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La prière de l’Eglise Psaume du dimanche à Laudes II « Miserere mei Deus ».

publié dans couvent saint-paul le 24 janvier 2019


La prière de l’ Eglise

 

Tome 3

Les psaumes du dimanche à Laudes II.

Psaume 50

Miserere mei, Deus

« Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam » « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde »

C’est une très belle supplique qui jaillit du cœur de David qui a commis l’adultère avec Bethsabée, l’épouse d’Urie et de programmer son assassinat : il lance cette prière au Seigneur : «  Miserere mei, Deus », « Ayez pitié de moi, ô Dieu », elle a pour seule fondement la grande miséricorde de Dieu, nullement les  mérités passées et nombreux de David : « secundum magnam misericordiam tuam » « selon votre grande miséricorde ».

 Cette supplique me fait penser à la prière du pharisien et du publicain de l’Evangile, au Temple de Jérusalem, selon le récit de saint Luc: « Il dit encore cette parabole en vue de quelques gens persuadés de leur propre perfection, et pleins de mépris pour les autres : » Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, l’autre publicain. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine ; je paie la dîme de tous mes revenus.
Le publicain, se tenant à distance, ne voulait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine en disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ! (Deus propitius esto mihi peccatori).  Je vous le dis, celui-ci descendit justifié dans sa maison, plutôt que celui-là ; car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.
 » (Lc 18 10-14)

Seul un cœur humble peut  adresser une véritable supplique au Ciel, comme ce publicain. Il faut avoir conscience de sa misère : « ayez pitié de moi, Seigneur,  qui suis un pécheur ! » « Deus propitius esto mihi peccatori ».

« Et secundum multitudinem miserationum tuarum, dele iniquitatem meam » « Et selon la multitude de vos bontés, effacez mon iniquité ».

Celui qui sait faire monter au ciel les suppliques  de son cœur humilié, le fait parce qu’il connaît les immenses bontés du cœur de Dieu. Il est comme l’enfant prodigue qui, se recueillant en lui-même après le forfait de sa trahison, ne craint pas de revenir à son père, implorer sa miséricorde, car il connait ses bontés. Souvenez- vous de cette belle parabole du Christ :  » Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part du bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour un pays lointain, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à sentir le besoin. S’en allant donc, il se mit au service d’un habitant du pays, qui l’envoya à sa maison des champs pour garder les pourceaux. Il eût bien voulu se rassasier des gousses que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Alors, rentrant en lui-même, il dit : Combien de mercenaires de mon père ont du pain en abondance, et moi, je meurs ici de faim ! Je me lèverai et j’irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils : traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et il se leva et il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit, et, tout ému, il accourut, se jeta à son cou, et le couvrit de baisers. Son fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez la plus belle robe et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds. Amenez aussi le veau gras et tuez-le ; faisons un festin de réjouissance : car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils se mirent à faire fête » (Lc 15 10-24).

Laissons de côté la réaction du fils ainé revenant des champs et entendant la fête. Je ne la trouve pas noble. Noble, au contraire, le cœur du père. Son attitude  dénote la richesse de son cœur de père. Un vrai cœur de père : plein de miséricorde. « Et selon la multitude de vos bontés ».
Comme le dit très justement saint  Bruno dans son  commentaire, s’en parler, lui, de l’enfant prodigue :  l’enfant prodigue revient vers son père parce qu’il sait qu’il pourra « capter sa bienveillance » « par son auto-accusation et l’exaltation » de sa bienveillance. C’est bien dit: « Et selon la multitude de vos bontés, effacez mon iniquité ».

