le pape est de « renouveler solennellement l’engagement des croyants de chaque religion à vivre leur foi religieuse comme service pour la cause de la paix » Benoît XVI, angélus, Place Saint-Pierre, Samedi 1er janvier 2011.
(3) Deut 6, 13 ; Mat 4, 10.
(4) Jn 14, 6. Cf également 1 Jn 2, 23 : « Quiconque nie le Fils, n’a pas non plus le Père ».
(5) « Lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Je vous le dis en vérité : au jour du jugement, le pays de Sodome et Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là » Mat 5, 15.
(6) Lc 12, 4-5
(7) « …c’est la Journée mondiale de la paix, une occasion propice pour réfléchir ensemble aux grands défis que notre époque pose à l’humanité. L’un d’eux, dramatiquement urgent de nos jours, est celui de la liberté religieuse ; c’est pourquoi, j’ai voulu cette année consacrer mon Message à ce thème : « La liberté religieuse, chemin vers la paix (…) dans le Message d’aujourd’hui pour la Journée mondiale de la paix, j’ai souligné la manière dont les grandes religions peuvent constituer un facteur important d’unité et de paix pour la famille humaine, et j’ai rappelé à cette occasion, qu’en cette année 2011, l’on fêtera le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix que le vénérable Jean-Paul II convoqua à Assise en 1986. C’est la raison pour laquelle, je me rendrai au mois d’octobre prochain comme pèlerin dans la ville de saint François, en invitant à s’unir à ce chemin nos frères chrétiens des diverses confessions, les autorités des traditions religieuses du monde » Benoît XVI, angélus, Place Saint-Pierre, Samedi 1er janvier 2011.
(8) « De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience » Grégoire XVI, Mirari vos, 1832.
(9) Ps 95, 5.
(10) « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte point cette doctrine [du Christ], ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas : Salut ! Car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses œuvres mauvaises » Jn 2, 10-11.
(11) Cf. le Syllabus, 1864, proposition condamnée n°79, DS 2979 : « Il est en effet faux que la liberté civile de tous les cultes, de même que le plein pouvoir laissé à tous de manifester publiquement et au grand jour leurs opinions et leurs pensées, conduise plus facilement à corrompre les mœurs et les esprits, et à propager la peste de l’indifférentisme ».
(12) À l’occasion du congrès des religions de Chicago en 1893.
(13) « Convaincus qu’il est très rare de rencontrer des hommes dépourvus de tout sens religieux, on les voit nourrir l’espoir qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences, religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par un nombre appréciable d’auditeurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission. De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée » Pie XI, Mortalium animos, 6 janvier 1928.
(14) Cela pourra se faire « sans renoncer à sa propre identité ou céder à des formes de syncrétisme » Communiqué de presse du Saint-Siège du 2 avril 2011 : Une journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde – « Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix » (Assise, 27 Octobre 2011).
(15) Benoît XVI, angélus, Place Saint-Pierre, Samedi 1er janvier 2011.
(16) Le Figaro magazine, 31 octobre 1986, p. 69.
(17) Observatore Romano, 27-28 janvier 1986.
(18) Message de Sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2011, n°12.
(19) Lettre de Mgr Fellay à Jean-Paul II protestant solennellement contre le renouvellement du scandale d’Assise à Rome le 28 octobre 1999.
(20) Message de Sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2011, n°7 et 11.
(21) « Il est beau de s’élever au-dessus de la fierté. Encore faut-il l’atteindre. Je n’ai pas le droit de parler librement de l’honneur selon le monde, ce n’est pas un sujet de conversation pour un pauvre prêtre tel que moi, mais je trouve parfois qu’on fait trop bon marché de l’honneur. Hélas ! nous sommes tous capables de nous coucher dans la boue, la boue paraît fraîche aux cœurs épuisés. Et la honte, voyez-vous, c’est un sommeil comme un autre, un lourd sommeil, une ivresse sans rêves. Si un dernier reste d’orgueil doit remettre debout un malheureux, pourquoi regarderait-on de si près ? ». Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Plon, 1936, p. 245.
(22) Benoît XVI, angélus, Place Saint-Pierre, Samedi 1er janvier 2011. Cf. également le Communiqué de presse du Saint-Siège du 2 avril 2011 : Une journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde – « Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix » (Assise, 27 Octobre 2011) : « L’image du pèlerinage résume donc le sens de l’événement qui sera célébré, fait observer le communiqué : on fera mémoire des étapes qui ont jalonné le parcours, de la première rencontre d’Assise, à celle de janvier 2002 et, dans le même temps, on regardera vers l’avenir avec l’intention de continuer, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à marcher sur le chemin du dialogue et de la fraternité, dans un monde en mutation rapide ». Déjà en 2007, lors des journées interreligieuses de Naples, Benoît XVI dissipait toute illusion d’une volonté de repentance de la première réunion d’Assise : cette réunion « nous ramène en esprit en 1986, lorsque mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II invita sur la colline de saint François les hauts Représentants religieux à prier pour la paix, soulignant en cette circonstance le lien intrinsèque qui unit une authentique attitude religieuse avec une vive sensibilité pour ce bien fondamental de l’humanité (…) Dans le respect des différences des diverses religions, nous sommes tous appelés à travailler pour la paix » Benoît XVI, « Discours aux chefs religieux participants à la rencontre internationale pour la paix, le 21 octobre 2007 » dans DC, n° 2391 (2 décembre 2007), p. 1037-1038..
(23) Saint Pie X, Lettre encyclique Notre Charge apostolique à l’épiscopat français, 25 août 1910, in Documents pontificaux de S.S. Saint Pie X, tome II, Publications du Courrier de Rome, 1993, p. 259.
(24) Lettre de Mgr Fellay à Jean-Paul II protestant solennellement contre le renouvellement du scandale d’Assise à Rome le 28 octobre 1999.

