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Réflexions du professeur De Mattei sur la situation de l’Eglise… alors qu’on danse le tango sur la place Saint Pierre

publié dans nouvelles de chrétienté le 20 janvier 2015


Saint-Siège : Tango à Saint Pierre alors que la barque part à la dérive

Tango PapaSans doute les historiens de demain rappelleront-ils qu’en 2014 place Saint-Pierre on dansait le tango, tandis que les chrétiens étaient massacrés en Orient et que l’Eglise était au bord d’un schisme. Cette atmosphère de légèreté et d’inconscience n’est pas nouvelle dans l’histoire.

A Carthage, rappelle Salvien de Marseille, on dansait et festoyait à la veille de l’invasion des Vandales et à Saint-Pétersbourg, selon le témoignage du journaliste américain John Reed, alors que les bolchéviques s’emparaient du pouvoir, les théâtres et les restaurants ne désemplissaient pas. Le Seigneur, comme le dit l’Ecriture, rend aveugles ceux qu’Il veut perdre (Jn 12, 37-41).

Le drame majeur de notre temps n’est pas tant l’agression provenant de l’extérieur, mais ce mystérieux processus d’auto-démolition de l’Eglise qui atteint ses ultimes conséquences après avoir été pour la première fois dénoncé par Paul VI dans son fameux discours au Séminaire Lombard du 7 décembre 1968. L’auto-démolition n’est pas un processus physiologique. C’est un mal qui a des responsables. Et dans le cas présent, les responsables sont les hommes d’Eglise qui rêvent de substituer au Corps Mystique du Christ un nouvel organisme, sujet à une perpétuelle évolution sans vérités ni dogmes.

Un impressionnant tableau de la situation nous a été offert fin 2014 par deux dossiers sur l’Eglise respectivement publiés par le quotidien français “Le Figaro” et par le quotidien italien “La Repubblica”.

“Le Figaro”, un journal de centre-droit, réputé pour sa modération, a consacré en décembre dans son supplément hebdomadaire “Le Figaro Magazine” un dossier à la Guerre secrète au Vatican. Comment le pape François bouleverse l’Eglise: 11 pages, sous la direction de Jean-Marie Guénois, considéré comme l’un des vaticanistes les plus sérieux et compétents.

«Quelque chose semble même avoir basculé depuis le synode sur la famille de l’automne 2014 – écrit Guénois –. et l’accumulation des indices autorise à s’interroger : l’Eglise catholique ne risque-t-elle pas d’affronter une tempête à la fin de l’année 2015, après la seconde session du synode sur la famille ? » Guénois révèle l’existence d’une “guerre secrète” entre cardinaux qui n’a pas pour but la conquête du pouvoir. La bataille en cours est celle des idées, qui a pour objet principal la doctrine de l’Eglise sur la famille et le mariage. Le Pape François est accusé à l’intérieur de la Curie d’une gestion autocratique du pouvoir que le journaliste français résume par la formule : «Quand il tranche, le Pape ne met pas de gants». Mais le véritable problème est sa vision écclésiale, inspirée et conseillée par les courants les plus progressistes du Vatican. Selon Guénois, trois théologiens définissent les nouveaux objectifs : le cardinal allemand Walter Kasper, l’évêque italien Bruno Forte et l’archevêque argentin Victor Manuel Fernandez. «C’est ce trio qui a poussé les feux lors du synode sur la famille ! » Kasper, soit dit en passant, est la tête de bélier pour l’admission des divorcés remariés aux sacrements, Forte est partisan de la légalisation de l’homosexualité et Fernandez figure de proue de la théologie péroniste du peuple.

Puis Guénois a interviewé sur le Synode le cardinal Burke, qui, comme de coutume, s’est exprimé avec une clarté cristalline :«Le synode a été une expérience difficile. Il y a eu une ligne, celle du cardinal Kasper, pourrait-on dire, derrière laquelle se sont rangés ceux qui avaient en main la direction du synode. De fait, le document intermédiaire semblait avoir déjà été écrit avant les interventions des pères synodaux ! Et selon une ligne unique, en faveur de la position du cardinal Kasper… On a également introduit la question homosexuelle, qui n’a rien à voir avec la question du mariage, en y cherchant des éléments positifs. (…) Ce fut donc très déconcertant. Tout comme le fait d’avoir maintenu, dans le rapport final, des paragraphes sur l’homosexualité et sur les divorcés remariés qui n’ont pourtant pas été adoptés à la majorité requise par les évêques. (…) Je suis donc très préoccupé – a ajouté le cardinal Burke – et j’appelle les catholiques, les laïcs, prêtres et évêques, à s’impliquer, d’ici à la prochaine assemblée synodale, afin de mettre en lumière la vérité sur le mariage».

