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Le Synode de 2015 approche…

publié dans nouvelles de chrétienté le 31 décembre 2014


Tandis que le Synode 2015 approche, chargé d’inconnues et de problèmes, une question de fond se pose : quelle est l’autorité des documents ecclésiastiques qui peuvent être produits par le magistère ordinaire d’un Pape ou d’un Synode ?

Les progressistes, ou peut-être plutôt les néo-modernistes, attribuent un caractère infaillible à tous les actes du Pontife actuel et aux résultats du prochain synode, quels qu’ils soient. A ces actes – disent-ils – il faut obéir parce que, comme dans le cas du Concile Vatican II, le Pape et les évêques unis à lui, ne peuvent pas se tromper.

D’un autre côté les progressistes eux-mêmes nient la valeur infaillible aux enseignements de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI et affirment que la morale traditionnelle en matière conjugale doit être mise à jour, en s’adaptant aux “convictions vécues” de ces catholiques qui pratiquent la contraception, la fécondation artificielle, les cohabitations extra-conjugales.

Dans le premier cas, ils semblent admettre l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel, en l’identifiant au Magistère vivant du Pape et des évêques après le Concile Vatican II ; dans le second cas ils nient l’infaillibilité du vrai concept de Magistère ordinaire, exprimé par la Tradition de l’Eglise, selon la célèbre formule de Vincent de Lérins : «quod semper, quod ubique, quod ab omnibus».

On se trouve face à un évident retournement de la vérité de foi sur le Magistère ecclésiastique. La doctrine de l’Eglise enseigne en effet que quand le Pape, seul ou uni aux évêques, parle ex cathedra, il est infaillible avec certitude.

Mais pour qu’une déclaration puisse être considérée ex cathedra, quelques critères sont nécessaires : 1) il doit parler en tant que pape et pasteur de l’Eglise universelle ; 2) la matière sur laquelle il s’exprime doit concerner la foi ou les moeurs ; 3) sur cet objet il doit prononcer un jugement solennel et définitif, avec l’intention d’obliger tous les fidèles. S’il manque ne serait-ce qu’une seule de ces conditions, le Magistère ordinaire (ou conciliaire) reste authentique, mais n’est pas infaillible.

Cela ne veut pas dire qu’il est erroné, mais signifie seulement qu’il admet la possibilité de l’erreur : il est, en un mot, faillible. Il faut ajouter cependant que l’infaillibilité de l’Eglise ne se limite pas au cas extraordinaire du pape qui, seul ou uni aux évêques, parle ex cathedra, mais s’étend aussi au Magistère ordinaire universel.

Nous recourons, pour clarifier ce point, à un écrit du père Marcelino Zalba (1908-2009), sur Infaillibilité du Magistère ordinaire universel et contraception, paru dans le numéro de janvier-mars 1979 de la revue “Renovatio” (pages 79-90) du cardinal Joseph Siri.

L’auteur, considéré comme l’un des moralistes les plus fiables de son époque, rappelait que deux autres théologiens américains réputés, John C. Ford et Gerald Kelly, avaient étudié en 1963, exactement cinq ans avant la promulgation de l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, le degré de certitude et de vérité qu’on doit attribuer, en matière théologique, à la doctrine catholique traditionnelle sur l’immoralité grave et intrinsèque de la contraception (John C. Ford s.j., Gerald Kelly s.j., Contemporary Moral Theology, vol. 2, Marriage Questions, Newman, Westminster 1964, pp. 263-271). Selon les deux théologiens jésuites il s’agissait d’une doctrine qui devait être considérée comme une réglementation pour la conduite des fidèles. Il serait en effet inconcevable que l’Eglise catholique, assistée par le Saint-Esprit pour garder la doctrine et la morale évangélique, ait affirmé explicitement à maintes reprises que les actes contraceptifs sont une violation objective grave de la loi de Dieu, si cela n’était réellement. Par son intervention erronée, l’Eglise aurait donné naissance à d’innombrables péchés mortels en contredisant la promesse de l’assistance divine de Jésus-Christ. L’un des deux moralistes, le père Ford, en collaboration avec le philosophe Germain Grisez, approfondit ce problème dans un écrit ultérieur:Contraception and the Infallibility of the Ordinary Magisterium (“Theological Studies”, 39 (1978), pp. 258-312). Ils conclurent que la doctrine d’Humanae Vitae pouvait être considérée comme infailliblement enseignée, non en vertu de son acte de promulgation (qui fut moins solennel et catégorique, par exemple, que celui de Casti Connubii de Pie XI), mais parce qu’elle confirmait le Magistère ordinaire universel des papes et des évêques du monde. Bien que n’étant pas infaillible en soi, Humanae Vitae le devenait quand, en condamnant la contraception, elle réaffirmait une doctrine proposée depuis toujours par le magistère ordinaire universel de l’Eglise.