 

B- Analyse de M l’abbé de Tanoüarn sous le titre:

Assise III : ceux qui crient avant d’avoir mal

par l’abbé Guillaume de Tanoüarn

C’est une importante étude théologiqueque l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint Pie X a souhaité rendre publique, en indiquant qu’elle avait reçu approbation de Mgr Fellay, supérieur général de la même Fraternité. Sa publication, aujourd’hui, 12 septembre, en la fête du Saint Nom de Marie, instituée pour commémorer la victoire d ela Montagne Blanche qui sauva le catholicisme dans l’Empire, me paraît hautement significative. Certains, anticipant sur l’anticipation, semblent ici se prendre pour des sauveurs de l’Eglise. De quoi s’agit-il ?Tout le monde attend avec impatience la réunion annoncée pour le 14 septembre à la Commission Ecclesia Dei. On connaît la résolution de Benoît XVI : recréer l’union avec la Fraternité Saint Pie X, en offrant à ses supérieurs un Pont d’or, non pas en devises ni en métal précieux, mais un pont d’or institutionnel, quelque chose comme un Ordinariat des traditionalistes dans le monde.Certes les communautés Ecclesia dei sont, dit-on avec quelque complaisance, très opposées à cet accord qui donnerait au fils prodigue davantage qu’au fils aîné, comme dans l’Evangile. Il me semble qu’en l’état actuel des choses le calcul du fils aîné – avec son éventuelle colère rentrée ou revendiquée – est un mauvais calcul, car nous avons tous à retirer quelque chose, pour le bien de la cause, du séisme qu’engendrerait un tel accord.Mais l’hostilité la plus grande à cette signature historique, on la trouve certainement au sein même de la FSSPX, comme le montre la publication de ce texte sur Assise III, juste deux jours avant la réunion du 14 et alors que, la réunion d’Assise étant fixée au 27 octobre, en soi rien ne pressait pour une telle mise au point.La publication de cette étude théologique est indéniablement un geste politique, qui montre l’inquiétude des supérieurs locaux (en particulier français) devant un possible bouleversement de la situation canonique de la FSSPX. Que peut-on en tirer sur les résolutions de Mgr Fellay lui-même ? Pas grand chose. Le Supérieur n’a pas pu ne pas donner son accord à un article qui reprend des textes de sa propre plume. Mais que pense-t-il de cette publication ? Compte-t-il l’utiliser à Rome pour gagner du temps et essayer encore de ne pas signer, sans pour autant rompre les contacts et en s’inscrivant, comme il le répète désormais, dans la feuille de route qui, à moyen terme, doit voir le rapprochement tant attendu ? Simple supputation. Mais il me semble que cette perspective est plausible.D’autant que la seule structure canonique acceptable pour la FSSPX, étant donné l’attitude de l’épiscopat un peu partout dans le monde, est ce que l’on appelle un Ordinariat traditionaliste (comme il y a un ordinariat aux armées ou désormais un ordinariat pour les anglicans convertis au catholicisme). Créer un ordinariat (et non une simple administration apostolique) c’est conférer au supérieur de la FSSPX une juridiction immédiate sur tous les fidèles qui se réclament de lui. On est au-delà d’un bricolage juridique. Cela signifierait que le supérieur de cette structure aurait par lui-même une légitimité pastorale sur ses ouailles, sans relever des Conférences épiscopales puisqu’elles sont nationales et que la Fraternité est Internationale. On conçoit que Mgr Fellay ne puisse pas refuser si beau cadeau ! Un cadeau qui peut changer énormément de choses dans l’Eglise en créant une autorité traditionaliste, ne relevant d’aucune conférence épiscopale mais du pape seul (et sans doute de la Commission Eclesia Dei ?)

Arrivera-t-on à un tel résultat dès le 14 septembre ? Sans doute pas. Mais c’est bien là que mène la feuille de route, revendiquée des deux côtés. N’ayons pas la prétention de gêner ou d’empêcher cette feuille de route, à laquelle je le répète, Mgr Fellay tient autant que le pape.

Dans ce contexte, l’étude publiée par l’abbé de Cacqueray, si précise et apparemment rigoureuse soit-elle, laisse l’observateur un peu perplexe. Pourquoi crier avant d’avoir mal ?

Et ce d’autant que les textes cités scrupuleusement en notes montrent bien que la démonstration (qui consiste à dire que Assise III = Assise I et que Mgr Fellay doit répondre au nouvel Assise comme y répondit naguère Mgr Lefebvre : par la désobéissance et la dénonciation du scandale) est une démonstration qui « patine ».

Elle m’évoque ce que l’on trouvait cet été sur la Porte Latine, site de la FSSPX en France, à propos des JMJ de Denver (1993). Ces textes étaient publiés pour contrer les JMJ de Madrid (2011). Ici Assise I (1986) est utilisé contre Assise III (2011).

Qu’y avait-il de contestable dans le sommet interreligieux organisé par Jean-Paul II à Assise en 1986 ? Il me semble que toute la critique que l’on peut en faire tient dans cette phrase de Jean Paul II, qui explique tous les écarts et les débordements, Bouddhas sur des autels chrétiens etc. : « Les diverses religions sont des limitations de l’unique dessein divin de salut ». Pour le dire d’un mot : on s’exposait dans la pratique, avec une telle formule, à confondre dans un même élan la religion qui est bonne parce qu’elle est naturelle au coeur de l’homme (cf. Somme théologique IaIIae Q81 sur la vertu de religion) et la religion surnaturelle qui seule sauve, en donnant la vie éternelle, c’est à dire en faisant participer les hommes sauvés à la vie que Dieu veut leur donner. Mgr Lefebvre a eu raison de tirer la sonnette d’alarme et de dénoncer une telle ambiguïté entre nature et surnaturel, une telle manière de surnaturaliser le naturel ou l’humain. le cardinal Ratzinger l’avait fait d’ailleurs lui-même à sa façon à l’époque. Il avait écrit sur ce sujet des textes de critique théologique qui sont recueillis dans Foi, vérité, tolérance (2002), dans lesquelles il réclame la plus grande prudence dans l’organisation de tels sommets.