Le fait que les préoccupations du cardinal Burke soient justifiées est démontré par le supplément hebdomadaire “Il Venerdì di Repubblica” du 27 décembre 2014, entièrement consacré à une Enquête sur l’Eglise : 98 pages comportant 20 articles dans lesquels est décrit «la nouvelle ère de François, entre adversaires, saints, persécuteurs et pécheurs».

Le champion de “La Repubblica” est le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Monaco et Frisingue, qui confirme son ouverture aux divorcés remariés et aux couples homosexuels, nie la décadence morale de l’Occident, et affirme que «ce que l’on nomme sécularisation est un développement nécessaire de la liberté. Et une société libre est un progrès, selon le véritable point de vue de l’Evangile». «François, explique-t-il, veut conduire l’Eglise à la force d’origine de son témoignage. Il a une vision claire de ce qu’il veut, mais ne suit pas un plan fixe, personnel ou pré-établi, ni un programme de gouvernement. Il lance des signaux et donne des exemples, comme il a fait au Synode consacré au mariage et à la famille».

Dans ce même dossier, Marco Ansaldo, dans une interview intitulée Franzoni, la revanche de l’ex-abbé rouge, accorde une place importante à Giovanni Franzoni, ex-abbé de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, soulignant que les positions pour lesquelles il fut condamné se rapprochent maintenant de celles du Vatican. Franzoni fut démis de l’état clérical pour son approbation de la loi sur le divorce et l’avortement, et pour ses déclarations de vote en faveur du parti communiste. Marié à une journaliste japonaise athée, il ne renie pas aujourd’hui ses idées et affirme avoir «découvert la sexualité comme un enrichissement total et non comme une privation d’énergies qui pourraient être consacrées au Seigneur».

D’après quelques indiscrétions, le Pape François aurait l’intention d’admettre au sacerdoce quelques laïcs mariés (ceux que l’on appelle les viri probati) et d’accepter à nouveau pour l’administration des sacrements des prêtres déjà mariés, réduits à l’état laïc, comme Franzoni ou l’ex-franciscain et théologien no-global Leonardo Boff, qui vit actuellement avec une compagne au Brésil. Le 17 décembre, Boff, qui est passé de la théologie de la libération à l’éco-théologie, a confirmé à l’Ansa avoir envoyé au Pape, sur sa demande, des éléments pour sa prochaine encyclique, et le 28 décembre, en désaccord avec Vittorio Messori, il a exprimé sur Noi siamo chiesa son Soutien au Pape François contre un écrivain nostalgique, en ces termes : «Une Eglise ouverte comme la veut François de Rome est de la plus haute importance. Il faut qu’elle soit ouverte aux interventions de l’Esprit appelées par certains théologiens “la fantaisie de Dieu”, du fait de sa créativité et nouveauté, dans la société, dans le monde, dans l’histoire des peuples, dans les individus, dans les Eglises et même dans l’Eglise Catholique. Sans l’Esprit-Saint, l’Eglise devient une institution lourde, ennuyeuse, sans créativité et, à un moment donné, elle n’a rien à dire au monde qui ne soient toujours doctrines sur doctrines, sans susciter ni espérance ni joie de vivre».

Qui peut nier l’existence d’une confusion absolue ? Le tango dansé à Saint-Pierre le 17 décembre 2014 pour l’anniversaire du pape François, rappelle une autre musique : celle qui se jouait sur le Titanic la nuit de la tragédie. Mais la pointe de l’iceberg apparut alors à l’improviste, et les danseurs étaient inconscients du désastre imminent. Aujourd’hui l’iceberg est visible et il y en a pour trinquer à l’impossible naufrage de la Barque de Pierre. Bon nombre de personnes sont cependant en alarme et ont la forte sensation, comme l’a dit le cardinal Burke, que l’Eglise est un bateau à la dérive. Nous sommes de ceux-là et pour ce motif nous n’avons pas célébré 2015 par des danses et feux d’artifice, mais avec la ferme décision de répondre à l’appel de ce même cardinal Burke à combattre, aujourd’hui, jusqu’au prochain Synode et au-delà, pour défendre la vérité de l’Evangile sur le mariage. (Roberto de Mattei)

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