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« Un entretien exclusif avec Philippe de Villiers sur le blog de Jeanne Smits

publié dans regards sur le monde le 31 décembre 2014


 

« Quand on est un vrai homme politique, on ne cesse pas de l’être. »

Voici un grand entretien réalisé avec Philippe de Villiers à propos de son magnifique Roman de Jeanne d’Arc, dont la première partie, plus particulièrement consacrée à Jeanne d’Arc et l’identité française, a paru la semaine dernière dans Monde & Vie. Philippe de Villiers a bien voulu réserver cette partie de ses propos aux lecteurs de ce blog.
Quel rapport avec la culture de vie et la culture de mort ? Mais… tous les rapports ! Il s’agit de retrouver la véritable solution aux temps troublés que nous vivons, toujours la même depuis plus de 2000 ans : elle se trouve dans la crèche de Noël. Dans le rétablissement de l’ordre du monde par la venue du Sauveur. Dans la certitude qu’il faut d’abord retrouver l’identité chrétienne de nos vieilles terres d’Europe – et comprendre que cette identité chrétienne peut rectifier toutes les cultures et les amener à être pleinement elles-mêmes, y compris dans l’ordre temporel.
« Les interventions divines dans l’histoire sont à la mesure de la foi des peuples et de leur zèle », constate Philippe de Villiers dans ses propos à Monde & Vie. Elles ne dispensent ni de batailler, ni de se préoccuper du temporel avec les moyens d’ici-bas, mais elles seules peuvent véritablement  venir à bout de l’injustice, de l’illégitimité et, aujourd’hui, de la dimension proprement infernale de la culture de mort qui nous entourent. Vous pouvez déjà acquérir le numéro qui contient l’interview ici.
Mais voici déjà, en exclusivité, les propos de Philippe de Villiers sur Jeanne d’Arc, ses combats, son courage de chef de guerre, la laïcité, les crèches… Mais aussi sur l’homme lui-même, maintenant qu’il a choisi une autre voie que la politique politicienne. — J.S.
— Philippe de Villiers, dans votre Roman de Jeanne d’Arc vous vous êtes vraiment glissé dans sa peau. Jeanne d’Arc se bat pour un roi faible, hésitant, qui paraît aux antipodes du souverain qu’elle est censée remettre sur le trône. Si je puis poser la question ainsi : comment l’avez-vous vécu ?
— Comme un paradoxe qui donne toute sa saveur à la réalité des choses. Et qui montre qu’on n’est pas dans un conte. Dans un conte, on aurait une belle jeune fille élancée qui ne serait pas une bergerette : on aurait une princesse, et un roi qui aurait les yeux pers et une forte corpulence, beaucoup d’assurance, voire de hautainerie comme on disait à l’époque. Eh bien, il n’en est rien. La réalité, c’est qu’elle-même est déçue, et j’ai donc accompagné sa déception par l’écriture. Quand elle voit ce roi – pour elle, un roi, c’est beau – elle est très déçue parce qu’il a les yeux « petits, vairons et troubles », dit-elle, et les jambes « tortes ». Et il a un pourpoint en sac de toile comme on en trouve dans les greniers de Domrémy – elle qui aime les beaux tissus. Elle le trouve hésitant et muable, selon l’expression de l’époque : il écoute le dernier qui parle, et tout spécialement le conseil de cour. C’est tout le génie de Jeanne d’Arc, sa force de persuasion, que de convaincre ce roi de lui donner une armée et de la mettre en besogne.
— On évoque souvent les deux périodes de la vie publique de Jeanne d’Arc : les batailles et les prisons. Mais en réalité, pendant ces batailles, il faut justement qu’elle bataille pour se faire entendre. Vous insistez beaucoup sur le fait qu’elle est systématiquement trahie – ou presque – tout au long de son chemin.