Le pape va-t-il manquer à cette prudence ? Il est trop tôt pour en être sûr. Mais les phrases de Benoît XVI citées par l’auteur de l’étude montrent bien que des précautions sont prises pour éviter l’indifférentisme religieux qu’engendre fatalement de telles confusions entre nature et surnaturel.

Que constate-t-on dans l’organisation d’Assise III ?

Voici une liste non limitative des précautions prises par Benoît XVI :
1- Les responsables religieux sont réunis pour « prier ou réfléchir » en silence. Prier ou réfléchir : les deux mots sont utilisés. Ce n’est pas pour rien. il ne s’agit pas de donner une valeur surnaturelle ni même une valeur de prière à toutes les méditations de toutes les religions (Communiqué du 2 avril).

2- Les responsable religieux doivent comprendre que « leur foi religieuse » est « un service de la paix dans le monde » (Message pour la paix 1er janvier 2011). Il n’est pas écrit que toutes les fois religieuses participent à l’unique dessein divin de salut : là on surnaturaliserait des religions qui n’ont aucune valeur de salut et qui, par elles-mêmes, expriment seulement la nature (bonne et mauvaise : ambigüe) du coeur de l’homme.
Ces religions expriment la nature bonne de l’homme comme le souligne saint Thomas, en rendant l’hommage de la créature au créateur dans l’action de grâce, ce que tout homme peut faire.
Mais elles peuvent aussi, ces religions, exprimer la nature mauvaise de l’homme. Il existe, à travers la canonisation de la violence et de la guerre sainte par exemple, à travers des rites barbares de transe de meurtres et de cannibalisme, des vices de religions.
Lorsque le pape demande aux religions de se concevoir elles mêmes comme un service de la paix (et non une caution de la violence, dix ans après le 11 septembre la précision est importante), il accomplit un geste important et légitime. Il demande aux religions de se conformer à la vertu naturelle de religion, sans tomber dans les excès qu’engendre trop souvent l’instinct religieux dans l’homme.

3- Ce faisant, loin de mettre le catholicisme à égalité avec les autres religions, il manifeste son leadership naturel d’homme en blanc sur toutes les autorités religieuses du monde. Cette autorité morale qu’il donne, à travers sa personne, au catholicisme est une expression de la royauté sociale du Christ, mais non de sa royauté divine, de sa royauté surnaturelle et salutaire. Pour reprendre une formule de Maurras, à Assise III le pape agira au nom de l’Eglise de l’ordre, dans son rôle social universel, et pas au nom de l’Eglise du Christ dans son rôle salutaire et surnaturel. Peut-on distinguer ainsi l’ordre naturel et l’ordre surnaturel ? Toute la tradition thomiste l’accepte.

4- Dans le communiqué du mois d’avril, le pape parle aussi d’un pèlerinage silencieux, symbolisant la recherche de la vérité. Le concept de recherche d ela vérité est difficile à manier, certes. mais il est absolment orthodoxe. Imaginez que vous partiez faire un goum avec un de vos amis bouddhiste ou musulman : où serait le pb ? Dans le caractère éventuellement publique de cette initiative ? Même pas. Quel mal y a-t-il à figurer la quête de la vérité dans une marche silencieuse ? Certes la quête chrétienne est lourde de ce qu’elle a trouvé ou de ce qu’elle sait devoir trouver. Eh bien ! Il faudra le préciser. Le pape le précise d’ailleurs un peu déjà lorsqu’il demande aux responsables religieux de « s’unir à son chemin » à lui…

5- Fait doctrinal important, il n’est pas question de la tristement célèbre « unité spirituelle du genre humain » à laquelle se référait, en une sorte d’incantation, le premier paragraphe de Lumen gentium. Cette unité spirituelle du genre humain, c’est un concept maçonnique, imaginant l’impossible fusion de toutes les traditions humaine, pas un concept catholique. Nous savons que spirituellement l’humanité ne s’unira que dans le jugement du Christ qui constitue d’ailleurs l’ultime phase da sa glorification, comme on peut le lire au chapitre 17 de saint Jean. Et par son jugement le Christ unit, mais aussi il sépare les brebis des boucs… Eh bien ! De manière opportune, cette unité du genre humain, lorsque Benoît XVI en parle, elle se réduit à la paix qui doit régner entre les nations, à un idéal humain de prospérité et non à une sorte d’apocatastase de toutes les religions en une. C’est « le chemin du dialogue et de la fraternité dans un monde en mutation ». Ce n’est pas la babélisation appelée et attendue comme une sorte de salut monstrueux.

Ces cinq points peuvent apparaître comme… des points de détails. Je crois au contraire qu’il suffise à lever les ambiguïtés théologiques qui pesaient sur Assise I.

On peut penser que le geste sera plus fort que le message dans un tel événement auquel on souhaite d’emblée une répercussion de masse. Mais pour être sûr de cela, il aurait fallu attendre l’événement lui-même. Pas crier avant d’avoir mal. Et pas instrumentaliser la perspective d’Assise III de cette façon catégorique et insuffisamment respectueuse de la lettre des textes pontificaux, comme si l’objectif était de justifier d’avance une non-signature, ce qui ne paraît pas conforme à la fameuse « feuille de route ».

