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A verser au dossier des vocations: Lettre d’un séminariste expliquant les raisons de son choix de rejoindre un séminaire d’Ecclesia Dei

publié dans flash infos le 31 juillet 2014


 la lettre d’un étudiant en année de spiritualité dans le seminaire d’un institut Ecclésia Dei, expliquant les raisons de son choix

SOURCE - Paix Liturgique – Lettre 319 – 29 juillet 2014


Cette lettre est un peu différente de celles que nous publions habituellement. Elle entend seulement verser au dossier de la crise des vocations en France un document brut, parmi bien d’autres qui pourraient être fournis pour porter un éclairage plus vaste. C’est ici la lettre écrite par un jeune homme que tout destinait à entrer dans un séminaire interdiocésain, mais qui a préféré intégrer le séminaire d’une communauté Ecclesia Dei. Cette défense fraîche et jeune de son choix auprès d’un de ses camarades pourra paraître en certains endroits naïve, allusive en d’autres. Un spécialiste de critique textuelle noterait peut-être que le jeune auteur pensait la mettre sous les yeux de ses supérieurs.

Notre intention n’est nullement de présenter les critiques portées par ce séminariste vis-à-vis des milieux qu’il a quittés, ou les motifs pour lesquels il en a rejoint d’autres, comme absolument généralisables. Mais tel quel, et « dans son jus », ce témoignage nous a paru suffisamment intéressant, spécialement pour attirer l’attention des responsables de la formation des futurs prêtres, à quelque sensibilité qu’ils appartiennent.
Nous les invitons à considérer particulièrement les passages de cette lettre concernant le formatage dans un moule – moule divers au reste, selon les séminaires – auquel se sentent soumis les futurs prêtres, et que nombre d’entre eux dénoncent (« Si j’avais su, j’aurais donné le tuyau à Jérôme qui lui, n’a pas eu cette « écoute » et qui, après cinq années de « rééducation » a été jeté parce qu’il n’avait décidément pas le « profil ». Quel gâchis! ») Et encore le manque de structuration, qui est un mal général de toute l’éducation contemporaine. Et peut-être surtout, le manque de confiance, que l’on pourrait dire réciproque, entre formateurs et séminaristes, qui est l’une des caractéristiques les plus frappantes de l’état d’esprit dans bien des séminaires depuis plusieurs décennies – « j’aurais comme les copains dû sans cesse tricher et ne jamais avouer ce à quoi j’adhérais et chaque jour faire semblant d’être ce que je ne voulais pas « être » ». Au point que la principale interrogation que l’on pourrait formuler à propos de la formation actuelle des futurs prêtres est qu’elle ne semble ne pas viser à former des personnalités, ou n’est plus en mesure de le faire, pour de multiples raisons.
Afin de respecter la confidentialité de cette correspondance, nous avons modifié les prénoms et avons supprimé le nom de l’Institut Ecclesia Dei en question.
I – LA LETTRE D’UN SÉMINARISTE
Mon cher Jean,
Plusieurs mois se sont écoulés depuis mon départ et je trouve enfin un peu de temps pour répondre à tes nombreux courriers « inquiets ».
Je m’en vais te donner des nouvelles et quelques-unes des raisons pour lesquelles je suis entré au séminaire Ecclesia Dei**.
La vie du séminaire est bien réglée. Les cours sont très intéressants.
Cette première année, correspond à l’année dite de propédeutique des séminaires diocésains. Elle est une initiation de tout ce que nous ferons pendant ces six autres de formation : philosophie thomiste, théologie, droit canonique, histoire de l’Église, études des textes pontificaux et d’autres matières encore sans oublier tu t’en doutes… le latin.
Tu n’imagines pas comment l’orthodoxie de l’enseignement est reposante pour l’esprit.
Vois-tu, je n’ai plus à me « méfier » de ce que j’apprends.
Rien d’  »exceptionnel » mais l’enseignement vrai, constant de l’Église qui ne peut pas vieillir.
Christ le même hier, aujourd’hui et demain ! Rahner est un peu délaissé je te l’avoue…
