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Les propos scandaleux de Mgr Bonny, évêque d’Anvers

publié dans nouvelles de chrétienté le 31 décembre 2014


 

Propos scandaleux de Mgr Bonny

 

 la version française de l’interview accordée au journal « De Morgen »

Un ami vient de nous faire parvenir l’interview complète de Mgr Bonny parue sur ce thème dans le « Morgen », avec sa traduction française que nous publions intégralement ci-après (JPSC) : 

« Interview. L’évêque  d’Anvers  Mgr Johan Bonny  pose un regard sur le catholicisme de demain.

« L’Église n’a rien à gagner avec l’équivoque»

Cela a commencé avec une lettre. Johan Bonny a interpellé le Vatican afin qu’ils ouvrent leurs portes aux homosexuels et aux couples divorcés. Mais aujourd’hui, l’évêque d’Anvers va un pas plus loin, il plaide pour une bénédiction des relations holobis (homosexuel, lesbiennes, bisexuel). « Il existe une diversité de relations dont l’Église peut reconnaître la qualité.»

Bonny entra en offensive en 2014. Le Pape « du renouvellement » François lui a donné des ailes. C’est ce qui explique pourquoi Bonny écrivit sa lettre à Rome. L’évêque d’Anvers se heurta au même moment aux démons du passé. En effet, il y a peu de temps encore, grand fut l’indignation lorsqu’un prêtre, reconnu coupable dans le passé d’abus sexuel sur mineur, fut nommé à Middelkerke.  L’Évêque de Bruges, Jozef De Kezel déclara, après coup, avoir commis une erreur de jugement.

Bonny, qui a servi pendant une longue période à Bruges, est très embarrassé par cette histoire, mais ne veut pas critiquer De Kezel. « Ce n’est pas mon rôle de juger d’une décision d’un collègue. L’Évêque De Kezel a lui-même dit avoir manqué de jugement quant au caractère délicat de cette nomination.  Il a dit avoir formellement pris la bonne décision,  mais l’aspect sociétal y manquait. C’est alors qu’on se retrouve dans l’impasse.»

Comprenez-vous  l’indignation publique ?

« Naturellement, je comprends tout à fait. Il existe un traumatisme  autour des abus sexuels dans l’Église, l’indignation provient des couches profondes de ce traumatisme. L’Église doit tenir compte de cela. En même temps, il faut aussi être juste. Notre comportement doit aller à la rencontre des émotions des victimes, mais doit également être en accord avec les règles de justice élémentaire et les droits de la défense. La justice fait elle aussi constamment cet examen de « peser le pour et le contre », cherchant la solution la plus juste.

«C’est pourquoi je trouve que l’Église devrait encore plus se fier à des compétences externes en ce qui concerne ses dossiers. Si nous faisons cet examen de « peser le pour et le contre » seul, nous n’obtiendrons pas l’appui et l’approbation  de la  société. Par contre si des juristes et psychiatres nous assistent, alors nous monterons clairement  ne pas vouloir agir avec négligence, mais être véritablement concernés par le bien-être commun. L’Église n’a rien à gagner avec de l’équivoque.

L’idée  d’une impunité face aux prêtres pédophiles règne tout de même. Trop de prêtres soupçonnés ne paraissent pas devant le tribunal, exprime la critique.

« Je pense que cette critique est injuste. Comme dans toutes les catégories de métiers, il faut que la justice puisse faire son travail dans les affaires de pédophilie. Tous nos dossiers vont à la justice et ce sont les juges qui prennent les décisions en matière de poursuites judiciaires. Vous ne devez pas oublier que depuis la crise pédophile en 2010, une montagne de dossiers prescrits  nous sont tombés dessus. Très souvent, il s’agit de victimes qui n’ont jamais été en justice et qui ont commencé à parler pour la première fois.

«À partir de 2010, nous avons systématiquement fait parvenir les dossiers à la justice, y compris ceux qui étaient prescrits.  Il y a eu des dossiers pour lesquels la justice a exprimé une prescription, mais pour lesquels les victimes ont été dirigées vers le centre d’arbitrage  pour abus sexuels dans L’Église. Ils pouvaient y percevoir  un dédommagement. Ce système a très bien fonctionné, ces 5 dernières années.»

Mais que faites-vous des cas mitigés : des prêtres qui ont été poursuivis, mais qui veulent reprendre leurs fonctions, est-ce possible ?

«Dans tous les cas, nous nous appliquons la tolérance zéro. L’abus ne peut pas se reproduire. Notre prévention doit bien fonctionner. Mais parfois, on peut aussi se trouver dans une situation très difficile à juger. Qu’est-il arrivé ? Quelles fonctions cette personne peut-elle encore assurer ? Une tâche administrative ou pastorale dans laquelle elle ne peut plus être en contact avec des enfants ou des jeunes ? C’est absolument dans ces cas-là que nous devons faire  appel à  de l’aide,  de l’accompagnement et du soutien professionnel externe.»