Que peut-on dire en défense de Benît XVI ? Le pape avait le choix entre deux attitudes : soit il se détournait d’Assise (et il laissait un de ses successeurs reprendre en pire la théologie potentiellement indifférentiste de Assise I) ; soit il corrigeait Assise, pour éviter que l’on puisse faire de Assise I une tradition… bien assise.

C’est de cette dernière manière, et donc pour le bien, qu’il faut pour lors interpréter l’attitude de Benoît XVI, étant donné les réticences qu’il a produites dans le passé et les corrections « benoîtes » qu’il introduit dans le présent (texte du 1er janvier et Communiqué du mois d’avril) sur ce sujet. Je peux me tromper. J’ai fait partie de ceux qui ont signé l’année dernière une demande respectueuse de précisions théologiques au pape. Il me semble que ces précisions sont données petit à petit, j’allais dire justement : « benoîtement ».

Elles ne sont pas assez claires ? Peut-être mais elles vont toutes dans le même sens et laissent bien augurer d’une manifestation qui sera très observée par les experts, à défaut d’être suivie par les masses.

C- La réponse de M l’abba de La Roque sous le titre : »Mégabug sur Métablog ?

  »Est-ce une énorme bourde qu’aurait faite M. l’abbé de Tanoüarn sur son « Metablog » ?

L’affaire est en tout cas lourde de sens. Tandis que M. l’abbé de Cacqueray publiait le 12 septembre dernier un communiqué aussi vigoureux que théologique dénonçant la prochaine réunion d’Assise, son ancien confrère, désormais membre fondateur de l’Institut du Bon Pasteur, a cru devoir voler au secours d’Assise cru 2011, pour l’heure incritiquable à son sens.

L’argumentaire utilisé est des plus classiques. Sous prétexte que la vertu de religion – comme toute vertu morale – a une double dimension naturelle et surnaturelle, l’abbé de Tanoüarn croit pouvoir poser une distinction entre les religions qui toutes seraient naturellement bonnes car conformes à la nature du cœur de l’homme, et la religion catholique qui seule est salutaire, car seule surnaturelle. A l’appui de cette distinction est avancée, sans plus de précision, la très haute autorité de saint Thomas d’Aquin, en sa question 81 de la Ia IIæ. Dès lors une réunion interreligieuse serait mauvaise si elle entraîne la confusion de ces deux ordres (= Assise 1986), bonne si elle respecte la distinction (= Assise 2011), voire nécessaire aux dires de notre bloggeur :

« Lorsque le Pape demande aux religions de se concevoir elles-mêmes comme un service de paix et non comme une caution de violence il accomplit un geste important et légitime. Il demande aux religions de se conformer à la vertu naturelle de religion, sans tomber dans les excès qu’engendre trop souvent l’instinct religieux dans l’homme. »

Un tel raisonnement, maintes fois entendu dans la bouche des promoteurs du dialogue interreligieux version Vatican II, se doit d’être vigoureusement rejeté, et ce pour trois raisons :

1) Il contient tout d’abord un sophisme des plus grossiers. On ne peut en effet affirmer qu’une religion est bonne, ne serait-ce que naturellement, du seul fait qu’elle exprimerait le sentiment religieux naturel à l’homme : ce serait du pur subjectivisme. Encore faut-il que cette religion s’adresse à l’unique vrai Dieu, ainsi que l’indique saint Thomas en sa question 81 (art. 3). Comment dès lors M. l’abbé de Tanouärn peut-il laisser entendre que les religions convoquées par Benoît XVI répondent à la définition de la religion naturelle, lorsqu’on sait que nombre d’entre elles sont polythéistes, ou bien refusent l’existence de tout Dieu personnel ? Peut-on même dire que la religion musulmane s’adresse effectivement à l’unique vrai Dieu ? Loin d’exercer la vertu naturelle de religion, ces fausses religions la corrompent.

2) De plus, l’argument ne fait pas seulement distinguer l’ordre naturel de l’ordre surnaturel – ce qui est classique – mais il sépare ces deux ordres, ce qui est inacceptable. Il est en effet impossible de poser un acte de vertu de religion qui soit purement naturel, car chaque homme in concreto est placé dans un contexte surnaturel : c’est un fait que l’homme – tout homme –, pécheur en Adam, n’a plus accès à Dieu par lui-même, mais seulement par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est fait notre réconciliation auprès de Dieu (Rm 5, 10-11, 2 Co 5, 18-20 ; Ep 2, 16, Col 1, 20-22 etc.). Dès lors, l’acte de religion purement naturel devient impossible in concreto.

3) Enfin, et là n’est pas le moindre motif, c’est précisément la fausseté de cet argument qui poussa Pie XI, en son encyclique Mortalium animos, à condamner ces réunions interreligieuses :

« De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur… »

Que M. l’abbé de Tanouärn fasse siens ces arguments ressassés – et condamnés – ne peut qu’inquiéter. Nous avions déjà vu, voici peu, le supérieur de l’Institut du Bon Pasteur estimer convenable l’assistance de ses prêtres aux nouvelles messes célébrées par l’évêque(1). Voici maintenant ce même Institut assumer les arguments condamnés de la nouvelle théologie.

Quousque Domine ? Seigneur, ayez pitié de ces confrères que nous avons aimés.