La constitution Dei Filius du Concile Vatican I établit, au chapitre 3, qu’il peut y avoir des vérités qui doivent être crues, avec une foi divine et catholique dans l’Eglise, sans qu’il y ait nécessité d’une définition solennelle, en tant qu’elles sont exprimées par le Magistère ordinaire universel. Les conditions nécessaires à l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel sont qu’il s’agisse d’une doctrine qui concerne la foi ou la morale, enseignée avec autorité par des déclarations répétées des papes et des évêques, avec un caractère indubitable et obligatoire. Le mot universel doit être compris non dans le sens synchronique d’une extension dans l’espace dans une période historique donnée, mais dans le sens diachronique d’une continuité du temps, pour exprimer un consensus qui embrasse toutes les époques de l’Eglise (Card. Joseph Ratzinger, Note doctrinale illustrative de la formule de conclusion de la Professio fidei, note 17).

Dans le cas par exemple de la régulation des naissances, l’Eglise, depuis le IIIème siècle, a condamné les méthodes artificielles. Quand, au début du XIXème siècle le problème fut à nouveau posé, les déclarations des évêques, en union avec le pape, proposèrent toujours cette même doctrine de l’Eglise définitive et obligatoire qui affirme que la contraception est un péché mortel. Les déclarations explicites de Pie XI, de Pie XII et de tous leurs successeurs confirmèrent l’enseignement traditionnel. Paul VI dans Humanae Vitaeconfirma cette doctrine du Magistère ordinaire, «fondée sur la loi naturelle, illuminée et enrichie par la révélation divine» (n. 4), en refusant les conclusions de la commission pontificale qui avait étudié ce problème, parce-que celles-ci «s’éloignaient de la doctrine morale sur le mariage proposée par le Magistère de l’Eglise avec une constante fermeté» (n. 6). Le discours que tiennent les pères Zalba, Kelly, Ford et le professeur Grisez à propos de la contraception peut s’étendre à la fécondation artificielle, aux unions de fait et aux divorcés remariés.

Même en l’absence de formulations extraordinaires de l’Eglise sur ces problèmes moraux, le magistère ordinaire universel de l’Eglise s’est prononcé au cours des siècles de façon cohérente, constante et impérative : il peut être considéré comme infaillible. Et dans le domaine moral la pratique ne pourra jamais être en contradiction avec ce que la doctrine du Magistère universel de l’Eglise à établi définitivement.

Mais le discours est bien différent en ce qui concerne les nouveautés doctrinales des documents du Concile Vatican II. Dans ce cas non seulement il manque un acte ex cathedra du souverain Pontife en union avec les évêques, mais aucun document ne fut présenté de façon dogmatique, avec l’intention de définir une vérité de foi ou de morale et d’obliger les fidèles à y consentir.

Ne peut être infaillible dans ces documents que quelque passage dans lequel est confirmée la doctrine de toujours de l’Eglise. En effet catholique, c’est-à-dire universel, n’est pas ce qui est cru par tous dans un temps donné “en tous lieux”, comme il peut arriver dans un Concile ou un Synode, mais ce qui depuis toujours et partout est cru par tous, sans équivoques et contradictions.

Le débat herméneutique toujours en cours sur les nouveautés des textes de Vatican II confirme leur caractère provisoire et discutable, et qui n’oblige en aucune façon. Comment peut-il prétendre à une obéissance aveugle et inconditionnée aux nouveautés faillibles du Concile Vatican II et du Synode sur la famille, celui qui prétend contredire les enseignements infaillibles du Magistère ordinaire universel de l’Eglise en matière de morale conjugale?

par Roberto de Mattei dans Correspondance européenne

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