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Le choix troublant du pape François pour le diocèse de Chicago

publié dans nouvelles de chrétienté le 1 octobre 2014


Le vaticaniste du quotidien La RepubblicaSandro Magister, a publié ce matin sur son blogue Chiesa, une analyse intéressante sur la nomination, qui en a surpris plus d’un, de Mgr Blase J. Cupich (prononcez soupitche), évêque de Spokane (État de Washington) au siège archiépiscopal de Chicago, par le pape François le 20 septembre dernier. J’en reproduis l’essentiel avec, entre crochets, quelques commentaires ou liens. Sur l’élévation à la pourpre cardinalice du nouvel archevêque de Chicago, je serai plus réservé que Sandro Magister. D’abord, parce qu’un prochain consistoire n’est pas annoncé. Ensuite, parce que s’il survenait au printemps prochain, logiquement seul Philadelphie, c’est-à-dire Mgr Charles Chaput, serait susceptible de le recevoir puisque l’archevêque émérite, le cardinal Justin Rigali, demeure électeur, pour un éventuel futur conclave, jusqu’au 19 avril 2015. Ce n’est qu’après cette date que l’archevêque Chaput pourrait être créé cardinal, une possibilité renforcée par le fait que c’est Philadelphie qui sera l’hôte, du 22 au 27 septembre prochain, de la VIIIe Rencontre mondiale des familles. À Los Angeles, le cardinal Roger Mahony demeure électeur jusqu’au 27 février 2016 : difficile de créer cardinal l’archevêque Gomez avant cette date, sauf à admettre qu’on puisse avoir deux cardinaux électeurs pour un même siège diocésain – ce n’est pas impossible, mais rarissime. Quant à l’archevêque Cupich, et pour la même raison, il ne pourrait, théoriquement, être créé cardinal qu’après le 17 janvier 2017, date à laquelle le cardinal George il ne sera plus électeur – mais l’état de santé du cardinal est précaire, il y peut être rappelé à la maison du Père avant cette date. Tout cela, bien sûr, ce ne sont que des théories… Avec le pape François, on peut toujours s’attendre à de l’inattendu…

Alors qu’il était encore sous le choc causé par la nouvelle de l’éviction imminente du cardinal Raymond L. Burke, le catholicisme américain le plus conservateur et le plus traditionaliste – et historiquement le plus “papiste” – a reçu un nouveau coup de massue en apprenant la nomination du nouvel archevêque de Chicago.

La décision prise par François – choisir Blase J. Cupich comme nouveau pasteur du troisième diocèse le plus important des États-Unis – a jeté cette composante particulièrement dynamique du catholicisme américain dans une profonde dépression, presque au bord de la crise de nerfs. Il suffit de prendre connaissance des réactions des sites web et des blogueurs de cette catégorie de population pour constater à quel point elle est embarrassée et désappointée par cette nomination. Au contraire, la partie la plus progressiste du catholicisme américain – elle est historiquement hypercritique à l’égard des derniers pontificats – a célébré avec enthousiasme l’arrivée de Cupich, défini par la presse laïque comme unmoderate, qualificatif fréquemment employé aux États-Unis pour désigner un liberal qui, sans être radicalisé, reste néanmoins un liberal.

Le prédécesseur de Cupich, le cardinal Francis E. George, a écrit, il n’y a pas très longtemps [novembre 2012, voir ici], dans [son éditorial] de l’hebdomadaire du diocèse : « Je mourrai dans mon lit, mon successeur mourra en prison et son successeur à lui mourra martyrisé sur la place publique. Mais, après celui-là, un autre évêque recueillera les restes d’une société en ruines et il aidera lentement à reconstruire la civilisation, comme l’Église l’a fait à de nombreuses reprises au cours de l’Histoire  ».

George s’est toujours montré très critique à l’égard de la dérive laïciste dans le domaine législatif qui s’est manifestée au cours de la présidence de Barack Obama, qu’il connaît bien depuis l’époque où celui-ci était sénateur de l’Illinois. Mais on a du mal à croire que sa prophétie puisse se réaliser, tout au moins en ce qui concerne son successeur immédiat. Pour le comprendre, il suffit d’examiner, même de manière sommaire, le parcours ecclésiastique du nouvel archevêque de Chicago.