Abbé Patrick de La Rocque

Extrait de L’Hermine spécial Assise d’octobre 2011

D- Réponse de M l’abbé de Tanoüarn dans son Blog, le 29 septembre 2011, sous le titre:

par l’abbé Guillaume de Tanoüarn
 
J’aurais fait un mégabug dit l’abbé Patrick de La Rocque de la FSSPX. « Énorme bourde« ? « L’affaire est en tout cas lourde de sens » explique-t-il d’emblée, sans présenter la moindre preuve à l’appui… J’avoue que je n’ai spontanément aucun goût pour le pilpoul théologique. Mais on me signale ce texte de l’abbé de La Rocque, en réponse à la réfutation du texte de l’abbé de Cacqueray paru il y a trois semaines sur ce blog (12 septembre). Ne disposant pas moi même d’un si long temps pour y répondre, je m’exécute immédiatement, n’ayant qu’un regret, c’est que ces pinaillages théologiques fassent passer au second plan notre projet de commémoration de la naissance de Jeanne d’Arc. Je cède aux arguties et délaisse un moment cette évidence chrétienne, qui animait la sainte et qui doit nous animer, nous, si nous voulons réussir notre vie, c’est-à-dire être des saints. Je vous renvoie donc en priorité au texte qui précèdeet dont vous retrouverez des résonances sur ce Blog tout au long de l’année.Dans le texte publié le 12 septembre et intitulé Assise III : ceux qui crient avant d’avoir mal, je donnais entre autres une liste de cinq précautions prises par Benoît XVI pour que Assise III ne ressemble pas à Assise I. Vos lecteurs n’en sauront rien… Au lieu de me suivre dans l’interprétation claire et non forcée que je donne des paroles de Benoît XVI, vous voulez tirer de mes propos une doctrine de l’abbé de Tanoüarn sur les religions non chrétiennes. Le deal est ambitieux. A mon avis excessif. Mais enfin soit… Vous picorez à droite et à gauche pour reconstituer cette doctrine en… trois points (Aïe !).Premier point : vous m’accusez de subjectivisme parce que j’aurais prétendu que le sentiment religieux de l’homme suffit à établir la présence d’une vertu de religion. Mais je n’ai jamais dit cela.Vous donnez pour preuve de votre position une référence précise à saint Thomas : Somme théologique IIaIIae Q. 81 a3. Référence sans citation. La citation que vous ne donnez pas à l’appui de vos accusations, la voilà. Le corpus de l’article est tellement court que je peux le donner ici : « L’objet de la religion, c’est de rendre honneur au Dieu unique, sous cette raison unique qu’il est le principe premier de la création et du gouvernement du monde« . Il me semble que loin de dénoncer avec vous mon prétendu « sophisme » subjectiviste, saint Thomas, invoqué par vous pourtant, va bien dans mon sens. Pour lui, la vertu de religion est une vertu naturelle, qui provient de la vénération que l’on a pour le Dieu créateur et providence, c’est-à-dire pour le Dieu accessible à la raison humaine, adoré par tous les hommes, ainsi que le répète Vatican I, et non pas d’abord pour le Dieu qui, historiquement s’est révélé en Jésus Christ comme le sauveur des hommes.

Vous m’accusez de « subjectivisme« . Il n’y en a que dans votre tête. la vertu naturelle de religion, chez saint Thomas, est une relation entre l’homme et Dieu. Ce Dieu est le vrai Dieu, du moment qu’on le reconnaît, selon les pouvoirs de la raison humaine, comme créateur et providence. Tertullien explique par exemple : « Que vous le vouliez ou non, notre Dieu est le Dieu de tous les hommes. L’univers lui appartient » (Apologétique 24).

Deuxième point : vous m’accusez de « séparer l’ordre de la nature et l’ordre de la grâce ce qui est inacceptable » et vous avancez : « in concreto, chaque homme est placé dans un contexte surnaturel ». Vous allez vite en besogne ! Jusqu’à l’hérésie ? C’est à voir.

Il est vrai qu’existentiellement chaque homme se trouve lancé sur le chemin de son salut. Mais cela ne signifie pas que sa nature ait disparu et ne doive plus être prise en considération. Seuls les gnostiques, pour lesquels la nature est mauvaise puisque matérielle) et les baïanistes (pour lesquels la nature est toujours pécheresse) ont pu soutenir cela. Comme le dit Cajétan, formulant admirablement l’orthodoxie catholique, actuellement, il y a une vérité de l’essence et une vérité de l’existence.
Vérité de l’existence ? Cette grâce suffisante donnée à chaque homme pour qu’il puisse se sauver, le plus souvent d’une manière que Dieu seul connaît. Cette grâce correspond à la vocation de chacun.
Vérité de l’essence ? Ce sont tous ces actes foncièrement naturels, ces actes de « la chair » (comprenez ces actes humains, trop humains) qui s’opposent à l’esprit (divin), ou qui, sans s’opposer à l’esprit de manière explicite, ne peuvent permettre de s’élever jusqu’à lui.
Dans cette dernière catégorie, je pose non pas tous les actes de la religion naturelle (car il existe un vice de religion et beaucoup de ces actes en dépendent : sacrifices humains etc.), mais au moins ceux que les hommes posent avec un coeur droit. Ce faisant, ils ne peuvent pas prétendre mériter leur salut, parce que les hommages qu’ils adressent à Dieu n’ont pas une valeur infinie. Ce sont des hommages purement humains. Ces actes naturels de religion ne sont donc pas méritoires pour le salut, mais, cela n’empêche, ils ne sont pas essentiellement mauvais, ils sont naturellement bons, et ils peuvent même avoir, vis-à-vis de la Miséricorde de Dieu, une valeur dispositive, qu’un Bon Pasteur pourra d’ailleurs discerner au cas par cas.