Je repense souvent à notre discussion avec le Père N. où vous me disiez peu avant mon départ, que je choisissais la facilité !
Je m’aperçois aujourd’hui à quel point cette mise en garde n’est pas juste.
Tu sais ça n’a pas été facile de quitter le diocèse et d’annoncer aux parents que tu sais si engagés à Saint-Bertrand… que je rentrais dans un séminaire « tradi ».
Ce mot « tradi » ne veut d’ailleurs rien dire et ne sert à rien d’autre qu’à exclure.
Je souris souvent en pensant qu’il a suffi que je parle de Communauté Ecclesia Dei ** pour qu’on me propose d’aller étudier à Rome au Séminaire français.
Si j’avais su, j’aurais donné le tuyau à Jérôme qui lui, n’a pas eu cette « écoute » et qui, après cinq années de « rééducation » a été jeté parce qu’il n’avait décidément pas le « profil ». Quel gâchis!
Je ne juge personne mais personnellement, j’aurais eu un vrai problème de confiance en entrant pour le diocèse.
Regarde Quentin, lui qui était déjà grande gueule aux scouts, n’arrêtait pas de nous dire qu’avec lui, on allait enfin voir ce que l’on allait voir !
Ses dernières déconvenues lui ont enfin fait comprendre que le Code de Droit canonique ne fait pas tout… et que des textes à la réalité pratico-pratique d’abord au séminaire et surtout après en paroisse… il y avait un monde !
Lui qui affirmait qu’il porterait la soutane parce-que-personne-même-pas-l’évêque-n’avait-le-droit-de-me-l’interdire » ose à peine porter le clergy !
Non vraiment je ne regrette pas d’avoir renoncé à la  » voie médiane » que l’on me proposait au séminaire diocésain *** où j’aurais comme les copains dû sans cesse tricher et ne jamais avouer ce à quoi j’adhérais et chaque jour faire semblant d’être ce que je ne voulais pas « être ».
Ne crois pas que je renie ces personnes qui d’une manière ou d’une autre m’ont conduit au séminaire.
Je sais que ça peut surprendre que je sois ici (je ne distribue plus la communion si tu veux tout savoir) mais je me rends compte que l’univers « si ouvert » dans lequel j’ai grandi et si persuadé d’être « à l’écoute » était incapable de comprendre ma démarche.
Je n’ai pourtant pas changé de religion ! Beaucoup de mes confrères ici ont un parcours semblable tu sais.
L’esprit de famille qui règne ici est très « structurant » comme dirait notre vicaire général mais ici c’est vrai.
On ne te met pas dans un moule, on ne te dit pas ce que tu dois penser pour arriver.
J’apprends les vérités éternelles, c’est tout.
La place des supérieurs est paternelle sans proximité déplacée. Pas de familiarité débile non plus entre nous.
En fait tout est à sa place !
La liturgie est soignée. Mais ici, chaque jour, au chœur, je comprends que la liturgie est la propriété de l’Église et pas celle des prêtres.
C’est beaucoup plus qu’une affaire de langue tu sais.
Les prêtres ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent, ils ne sont pas propriétaires mais dépositaires de ce trésor sacré.
Je l’ai dit au Père N. en lui parlant du très curieux rassemblement de la Pentecôte que l’on a subi dernièrement.
Du début à la fin tout a été réécrit, (ils l’ont d’ailleurs dit lors des remerciements interminables.)
C’était surréaliste ! Réponse du Père, (siégeant au conseil épiscopal !), « qu’est-ce que tu veux que j’y fasse? »
Et bien tu vois à mon âge, on rêve d’autres choses, et ce que moi je peux faire c’est de me former correctement loin des innovations de tout poil, me former selon ce qu’a prévu l’Église.
Je n’ai pas envie de faire semblant, de supporter des liturgies débilitantes, de m’habiller comme un clown, d’étudier des théologiens sopos mais qu’il faut aimer parce que c’est tendance…
Relis les textes conciliaires sur l’enseignement dans les séminaires, le chant liturgique, le droit canonique (qui ne sert pas qu’à interdire les mariages dans certains endroits célébrés par certains prêtres si tu vois ce que je veux dire).
Je veux être prêtre, et suivre Jésus-Christ, c’est tout. Prie pour moi.
** (ndlr : nom du séminaire supprimé par nos soins et remplacé par « Ecclesia Dei).

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