Cupich, aujourd’hui âgé de 65 ans, n’est pas originaire de Chicago, comme George, mais d’Omaha, une ville qui est située dans l’état périphérique et rural qu’est le Nebraska. Le premier diocèse dont il ait été l’évêque est celui de Rapid City, où il succédait au conservateur Charles J. Chaput. Et c’est dans ce petit diocèse du Dakota du Sud qu’il s’est fait remarquer, en 2002, en interdisant à une communauté catholique traditionaliste de célébrer le triduum pascal selon l’ancien rite romain, dont Benoît XVI allait ultérieurement libéraliser l’usage, en 2007, par son motu proprio Summorum pontificum. Les catholiques conservateurs se souviennent également que, pendant le conflit qui a opposé les évêques des États-Unis à la Maison Blanche à propos de la réforme du système de santé, Cupich a été l’un des très rares prélats, moins d’une dizaine, qui n’ont pas dit un seul mot pour marquer leur opposition, alors même que la critique de l’Obamacare était non pas le point de vue de quelques évêques “extrémistes”, ou “cultural warriors”, comme on l’entend dire de manière péjorative, mais la position officielle de l’épiscopat.

Devenu évêque de Spokane en 2010, Cupich a interdit aux prêtres et diacres de son diocèse, l’année suivante, de prendre part à la récitation de prières devant les cliniques où des avortements sont pratiqués [notamment lors des campagnes des 40 Days for Life, voir ici]. Une interdiction nettement à contre tendance par rapport au “mainstream” de l’Église aux États-Unis. En effet la récitation du chapelet devant ces cliniques est pratiquée dans presque tous les diocèses américains. Et plusieurs dizaines d’évêques y participent, y compris, par exemple, le cardinal archevêque de Washington, Donald Wuerl, qui est pourtant moderate, et l’actuel président de la conférence des évêques, Joseph Kurtz, archevêque de Louisville. La voix de Cupich – les catholiques conservateurs le font remarquer avec consternation mais les progressistes avec satisfaction – se fait toujours entendre clairement lorsqu’il est question d’immigration ou de peine de mort, mais il est frappé d’aphonie à chaque fois que l’on discute d’avortement, d’euthanasie et de liberté religieuse, ou que l’on critique l’administration Obama en ce qui concerne la réforme du système de santé.

Un fait qui est significatif à cet égard est la décision qu’avait prise Cupich de doubler l’importance du service “Respect Life” dans le diocèse de Spokane, de manière à donner à la lutte contre la peine de mort autant de poids qu’à la lutte contre l’avortement.

L’arrivée de Cupich à Chicago donne donc l’impression que l’on va revenir à l’époque du prédécesseur de George, le cardinal Joseph Bernardin. Celui-ci était un fervent défenseur du catholicisme liberal aux États-Unis et c’est lui qui pourvut d’une éléphantesque machine bureaucratique la conférence des évêques américains dont il fut président entre 1974 et 1977 et “dominus” jusqu’à sa mort, survenue en 1996. Et l’ère Bernardin paraît donc être de retour grâce à un geste du pape François qui a surpris et pris à contre-pied un épiscopat, celui des États-Unis, qui doit en grande partie sa physionomie actuelle aux nominations qui y ont été faites par Jean-Paul II et par Benoît XVI.