— Il faudrait même élargir le zoom. En travaillant, en recherchant tous les micro événements de la vie de Jeanne d’Arc, je me suis aperçu d’une chose qui m’a beaucoup frappé : en fait, elle est sans cesse en butte à l’hostilité de son entourage ; de ses entourages. Elle se bat toujours contre tout le monde. Elle est toujours à contre-courant. Elle est en opposition avec sa famille, pour commencer : elle désobéit à son père et à sa mère. Puis elle s’oppose à Baudricourt qui ne veut pas lui donner une escorte, et encore au roi à Chinon et au conseil de cour. Elle a un premier procès, en quelque sorte, à Poitiers. Et lorsqu’elle arrive à Orléans, alors qu’elle est nommée chef de guerre par le roi de France, quelle n’est pas sa surprise de se trouver en fait sous les ordres des capitaines qui n’obéissent pas aux siens. Elle est un chef de guerre qui n’a pas d’autorité. Même au cœur de ses triomphes, elle va essuyer et affronter les récriminations de tous ses capitaines qui la considèrent simplement comme un porte emblème, un porte-bonheur. Et qui ne lui donneront jamais acte de ses victoires. Elle pense obtenir le droit de parler, le droit de convaincre, par ses victoires : celle d’Orléans d’abord. Mais le Bâtard d’Orléans lui coupe la route, en expliquant au roi qu’il faut d’abord nettoyer la Loire. Après avoir nettoyé la Loire, après la victoire de Patay – qui efface Azincourt – elle pense qu’elle a ainsi obtenu le droit de convaincre le roi d’aller à Reims. Le conseil de cour lui barre la route en lui expliquant qu’il faut d’abord aller libérer la Normandie : il veut d’abord la libération, ensuite l’onction. Elle dit l’inverse : d’abord l’onction, ensuite la libération.
Que dire de la période des échecs ? Paris, La-Charité-sur-Loire ? C’est l’hallali ! Elle lit dans le regard des soldats la gausserie, l’ironie, le mépris… et le doute. Elle se bat jusqu’au bout. Même dans la période faste de ses victoires, elle est en opposition avec tous les entourages parce qu’elle a une ligne stratégique qui n’est pas celle des capitaines, ni celle du conseil de cour, ni celle du roi. Cela veut dire, tout simplement, qu’elle est une visionnaire et que sa vision du monde, de la politique, de la France, la met toujours en avance sur les hommes de son temps.
— On a l’impression, à vous lire, qu’elle reçoit beaucoup de ses voix, mais qu’elle devient chef de guerre, réellement. L’avez-vous ressenti en l’accompagnant ?
— J’ai ressenti bien plus que cela. Ses voix lui demandent de lever le siège d’Orléans et d’amener le roi à Reims, mais Jeanne va tellement prendre à cœur sa vocation de chef de guerre qu’elle va le devenir vraiment. Elle va se mettre, non pas à aimer la guerre, parce qu’elle déteste voir le sang couler, mais à ressentir une certaine jubilation devant les eaux torrentueuses et le vacarme des couleuvrines. Elle se le reproche elle-même. Elle se demande si en elle la bergerette n’a pas été étouffée, anéantie par la guerrière qu’elle est devenue. Ses nouvelles coquetteries ne la portent plus à cueillir les fleurs mais à les piétiner – elle se met à aimer certains aspects de la guerre. En fait, il lui arrive ce qui arrive à tous les soldats qui sont sur un champ de bataille, paraît-il : ils finissent par aimer l’odeur de la poudre. C’est cela qu’elle ressent. Elle va se prendre au jeu, elle va goûter à l’ivresse de la victoire.
Quand Jeanne gagne une première bastille, la bastille Saint-Loup, elle a envie d’en conquérir une autre dans la journée, puis une troisième, puis une quatrième. C’est là qu’elle lance le formidable défi à tous ses capitaines : « Demain matin je partirai par la rivière (c’est-à-dire la Loire) et demain soir je reviendrai par le pont des Tourelles ! » Ce qui est physiquement impossible puisque le pont des Tourelles est coupé. C’est Du Guesclin ! En fait, Jeanne d’Arc devient Du Guesclin…
Il y a un moment très fort : elle observe les capitaines, elle observe les soldats, elle manque de défaillir en voyant le sang couler, mais elle observe quand même… Elle observe les blessés, les chevaliers qui se déflèchent. Et quand elle va recevoir un vireton au-dessus du sein, entre le cou et l’épaule, elle va se déflécher elle-même, comme elle l’a vu faire. Elle se comporte comme un chevalier à la guerre. On peut être surpris par cette évolution, mais il faut toujours se rappeler qu’on apprenait jadis au catéchisme : « La force est une vertu, la violence est un péché. » Et elle est forte. Elle considère que son combat est légitime et qu’il faut donc le mener avec la force. La violence est du côté anglais : c’est la force illégitime.
— On sait l’importance que revêt la légitimité pour Jeanne d’Arc. Vous expliquez comment elle rassure le Dauphin en lui rappelant une prière qu’il a faite à Loches, pour être éclairé sur sa naissance. Je pensais que ces paroles de Jeanne au Dauphin à Chinon n’étaient pas connues, qu’elles n’avaient pas été révélées. Avez-vous trouvé des sources ? Aves-vous une certitude à cette égard ?
— Pour moi, c’est très clair.
— Est-ce une déduction, ou une certitude ? Car en général, on apprend qu’elle n’a jamais rien dit là-dessus.
