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« Le drame de l’Eglise d’aujourd’hui » par le professeur De Mattei

publié dans nouvelles de chrétienté le 17 avril 2012


Source « Correspondance européenne n. 249 du 10 avril 2012

Il faut lire cet article

Le drame de l’Eglise d’aujourd’hui

« La situation souvent dramatique de l’Église d’aujourd’hui » constituait le cœur de l’homélie que Benoît XVI a prononcée pendant la Messe Chrismale le 5 avril dernier. Il ne s’agissait pas d’une dénonciation générique. Le Pape, en effet, a évoqué de manière explicite la situation de l’Église en Autriche, pays dans lequel le mouvement Pfarrer-Iniziative (Initiative des Prêtres) a publié un « Appel à la Désobéissance ». Ce document, signé par quatre cent prêtres autrichiens exige entre autre l’accès pour les femmes au sacerdoce, l’abolition de l’obligation du célibat sacerdotal, le droit de communier pour les divorcés remariés. Autant de poins sur lesquels, comme pour l’ordination sacerdotale des femmes, l’Église s’est exprimée de manière irrévocable et définitive.

Il faut bien souligner ici que la désobéissance de ces membres du clergé n’est pas un épisode de simple indiscipline isolée ; elle est l’adhésion organisée à des erreurs ou à des hérésies. Elle revêt donc le caractère d’un schisme, du moins un schisme potentiel. La distinction fondamentale entre hérésie et schisme remonte à Saint Jérôme, qui définit l’hérésie comme la perversion du dogme, tandis que le schisme est la séparation de l’Église (In Epist. ad Titum, PL, vol. 26, col. 598). Ce qui prévaut dans l’hérésie c’est donc une séparation doctrinale ou théologique, et dans le schisme c’est une séparation disciplinaire ou ecclésiale. Les hérésies ne se traduisent pas toutes en schismes, cependant chaque schisme suppose généralement une hérésie.

L’histoire de l’Église, depuis sa naissance, est l’histoire de ses persécutions, mais aussi des schismes et des hérésies qui, depuis ses origines en ont miné l’unité. Saint Paul, dans ses lettres, fait souvent mention de ces déviations par rapport à l’enseignement du Christ et de l’Église qui se manifestaient déjà à l’époque parmi les fidèles. Ainsi l’Apôtre, dans sa Lettre aux Ephésiens, les met en garde de «ne pas marcher comme marchent les gentils, dans la vanité de leur propre pensée, avec l’intellect obscurci par les ténèbres, loin des voies du Seigneur, à cause de l’ignorance qui est en eux » (Eph. 4, 17-18). L’origine de cet éloignement à l’égard des voies du Seigneur réside dans l’absence chez l’homme de soumission à Jésus Christ, qui est le seul Chemin, la seule Vérité et la seule Vie.

Comme le rappelle le Pape dans Son homélie : « Jésus Christ a concrétisé son mandat par Sa propre obéissance et Sa propre humilité jusqu’à la Croix, rendant crédible par là-même Sa mission. Non pas ma volonté, mais Votre volonté : ces mots révèlent le Fils, Son humilité en même temps que Sa divinité, et nous indiquent la voie ». Le prêtre devrait toujours répéter avec l’Évangile : « Ma doctrine ne vient pas de moi» (Jn. 7, 16). Comme l’a dit le Pape : « Nous n’annonçons pas des théories et des opinions privées, mais la Foi de l’Église, dont nous sommes les serviteurs. (…) Or la désobéissance est-elle vraiment une voie ? La voie ne laisse-t-elle pas entendre déjà la conformation au Christ, qui est la condition préalable nécessaire à tout renouveau véritable, et non plus seulement le besoin désespéré de faire quelque chose, de transformer l’Église selon nos désirs et nos idées ?»

Pendant un certain temps un voile de pieux silence a couvert les déclarations hétérodoxes des membres du clergé. Mais à présent que le Pape a donné l’alarme, ce serait une faute que de se taire, même si parler signifie dévoiler de graves responsabilités. Et ce qui se passe en Autriche, où le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a récemment ratifié l’élection de Florian Stangl, un homme de 26 ans qui se déclare ouvertement homosexuel, comme membre du Conseil Paroissial de Stützenhofen, dans son Archidiocèse.

