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Le bon droit de la messe « tridentine ». Pour une célébration publique

Le bon droit de la messe « tridentine ». Pour une célébration publique

publié dans nouvelles de chrétienté le 18 septembre 2009


 

Avec le Motu Proprio « Summorum pontificum » de Benoît XVI, la messe « tridentine » a retrouvé son bon droit dans la sainte Eglise, son « droit de cité » C’est l’article 1 du document : « Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le B. Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique…. Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. J ean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église ».

Fort bien. Et le pape précise alors les conditions de sa célébration publique. Elle peut être célébrée dans les oratoires publics des Instituts « Ecclesia Dei » avec la présence de fidèles et dans les églises paroissiales diocésaines, avec l’accord du curé. Il n’est pas dit qu’elle doit être célébré uniquement « privativement ». Ce qui serait le comble de la contradiction. Cette législation abrogeait toute autre législation antérieure. Nous étions le 7 juillet 2007

Pourtant, un jour, alors que je me trouvais encore à Vichy, je recevais de l’archevêché de Clermont, mon « celebret » – le papier en quelque sorte d’identité du prêtre dans un diocèse – avec un note, une astérisque : vous ne pouvez célébrer la messe tridentine que « privatim », en privé. Nous étions le 28 avril 2006, un peu plus d’un an avant le Motu Proprio de Benoît XVI. Vous imaginez que ce « privatim », écrit de la main de l’évêque sur mon « celebret », ne me fit pas plaisir. Je l’exprimais sur mon site Item en deux articles de « Regard sur le monde politique et religieux », les 16 et 23 mai 2006.

Le temps passa sans réaction particulière de Mgr Hippolyte Simon. Mais le 25 septembre 2008, un peu plus d’un an après la publication du Motu Proprio de Benoît XVI réhabilitant publiquement la messe « tridentine », il me donnait rendez-vous à Paris à la maison centrale de l’épiscopat français à Paris, 58 avenue de Breteuil, Paris 7ème, , rendez-vous que j’honorais. Il voulait me parler d’une affaire de règlement d’une somme à valoir à la Cavimac, notre organisme social, règlement qui semblait conditionner le versement de ma retraite que je ne touchais toujours pas alors que j’aurais du la toucher dès le 25 mai 2005. La chose était relativement importante pour moi. Il acceptait d’en assurer le règlement, me dit-il, mais me demandait de retirer les deux articles de 2006, de mon site. Je dois dire que je ne me souvenais plus très bien de l’objet de ces articles…Ma mémoire me fait souvent défaut. Ce n’est pas le cas de Mgr Hippolyte Simon, croyez moi. Quoiqu’il en soit, je lui ai dit immédiatement qu’il n’en était pas question. Le dialogue a tourné court. J’ai eu l’occasion, quelques jours après d’en informer l’économe du diocèse… Quoi qu’il en soit, de retour à mon studio, je revois mes articles de l’époque. J’ai tout de suite compris la raison de la demande de l’évêque. Mes articles sont toujours sur le site, dans les archives de 2006. Je n’ai rien enlevé et pour cause.

En mars 2009, je reçus, ce qui m’étonna fort, de Mgr Perl un courriel puis la lettre m’annonçant que Mgr Hippolyte Simon demandait à la Commission Ecclesia Dei mon ex cardination. Ma situation n’était pas claire et il ajoutait que, sur mon site, je critiquais Benoît XVI. Je lui répondis qu’ayant toujours été incardiné au diocèse de Clermont, même du temps de Mgr Lefebvre et de mon attachement à la FSSPX, je ne voyais pas la raison de changer cette ancienne et longue disposition. Je pense que mon refus de retirer de mon site les articles concernant Mgr Hippolyte Simon, l’indisposait fort… Et pour cause.
Je vous prends à témoin.
Vous comprendrez que Mgr Simon ne sera pas le premier des évêques de France à appliquer dans toute son ampleur le Motu Proprio de Benoît XVI. Ainsi vont les choses.

Voici la lettre ouverte que j’adressais à Mgr Simon. Nous étions le 23 mai 2006. C’est le n° 90 de « Regard sur le monde »

Vous avez dit « Privatim » Monseigneur !