— Les deux. J’ai trouvé des éléments là-dessus. Si, elle l’a dit.
— Avez-vous eu accès directement à ses lettres ?
— J’ai fouillé partout, je suis allé partout. J’ai pu constater la grande paresse de grande histoire, composée de moines copistes qui jouent les médecins légistes : ils dissèquent des pièces mortes qui sont aux archives nationales. J’ai constaté aussi l’efflorescence de toutes les traditions locales, orales souvent, avec les sacs de pépites qui ont été remplis par les historiens locaux, auxquels j’ai eu accès.
— Etes-vous le premier à les avoir synthétisées ?
— Sans doute pas. En tout cas j’ai rencontré une cinquantaine d’historiens locaux et visiblement, j’étais pour eux une bonne surprise : ils étaient heureux et flattés à l’idée qu’on les écoute. Jeanne est bien vivante ! Contrairement à ce qu’on croit, et où qu’on aille en France, là où elle est passée, il y a encore des gens qui s’en souviennent. Il y a une chose qui m’a frappée, au cours de ces semaines où j’ai passé une grande partie de mon temps à faire des dédicaces – sur un livre comme celui-ci, entre un auteur et ses lecteurs il y a une incroyable rapidité de la confidence – c’est le nombre de personnes qui ont un lien de parenté avec Jeanne d’Arc, ou en tout cas qui le prétendent. Il y a des centaines de familles qui cultivent leur parenté avec l’héroïne. Elle n’est pas morte, la petite !
— Quand j’ai lu son procès, j’ai eu l’impression d’être à côté d’elle. Plus qu’avec n’importe quel autre héros de l’histoire. L’impression d’une vérité très forte, et actuelle. L’avez-vous eue aussi ?
— Vous avez tout à fait raison, mais j’irai plus loin : je me suis laissé envahir. J’ai cherché son sillage, je suis allé respirer l’air qu’elle a respiré, je suis allé chercher au soleil couchant les humeurs vespérales et j’étais très ému, par exemple, de longer les rivières qu’elle a longées, et qui n’ont pas changé. Je me disais parfois : « Cette fleur-là, elle aurait pu la cueillir en se baissant. » En fait je me suis aperçu que Jehanne irradie ceux qui l’approchent. Dès Domrémy, je me suis senti proche d’elle, comme s’il y avait une parenté de voisinage affectif. J’avais l’impression que c’est elle qui écrivait, et que c’était moi qui tenais la plume, tant elle est présente. Naturellement, dans les pièces du procès, on la découvre dans tous les aspects de sa personnalité. Dire qu’elle est vivante, c’est être très en deçà de la réalité. Elle parle à des morts-vivants, et elle, elle est contemporaine. On comprend tout ce qu’elle dit.
— Cette question va peut-être vous paraître bizarre : aviez-vous envie de la défendre ?
— Oui ! Elle n’est pas bizarre, votre question : j’ai écrit ce livre avec une plume de feu ! Parce que j’ai aimé la petite bergerette, la petite pastoure, je l’ai entendue essoufflée, haletante, monter à Notre-Dame de Bermont… Je l’ai suivie partout, et au bout d’un certain temps on se demande pourquoi les hommes sont si méchants avec elle. J’étais une sorte d’avocat qu’elle n’a pas eu. Et qu’elle n’a pas voulu, d’ailleurs… En même temps, il suffit de la laisser parler. Elle se défend très bien toute seule. Il y a deux ou trois moments où elle a, à mon avis, outrepassé ses forces dans les réponses. Mais il faut quand même savoir que le document du procès était rédigé sous le contrôle de Cauchon. Donc ce devait être plus fort encore. Malgré tout, le document qu’on a aujourd’hui sous les yeux donne l’avantage à Jeanne d’Arc par rapport à ses juges.
— Vous la réhabilitez aussi par rapport à son abjuration. Et c’est quelque chose d’original, dans votre livre.
— Oui. Original, je ne sais pas. Mais dans tout ce que j’ai lu, on a dit qu’elle avait abjuré. Cela rassurait les laïcards parce que cela leur permettait de dire : « Voyez, c’est une fille qui raconte n’importe quoi. » Elle abjure, donc cela rend très incertaines ses visions… Si elle abjure et qu’ensuite elle reprend son ancien discours, où est la vérité ? Et cela rassure aussi les chrétiens. Ils se disent : « Elle est comme moi. » Cela l’humanise…
Seulement, ce n’est pas la réalité. En fait elle n’a abjuré ni à l’oral, ni à l’écrit. A l’oral, puisqu’il y a eu une substitution de parchemins, une filouterie ecclésiastique. Et à l’écrit, elle a signé d’une croix et d’un rond, alors qu’elle savait écrire et signer. On en a la preuve puisqu’elle a signé la moitié de toutes ses lettres qu’on a retrouvées : à partir de mars 1430. L’élément essentiel de ma démonstration, c’est que, quand elle signe d’une croix et d’un rond, elle rit. C’est en toutes lettres dans le procès. Si elle rit, c’est pour une raison qui n’est pas simplement de l’ordre du rictus nerveux. C’est une raison plus profonde : en fait elle se moque de Cauchon.
