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Turquie : “Printemps” ou “contradiction”?

publié dans flash infos le 19 juillet 2013


Lu sur Correspondance Européenne n° 270

Turquie : “Printemps” ou “contradiction”?

Jusqu’à il y a peu de temps, la Turquie d’Erdogan était présentée par la presse occidentale comme une puissance en forte expansion économique, garante de la démocratie au Moyen-Orient et destinée à entrer bientôt dans l’Union Européenne. Mais la nuit entre le 30 et le 31 mai a découvert un nouveau scénario qui ne peut plus être occultée par les médias.

La Turquie est un pays instable, au futur incertain et ce qui la bouleverse n’a rien à voir avec le faux « printemps arabe » de 2011 ni avec l’authentique « printemps latin » de 2013. La révolte contre les décapeuses de place Taksim n’est pas une protestation contre le projet du gouvernement de destruction d’un parc, mais elle n’est pas non plus une lutte pour les idéaux de la démocratie. Il s’agit plutôt d’une scission entre deux âmes irréconciliables de la Turquie : celle séculaire et laïciste, qui se réfère à la dictature de Kemal Ataturk, et celle islamique et néo-ottomane d’Erdogan, qui gouverne le pays avec une main de fer depuis onze ans.

Si le fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk, après la Première Guerre mondiale, voulut couper tout lien avec le passé ottoman, à partir des années quatre-vingts, au nom d’une « Révolution culturelle » de type maçonnique et illuministe, l’islamisme est revenu avec tyrannie sur la scène politique turque. Les chefs de gouvernement et d’Etat qui aujourd’hui guident le pays, Recep Tayyp Erdogan et Abdullah Gül, sont deux disciples de Necmettin Erbakan, l’auteur d’un mouvement de réislamisation qui franchit les frontières de la Turquie et se répand à toute l’émigration turque en Occident.

La réintroduction du voile prescrit par la sharia, l’interdiction d’effusions dans les lieux publics et les mesures restrictives pour la vente de l’alcool ont été les gouttes qui ont fait déborder le vase du mécontentement populaire, surtout des jeunes. Mais ceux qui protestent contre Erdogan ne peuvent qu’espérer le retour sur la scène des militaires, les gardiens les plus orthodoxes du « kémalisme ». Erdogan s’est servi de l’Union européenne pour démanteler le pouvoir des forces armées et permettre à la Turquie de retrouver son identité islamique, effacée par Atatürk. L’Union européenne demande, en effet, comme condition pour son entrée dans les institutions communautaires, l’alignement aux « standards démocratiques » occidentaux violés par le libre arbitre des militaires. Mais pour la Turquie la « démocratisation » d’Erdogan a signifié la réislamisation du pays, qui aujourd’hui compte le record de mosquées, de minarets et d’Imam dans la zone centre-asiatique.

Les Etats-Unis et les principaux pays occidentaux insistent pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Mais si cela arrive, l’Europe aurait parmi ses Etats membres un pays devenu islamique, justement grâce au respect de ces règles démocratiques qui en Turquie ont porté au pouvoir et sont en train de consolider le fondamentalisme. La Turquie représenterait une enclave islamique en Europe, non pas par ses minorités immigrées dans le continent européen, mais en tant qu’Etat de l’Union, sur le même plan que les autres pays qui en sont membres.

Et puisque l’UE attribue aux Etats membres un poids politique proportionnel à celui démographique, la Turquie, avec plus de 80 millions d’habitants, serait le pays avec le plus grand nombre de parlementaires européens, devenant ainsi décisif pour la politique intérieure et étrangère de notre continent. Entre-temps Erdogan, qui jusqu’à hier appuyait la révolte des Frères Musulmans en Syrie, accuse les manifestants turcs d’être guidés par des « groupes extrémistes » et d’être « liés avec l’étranger ». Ce qui se passe, donc, plus qu’un printemps, peut être défini comme une irrémédiable « contradiction » turque. (Roberto de Mattei)

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