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Le prêtre et la prière

publié dans nouvelles de chrétienté le 5 juillet 2013


Le 11 février 2013,  le jour même de l’annonce par Benoît XVI de sa renonciation au Souverain Pontificat, raison pour laquelle, peut-être,  ce texte a été très peu connu et commenté, la Congrégation pour le clergé a publié un beau texte sur le sacerdoce, intitulé : « Directoire pour la vie des prêtres ». Plusieurs ont attiré l’attention sur la recommandation faite aux prêtres de respecter les normes liturgiques et de bien vouloir reprendre la soutane. Nous en avons parlé dans notre rubrique « Nouvelles de Chrétienté » en date du 28 juin 2013.

Aujourd’hui, j’ai relu pour vous le très beau passage de ce « Directoire » sur la vie spirituelle du prêtre et  principalement sur la nécessité d’une vie de prières. Le texte que je vous propose se trouve dans la deuxième partie du document, dans le paragraphe 2 intitulé « Demeurer avec le Christ dans la prière ».

2.2 Demeurer avec le Christ dans la prière

Primauté de la vie spirituelle

49. Le prêtre a été, pour ainsi dire, conçu lors de la longue prière où le Seigneur Jésus a parlé au Père de ses apôtres et, sans aucun doute, de tous ceux qui participeraient de Sa mission au cours des siècles (cf. Lc 6, 12 ; cf. Jn 17, 15-20)[196]. La prière même de Jésus à Gethsémani (cf. Mt 26, 36-44), tendue vers le sacrifice sacerdotal du Golgotha, nous donne l’exemple de la manière dont « notre sacerdoce doit être profondément lié à la prière: enraciné dans la prière ».[197]

Nés de ces prières et appelés à renouveler de manière sacramentelle et sans effusion de sang un sacrifice qui en est inséparable, les prêtres maintiendront vivant leur ministère par une vie spirituelle à laquelle ils accorderont une prééminence absolue, en évitant de la négliger du fait de leurs activités. C’est justement pour pouvoir exercer fructueusement son ministère pastoral que le prêtre a besoin d’entrer dans une union particulière et profonde avec le Christ, le Bon Pasteur qui seul demeure le protagoniste principal de toute action pastorale. « C’est donc lui (le Christ) qui demeure toujours la source et le principe d’unité de leur vie. Les prêtres réaliseront cette unité de vie en s’unissant au Christ dans la découverte de la volonté du Père, et dans le don d’eux-mêmes pour le troupeau qui leur est confié. Assumant ainsi le rôle du Bon Pasteur, ils trouveront dans l’exercice de la charité pastorale le lien de la perfection sacerdotale qui assure l’unité de leur vie et de leur action ».[198]

Moyens de la vie spirituelle

50. De fait, parmi les graves contradictions de la culture relativiste on constate aujourd’hui une authentique désintégration de la personnalité causée par l’obscurcissement de la vérité sur l’homme. Le danger du dualisme dans la vie sacerdotale est toujours aux aguets.

Cette vie spirituelle doit s’incarner dans l’existence de chaque prêtre par la liturgie, la prière personnelle, le style de vie et la pratique des vertus chrétiennes, qui contribuent à la fécondité de l’action ministérielle. L’identification au Christ exige du prêtre qu’il cultive un climat d’amitié et de rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus et qu’il se mette au service de l’Église, son Corps, envers lequel le prêtre manifestera son amour en accomplissant fidèlement et sans défaillance les devoirs de son ministère pastoral.[199]

Il est donc nécessaire que le prêtre organise sa vie de prière pour que n’y manque jamais: la célébration eucharistique quotidienne,[200]unie à une préparation et une action de grâces adéquates; la confession fréquente[201]et la direction spirituelle déjà pratiquée au séminaire ; et souvent auparavant[202]la célébration complète et fervente de la Liturgie des Heures,[203]à laquelle il est quotidiennement tenu ;[204]l’examen de conscience ;[205]l’oraison mentale proprement dite ;[206]la lectio divina ;[207]des moments prolongés de silence et de colloque divin, principalement durant les exercices spirituels et les récollections périodiques ;[208]les expressions précieuses de la dévotion mariale comme le chapelet ;[209]le chemin de Croix et les autres exercices de piété ;[210]la fructueuse lecture hagiographique[211]etc. La bonne organisation de son temps, pour l’amour de Dieu et de l’Église, permettra certainement au prêtre de conserver une solide vie de prière. En effet, on conseille au prêtre, avec l’aide de son directeur spirituel, de respecter avec constance ce programme de vie qui lui permettra de grandir intérieurement dans un contexte où les nombreuses exigences de la vie pourraient l’induire fréquemment à l’activisme et à négliger la dimension spirituelle.