Vous venez de me faire adresser, Monseigneur, par votre chancelier, le 3 mai dernier, le document ecclésiastique qu’on appelle officiellement « lettres de recommandation ». Entre nous, on l’appelle « celebret ». C’est son nom ordinaire. Il est signé de votre chancelier, contre signé de votre main et daté du 28 avril 2006. Il est valable pour un an. Le « celebret » est pour le prêtre un peu comme la carte d’identité pour le citoyen. C’est un document important. C’est un document administratif, public, « ad usum publicum ». Il affirme que je suis bien prêtre, que j’ai bien reçu le sacerdoce, que je peux à la fois « célébrer la sainte messe et entendre les confessions selon les normes du droit », que je ne souffre d’aucun empêchement pour ce double ministère. Vous l’attestez –testificatur- vous-même, qui plus est en latin. Vous écrivez que « prebyterum diocesis Paul Aulangier non impedimento esse ei ad missam celebrandam et fuisse adprobatum ad audiendas secundum normas iuris »

Vous me le confirmiez, du reste, dans votre bureau de l’archevêché de Clermont lorsque vous me transmettiez l’acceptation de ma profession de foi par le cardinal Castrillon Hoyos.
C’est ce que vous attestez officiellement, de nouveau, par ce « celebret » ou « lettres de recommandation ».

Ces « lettres de recommandations » sont vraiment importantes pour un prêtre car, sans elles, il peut ne pas être autorisé, par le recteur ou le curé d’une église, à y célébrer la sainte messe. C’est ce qu’affirme le Can. 903 du Code de Droit canon : « Un prêtre, même inconnu du recteur de l’église, sera par lui (admis) à célébrer pourvu qu’il lui présente les lettres de recommandation de son Ordinaire ou de son Supérieur, délivrées au moins dans l’année, ou que le recteur puisse juger prudemment que rien ne l’empêche de célébrer ». S’il ne les a pas, il peut lui refuser la célébration des saints mystères. C’est un peu comme la carte d’identité. Sans elle, vous ne passez pas les frontières.

Vous comprenez, Monseigneur, combien ce document m’est précieux, moi qui ai vécu toute ma vie sacerdotale comme « traqué ». Oui « traqué ». Je vous assure que ce n’est pas agréable…J’ai du souvent rusé dans les sacristies, faire comme si j’allais dire la « nouvelle » messe, partir avec le nouveau missel et mettre sous mon bras le petit missel romain, celui que j’aime, que l’Eglise m’a aussi transmis et que Mgr Lefebvre m’a appris à aimer. Cela n’a rien d’agréable.

Mais vous ajoutez de votre main sur ce celebret après le « ad missam celebrandam » un petit astérisque qui me renvoie en marge, à un mot écrit en lettres capitales : « PRIVATIM ».

Je ne serais donc autorisé à dire la sainte messe dite de saint Pie V qu’en privé. Vous me l’avez dit oralement, il est vrai, puis confirmé par lettre privée. Je n’étais habilité qu’à célébrer la messe « tridentine » que dans ma paroisse d’Ambert pour quelques membres de ma famille et amis ou dans les oratoires privés du monastère de Randol.

Vous m’avez même interdit la célébration d’une messe de mariage au beau sanctuaire de Saint Saturnin. Je ne faisais que rendre service à un confrère, à la famille pour laquelle j’avais obtenu, grâce à mes relations romaines, une belle bénédiction du Souverain Pontife. Le curé responsable, que la famille avait informé, avait donné son accord. Rien ne fut caché. Ni le nom du prêtre, donné expressément : l’abbé Paul Aulagnier ni le rite utilisé : le rite saint Pie V. Vous avez appris la chose. Et vous avez mis toute votre autorité en jeu pour l’empêcher in extremis. C’était en votre pouvoir. Mais cette interdiction m’était faite non pas en raison de mes irrégularités canoniques ou peines canoniques, puisque vous aviez reconnu et que vous confessiez publiquement qu’ils n’y en avaient pas, mais simplement parce que je disais et célébrais la messe saint Pie V…et qu’elle était célébrée par moi-même…C’était le fait du « prince ». La famille dut s’adresser à un autre prêtre qui, lui, a reçu les consentements des jeunes fiancés dans le rites saint Pie V et a célébré la sainte messe dans le rite de saint Pie V…avec le consentement du curé et le votre. Vous ne vous y êtes pas opposés…Allez voir pourquoi ? Allez comprendre ?
J’ai accepté sans rien dire cet ordre humiliant et pas très raisonnable …Vous êtes tout puissant sur vos prêtres. Cet ordre, toutefois, restait privé…Je me suis tenu tranquille dans le diocèse…pensant que des jours meilleurs viendraient…Je n’avais pas le choix !