Que cette nomination ait été une surprise, on a pu s’en rendre compte en constatant que, quelques jours à peine avant que la nomination ne soit annoncée, lorsque l’hebdomadaire Our Sunday Visitor, qui est le plus officiel des périodiques catholiques des États-Unis – le président de la maison d’édition de ce nom est le journaliste Greg Erlandson, membre de la commission chargée de la réorganisation des médias du Vatican qui s’est réunie à Rome pour la première fois la semaine dernière – a cité huit noms de successeurs possibles du cardinal George, il n’a pas mentionné celui du prélat choisi par le pape Jorge Mario Bergoglio, c’est-à-dire Cupich. Que, d’autre part, cette nomination ait pris à contre-pied l’épiscopat des États-Unis, cela peut paraître évident lorsque l’on prend connaissance des résultats des élections dont sont issus les actuels président et vice-président de la conférence des évêques, élections qui ont eu lieu il y a moins d’un an de cela, au mois de novembre 2013. Lors de ces élections, en effet, Cupich figurait parmi les dix candidats en présence. Et sa candidature était considérée par ses collègues comme étant, ecclésiastiquement parlant, la plus nettement “progressiste” de toutes celles qui étaient présentées. Or, lors du premier tour de scrutin, qui eut comme résultat de porter immédiatement à la présidence le vice-président sortant, c’est-à-dire l’archevêque Kurtz, qui avait obtenu le score de 125 voix sur 236, Cupich arriva seulement sixième avec à peine 10 voix. Il était devancé quant au nombre de voix par le cardinal archevêque de Houston Daniel N. DiNardo (25 voix), par l’archevêque de Philadelphie Chaput (20 voix)[l’archevêque avait fait savoir qu’il ne souhaitait pas assumer cette mission], par les archevêques de Los Angeles José H. Gomez et de Baltimore William E. Lori (15 voix chacun), et par l’archevêque de la Nouvelle-Orléans Gregory M. Aymond (14 voix). Ensuite, lors des deux tours de scrutin qui furent consacrés à l’élection du vice-président, Cupich fut bien loin d’être élu, puisqu’il arriva en cinquième place (sur neuf candidats), que ce soit au premier tour, avec 24 voix sur 236, ou au second, avec 17 voix sur 235.

En ce qui concerne Chicago, donc, le pape François n’a pas tenu compte des orientations de l’épiscopat local, contrairement à ce qu’il a fait, par exemple, en Espagne […] Il semble que le pape n’ait pas non plus tenu compte des indications données par le cardinal George, qui aurait demandé comme coadjuteur un prêtre de son diocèse. C’est le contraire de ce qui a été fait pour Sydney, où François a nommé archevêque, le 18 septembre, le dominicain Anthony Colin Fisher, très apprécié par l’archevêque sortant, c’est-à-dire par ce cardinal George Pell, de tendances conservatrices, que le pape a appelé à Rome comme “tsar” du système économico-financier du Vatican.

Il y a un seul point sur lequel François a procédé pour Chicago de la même manière que pour Madrid et pour Sydney. Dans les trois cas, il a procédé à la nomination sans la faire préalablement discuter par les cardinaux et évêques qui constituent la congrégation pour les évêques, même si c’est lui qui les a tous nommés l’an dernier, avec de nouvelles entrées significatives et des épurations tout aussi significatives (la plus spectaculaire étant celle du cardinal américain Burke).

En ce qui concerne Chicago, il semble bien que le pape François ait procédé à une consultation toute personnelle, parallèle à celle du dicastère. La nomination de Cupich aurait été en particulier recommandée au pape par deux cardinaux, Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga et surtout Theodore McCarrick, archevêque émérite de Washington, l’un des principaux membres de la vieille garde liberal de l’épiscopat américain […]

Au point où en sont les choses, il va être intéressant de voir ce qui va se passer, en ce qui concerne les États-Unis, lors du prochain consistoire où seront créés de nouveaux cardinaux. Il y a actuellement trois diocèses américains traditionnellement cardinalices qui sont dirigés par un archevêque qui n’a pas encore reçu la pourpre : Chicago, Los Angeles [José H. Gomez] et Philadelphie [Charles J. Chaput]. On peut facilement imaginer que le pape François va accorder la barrette à celui de Chicago, le seul des trois qu’il ait nommé lui-même. En revanche il sera intéressant de voir si, par la même occasion, la pourpre sera accordée au diocèse de Los Angeles, dont l’ordinaire fait partie du clergé de l’Opus Dei, ou bien à celui de Philadelphie (pas aux deux ensemble, parce qu’il semble impensable que le pape Bergoglio crée trois nouveaux cardinaux américains d’un seul coup). Ou si, au contraire, en guise de signal supplémentaire à envoyer outre-Atlantique, la pourpre accordée à Chicago restera la seule. Sans rééquilibrages.

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