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Syrie : les éléments du conflit

publié dans regards sur le monde le 2 novembre 2012


Syrie : les éléments du conflit

Source: Correspondance européenne

L’aveuglement du monde occidental sur le soi-disant « printemps arabe » est difficile à comprendre tant il est grossier et obstiné. Il est naturel que les médias reflètent cet aveuglement, mais il difficile de croire qu’ils le font sincèrement. On a présenté les révoltes dans le Maghreb comme des mouvements spontanés motivés par des idéaux démocratiques. Alors que tout le contexte du monde musulman plaide pour le contraire et que pas mal de journalistes européens ont annoncé que ce n’était pas vrai, il a fallu des guerres et de nombreuses pertes humaines pour reconnaître qu’on a peut-être mal interprété le phénomène. Et beaucoup continuent à penser que le mouvement a été détourné. La Syrie vient comme le dernier pays de la liste où l’Occident veut voir sa version des choses « peuple opprimé réclame démocratie et renverse méchant tyran avec l’aide de gentils alliés » s’appliquer en dépit de la réalité. Peut-être est-ce parce que les impostures libyenne et égyptienne ont finalement été dévoilées que la Syrie tient bon… Toujours est-il que la chronologie des faits a joué en sa faveur et continue de le faire : plus longtemps dure le conflit, mieux sa complexité est comprise. Un conflit-éclair, par contre, ne laisse pas le temps à la réalité de montrer les mensonges des médias.

En Syrie, la complexité est telle qu’il n’est pas possible de la réduire en bouillie médiatique sans qu’elle perde toute sa cohérence. La formule « peuple contre tyran » ne peut pas s’appliquer à la situation syrienne – s’est-elle jamais appliquée à une quelconque situation politique ? D’abord parce qu’il y a au moins quatre composantes du peuple syrien : sunnite, alaouite, chrétienne et druze, ensuite parce qu’il n’y a pas une majorité de Syriens pour dire que leur président est un tyran. Les Druzes, les chrétiens et les Alaouites, auxquels on peut ajouter les chiites syriens, représentent environ un tiers de la population et soutiennent presque tous le régime en place. Ils sont trois minorités qui doivent au régime de ne pas être laissées sans défense face à la majorité sunnite. De ces trois minorités, les Alaouites sont la plus petite communauté et le président en est issu. Les sunnites représentent 55 % de la population mais ils sont divisés par rapport au régime. Une majorité d’entre eux sont contre le régime. Ce sont souvent les jeunes et les habitants des périphéries urbaines, ce qui explique cette localisation des affrontements. Les sunnites aisés sont plutôt en faveur du régime. Ainsi à Damas et à Alep la périphérie s’oppose au centre-ville. Très vite le conflit a pris une connotation religieuse, les sunnites s’attaquant aux minorités religieuses. Ce sont des salafistes dont la plupart ne sont pas syriens mais provenant de Jordanie, d’Arabie, de Turquie, d’Egypte, de Libye et de la partie sunnite de l’Irak qui attisent les rivalités ou mènent les combats. Ils sont armés et financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Ils sont également renforcés par des déserteurs de l’armée régulière qui sont tous sunnites. Ce que ces rebelles veulent, ce n’est pas seulement la chute d’Assad, mais la radicalisation islamique de la Syrie et l’application de la charia, bref ce que l’on peut voir se réaliser progressivement en Egypte ou en Tunisie. Dans chaque village pris sur le gouvernement, c’est le drapeau noir des salafistes qui claque au vent.

La Turquie, comme à son habitude, joue un double jeu. Comme son dossier européen sent de plus en plus le roussi, elle essaie de tirer parti de la crise syrienne pour garder un rôle dans la région et se faire bien voir des Européens. Mais sa crainte réelle est que les Kurdes syriens, autre minorité qui occupent majoritairement les provinces nord de la Syrie, ne profitent de la situation pour obtenir un statut d’autonomie qui serait un appui pour les indépendantistes kurdes en Turquie. La Turquie joue alors la carte salafiste et laisse passer tous les jihadistes arabes par la frontière, de même que les armes financées par les monarchies du golfe. Les armes pénètrent aussi par la frontière libanaise et la Jordanie, tandis que le gouvernement syrien est appuyé par la Russie. Si les rebelles venaient à l’emporter, les minorités religieuses du pays, à commencer par les chrétiens qui ont déjà payé un très lourd tribut au conflit, ont tout lieu de craindre la persécution et l’oppression, voire même l’extermination. Partout où les rebelles triomphent, les chrétiens sont obligés de fuir pour sauver leur vie ou leur foi. A Homs un grand nombre de chrétiens ont été massacrés ; la plupart ont fui. Il y a un marché où l’on échange un chrétien contre deux ou trois sunnites. Croire que provoquer la chute d’Assad réglerait le problème est une imbécillité. Si le régime tombe, on doit s’attendre à un chaos et des massacres bien plus importants d’où ne sortira qu’une tyrannie dure et fanatique qui fera regretter le régime précédent.

Ce conflit, interne à la Syrie, pourrait-il devenir régional ? Ce n’est pas exclu. Toute la région est parcourue de tensions. Certains voisins de la Syrie, en particulier la Turquie, agissent sans le moindre scrupule tant ils se sentent fort de l’aveuglement politiquement correct du monde occidental. Il n’est pas non plus exclu que la Russie et la Chine aillent plus loin dans leur soutien au régime syrien. (C. B. C.)

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