Que chaque année, comme manifestation d’un désir durable de fidélité, durant la Messe chrismale, les prêtres renouvellent devant l’évêque et avec lui les promesses faites au moment de l’ordination.[212]

Le soin porté à la vie spirituelle qui éloigne la tiédeur, son ennemi, doit être ressenti par le prêtre lui-même comme un joyeux devoir, mais aussi comme un droit des fidèles qui cherchent en lui, consciemment ou inconsciemment, l’homme de Dieu, le conseiller, le médiateur de paix, l’ami fidèle et prudent, le guide sûr à qui se confier dans les moments les plus durs de la vie afin de trouver réconfort et sécurité.[213]

Benoît XVI présente dans son magistère un texte très significatif sur la lutte contre la tiédeur spirituelle pour guider ceux qui, en vertu de leur ministère, sont plus proches du Seigneur. « Personne n’est aussi proche de son seigneur que le serviteur qui a accès à la dimension privée de sa vie. En ce sens, “servir” signifie proximité, exige de la familiarité. Cette familiarité comporte également un danger : que le sacré avec lequel nous sommes quotidiennement en contact devienne pour nous une habitude. Ainsi s’affaiblit la crainte révérencielle. Conditionnés par les habitudes, nous ne percevons pas le fait le plus nouveau, le plus surprenant, qu’Il soit lui-même présent, qu’Il nous parle, qu’Il se donne à nous. Contre cette accoutumance à la réalité extraordinaire, contre l’indifférence du cœur nous devons lutter sans trêve, en reconnaissant toujours davantage notre insuffisance et la grâce qu’il y a dans le fait qu’Il se remette entre nos mains ».[214]

Imiter le Christ qui prie

51. À cause de charges nombreuses provenant surtout de l’activité pastorale, la vie des prêtres est exposée, aujourd’hui plus que jamais, à une série de sollicitations qui pourraient la conduire vers un activisme croissant, la soumettant à un rythme parfois frénétique et vertigineux.

Contre cette tentation, il ne faut pas oublier que la première intention de Jésus fut de convoquer autour de lui des apôtres pour qu’avant tout, « ils demeurent avec lui » (Mc 3,14).

Le Fils de Dieu lui-même a voulu aussi nous laisser un témoignage de sa prière. Avec une grande fréquence, en effet, les Évangiles nous présentent le Christ en prière : dans la révélation de sa mission de la part du Père (cf. Lc 3, 21-22), avant l’appel des Apôtres (cf. Lc 6, 12), dans l’action de grâces à Dieu lors de la multiplication des pains (cf. Mt 14, 19 ; 15, 36 ; Mc 6, 41 ; 8, 7 ; Lc 9, 16 ; Jn 6, 11), durant la transfiguration sur la montagne (cf. Lc 9, 28-29), quand il soigne le sourd-muet (cf. Mc 7, 34) et ressuscite Lazare (cf. Jn 11, 41ss.), avant la confession de Pierre (cf. Lc 9,18), quand il apprend aux disciples à prier (cf. Lc 11,1), et quand ceux-ci reviennent après avoir accompli leur mission (cf. Mt 11,25ss. ; Lc 10,21ss.), quand il bénit les enfants (cf. Mt 19, 13), et quand il prie pour Pierre (cf. Lc 22, 32), etc.

Toute son activité quotidienne avait son origine dans la prière. Ainsi, il se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier (cf. Mc 1, 35 ; 6, 46 ; Lc 5, 16 ; Mt 4, 1 ; Mt 14, 23), il se levait tôt le matin (cf. Mc 1, 35) et passait la nuit entière en priant Dieu (cf. Mt 14, 23.25 ; Mc 6, 46-48 ; Lc 6, 12).

Jusqu’à la fin de sa vie, à la dernière Cène (cf. Jn 17, 1-26), durant l’agonie (cf. Mt 26, 36-44) et sur la Croix (cf. Lc 23, 34. 46 ; Mt 27, 46 ; Mc 15, 34), le Maître divin a montré que la prière animait son ministère messianique et son exode pascal. Ressuscité d’entre les morts, il vit pour toujours et prie pour nous (cf. He 7, 25).[215]

Par conséquent, la priorité fondamentale pour le prêtre est sa relation personnelle avec cette personne vivante qu’est le Christ Seigneur dans de nombreux moments de silence et de prière pour cultiver et approfondir cette relation. En suivant l’exemple de Joseph, le silence du prêtre « ne manifeste pas un vide intérieur, mais au contraire la plénitude de foi qu’il porte dans son cœur, et qui guide chacune de ses pensées et chacune de ses actions ».[216] Un silence qui, comme celui du saint patriarche, « conserve la Parole de Dieu, connue à travers les Écritures Saintes, en la confrontant en permanence avec les événements de la vie de Jésus; un silence tissé de prière constante, prière de bénédiction du Seigneur, d’adoration de sa sainte volonté et de confiance sans réserve à sa providence ».[217]

Dans la communion avec la sainte Famille de Nazareth, le silence de Joseph s’harmonisait au recueillement de Marie, « réalisation la plus parfaite » de l’obéissance de la foi[218] qui « conservait toutes les “grandes choses” du Tout-Puissant et les méditait dans son cœur ».[219]

De cette manière, les fidèles verront dans le prêtre un homme passionné du Christ, qui porte en lui le feu de son amour; un homme qui se sait appelé par le Seigneur et est plein d’amour pour les siens.