— C’est du panache français ?
— C’est du panache français et c’est aussi une espièglerie d’une petite paysanne de Domrémy devant des gens plus importants. Cela s’appelle un pied-de-nez à la maréchaussée.
— Vous avez quitté la politique politicienne et vous dites aujourd’hui, à travers vos livres, l’importance de l’histoire, de renouer avec l’histoire pour pouvoir revenir aux fondamentaux qu’incarne si bien Jeanne d’Arc. Et vous avez noté à quel point les petits Français sont coupés de leur histoire. Or en Russie, le communisme a opéré une coupure encore plus radicale. Vous qui travaillez sur des scénarios de l’histoire russe pour le « Puy-du-Fou Tsargrad », pensez-vous que ce sont des blessures qui se guérissent ?
— Oui. Aujourd’hui les Russes se précipitent sur leur histoire comme s’ils étaient assoiffés. Ils ont été privés d’histoire pendant soixante-dix ans. Depuis la chute du Rideau de Fer, ils reviennent à leur histoire avec un enthousiasme et une incandescence qui sont extraordinaires. Et extraordinairement touchants.
— Que faut-il pour que les gens aient envie de leur propre histoire ?
— Il faut un préalable. Qu’on cesse de dire aux Français que leur histoire est affreuse, et qu’elle n’a commencé que par la Révolution française. Faire commencer l’histoire de France il y a deux siècles, c’est une imposture. Toute demeure divisée contre elle-même périra. Nous sommes le seul pays au monde qui s’interdit de lui-même, d’une part de lui-même. Qui interdit à ses propres enfants de cultiver la mémoire des siècles de sa grandeur. La France n’a le droit d’étudier son histoire qu’à partir de la période trouble de la Révolution, qui renferme dans son ADN un gène terroriste. La Révolution, c’est l’éradication. Ne pas enseigner toute l’histoire de France, c’est continuer l’éradication.
— Quand on veut éradiquer les crèches, par exemple à La Roche-sur-Yon, vous dites en substance : quelle que soit la loi de 1905, il fallait tenir bon. C’est une leçon pour tout le monde ?
— Mais c’est une question de priorité ! Le droit est supérieur à la violence, mais il y a quelque chose qui est supérieur au droit, c’est la civilisation. Soljenitsyne disait très bien : « Quand un pays n’a plus de mœurs, il fait des lois. » S’il s’avère qu’une loi est contraire au principe même de la civilisation, alors il faut se tourner vers la civilisation plutôt que vers la loi. »
En effet, la France est une terre chrétienne. La crèche fait partie de nos racines, de notre identité, de notre patrimoine, de nos affections, de nos enfances, de nos symboles. Cette richesse est infiniment supérieure à je ne sais quelle élucubration, je ne sais quel juridisme d’une laïcité corrompue ou abîmée. La France est le seul pays au monde qui tente de vivre avec l’idée d’une religion séculière, d’un Etat qui n’existe plus. D’ailleurs, ceux qui ont fait interdire la crèche du Conseil général, que j’avais installée moi-même, sont les descendants directs des révolutionnaires qui avaient proposé aux Français, avec le succès que l’on sait, de substituer à la religion chrétienne la religion civile de la Révolution, avec le culte de l’Etre suprême et le changement du calendrier. En fait, le combat révolutionnaire continue.
Le principe de laïcité a été inventé par Jésus-Christ, par le christianisme : c’est la séparation du temporel et du spirituel. On n’a aucun complexe à faire : simplement, la laïcité n’est pas le laïcisme. Le laïcisme, c’est quand le temporel tente d’absorber le spirituel. Nous sommes devant deux tentations au milieu desquelles flotte la pauvre chrétienté finissante de notre pays. La première, c’est l’absorption du spirituel par le temporel, c’est le laïcisme à la Vincent Peillon, la Libre pensée, la franc-maçonnerie : l’idée que le spirituel n’est plus qu’un tout petit refuge dans la vie privée, où on peut murmurer derrière les fenêtres sa petite prière du matin ou du soir, pourvu qu’on ne nous entende pas dans la rue.