Mais là, dans la délivrance de ce « celebret », dans ce document public, officiel, vous notifiez, cette fois publiquement, que je ne peux célébrer la sainte messe que «PRIVATIM », sans public, qu’en privé. La chose est dès lors différente. Elle devient publique. Elle ne touche pas seulement ma personne. Elle touche aussi l’Eglise, son bien, son patrimoine, son être historique, la messe dite de saint Pie V.

Cette messe traditionnelle, latine et grégorienne dite de saint Pie V est le bien de l’Eglise. Elle ne peut être mise au rancard, dans un placard. Elle peut être célébrée publiquement par tout prêtre, en ordre canoniquement. C’est mon cas. C’est ce que je voudrais faire valoir à votre autorité.

Vous me permettrez, Monseigneur, respectueusement, cette argumentation.

Ce rite dit de Saint Pie V est multiséculaire.

Le rite que je célèbre, depuis mon ordination, le 17 octobre 1971, est un rite  » canonisé  » par la Bulle « Quo Primum Tempore » de Saint Pie V. Ce rite est multiséculaire.

Il est plus que centenaire puisqu’il remonte au 13 juillet 1570, date de publication de cette Bulle par Saint Pie V. Mais, Saint Pie V n’a fait que « réviser » le rite de la messe comme le dit Monseigneur K GAMBER dans son livre « La réforme liturgique en question » aux Editions Sainte Madeleine 1992 -page 16, préfacé par les Cardinaux RATZINGER et STICKLER :

« La liturgie romaine est restée à travers les siècles presque inchangée dans sa forme initiale, faite de simplicité et même d’austérité. Elle représente en tout cas le rite le plus ancien. Au cours des temps, plusieurs papes y ont apporté des modifications rédactionnelles, comme le fit dès le début le pape saint Damase (366-384) et, plus tard surtout saint Grégoire le grand (590-604) … »

« La liturgie damaso-grégorienne est restée en vigueur dans l’Eglise catholique romaine jusqu’à la réforme liturgique actuelle ».

« C’est pourquoi il est contraire aux faits de dire, comme il arrive souvent aujourd’hui, qu’on a aboli le « missel de saint Pie V ». Les modifications apportées au missel romain durant près de 1400 ans n’ont en rien touché au rite proprement dit, contrairement à ce que nous vivons aujourd’hui dans des proportions effrayantes; il s’est seulement agi d’enrichissements en fêtes nouvelles, en formulaires de messe et en certaines prières … » (p 16).

 » Le canon de la messe, à quelques modifications près effectuées sous saint Grégoire 1er (590- 604), avait atteint dès Gélase 1er (492-496) la forme qu’il a gardée jusqu’ici « .

Cette messe est donc une coutume immémoriale.

Elle rentre dans « ces coutumes centenaires ou immémoriales » au sujet desquels le canon 28 du nouveau code reprenant le canon 30 du code de Benoît XV dit : « la coutume…est révoquée par le moyen d’une loi contraire mais s’il n’est pas fait expressément mention, les lois (contraires) ne révoquent pas les coutumes centenaires ou immémoriales « .

Il y a une hiérarchie dans les lois.

S’il en est ainsi, il était donc nécessaire de faire figurer, dans la Constitution « Missale Romanum » du même Pontife, instituant la nouvelle messe, celle dite de Paul VI, une mention expresse révoquant la coutume immémoriale, du type « non obstante quacumque consuetudine etiam centenaria et immemorabili » ou autre formule semblable (voir Padre Masseo da Casola o.f.m. cap.Compendio di Diritto Canonico Marietti 1967- p. 91).

La formule générique utilisée par Paul VI: « Non obstantibus (…) Constitutionibus et Ordinationibus Apostolicis a praedecessoribus Nostris editis » (« nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques données par nos prédécesseurs « ) peut tout au plus autoriser une discussion sur l’abrogation éventuelle de la Bulle Quo Primum Tempore de Saint Pie V et d’une manière générale des normes superposées par Saint Pie V au rite romain traditionnel mais elle ne touche pas le rite romain traditionnel en tant qu’il est une coutume immémoriale.