Imiter l’Église qui prie

52. Pour demeurer fidèle à son engagement “de demeurer avec Jésus”, il est nécessaire que le prêtre sache imiter l’Église qui prie. En dispensant la Parole de Dieu qu’il a lui-même reçue avec joie, le prêtre se souviendra de l’exhortation que l’évêque lui a adressée le jour de son ordination : “C’est pourquoi, en faisant de la Parole l’objet de ta réflexion continuelle, crois toujours ce que tu lis, enseigne ce que tu crois, vis ce que tu enseignes. De cette manière, en même temps que la doctrine, tu donneras un aliment au Peuple de Dieu, et avec le bon exemple de ta vie, tu lui seras un réconfort et un soutien, tu deviendras constructeur du temple de Dieu qu’est l’Église”. De même, sur la célébration des sacrements, et en particulier de l’Eucharistie : « Sois donc conscient de ce que tu fais, imite ce que tu as accompli et, puisque tu célèbres le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, porte la mort du Christ dans ton corps et marche dans la nouveauté de sa vie ». Et enfin, à propos de la direction pastorale du Peuple de Dieu, pour qu’il le conduise jusqu’au Père, par le Christ et dans l’Esprit Saint : « C’est pourquoi, ne cesse jamais d’avoir le regard tourné vers le Christ, Bon Pasteur, qui est venu non pas pour être servi mais pour servir, et pour chercher et sauver ceux qui se sont égarés ».[220]

Prière comme communion

53. Fort du lien spécial qui l’associe au Seigneur, le prêtre saura affronter les moments où il pourrait se sentir seul au milieu des hommes en renouvelant avec force son union avec le Christ dans l’Eucharistie, lieu réel de la présence du Seigneur.

Comme Jésus qui, lorsqu’il était seul, était toujours avec le Père (cf. Lc 3, 21 ; Mc 1, 35), le prêtre lui aussi doit être l’homme qui, dans le silence, le recueillement et la solitude trouve la communion avec Dieu.[221] C’est pourquoi il pourra dire avec saint Ambroise : « Je ne suis jamais moins seul que lorsque je suis seul ».[222]

C’est auprès du Seigneur que le prêtre trouvera la force et les instruments pour rapprocher les hommes de Dieu, provoquer la foi, et susciter l’action et le partage.

2.3 Charité pastorale

Manifestation de la charité du Christ

54. La charité pastorale, intimement liée à l’Eucharistie, constitue le principe intérieur et dynamique qui unifie les multiples et diverses activités pastorales du prêtre pour porter les hommes à la vie de la grâce.

L’activité ministérielle doit être une manifestation de la charité du Christ dont le prêtre sera le reflet. Il saura exprimer les attitudes et le comportement du Seigneur jusqu’au don total de soi en faveur du troupeau qui lui a été confié.[223] Il sera particulièrement proche de ceux qui souffrent, des petits, des enfants, des personnes en difficulté, des laissés-pour-compte et des pauvres. À tous il portera l’amour et la miséricorde du Bon Pasteur.

Assimiler la charité pastorale du Christ pour en pénétrer sa vie est un but qui exige du prêtre une vie eucharistique intense ainsi que des efforts et des sacrifices continuels. Cette charité ne s’improvise pas, elle ne connaît pas de repos ni ne peut être acquise une fois pour toutes. Le ministre du Christ se sentira toujours et partout obligé à vivre et à témoigner de cette réalité, même si, en raison de l’âge, il est déchargé de responsabilités pastorales concrètes.

Au-delà du fonctionnalisme

55. Aujourd’hui, la charité pastorale court spécialement le risque d’être vidée de son sens par ce qu’on pourrait appeler le fonctionnalisme. Il n’est pas rare en effet, de constater aussi chez certains prêtres l’influence d’une mentalité qui tend à tort à réduire le sacerdoce ministériel aux seuls aspects fonctionnels. “Faire” le prêtre, rendre des services spécifiques et garantir quelques prestations serait toute la raison d’être de son existence sacerdotale. Mais le prêtre n’exerce pas seulement un “travail” qui, une fois terminé, lui laisserait du temps libre. Cette conception réductrice de l’identité et du ministère sacerdotal risque de mener la vie des prêtres vers un vide souvent compensé par des formes de vie non conformes à leur ministère.

Le prêtre, qui se sait ministre du Christ et de l’Église, qui agit habité par sa passion pour le Christ et met toutes ses forces au service de Dieu et des hommes, trouvera dans la prière, dans l’étude et dans la lecture spirituelle, la force nécessaire pour vaincre également ce danger.[224]

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