Parfois, c’est comme si dans l’Église il existait une peur de prendre des décisions quant aux dossiers pédophilie et de les communiquer clairement. Comme si vous étiez pris au piège par le  dilemme : «quelle que soit la décision que l’on prend, elle sera toujours perçue comme mauvaise.»

«Oui, nous nous retrouvons clairement avec ce problème. Il y a depuis 2010 une rupture de confiance et cette crédibilité on ne la regagne pas en quatre ans. En 2010, j’étais à Rome et là-bas, j’ai eu une longue conversation avec un évêque d’Australie. Il a été lui-même confronté quelques années auparavant avec des scandales de pédophilie dans son Église. «Ne vous faites pas  d’illusions», me dit-il. «Vous aurez besoin d’au moins 10 ans pour récupérer votre crédibilité.» Et c’est vrai.

« Mais depuis 2010 nous avons accompli une montagne de travail. Je ne connais aucune institution qui ait pris ce problème à bras-le-corps avec tant de volonté et d’engagements. Nous avons écouté  de nombreux témoignages en privilégiant la crédibilité de la victime et en ayant très peu d’exigences pour la forme. Et ce pour des faits déjà prescrits depuis longtemps et dont il est difficile de les vérifier. Nous avons travaillé en collaboration rapprochée avec la justice et une commission d’arbitrage est née. Par ailleurs, tout ce travail a été fait sous la supervision d’une commission parlementaire spéciale. Tous ces éléments doivent contribuer à l’exigence d’une approbation et d’un appui de la société.

En septembre, vous avez écrit une lettre au Vatican dans laquelle vous exprimez que l’église doit montrer plus de respect pour l’homosexualité, les personnes  divorcées et les relations modernes. Quelle fut l’étincelle qui vous a décidé à envoyer cette lettre à travers le monde ?

«Personne ne m’a demandé d’écrire cette lettre, cela vient de moi. On m’a confié un évêché avec des personnes qui  y vivent. Pour le dire en langage biblique : on a confié un troupeau au berger et c’est mon devoir de m’en occuper le mieux possible. Cela veut notamment dire que je dois exprimer ce qui se vit à l’intérieur de la communauté des croyants. Quels sont leurs soucis ? Quelles sont leurs joies ?

« Naturellement, ce qui est important pour moi est que le pape François a déplacé des balises. Cela a beaucoup réveillé en moi. Je ne peux pas rester un spectateur neutre à ces changements, je veux y participer. Par ailleurs, tout le monde à un moment donné de sa vie est confronté à des relations, des amitiés, de la famille et à l’éducation des enfants. Nous ne devons pas  nier qu’il existe au sein de l’Église des  traumatismes à ce propos. Beaucoup trop de gens se sont sentis exclus pendant un long moment. Cette rupture de confiance, L’Église ne peut la  réparer qu’en parlant de manière ouverte et sincère des thèmes qui préoccupent vraiment les gens.»

Beaucoup réagissent avec soulagement et se réjouissent du fait que vous parliez de manière ouverte des relations et des formes familiales modernes. Mais autant de personnes se demandent pourquoi cela a pris autant de temps.

« Je comprends parfaitement. Comme évêque, nous avons trop longtemps cru qu’il était impossible de discuter de certains enseignements ou règles disciplinaires. Pour ne pas rejeter nos croyants,  nous agissions avec pragmatisme. C’est ainsi qu’un fossé de plus en plus grand s’est installé entre l’enseignement officiel de l’Église et la pratique quotidienne.

« Mais il y a une autre raison pour laquelle cette nouvelle ouverture a pris autant de temps (réfléchissez un peu). Je veux le formuler en des termes positifs. Le pape Paul VI et surtout le  pape Jean-Paul II étaient des personnes éminentes et des grands papes. Ils ont avec justesse misé sur le mariage. Il y avait beaucoup de côtés positifs à leur histoire, mais en même temps cela ne correspondait pas totalement à ce que les gens aujourd’hui pensent ou ressentent par rapport à ce genre de thématiques. Avec le pape François, il y a eu du mouvement. Dans sa lettre :  « la joie de l’Évangile», paru fin 2013, il a réellement déplacé des balises quant à ce qui pouvait être discuté. Il a rendu l’enseignement de l’église plus proche de la réalité vécue et donne plus de place pour la diversité dans le débat.»

Avez-vous eu une réaction à votre lettre ?

«Non, je n’ai eu aucune réponse officielle de Rome.»

Est-ce bon signe ou mauvais signe ?

«On m’a toujours dit que pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Non, sérieusement : en novembre, j’étais à Rome pour une réunion, c’est alors que différents cardinaux, évêques, et théologiens sont venus me dire qu’ils avaient lu ma lettre avec beaucoup d’intérêt et m’ont remercié. J’ai senti que les mêmes questions les préoccupaient et qu’ils voulaient participer activement au débat. »

Au synode des évêques en octobre, aucun consensus n’a été trouvé concernant les holebis et les  divorcés. Ce sont surtout les évêques d’Afrique et d’Asie qui tenaient aux points de vue conservateurs. Une défaite ?