Certes, on sait que Paul VI engagea « son autorité pontificale elle-même » dans cette affaire de réforme liturgique. Il le fit expressément dans son allocution au Consistoire du 24 mai 1974. Il demanda bien, devant tous les cardinaux réunis, publiquement, solennellement obéissance à la réforme liturgique. Elle « engage le Concile ». Elle engage surtout « l’autorité pontificale elle-même ». Il le dit formellement : « « C’est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques de célébrer dans la dignité et la ferveur la liturgie rénovée. »

« C’est donc avec une profonde amertume, mais aussi avec une paternelle espérance que nous nous adressons une fois de plus à ce confrère (Mgr Lefebvre), à ses collaborateurs et à ceux qui se sont laissés entraîner par eux… Nous comprenons leur attachement sentimental à des formes de culte et de discipline auxquelles ils étaient habitués, qui pendant longtemps ont été pour eux un soutien spirituel et dans lesquelles ils avaient trouvé une nourriture spirituelle. Mais nous avons le ferme espoir qu’ils sauront réfléchir avec sérénité sans parti pris, et qu’ils voudront admettre qu’ils peuvent trouver aujourd’hui le soutien et la nourriture auxquels ils aspirent dans les formes renouvelées que le Concile Vatican II et nous-même avons décrétées comme nécessaires pour le bien de l’Eglise, pour son progrès dans le monde contemporain, pour son unité »

Pour le pape Paul VI, la messe nouvelle est obligatoire. La messe traditionnelle, elle, est interdite.
Le Vatican – le pape, son entourage – veut l’instauration dans l’Eglise de la nouvelle messe, celle de Paul VI, à l’exclusion de toute autre. Le Pape le dit clairement.

« Rome » rejette de son sein la coutume immémoriale de la messe de Saint Pie V. Elle n’en veut plus. Elle n’est plus agréée.

Chose étonnante. Chose stupéfiante. Sans doute. C’est une des raisons de la crise de l’Eglise.

Mais les formes canoniques n’ont pas été respectées. C’est la thèse brillante d’un abbé Dulac. Toutefois, et voilà le drame… les « intentions pontificales » ne peuvent pas être exprimées d’une manière plus claire. La messe traditionnelle a vécu. Elle n’est plus.

Mais qu’est-ce que cela ? Qu’est-ce qu’un discours par rapport à une coutume immémoriale de l’Eglise ?

Alors dire, ou laisser dire que, par cette seule Constitution « Missale romanum » du 3 avril 1969 ou par ce seul discours du 24 mai 1974, la coutume immémoriale qu’est la messe dite de saint Pie V, ait été supprimée, c’est excessif.

Il y a là manifestement un abus de droit
Il y a manifestement un abus de pouvoir.

Il y a, en effet, dans l’Eglise, comme dans toute société, une hiérarchie des lois. Un simple décret ne peut abolir une loi constitutionnelle… comme un simple discours, une coutume immémoriale. Autrement c’est établir l’arbitraire.

Je vous ferai de plus remarquer, Monseigneur, que ni les allocutions successives de Paul VI, ni les diverses instructions et notifications de la Congrégation pour le Culte Divin ne peuvent suppléer au silence de la Constitution Apostolique « Missale Romanum » du 3 avril 1969 :
- soit parce que les documents « se présentent comme de simples actes interprétatifs et exécutifs de la Constitution Missale Romanum »;

- soit parce que étant approuvés simplement en forme commune, ils n’ont pas les pouvoirs de déroger, abroger, ou obroger quoique ce soit par leur propre autorité (Prof. Neri Capponi).

La commission cardinalice de 1986.

Il faut enfin remarquer, Monseigneur, qu’une commission de 9 cardinaux nommée par le Pape Jean-Paul II en 1986 affirma, pour sa part, à 8 cardinaux sur 9, que la Bulle Quo Primum Tempore n’a pas été abrogée -j’ajoute ici ni explicitement ni tacitement. J’ai raconté tout cela, dans le menu, dans le chapitre 4 de mon livre la « Bataille de la Messe » (aux Ed, de Paris). Il est vrai que vous ne l’avez pas lu. Vous n’aimez pas « la bataille »…Pourtant vous l’a faite, Monseigneur….

C’est le témoignage donné par le Cardinal STICKLER en juillet 1995, dans une interview exprimée à Latin Mass Society, aux USA.

La conclusion: la messe dite de Saint Pie V est un vrai droit pour tout catholique

La conclusion à tirer, Monseigneur, est la suivante, Jean Madiran le dit bien dans Présent du Samedi 20 mai 2006:
« Le missel romain de saint Pie V est un rite officiel de l’Eglise, hors d’atteinte de toute abolition » ou de toute limitation. « Les promulgations pontificales de 1969 et 1970 ont bien existé, elles ont simplement pu installer un second rite romain officiel, (NB : j’ajouterai toutefois, quant à moi : en ce domaine tout ne fut pas clair) coexistant avec le précédent, elles ne pouvaient faire valablement davantage et la situation, plus clairement aperçue désormais, est celle de la légalité canonique simultanée du rite traditionnel et du rite de Paul VI »

Si la volonté de Paul VI avait été celle d’abroger les formes liturgiques précédentes, il aurait dû le dire explicitement, l’exprimer dans les formes requises puisqu’il s’agissait pour le rite traditionnel d’une coutume immémoriale.