Sur ce point des rapports nature/grâce, vous avez des circonstances atténuantes, car les théologiens se sont souvent embourbés dans ces questions. Mais je suis surpris de constater que vous retrouvez les angles morts de la pensée du Père de Lubac et jusqu’au ton avec lequel il stigmatise sans cesse la « séparation » inacceptable des deux ordres. Quel paradoxe sous votre plume traditionaliste de retrouver ce ton ! Ce sont les avatars du baïanisme et de toutes les « antiphysies » que de nous balader d’un extrême à l’autre sans ancrage, de la négation de la nature [pseudosupernaturalismus disait le Père Garrigou] à la négation de la grâce et de la surnature [vrai naturalisme dirais-je].
Dans son livre testament, Mémoire et identité, Jean Paul II nous recommande, lui, de ne pas oublier la « nature« , à laquelle on a fait si mauvaise presse depuis le Concile. En tant que thomiste, vous finirez par y venir, j’en suis sûr ! Et alors plongez-vous dans Cajétan. Je sais : ni Maurice Blondel, ni Lubac ne l’ont en haute estime. Mais il vous donne les instruments fins d’une ontologie respectueuse de la dualité fondamentale de tout sujet humain, à la fois essence et existence, nature et surnature, et se concevant comme une personne dans cette dualité non surmontable, qui fait notre statut de créature.

Et il y a un troisième point… Ce troisième point de votre critique vous inquiète, dites-vous… en m’assénant un passage de Mortalium animos, l’encyclique bien connu de Pie XI, passage auquel j’adhère sans aucun problème. Votre inquiétude repose en réalité sur la confusion que vous faites constamment dans votre papier entre les religions et les personnes, entre l’islam et les musulmans par exemple.

Benoît XVI répète à satiété que toutes les religions ne se valent pas. On a mis au pilon récemment 100 000 exemplaires de Youcat, parce qu’une « coquille » s’y était glissée, affirmant l’équivalence des religions. Le pape ne herche pas à rencontrer des religions (il ne vous a pas échappé que Benoît XVI avait même tenté de supprimé le secrétariat pour le dialogue interreligieux). Ceux qu’ils invitent sont des personnes, qui, d’ailleurs, en vertu de vos propres principes, se trouvent ordonnés à l’Eglise catholique, puisqu’ils sont comme nous tous, volens nolens, sur le chemin du salut ou de la damnation.

Dans votre premier point, vous faisiez déjà cette confusion « lourde de sens » dirais-je pour reprendre votre langage, entre les religions et les religieux. je vous cite : « Comment l’abbé de T. peut-il laisser entendre que les religions convoquées par Benoît XVI répondent à la définition de la religion naturelle? » Ce n’est pas ce que j’ai expliqué. J’ai simplement dit que Benoît XVI, au nom d’un pouvoir spirituel mondial, qui a quelque chose de maurrassien ou de comtien, entendait rappeler aux religieux, présents pour Assise III, le caractère normatif de la vertu naturelle de religion, au moins sous l’angle de la paix qu’elle doit promouvoir entre les hommes. Il ne s’agit pas, ni pour le pape ni pour moi, de dire que les religions « vérifient la définition de la religion naturelle« . Bien sûr que non ! Le bouddhisme par exemple n’a pas une conception claire de Dieu… il n’est pas question de dire qu’il « vérifie la définition de la religion naturelle« . Et on pourrait multiplier les exemples.

Patrick, vraiment là, où vous ne comprenez rien, ou vous voulez vraiment me faire passer pour un âne. Je dis simplement que le pape, en tant que souverain spirituel de l’humanité de facto a un rôle à jouer dans la pacification religieuse du monde, un rôle auprès des personnes, faisant appel à la vertu naturelle de religion qui est dans leur coeur, pour que cessent les guerres religieuses, guerre de l’islamisme contre le monde libre, guerre des Hindouistes contre les autres religions dans leur propre pays etc.

 

Il me semble avoir répondu clairement à votre mise en cause. Je vous reproche une fausse accusation de subjectivisme et une fausse référence à Thomas pour l’appuyer ; une théologie approximative de la nature et de la grâce, avec risque de pseudosupernaturalismus ; et enfin une confusion très dommageable entre les religions et les religieux, l’islam et les musulmans par exemple. Je suis tout à fait près à un débat public avec vous, au Centre Saint Paul ou ailleurs, à Nantes pourquoi pas, j’y ai d’excellents amis que je salue : à votre convenance nous pourrions nous retrouver sur ces sujets difficiles. Il me semble que la vérité n’avance pas masquée, qu’elle n’a pas besoin de se cacher dans des cénacles et qu’en un mot, comme dirait Pascal, « jamais les saints ne se sont tus« . Quod in aure auditis, praedicate super tecta ! Dans cette discussion, nous pourrions contribuer à une critique constructive du Concile, ainsi que certainement le préambule doctrinal vous en donne le droit et nous préparerions l’avenir de cette Église que nous aimons, l’avenir qui n’est certainement pas Vatican II.

Vous parlez – c’est un peu mélo – de « ces confrères que nous avons aimés« , comme si ce sentiment d’estime devait se conjuguer au passé. Quant à moi Patrick, je vous le dis, avec le seul bénéfice de l’âge : je vous ai eu comme élève en philosophie à l’École saint-Michel. Vous aviez déjà ce brio et cette audace qui sont les vôtres aujourd’hui. Vous êtes un bon combattant ! Acceptez de rentrer vraiment dans le débat théologique et vous verrez que Vatican II, texte flou, long, ambigu, est derrière nous et que, selon l’appel de Benoît XVI au n°19 de Spe salvi, l’essentiel aujourd’hui est de revenir au ressort profond de la foi, qui doit sauver non pas une chapelle crispée sur des thématiques mal verrouillées, mais tous les hommes de bonne volonté. C’est à cette tâche et à rien moins que nous conduit notre sacerdoce. Je vous le dis avec toute mon amitié.

