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Une réforme de l’Eglise est nécessaire!

publié dans nouvelles de chrétienté, regards sur le monde le 21 mars 2016


Entretien avec le cardinal Burke : une profonde réforme de l’Église est nécessaire

 

Rédigé par Propos recueillis par Philippe Maxence le  dans Religion

Entretien avec le cardinal Burke : une profonde réforme de l’Église est nécessaire

À l’occasion de la publication en langue française de La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin, du cardinal Raymond L. Burke, L’Homme Nouveau a rencontré celui-ci à Rome pour évoquer avec lui l’urgence de retrouver la pleine conscience de la doctrine sur l’eucharistie, fondement d’une véritable réforme de l’Église plus que jamais indispensable.

Éminence, vous avez considéré comme très important de publier un commentaire approfondi des deux documents sur l’eucharistie des pontificats précédents,Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II, etSacramentum Caritatis de Benoît XVI. Pensez-vous donc que le plus grand des sacrements soit méconnu par les chrétiens d’aujourd’hui ?

Nous constatons actuellement un réel affaiblissement dans le rapport des chrétiens à la sainte eucharistie. Pour beaucoup, cette situation tient à la faiblesse de la catéchèse qui a été dispensée à ce sujet depuis cinquante ans. Il y a donc maintenant plusieurs générations qui ne comprennent pas bien la grande réalité du Saint Sacrement. Des études montrent que plus 50 % des catholiques ne croient plus dans la Présence réelle de Jésus dans l’eucharistie. Or cet article de notre foi est comme la perle de la foi catholique. Face à cette situation proprement dramatique, le pape Jean-Paul II avait déjà voulu réagir. À la fin de son pontificat, il a tout fait pour restaurer la foi dans l’eucharistie et supprimer les abus liturgiques qui ont créé la confusion et entraîné souvent une perte de la foi.

Faiblesse de la catéchèse depuis cinquante ans, dites-vous. Que faudrait-il entreprendre aujourd’hui comme action pour remédier à cette situation ?

Je verrais une action dans trois directions.

La première catéchèse à entreprendre est la célébration de la sainte liturgie elle-même. Elle doit être restaurée dans sa propre dignité, non seulement en ce qui concerne la célébration du prêtre, mais également pour la participation des fidèles qui doit être digne, en fonction justement du profond mystère qui est célébré. Mais allons plus loin : la disposition du sanctuaire, les vêtements liturgiques utilisés, le linge d’autel, la musique sacrée doivent chacun à sa place, selon son rôle et son symbole, attirer l’attention de tous vers le Créateur, dans cette rencontre entre le Ciel et la terre. Car de quoi s’agit-il à la messe ? Du fait que réellement le Christ Jésus, assis à la droite du Père, descend sur l’autel de l’Église pour réitérer sous un mode sacramentaire son sacrifice du calvaire. Vous comprenez pourquoi l’Histoire nous montre que même les peuples les plus pauvres ont souvent tout fait pour bâtir l’église la plus belle possible ou les plus lumineux des vitraux. Ils souhaitaient que chaque élément de l’église témoigne de la suprême réalité de l’eucharistie.

À côté de la restauration de la sainte liturgie, il convient également de consacrer toute une catéchèse qui souligne et approfondisse auprès des enfants la réalité de la sainte eucharistie afin d’en donner un véritable amour et de leur permettre de conformer en même temps toute leur vie à la réalité de la communion eucharistique dans le Corps, le Sang, l’âme et la divinité du Christ. Un tel amour et une telle éducation eucharistique peuvent naître de l’utilisation d’un bon catéchisme, à base de questions-réponses, qui permette un plus grand approfondissement de la doctrine sur l’eucharistie.

Enfin, le troisième élément est la dévotion eucharistique elle-même. Quand nous participons à la sainte messe avec une vraie connaissance du mystère, naturellement, nous avons le désir d’adorer et de rendre également visite au Saint Sacrement. L’usage de petites prières simples peut aussi exprimer notre amour pour le Saint Sacrement, ce qui n’empêche nullement de recourir aux très belles prières traditionnelles comme l’Anima Christi,qui nous aident à dire notre foi dans la sainte eucharistie. Mais, ­soulignons-le, personne ne peut croire en l’eucharistie sans aimer. Il est impossible d’avoir la foi dans l’eucharistie sans aimer beaucoup le Seigneur.

Éminence, au regard des questions et des interventions qui ont eu lieu pendant le dernier Synode consacré à la famille, ne peut-on penser qu’il y a un lien étroit entre l’effacement du sens du péché et la banalisation du sacrement de l’eucharistie ?