Puisqu’il ne l’a pas dit ni fait dans les formes, le rite romain traditionnel, appelé improprement de Saint Pie V, est toujours en vigueur, au moins « vi consuetudinis », « par la force de la coutume ». Il n’a pas à être limité par votre propre autorité, Monseigneur. Il n’a pas à être octroyé ni à être ôté. Il n’a pas à être déclaré être célébré en privé ou en public. Il est simplement à être reconnu et à être respecté dans les dispositions réglant son emploi à côtés des rites ou du rite réformé.

Si donc il est toujours en vigueur, il est légitime de le célébrer. Il est un droit » propre à tout fidèle ..

J’invoque donc, à ce sujet, Monseigneur, le canon 96 contre votre « PRIVATIM», contre votre « astérisque » mise indûment dans mon « celebret ». Ce canon, en effet, est ainsi libellé: « par le baptême, un être humain est incorporé à l’église du Christ et y est constitué comme personne avec les obligations et les droits qui sont propres aux chrétiens ». Or le rite dit de Saint Pie V est un rite catholique, et donc un droit catholique pour tout baptisé. N’oubliez pas, Monseigneur que le rite improprement appelé « tridentin » est d’un usage universel et multiséculaire, d’usage constant et libre, bien avant la Constitution apostolique Quo Primum Tempore.

Je fonde également ma réclamation sur le canon 214 qui dit: « Les fidèles ont le droit de rendre le culte à Dieu selon les dispositions de leur rite propre approuvé par les pasteurs légitimes de l’église ». J’ai donc le droit de rendre le culte à Dieu, par la célébration de la Sainte Messe dans le rite dit de Saint Pie V, sans aucune limitation dans le temps et dans l’espace.

Et si je n’obtiens pas satisfaction, à savoir : l’envoi d’un autre « celebret » sans cette mention : «PRIVATIM », je ferais recours au canon 221 -§ 1 : « Il appartient aux fidèles de revendiquer légitimement les droits dont ils jouissent dans l’Eglise et de les défendre devant le for ecclésiastique compétent, selon le droit ».

De plus, ne pensez-vous pas que ce « PRIVATIM » en matière liturgique est, dans la situation actuelle du corps épiscopal français, assez mal venu?

Nous voilà arrivés à une époque où l’épiscopat français prenant enfin compte du fait « traditionaliste » dans les diocèses, semble vouloir ouvrir le « dialogue » et donner, avec prudence, gain de cause aux légitimes réclamations des traditionalistes en matière liturgique.
Ce sont les conclusions de votre assemblée générale de printemps à Lourdes, les 5,6,7 avril 2006. Vous semblez vouloir « bien articuler l’accueil de la diversité ». Vous désirez « reconnaître la place dans l’Eglise d’une diversité de sensibilités liturgiques et d’animations ecclésiales… ». Croyiez-vous y réussir en limitant le zèle de ces prêtres à la célébration de la messe tridentine d’une manière « PRIVATIM» ? Le pensez, ne serait pas raisonnable !

Et si vous vous ordonnez à la création de paroisses personnelles dans vos diocèses sous votre autorité, – il est vrai que vous, vous ne les voulez pas…- vous ne pourrez tout de même pas les obliger à une « messe PRIVATIM ». Votre « PRIVATIM », Monseigneur, est anachronique. Il ne correspond pas aux intentions épiscopales…Seriez-vous au sein de l’épiscopat dans l’isolement, dans la division ?

Vous savez bien également que le pape Benoît XVI désire régler ce problème liturgique au plus vite en reconnaissant la légitime existence du rite tridentin. Il n’a jamais lui non plus parlé de limiter l’usage de ce droit en une célébration «PRIVATIM ». Bien mieux, il disait important « de cesser de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970. Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Eglise. On méprise par là tout le passé de l’Eglise…J’avoue aussi que je ne comprends pas pourquoi beaucoup de mes confrères évêques se soumettent à cette loi d’intolérance qui s’oppose aux réconciliations nécessaires dans l’Eglise sans raison valable ». (Voici quel est notre Dieu. p. 291).