E- Réponse de M l’abbé de Tanoüarn au communiqué de M l’abbé de Cacqueray, sur Assise III

mercredi 5 octobre 2011

Etrange violence : l’abbé de la dernière cartouche

par l’abbé Guillaume de Tanoüarn
Que s’est-il passé dans l’esprit de l’abbé de Cacqueray ?

Le 12 septembre dernier, il publiait un texte sous sa signature, dans lequel la théologie se mariait assez volontiers avec l’outrance. Dès le 12 septembre, sur ce blog, j’ai proposé à mon cher cousin cinq arguments qui me paraissaient montrer de façon péremptoire que de même que les JMJ de Madrid n’avait à peu près rien à voir avec les JMJ de Denver, de même le sommet inter-religieux Assise III convoqué par Benoît XVI en octobre 2011 ne s’identifiait en rien avec Assise I, convoqué en 1986 par Jean Paul II. Je proposais cinq points. L’abbé de La Rocque, reconnaissant sa pensée en difficulté, a produit une réponse à ma réfutation dans L’Hermine du mois d’octobre. Elle est en trois points. Il me semble y avoir répondu sous le titre Megabuzz. Beaucoup de fidèles de la FSSPX, en particulier sur leur Forum Fecit, ont été sensibles à cette réfutation de l’abbé de La Rocque, qui était en même temps une défense d’Assise III.

Mais, depuis, je n’ai pas eu un mot de l’abbé de La Rocque. Encore moins de l’abbé de Cacqueray. Etrange silence.

L’un et l’autre considèrent peut-être que le temps du logos est terminé. Vient le temps du scandale. J’annonce cette nouvelle en me fondant sur le Forum Fecit, quitte à ce qu’il y ait confirmation par des instances mieux habilitées. Je souhaite bien sûr que ce texte soit un faux. En voici l’extrait le plus significatif. L’abbé de Cacqueray explique qu’à l’occasion de la saint François d’Assise (4 octobre), il va demander pardon pour le péché d’Assise. Voici son projet :

« - En réparation de la convocation de la célébration de la scandaleuse réunion interreligieuse d’Assise qui aura lieu le 27 octobre prochain et pour obtenir de Dieu que cette réunion n’ait pas lieu, le district de France fera célébrer mille messes.
- En réparation des 33 représentations blasphématoires contre la Passion de Notre Seigneur dont la programmation a été confirmée dans différentes villes de France et pour obtenir de Dieu qu’elles n’aient pas lieu, le district de France fera célébrer 330 messes.
- En outre, chaque prieuré du district de France célébrera une messe publique de réparation et chaque prêtre célébrera également une messe de réparation.
Nous invitons instamment tous les catholiques à entrer dans cet esprit d’expiation, de pénitence et de réparation de ces terribles péchés publics ».

Il me semble intolérable de mettre l’acte que va poser le pape à Assise le 27 octobre sur le même plan que des sacrilèges comme le Pisschrist ou comme ces représentations théâtrales au cours desquelles, à l’occasion d’un picnic, on joue avec des rondelles de carton blanc représentant des hosties.

Intolérable parce que l’abbé de Cacqueray et son staff, ayant publié leur avis « théologique », n’ont pas été capables de répondre posément à mes critiques fondées et ont finalement choisi le silence de la raison et les canons de la déchirure.

Intolérable parce que tous les prieurs du District de France sont sommés de s’associer par une messe publique à cette mascarade. Les pauvres !

Attention ! A traiter le pape de scandaleux, selon le bon vieux principe de l’arroseur arrosé, c’est l’insulteur qui devient lui-même un scandale. Quant au scandale qu’il déclare éprouver, parce qu’il refuse de le fonder en raison, parce qu’il est inaccessible à la discussion raisonnable, on peut le suspecter d’être ce que l’on appelait naguère au séminaire d’Ecône, d’après le bon vieux Prümmer un scandale pharisaïque.

J’avoue que je ne voyais pas d’explication à cette violence. Et puis je me suis rappelé deux textes de l’abbé de Cacqueray publiés en avril 2008 et toujours en lecture sur la Porte Latine. Je les offre à mes lecteurs. il me semble qu’ils expliquent beaucoup de chose. L’abbé de Cacuqeray lui-même déclare, après avoir écrit ces textes que vous allez lire, que ces apologues, qui, selon lui, sont des considérations sur la Providence, ont motivé son engagement dans la FSSPX. Par les temps qui courent, je crains que, se prenant soudain pour le meilleur tireur, il se soit d’abord tiré une balle dans le pied… Mais jugez-en vous-mêmes, je reproduis ici ses textes, qui prennent une tonalité cruelle à la lumière de l’événement, mais je vous les offre tels qu’ils sont sur la Porte latine, à la virgule près, sans en changer une ligne :