« Amplius lava me ab iniquitate mea : et a peccato meo munda me » « lavez-moi de plus en plus de mon iniquité et purifiez moi de mon péché » 

C’est parce que la douleur de la faute chez le pénitent, chez David   est sincère qu’il insiste, dans sa supplique, sur la purification. Puisque ma faute est plus grande que jamais, j’ai besoin de votre part,  d’une plus grande purification, d’une plus grande ablution. C’est pourquoi, il demande : « Amplius lava me ». « lavez moi plus encore » (Saint Bruno) et « purifiez moi totalement par votre grande miséricorde de mon péché ».(Saint Bruno)

« Quoniam iniquitatem meam ego cognosco et peccatum meum contra me est semper » « car je connais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi »

« Je connais mon iniquité ». David ne pouvait l’ignorer, un adultère, un meurtre… Rien n’est plus important, de fait, que de connaitre son péché, son iniquité puisque c’est le mal, peut-on dire, non seulement de l’homme mais surtout de Dieu qui est rejeté du cœur humain, méprisé. Saint Thomas le définit comme étant une « aversio a Deo », une  « conversio ad creaturas», se détourner de Dieu pour se tourner « ad creaturas »  vers les créatures. Quoi de plis laid ! Faire des créatures son Dieu, de faux dieux jusqu’au mépris du vrai Dieu. Le péché s’est bien ce que dit saint Augustin : « l’amour de soi jusqu’au mépris  de Dieu ». Voilà ce qui fait la cité du mal. Et voilà ce qui fait l’offense à Dieu. C’est cela le péché. Et cette offense, vous dira saint Thomas, est sous un certain rapport, une offense infinie. Il est bien manifeste que le péché, par de nombreux côtés,  reste toujours fini. Les facultés dont il procède sont limitées et bornées, les actes eux-mêmes ainsi que la conversion vers le bien périssable et l’attachement désordonné aux créatures, sont finis, les biens dont il nous dépouille, la grâce sanctifiante et les dons qui l’accompagnent, quoique très précieux, sont finis. Tout cela est très vrai.
Mais pour apprécier le dommage, l’injure, l’offense, il faut considérer, non pas précisément l’acte et le sujet, mais la valeur de l’objet et la dignité de la personne qu’on attaque. L’offense est proportionnée à la valeur de la personne offensée, c’est-à-dire à sa dignité. Si la dignité est infinie, l’offense l’est aussi comme l’injustice serait infinie si l’objet volé ou détruit était d’un prix infini. C’est ici que vaut l’adage : « Honor est in honorante, injuria in injuriato ». L’honneur se mesure à la personne qui honore, et l’offense à la personne offensée. Quelle est la dignité lésée par le péché mortel ? N’est-ce pas une dignité, une dignité infinie ? Le péché, dit saint Thomas, parce qu’il est commis contre Dieu, a une certaine infinité de malice, à cause de l’infinité de la majesté divine ; l’offense est d’autant plus grave que l’offensé est plus digne (III 1 2 ad 2). Ce n’est pas une affirmation isolée de saint Thomas. Le Docteur angélique l’avait déjà posée dans d’autres ouvrages. Dans les Sentences, il écrivait ; «  le péché a une certaine infinité, et cela tient tout d’abord à l’infinité de la majesté  divine offensée par le mépris de la désobéissance ; plus grand est celui contre qui l’on pêche, plus grave devient la faute » (III Sent 25 1 2). Il y revient dans les Questions disputées : « Puisque Dieu dépasse la créature à l’infini, l’offense de quiconque prêche mortellement contre lui est infinie, à cause de la dignité de Dieu auquel le pécheur fait injure en le méprisant, lui et son précepte. C’est pourquoi les forces humaines ne suffiront jamais pour réparer une telle offense ».  (De Verit 28 3). Une « certaine infinité » de malice, dit saint Thomas. Il faut comprendre que l’offense a une infinité de malice, dans l’ordre du mal et nullement dans l’ordre de l’être. Il s’agit bien pourtant d’une offense  infinie, puisque c’est le mal de Dieu, puisqu’elle lèse une majesté infinie.

« Je connais mon péché ». Si le péché est cela, une malice infinie puisqu’il touche Dieu qui est d’une majesté infinie, je comprends qu’il soit sans cesse devant ma conscience : « et mon péché est toujours devant moi », ce que confesse justement David. Il reconnait qu’il a été cruel et injuste à l’égard d’Urie. Il ne nie pas  le tort qu’il a fait à Urie contre tout droit, ni toutes les fautes dont il se rendit alors coupable.