«Pas du tout. Avant François, il y avait un statu quo officiel à propos de  ces thèmes et très peu de possibilités de discussion. En moins de deux ans, le pape a réussi à mettre une discussion en route à propos de ce dossier. Croyez-moi : à l’intérieur d’une communauté mondiale très diversifiée qu’est  l’Église catholique, cela n’est pas évident.»

Qu’est-ce qui est selon vous possible à long terme ? L’Eglise donnera-t-elle sa bénédiction à  des couples croyants holebis ?

«Personnellement, je trouve que dans l’Eglise il devrait y avoir plus d’ouverture pour la  reconnaissance de la qualité de fond ( en ndls :qualité du contenu, du fond)  d’un couple holebi. Cette forme de vie à deux doit alors répondre aux mêmes exigences que le mariage religieux. Les valeurs de fond sont pour moi plus importantes que la forme institutionnelle. L’Éthique chrétienne défend la relation durable ou l’exclusivité, la fidélité et le soin pour l’autre sont centraux. À côté de cela il y a encore l’ouverture pour la vie nouvelle, ou du moins la responsabilité que les partenaires prennent pour être généreux dans ce que l’on donne aux enfants et aux jeunes. Il faut accepter que ces critères-là puissent être présents dans une diversité de relation et il faut chercher à donner une forme à ces relations. »

Pensez-vous qu’il soit possible que des couples holebis qui ont l’ambition de vivre selon l’éthique de l’Église aient la chance de pouvoir se marier religieusement ?

« Je ne veux pas dénier que la particularité d’une relation homme femme est un élément stable de notre tradition chrétienne. Dans un premier temps, nous allons privilégier cette relation homme femme dont la fécondité peut donner vie à un enfant. Cette relation gardera au sein de l’Église son caractère sacramentel et sa liturgie propre.

Mais cette particularité ne doit pas rester exclusive et n’exclut pas qu’il existe une diversité de relation dont l’Eglise peut reconnaître la qualité fondamentale.

« Nous devons, en effet, chercher une reconnaissance formelle de la « relationalité » présente chez beaucoup de couples holebis croyants. Cela doit-il être une reconnaissance sacramentelle du mariage ? Peut-être que l’Église devrait plutôt réfléchir à la diversité de forme de reconnaissance. Cette discussion est la même pour le mariage civil. En Belgique, il existe le même modèle pour les relations hommes femmes que pour les relations homosexuelles. Mais il existe d’autres possibilités, qui selon moi, sont autant valables. Il n’est peut-être pas nécessaire de mettre toutes les relations dans le même modèle »

Afin que ce soit clair: vous dites que l’Église doit reconnaître formellement les relations holebis ?

« Comme il existe dans notre société une diversité de cadres légaux pour les partenaires, il devrait également, au sein de l’église, y avoir une diversité de forme de reconnaissance. De cette manière, on s’empêche de tomber dans l’engrenage des discussions idéologiques complexes. Je suis un partisan d’une diversité de formes de reconnaissances qui partent de la pratique pastorale ou de la pensée pastorale plutôt que des discussions de principe. Parce que ces derniers apportent très souvent des différends et génèrent souvent la discorde. Plusieurs grands-parents m’ont expliqué qu’ils étaient contents que j’écrive une  telle lettre.  Ils ne sont pas non plus intéressés par une discussion de principe. Ils veulent  tout d’abord garder leurs enfants et petits-enfants unis, holebis ou pas. Parce qu’ils les aiment tous tout autant.

« À Noël, ils veulent également inviter leur petite fille avec son amie lesbienne sans que  cela crée des tensions. La vie est à ce point concrète, n’est-ce pas ? Des questions aussi concrètes sont seulement solvables avec beaucoup d’humanité et de compréhension, mais pas avec des discussions de principe. La même dynamique est active dans l’église. La communauté ecclésiale est une grande famille et ma première  préoccupation est de savoir comment favoriser ce réflexe. En effet, je ne veux pas   minimiser la signification des questions doctrinales, mais comme évêque je me reconnais surtout dans ses grands-parents. Moi aussi je veux garder la famille unie. Je veux que tous les membres de la famille continuent à se fréquenter, à fêter Noël ensemble et à former une communauté solidaire.»

2015 sera probablement pour vous une année très spécial. L’archevêque André Léonard va avoir 75 ans ce qui implique qu’il doit laisser sa place à quelqu’un d’autre. Vous êtes vu comme le successeur attendu. Est-ce une fonction que vous voudriez exercer ?

«Moui, je continue à dire : il y a six ans je suis devenu évêque d’Anvers et ça a déjà été tout un exercice. Avec de nombreux collaborateurs, j’ai travaillé dur à  l’avenir de cet évêché. Pour cela, j’ai dû, de temps à autre, m’opposer à certaines traditions. On essaye de construire quelque chose, et ça demande beaucoup d’énergie. Ces efforts, on ne peut pas  les renouveler toutes les années. Je préfère travailler sur des projets à long terme et  c’est ce que je fais pour l’instant.

«Je me sens très bien à Anvers. Naturellement, je garde de cette autre option ouverte, mais en ce qui me concerne, je préfère continuer ce que j’ai commencé, ici à Anvers.»

JPSC

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