La deuxième tentation, c’est l’islamisme : l’absorption du temporel par le spirituel, l’idée que c’est l’imam qui conduit la cité. Finalement c’est le djihad qui mène la danse. Entre les francs-maçons et les djihadistes il y a une alliance objective, redoutable. Les uns détruisent, les autres remplissent le vide.
— Vous dites « je » pour Charette, pour saint Louis, pour Jeanne d’Arc. Je n’oserais pas vous demander s’il y a un côté schizophrène chez vous, mais est-ce qu’il y a quelque chose de chacun qui est resté chez Philippe de Villiers ?
— Après, oui. Probablement… Certainement ! Charette, c’est vraiment l’idée de la résistance à l’oppression. Saint Louis, c’est l’idée du bien commun et de la légitimité. Et Jeanne d’Arc, la souffrance féconde, l’idée que l’espérance est dans la souffrance. Jusqu’au bout, elle accepte le cachot, elle est prête à se soumettre à la torture, elle accepte le feu, parce qu’elle espère.
— Et lorsqu’apparaît un « caméo » dans votre récit, que La Hire évoque un certain chevalier Le Jolis qui, reprenant Bayard, dit dans sa maxime de guerre : « Assaut de lévrier, défense de sanglier, retraite de loup »… Philippe de Villiers, êtes-vous dans une retraite de loup ?
— Quand on est un vrai homme politique, on ne cesse pas de l’être. Simplement je fais de la politique par d’autres moyens. J’essaie de diffuser un message métapolitique, pour une raison simple. On nous dit qu’il y a une crise politique. Je ne le crois pas. Je crois que la politique fonctionne très bien. Il y a des élections, il y a un président, il y a un Parlement, des procédures, des calendriers électoraux. Les institutions fonctionnent.
Mais la réalité est beaucoup plus grave : il y a une crise métapolitique. La crise des repères fondateurs, la crise des valeurs fondatrices. Il n’y a plus de murs porteurs. Donc, c’est la politique du vide. La politique fonctionne – sur le vide. La question qui se pose, qui s’est posée à moi, est la suivante : faut-il participer à la politique du vide pour tenter de remplir avec énergie, disponibilité, et peine perdue le tonneau des Danaïdes ? Ou bien, ne vaut-il pas mieux monter sur son Aventin pour revenir sur les murs porteurs et faire un retour au discours sur les valeurs fondatrices ? Et c’est ce que j’ai fait.
Je pense que ce que j’ai fait quand j’étais homme politique n’était pas inutile ; je pense que ce que je fais maintenant est plus utile. La politique telle qu’elle se fait aujourd’hui est devenue un marécage, une piscine sanguinolente où les crocodiles mangent les caïmans. La politique n’existe plus. Pourquoi ? Parce que le pouvoir n’a plus le pouvoir. Vous parliez de la crèche… Ce sont des juges qui décident ! Où est le pouvoir ? Il n’existe plus. Il y a une loi et des juges ; les hommes politiques sont coupeurs de citrons. Ils le sont devant les banquiers de Francfort, les législateurs de Bruxelles, les stratèges du Pentagone, les négociateurs de l’OMC et les petits juges des tribunaux administratifs. Il ne reste au Parlement que le calendrier scolaire et la retraite des anciens combattants…
Les hommes politiques se sont défaits du pouvoir. Quand le pouvoir n’a plus le pouvoir, que reste-t-il ? Des querelles d’hommes, des ambitions déchaînées, c’est tout. Il y a toujours eu des ambitions, il y a toujours eu des querelles, il y a toujours eu des blessures, mais la différence avec les temps anciens, c’est qu’il y avait encore le pouvoir. C’étaient des querelles pour le pouvoir, au service d’un pays.
Aujourd’hui ce ne sont plus des querelles pour le pouvoir puisqu’il n’y a plus de pouvoir, il est parti ailleurs. En fait, la Révolution française a généré ce qu’on a appelé la démocratie, qui s’est empressée, au bout de deux siècles – ce n’est pas long – de disparaître au profit de l’oligarchie. Nous sommes gouvernés par des oligarchies qui ne sont contrôlées ni par le peuple, ni par personne. La mission des gens comme moi, qui ont l’expérience de la vie publique, c’est de hurler à qui veut l’entendre : « Regardez-les, ils s’agitent dans le vide. » Quand les gens s’intéressent aux élections, ça m’amuse, parce que je sais bien que ce sont les mêmes qui vont faire la politique des mêmes. Il faut refonder la légitimité. Elle ne peut reposer que sur le Service rendu.

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