Mais il y a plus ! Entre Dieu et David, il y a l’état de péché, l’ingratitude, ce qui constitue l’essence de la faute, sans préjudice de l’acte d’injustice envers sa victime, Urie, ce que David est loin de nier. Mais l’essentiel pour David, c’est la faute, c’est le péché, l’offense faite à Dieu. C’est ce qu’il dit : « je connais mon péché, mon péché est toujours devant moi ». Et plus encore :

« Tibi soli peccavi et malum coram te feci : ut justificeris  in sermonibus tuis, et vincas cum judicaris » « J’ai péché contre vous seul et j’ai fait ce qui est mal à vos yeux, afin que vous soyez trouvé juste dans vos paroles et irréprochable lorsque vous jugez »

« Tibi soli peccavi » : j’ai été cruel et injuste, certes, devant Urie, mais devant vous je suis pécheur, de sorte que votre parole, votre condamnation qui m’ a été fulminé par Nathan, votre  prophète, à savoir, la peine de mort pour l’enfant du crime, la révolte d’Absalom, mon fils,  contre moi, le  déshonneur de mes épouses, etc, tout cela m’est un juste châtiment, « ut justificeris », de sorte que vous êtes reconnu juste et irréprochable : « vincas », traduit la Vulgate.

David avoue son péché et reconnait la justice de Dieu dans ses sentences. Mais il affirme même qu’il est pécheur depuis sa naissance : « Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum : et in peccatis concepit me mater mea » « Car j’ai été conçu dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché ».

Toute la Tradition voit dans ce verset une claire affirmation du péché originel. David, pour roi qu’il soit, reste bien descendant d’Adam. Il l’affirme nettement Il est pécheur et a été conçu dans le péché dès le sein de sa mère. Ce dernier a commis le péché originel et ce péché est passé dans toute sa race, la race humaine. C’est clairement affirmé par le concile de Trente, dans sa cinquième session du 17 juin 1546 : le Concile œcuménique de Trente « ordonne, reconnait, et déclare ce qui suit touchant le péché Originel :

1. Si quelqu’un ne reconnait pas qu’Adam le premier homme, ayant transgressé le commandement de Dieu dans le Paradis, est déchue de l’état de sainteté et de justice, dans lequel il avait été établi ; et par ce péché de désobéissance, et cette prévarication, a encouru la colère et l’indignation de Dieu, et en conséquence la mort, dont Dieu l’avait auparavant menacé (Gen. 2. 17.), et avec la mort, la captivité sous la puissance du Diable, qui depuis a eu l’empire de la mort (Heb 2. 14.) ; et que par cette offense, et cette prévarication, Adam, selon le corps, et selon l’âme, a été changé en un pire état : Qu’il soit Anathème.

2. Si quelqu’un soutient que la prévarication d’Adam n’a été préjudiciable qu’à lui seul, et non pas à sa postérité ; et que ce n’a été que pour lui, et non pas aussi pour nous, qu’il a perdu la justice et la sainteté qu’il avait reçue, et dont il est déchu ; Ou qu’étant souillé personnellement par le péché de désobéissance, il n’a communiqué et transmis à tout le genre humain, que la mort et les peines du corps, et non pas le péché qui est la mort de l’Ame : Qu’il soit Anathème ; puis que c’est contredire l’Apôtre, qui dit que le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché ; et qu’ainsi la mort est passée dans tous les hommes, tous ayant péché dans un seul ». (Rom 5. 12.)

David dit juste lorsqu’il dit : « j’ai été conçu dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché ». C’est-à-dire que c’est dans un état de pécheur que j’ai été enfanté. 

« Ecce enim veritatem dilexisti : incerta et occulta sapientiae tuae manifestati mihi » « Car vous avez aimé la vérité ; vous m’avez révélé les secrets  et les mystères de votre sagesse ».