Enfin le cardinal Barbarin, Primat des Gaules vient de donner « l’imprimatur » à un « Paroissial » intitulé Jubilate Deo. Il l’a donnée, en date du 22 février 2006. – Vous le voyez c’est tout récent – Or ce livre d’Eglise, ce « Paroissial » est au service des prêtres et des fidèles vivant de la liturgie traditionnelle ». Il n’ y a là encore aucune restriction dans le droit de la célébration de cette liturgie…comme vous voulez m’y obliger. C’est, tout simplement, une nouvelle reconnaissance du « droit de cité » dans l’Eglise de cette liturgie ancestrale que célébrait devant une immense foule le cardinal Castrillon Hoyos et à Campos lors de la messe des sacres de Mgr Rifan, le 15 août 2002 et à Sainte Marie Majeur, à Rome.

Je suis, de votre Excellence, l’humble serviteur en NSJC.
Abbé Paul Aulagnier

Et le 16 mai 2006, j’écrivais un autre papier intitulé « ad missam celebradam »* PRIVATIM, j’en redonne un passage :

« Oh ! comme ce « PRIVATIM » est injuste, injurieux et faux.

Certes, il me touche d’abord. Il touche ma personne. Il touche surtout mon sacerdoce que j’ai reçu des mains de Mgr Lefebvre, ce grand missionnaire, le 17 octobre 1971, d’une manière tout à fait légale, avec les « démissoires » de mon évêque, Mgr de La Chanonie, évêque, à l’époque, de Clermont, me laissant à la disposition de Mgr Lefebvre et de la FSSPX qu’il fondait. Il m’a confié ce trésor, cette messe pour que je puisse la célébrer et puisse en faire bénéficier le plus grand nombre. Pour que je puisse rendre d’abord à Dieu, par elle, « tout honneur et toute gloire », « omnis honor et gloria ». Pour que je puisse par ce sacrifice du Christ auquel je suis ontologiquement lié, sanctifier toutes les générations et obtenir le pardon des offenses des vivants et des morts. C’est bien la finalité de la rédemption qui se perpétue par les mains du prêtre…Je communie à cet enseignement de l’Eglise qu’elle rappelle dans son canon 897 : « Le Sacrement le plus vénérable est la très sainte Eucharistie dans laquelle le Christ Seigneur lui-même est contenu, offert et reçu, et par laquelle l’Église vit et croît continuellement. Le Sacrifice eucharistique, mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, dans lequel le Sacrifice de la croix est perpétué au long des siècles, est le sommet et la source de tout le culte et de toute la vie chrétienne, par lequel est signifiée et réalisée l’unité du peuple de Dieu et s’achève la construction du Corps du Christ. En effet, les autres sacrements et toutes les oeuvres d’apostolat de l’Église sont étroitement liés à la très sainte Eucharistie et y sont ordonnés ».

Et c’est cette messe qui fait la joie du prêtre, sa raison d’être, son enthousiasme…Il trouve toute consolation dans son ministère, dans son ministère dominical…où tout le peuple de fidèles l’entoure, chante et confesse avec fierté, la gloire de Dieu, s’approche de la Sainte Table pour y recevoir l’Eucharistie, le Seigneur, le Bon Pasteur, le Consolateur des âmes… Oui ! La messe célébrée est la raison du prêtre, la raison de sa paroisse, de l’église paroissiale. C’est là qu’elle doit être célébrée pour les fidèles. Il ne le reçoit pas pour lui, ce sacerdoce. Il ne la reçoit pas pour lui, cette messe. Il la reçoit pour la célébrer pour Dieu et sa gloire et pour le peuple et sa sanctification. De sorte que vouloir le réduire à une célébration « PRIVATIM», en ces trente mètres carrés, c’est vouloir le réduire à néant. C’est vouloir le mettre à mort. « C’est par toi que je meurs » disait Jeanne d’Arc à Cauchon, son juge, l’évêque de Beauvais. Ce « PRIVATIM» qui touche mon sacerdoce, et la messe, c’est vouloir les réduire à néant, alors qu’ils sont fait pour la multitude, « ad gentes » : « Allez enseigner toutes les Nations baptisez-les au nom de Père et du Fils et du Saint Esprit »

Mais ce «PRIVATIM » touche finalement et concerne principalement l’Eglise, son droit, son patrimoine, sa liturgie, son histoire, son être historique. C’est surtout cela qui est en cause dans ce «PRIVATIM». Aussi est-ce la raison pour laquelle je désire réagir au plus tôt et le plus fort possible.

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