Le jeune homme qui est inscrit officiellement dans les registres civils comme vivant avec un « compagnon » a été élu à la grande majorité membre du Conseil de sa communauté ecclésiale. Or le Prêtre de cette paroisse, l’abbé Gerhard Swierzek, conformément à ce que prescrit le Droit Canon, a manifesté son opposition personnelle à cette élection. Pourtant le nouvel élu a déclaré n’être nullement disposé à renoncer à sa situation d’homosexuel de fait et de droit, considérant même que ce serait « une demande non réaliste ». Les mass-media se sont saisies de l’épisode et l’archevêque de Vienne en personne, après avoir invité Stangl et son compagnon à déjeuner, a donné une interview à la chaîne de télévision “ORF”, au cours de laquelle il s’est déclaré « très impressionné » par le jeune homosexuel, tant « humainement, personnellement que chrétiennement » et il a annoncé devant les caméras sa décision de confirmer le jeune homme à la tête du Conseil Pastoral, et ce malgré l’avis contraire du prêtre. Le Cardinal a affirmé qu’il avait voulu regarder « avant tout les hommes, avant la Loi » et a ensuite annoncé son intention de revoir les règles d’accès aux fonctions concernant le Conseil Pastoral « afin de mettre au point les conditions à remplir par les candidats ».

Le cardinal Schönborn a eu en tant que son Vicaire Général et homme de confiance Mgr. Helmut Schüller, celui-là même qui aujourd’hui se trouve à la tête du mouvement des prêtres désobéissants de la Pfarrer-Iniziative, et a en son temps remis à la Congrégation du Clergé un memorandum, accompagné d’une note personnelle sur la question du célibat sacerdotal, afin que « quelqu’un à Rome sache ce que pense une partie de nos laïcs des problèmes de l’Église ».

En Italie, le prélat qui plus que tout autre semble être de la même fibre que le cardinal Schönborn est Son Éminence le cardinal Carlo Maria Martini, qui a été archevêque de Milan. Le quotidien “Corriere della Sera” du 23 mars dernier a consacré un large article au dernier ouvrage du cardinal, qui est écrit sous forme de dialogue avec le sénateur-chirurgien Ignazio Marino. Dans son livre, intitulé Credere e conoscere (Croire et Connaître), le cardinal Martini, présenté par le journaliste comme l’« une des plus grandes autorités spirituelles de notre temps », affirme que le comportement homosexuel « ne doit être ni démonisé ni ostracisé ». « Je crois que la famille doit être défendue (…). Toutefois, il n’est pas mauvais qu’à la place de rapports homosexuels occasionnels, deux personnes aient une certaine stabilité et, par conséquent, en ce sens, l’État pourrait aussi les favoriser. Je ne partage pas les positions de ceux qui, au sein de l’Église s’insurgent contre les unions civiles. Je soutiens le mariage traditionnel avec toutes ses valeurs et je suis convaincu qu’il ne faille pas le remettre en question. Mais si certaines personnes de sexe différent, ou même de même sexe, souhaitent signer un pacte pour donner une certaine stabilité à leur couple, pourquoi vouloir absolument que cela ne soit pas ?» (“Corriere della Sera” du 23 mars 2012).

Le 13 mars dernier, le Pape, lors de la visite ad limina des évêques américains, a critiqué « les courants politiques et culturels puissants qui essaient d’altérer la définition légale du mariage », et Il a affirmé que « les différences sexuelles ne peuvent pas être considérées comme sans importance pour la définition du mariage ». Benoît XVI rappelle que l’union homosexuelle, qu’elle soit ou non réglementée par l’État, ne peut faire l’objet d’aucune approbation de la part de l’Église. Et si l’ordination des femmes est une violation de la loi révélée par Dieu, l’homosexualité quant à elle enfreint, outre la Loi de l’Église, la loi naturelle qui est imprimée par le Seigneur dans chaque cœur humain.

Le Nouveau Catéchisme de l’Église Catholique, définit au n° 2357 les relations homosexuelles comme de « graves dépravations », « intrinsèquement désordonnées », « contraires à la loi naturelle » et affirme qu’ « en aucun cas » elle ne peut être approuvée. À quoi bon célébrer le vingtième anniversaire de l’entrée en vigueur de ce Catéchisme si l’on tolère que les hommes d’Église eux-mêmes le remettent en question, dans les paroles et dans les faits ? Et comment imaginer pouvoir faire face au schisme qui surgit, sans frapper ceux qui favorisent les erreurs au sein de l’Église, quand bien même ceux-là sont revêtus de la pourpre cardinalice ? (Roberto de Mattei)

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