« Car vous avez aimé la vérité ». Je suivrai ici encore le commentaire de saint Bruno : « Vous avez aimé la vérité » en m’entrainant à faire vraie pénitence par la vraie connaissance de la laideur du péché, que Nathan est venu me révéler de votre part. Saint Bruno écrit sur cet amour de la vérité de part Dieu : «  que je fasse une vraie pénitence et pour cela vous m’avez ébranlé par le prophète Nathan ». « Tandis que moi, j’étais malveillant (impius) envers moi-même dans l’obstination de mon iniquité, vous avez été bienveillant (pius) en m’avertissant de faire pénitence. Dieu est « vérité », il n’aime pas le péché et l’a en horreur ! Il l’a fait savoir à David. C’est ce que veut exprimer ce : « Car vous avez aimé la vérité »

« vous m’avez révélé les secrets  et les mystères de votre sagesse ». Là aussi je vous donnerai l’interprétation de saint Bruno. A moi, qui ne le mérité nullement et était gravement tombé, vous, finalement, par bonté, révélez « les mystères de votre sagesse », i.e. « de votre Fils ». Grignon de Montfort ne refuserait certainement pas cette traduction, lui qui  a écrit tout un livre sur la « Sagesse éternelle», sagesse  qui n’est rien d’autre que le Fils de Dieu. Dès lors, ce qui fut révélé au prophète et par lui, à David, ce sont « les mystères de l’Incarnation et de la Passion de votre Fils, et que le monde devait être réparé par sa mort…Afin que je fusse sauvé du péché originel par la foi en ces mystères, vous me les avez manifesté dans une bonté gratuite » (saint Bruno. p383). L’Ancien Testament avait déjà laissé entendre ce salut par le Fils de la femme dans le Protévangile :  Gen 3 15. De sorte qu’il faut dire que le salut par le Fils a toujours été cru, soit à venir, soit venu et que le genre humain trouvait le salut en ce Seigneur et Maître, soit venu, soit à venir. « Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira à la tête, et tu la meurtriras au talon. »

Il est bon de se rappeler ici le chapitre 3 du décret de Trente sur le péché originel, chapitre qui affirme que le seul Sauveur, le péché étant ce qu’il est,  une offense infinie contre la dignité infinie de Dieu, ne peut être que NSJC, vrai Dieu et vrai homme : « Si quelqu’un soutient que ce péché d’Adam, qui est Un dans sa source, et qui étant transmis à tous par génération, et non par imitation, devient propre à chacun, peut être effacé ou par les forces de la nature humaine, ou par quelque autre remède, que par le mérite de Jésus-Christ Notre Seigneur, l’unique Médiateur (I. Tim. 2. 5.), qui nous a réconciliés par son Sang, s’étant fait notre justice, notre sanctification, et notre rédemption (I Corint. I. 30.) : Ou quiconque nie que le même mérite de Jésus-Christ soit appliqué tant aux Adultes, qu’aux Enfants, par le Sacrement du Baptême, conféré selon la forme et l’usage de l’Eglise : Qu’il soit Anathème ; parce qu’il n’y a point d’autre nom sous le Ciel, qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvé. (Act. 4. 12.) Ce qui a donné lieu à cette parole, Voilà l’Agneau de Dieu, Voilà celui qui ôte les péchés du monde (Joan. I. 29.). Et à cette autre, Vous tous qui avez été baptisé, vous avez été revêtus de Jésus-Christ (Galat. 3. 27.). »

« Asperges me hyssopo et mundabor : lavabis me et super nivem dealbabor » « Vous m’arroserez avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige »

Cette strophe est en parfaite harmonie avec la précédente. La précédente strophe affirme que NSJC est l’unique Sauveur par le sang de sa Passion, par cet acte d’humilité incroyable de la part d’un Dieu…Cette strophe-ci va en appliquer, en quelque sorte, la vertu à ce pécheur repentant, David. C’est du moins sa prière : « Asperges me hyssopo et mundabor  Vous m’arroserez avec l’hysope, et je serai purifié ». C’est-dire : vous me purifierez par l’aspersion du sang du Christ au moyen de l’hysope i.e. dans l’humilité de la Passion. C’est l’interprétation de saint Bruno.  L’hysope était déjà  utilisée dans l’Ancien Testament pour la purification du lépreux. Il faut lire ici le Levitique 14 6 : « Yahweh parla à Moïse, en disant :  » Voici quelle sera la loi concernant le lépreux, pour le jour de sa purification. On l’amènera au prêtre,
et le prêtre, étant sorti du camp, l’examinera. Si le lépreux est guéri de la plaie de lèpre, le prêtre ordonnera que l’on prenne pour celui qui doit être purifié deux oiseaux vivants et purs, du bois de cèdre, du cramoisi et de l’hysope. Le prêtre fera égorger l’un des oiseaux au-dessus d’un vase de terre, sur de l’eau vive. Puis, ayant pris l’oiseau vivant, le bois de cèdre, le cramoisi et l’hysope, il les trempera, ainsi que l’oiseau vivant, dans le sang de l’oiseau égorgé sur l’eau vive Il en aspergera sept fois celui qui doit être purifié de la lèpre, il le déclarera pur et lâchera dans les champs l’oiseau vivant. »
C’est tout un symbole ! Par l’hysope qui est une herbe humble, poussant dans des lieux pierreux….était signifié par avance, nous dit encore saint Bruno, « l’humilité du Christ qui est la pierre ferme, et qui par l’effusion de son sang sacré, dégonfla la tumeur de la puissance diabolique et anéantit la lèpre des péchés du genre humain » (p . 383). Et ainsi David, par la foi en cette humilité annoncée se promet d’être purifié de son péché : Il sera purifié comme le lépreux est purifié de sa lèpre en son corps par l’aspersion de l’hysope.  David, de même, « sera purifié de son péché en son âme par la foi en l’aspersion du sang du Christ dans l’humilité », à venir.

Et c’est pourquoi, cette strophe,  en raison de sa signification, est utilisée dans la liturgie catholique au tout début de la célébration de la messe : « Asperges me hyssopo et mundabor : lavabis me et super nivem dealbabor » « Vous m’arroserez avec l’hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige »…Ainsi le fidèle pourra-il assister à la sainte messe avec un cœur purifié. C’est un sacramental.

« Auditui meo dabis gaudium et laetitiam : et exultabunt ossa humiliata » « Vous me ferez entendre une parole de joie et de bonheur, et mes os qui sont brisés et humiliés tressailliront d’allégresse »

Cette purification obtenue par la foi en la passion du Christ, vous me donnerez « joie et bonheur » : « vous me ferez entendre, dit David,  une parole de joie et de bonheur ». Ce sont les conséquences nécessaires du salut obtenu par la Passion du Christ : « joie, bonheur, allégresse » « gaudium, laetitia, exultatio ». Pour s’en persuader, il suffit de méditer les fruits de la Mort du Christ. Le catéchisme du Concile de Trente nous les donne à méditer.

« Arrivé ici le Pasteur n’a plus qu’à expliquer — mais avec soin — les avantages et les biens que la Passion du Sauveur nous a procurés.

« En premier lieu, Jésus-Christ par ses souffrances nous a délivrés du péché. Il nous a aimés, dit Saint Jean  et Il nous a lavés de nos péchés dans son sang….

N’est-ce pas la source de joie et d’allégresse !

« Ensuite Il nous a arrachés à la tyrannie du démon. Voici maintenant le jugement du monde, dit le Sauveur Lui-même, et le prince de ce monde va en être chassé, et Moi, quand j’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tout à Moi. »

Quelle joie profonde en résulte pour notre âme !

« En troisième lieu, Il a payé la peine qui était due pour nos péchés.

« De plus, comme on ne pouvait offrir à Dieu un sacrifice qui fût plus digne ou plus agréable, Il nous a réconciliés avec son Père, Il L’a apaisé, et nous L’a rendu favorable. »

Quelle joie devant cette certitude!

« Enfin, en enlevant nos péchés, Il nous a ouvert la porte du ciel que le péché commun à tous les hommes avait fermée. C’est ce que l’Apôtre nous marque bien dans ces paroles:  Nous avons la confiance d’entrer dans le Sanctuaire, par le Sang de Jésus-Christ »….