 
Les deux apologues de la Dernière cartouche

Premier apologue
Au soir de cette journée, les chasseurs venaient de renverser leurs étuis : il ne leur restait plus qu’une unique et dernière cartouche. Tout naturellement, ils la remirent à celui d’entre eux qui était le meilleur fusil. En temps habituel, aucun n’aurait assurément reconnu cette supériorité de l’un d’entre eux sur les autres. Mais l’heure était suffisamment grave pour que beaucoup de sentiments d’amour-propre disparussent d’eux-mêmes. A ce dernier coup de feu, bientôt tiré, se trouverait en effet suspendue la survie de toute la population. Voilà des mois qu’ils combattaient une bête maléfique qui dévastait leurs habitations et, du cercle des chasseurs qu’ils formaient, il n’en était pas un qui ne pleurait quelque membre de sa famille emporté dans la gueule du monstre. Ils savaient, puisqu’ils avaient épuisé leur poudre, qu’ils y passeraient tous si la dernière cartouche manquait sa cible.
Ils n’avaient pas hésité à désigner leur champion. Mais aucun d’eux ne pouvait s’empêcher de penser qu’avec cette dernière cartouche, c’était aussi sa vie et celle de tous les siens qui se trouvait remise entre les mains d’un seul homme ! Ils se le chuchotaient entre eux et leur inquiétude montait. Chacun pensait intensément- car aucun n’était inexpérimenté dans l’art de la chasse ni ne manquait d’une réelle connaissance du terrain- au choix du meilleur affût pour se poster, de l’instant le plus favorable du jour, pour ce coup qu’il restait à tirer.
Tandis que les nouvelles les plus sombres des horreurs commises par la bête continuaient de leur arriver, certains estimèrent nécessaire de donner à leur camarade, en plus de la dernière cartouche, leurs avis et vives recommandations. Ce fut un brouhaha d’opinions divergentes. Plusieurs, conscients des ravages opérés par la bête, alors même qu’on était encore en train de réfléchir et de parler, plaidaient pour qu’on ne perdît plus de temps et que l’affrontement, de toute façon inévitable, eût lieu au plus vite. D’autres, non moins justement, rétorquaient qu’à se précipiter sans avoir pris le temps de choisir le meilleur guet, le coup serait manqué et la population entière définitivement livrée à la bête. La discorde augmentait leur peine. Voilà que ceux qui devaient combattre un si grand ennemi commun se retrouvaient, à l’heure la plus grave, presque fâchés entre eux.
Les premiers se tournaient vers leur champion et le sommaient de courir sus à la bête sans plus attendre. Les autres le retenaient par la manche et lui reprochaient de penser à partir au combat sans plus de réflexion. Ils ne semblaient pas s’apercevoir que par leur désunion, le ton de leur querelle et cette soudaine appréhension, ils lui faisaient endurer deux combats au lieu d’un seul, au risque de le voir arriver affaibli pour le duel décisif.
Mais lui, conscient et même compréhensif de leur mélange de méfiance et de confiance, écoutait leurs avis et en retenait le meilleur. Il savait, depuis qu’ils avaient fait ce geste de lui remettre leur dernière cartouche et depuis qu’elle était bien passée de leurs mains dans les siennes, que, à un instant donné qui ne manquerait pas de survenir, c’est lui et lui seul qui se retrouverait devant la bête, face à face, et lui seul qui appuierait sur la gâchette.
Chasseurs ! Si vous les croyez justes, donnez tous vos conseils de chasseur à votre champion mais prenez garde cependant de ne pas l’accabler ! Il vous est évidemment difficile de remettre votre vie entre les mains de l’un des vôtres mais souvenez-vous -c’est ainsi- qu’une cartouche n’est jamais tirée que par un seul homme.

Deuxième apologue
Lorsque son étui est bien garni, le fier chasseur ne regarde pas à ses cartouches. Il se saisit impatiemment de chacune puis, qu’elle ait ou non atteint sa cible, c’est toujours son fusil, puisque la cartouche n’est plus là pour l’entendre, ou qu’il gronde ou qu’il congratule ; ce n’est jamais la cartouche.
Mais, lorsqu’au soir de la journée, il ne lui reste plus que la dernière, voyez donc comme il la regarde, comme il la traite avec respect, comme il la polit entre ses mains ! On dirait que d’être sa dernière l’a comme transfigurée à ses yeux, qu’elle en a brusquement reçu un surcroît d’être qu’elle ne possédait pas, qu’elle mérite désormais les plus grands égards. Sans doute veut-il la tirer mais il veut encore moins la gaspiller ! Alors que le crépuscule descend, il pense qu’elle seule pourra lui procurer le couronnement de sa journée et l’ovation de ses pairs.
Le chasseur veut donc – et pour cause !- ne tirer qu’ »à coup sûr ». Mais, à dire vrai, qul est le sens de cette expression ? Ne signifie-t-elle pas qu’il faut seulement tirer lorsqu’il n’y a plus aucune chance de manquer la bête maléfique ? Cependant est-ce jamais possible ? Y a-t-il un chasseur sans faiblesse et un fusil sans défaut à qui le triomphe soit garanti ?
S’il ne reste au dernier des chasseurs qu’une dernière cartouche pour tuer la bête maléfique, avant la tombée de la nuit, chacun comprend que le chasseur, les autres chasseurs et la population ne risquent la mort que pour deux motifs possibles. Il est certain qu’ils mourront si la cartouche n’est pas tirée à la nuit tombée. Ils mourront également si elle est tirée mais qu’elle manque la bête. N’apparaît-il donc pas qu’il vaut encore mieux se risquer à tirer plutôt que de ne pas tirer ?
Cependant, cette certitude, au yeux du détenteur de la dernière cartouche, ne constitue pour autant qu’un premier principe de sa stratégie. Il sait bien qu’elle ne le dispense nullement de se mettre en quête de toutes les circonstances qui rendront, lorsqu’il tirera, son âme paisible, parce que son coup, prudemment et parfaitement calculé, sera un coup de maître.

Comme illustration de ces deux apologues.
Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, il semble que la dernière cartouche qui doive être tirée sur l’hydre moderniste soit la Fraternité Saint-Pie X.
Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, si cette dernière cartouche n’est jamais tirée, la bête ne sera pas tuée et finira par étouffer l’Eglise.
Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, si cette dernière cartouche est mal tirée, la bête ne sera pas tuée et finira par étouffer l’Eglise.
Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, la Fraternité Saint-Pie X est cette dernière cartouche qui sera tirée, depuis le bon affût et à l’instant convenable, et elle tuera la bête.
C’est à la lumière de telles considérations sur la Providence que nous avons donné notre confiance à la Fraternité.

Suresnes, Avril 2008
Abbé Régis de Cacqueray-Valménier, 
Supérieur du District de France de la Fraternité Saint-Pie X.

 
 

B-

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