Puissions-nous méditer sans cesse ces mystères au fond de nos cœurs ! … C’est alors que purifiés des souillures du péché, et ressuscitant avec Lui à une vie nouvelle, nous mériterons, par sa Grâce et par sa Miséricorde, de participer un jour à la gloire de son Royaume céleste » ( Ch 5 § 5) Quelle joie pour l’âme !

«  les fruits de la Passion du Christ pour l’âme pécheur étant ce qu’ils sont, on comprend que David puisse s’exclamer : « Averte faciem tuam a peccatis meis : et omnes iniquitates meas dele » « Détournez votre face de mes péchés et effacez toutes mes iniquités », pour que je puisse de cette Passion en goûter tous les fruits !

Et s’il en est ainsi des fruits de la Passion, tellement importants pour mon âme, pour que  je les possède,  créez en moi une âme pur : « Cor mundum crea in me, Deus ; et spiritum rectum innova in visceribus meis » « O Dieu, créez en moi un cœur pur et renouvelez un esprit droit dans mon sein ». « Cœur pur », « un esprit droit » « rectum », afin que j’épouse toujours ardemment le bien de votre Loi.

« Ne projicias me a facie tua : et spiritum sanctum tuum ne auferas a me » « Ne me rejetez pas de devant votre face et ne retirez pas de moi votre Esprit Saint ». 

Lorsque l’on comprend la beauté des fruits de la Passion du Christ, on comprend le souffle surnaturel qui anime ces prières de David et leur beauté.

« Redde mihi laetitiam salutris tui et spiritu principali confirma me ». « Rendez-moi la joie de votre salut et affermissez moi par un esprit généreux.

Toujours à la même lumière, on comprend l’humilité de ces prières. Elles viennent d’un cœur contrit et humilié plein  de sagesse. Oui ! Que Dieu mette en lui –David – un cœur pur, qu’il lui donne un esprit affermi « stabilem » qui ne se laisse plus entrainer par la passion, qu’il  se porte au contraire à tout ce que prescrit la Loi divine et s’éloigne de tout ce qu’elle défend.  Se donnant généreusement et spontanément au service de Dieu. Conduit par cet esprit, le psalmiste ne s’éloignera plus de Dieu, « ne proiicias me a facie tua », « ne me laisse plus s’éloigner de toi » ; alors il aura la joie de retrouver l’appui du secours divin. « laetitia saluraris tui » sur lequel il n’osait plus compter après son péché.

Exprimant un tel repentir, rentré en grâce auprès de Dieu, David sera à même d’enseigner aux pécheurs les voies par lesquelles on revient à Dieu. Et de fait « son miserere » est l’acte de contrition le plus touchant et le plus complet qui ait jamais sollicité la miséricorde divine. Et de fait il a été répété dans la suite des siècles par tous ceux que l’exemple de David a ramenés à Dieu. En se rappelant de quelle hauteur et dans quel profond abîme,  ce roi David était tombé, adultère, meurtre… il faut conclure que nul ne doit désespérer du pardon : « decebo iniquos vias tuas et impii ad te convertentur » « J’enseignerai vos vois aux méchants, et les impies se convertiront à vous ».

David, par deux fois, supplie encore le pardon….c’est alors qu’il pourra louer son Seigneur et Maître. La louange ne peut sortir d’un cœur pécheur. « Délivrez moi du sang que j’ai versé, o Dieu, Dieu de mon salut et ma langue célébrera avec joie votre justice » « Seigneur, vous ouvrirez mes lèvres –par votre pardon –  et ma bouche publiera vos louanges »

Ce ne sont  pas des sacrifices que David offrira « car vous ne prenez pas plaisir aux holocaustes », mais il donnera l’exemple  « d’un cœur contrit et humilié » Voilà ce que Dieu  ne méprise pas : «  Deus, non despicies »

Les deux dernières strophes sont manifestement plus tardives et  datent, dit la bible de Pirot- Clamer «  du temps du retour de la captivité de Babylone ». (p303)

 

 

 

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