Il est exact de dire qu’il existe un lien entre ces deux réalités. Si nous n’avons pas conscience de notre indignité et de nos péchés, comment pourrions-nous aborder avec toute la dignité et le respect requis le Seigneur Jésus qui se donne à nous dans la sainte eucharistie ? Avez-vous remarqué d’ailleurs que la messe commence par un acte de pénitence ? Il s’agit bien de reconnaître nos péchés alors que nous commençons à célébrer ou à participer à l’action la plus importante dans notre vie. L’union au Seigneur dans le sacrement de l’eucharistie, demande une réelle conversion. Nous ne pouvons pas participer avec sincérité à la messe sans avoir le désir et la volonté de changer notre vie afin de la rendre la plus cohérente possible avec celle du Christ.

Permettez-moi un souvenir à ce sujet. J’ai été ordonné voici quarante ans, dans une période où aux États-Unis on ne préparait plus les enfants à leur première confession en vue de leur première communion. Comme professeur de religion, j’ai ainsi constaté que des jeunes de 17-18 ans découvraient la confession et s’en émerveillaient tout en ayant vécu plusieurs années dans une absence totale du sens du péché. Je me souviens notamment d’une fois dans une école secondaire où nous avions organisé la préparation à la confession individuelle en guidant l’examen de conscience pour tous les enfants réunis. À la fin de la cérémonie, plusieurs étaient venus me voir en me demandant où j’avais trouvé « cette idée » ! Ils n’avaient jamais entendu parler d’examen de conscience ni de confession.

Justement, Éminence, nous sommes face aujourd’hui à l’effondrement de la foi, à une baisse des vocations et de la pratique, à un niveau de la catéchèse parfois assez dramatique dans certains pays. Le moment ne serait-il pas venu de retrouver l’enthousiasme de la prédication évangélique ?

Je suis effectivement convaincu de la nécessité d’une réforme en profondeur de l’Église. Le pape Jean-Paul II a voulu susciter un élan en ce sens en publiant l’encyclique Ecclesia de Eucharistia et en consacrant une année à l’eucharistie. Il avait également convoqué un synode des évêques sur ce thème. Jean-Paul II n’ayant pas vécu jusqu’au synode, Benoît XVI l’a présidé et a écrit la belle exhortation post-synodale, Sacramentum caritatis. Il a également promulgué le motu proprio Summorum pontificum qui permet à chaque prêtre de célébrer la sainte messe et les sacrements dans la forme extraordinaire du rite romain. La réforme à entreprendre doit donc commencer par celle de la sainte liturgie pour en retrouver le sens profond, dans le respect de la pleine doctrine catholique et de la Tradition. Nous devons également retrouver les bases d’une véritable catéchèse catholique.

Vous savez, on ne peut que rester interdit quand on entend, comme cela s’est passé lors du Synode extraordinaire sur la famille, un Père synodal déclarer qu’il est nécessaire de changer l’enseignement duCatéchisme de l’Église catholique concernant l’homosexualité.

Comment cette réforme de l’Église, nécessaire comme vous venez de le montrer, pourrait-elle prendre de l’ampleur ? Les actes des papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont été un premier pas, mais il semble manquer encore un souffle plus général.

Je dirais qu’il faut des hommes de foi et de doctrine, des hommes en parfaite adéquation avec la foi catholique. Beaucoup comptent sur les évêques, sur les prêtres dans les paroisses ou dans les apostolats. Dans divers pays du monde, je rencontre beaucoup de gens très bien formés, animés d’un saint et véritable zèle pour la réforme de l’Église. Je note aussi dans la jeune génération un grand désir d’écouter l’enseignement de l’Église en profondeur. Et aussi un intérêt dans la beauté de la sainte liturgie.

Dans ce contexte général, est-ce que de bonnes écoles catholiques, qui diffusent non seulement un bon catéchisme, mais aussi tout le reste de l’enseignement dans un sens vraiment catholique, ne sont pas une nécessité ?

Oui, effectivement ! Premièrement, les parents doivent être attentifs à transmettre la foi aux enfants. Je sais bien que beaucoup de parents ne s’en sentent pas capables parce qu’eux-mêmes n’ont pas reçu une bonne catéchèse. Mais, avec l’aide des prêtres, ils doivent prendre les moyens pour connaître leur foi afin de la transmettre à leurs enfants. Et ensuite ils doivent chercher les écoles véritablement catholiques. Malheureusement beaucoup d’entre elles ne sont catholiques que de nom. Mais Dieu suscite aujourd’hui encore la création de véritables écoles catholiques, souvent créées à l’initiative des parents pour transmettre avec intégrité la foi catholique en même temps que donner une véritable éducation. Aux États-Unis, beaucoup de familles se sont tournées également vers le homeschooling (écoles à la maison) quand ils ne pouvaient pas trouver les écoles répondant aux exigences d’une véritable éducation catholique classique.

Pourtant l’éducation catholique, première mission des parents chrétiens, n’est-elle pas aussi de la responsabilité de l’évêque qui devrait permettre l’éclosion de véritables écoles catholiques qui constituent un vrai terreau pour l’évangélisation ?

Oui, les évêques doivent non seulement susciter de telles écoles, malgré un contexte général souvent contraire, mais ils doivent insister également pour que les écoles catholiques le soient vraiment.

Je suppose que vous pensez aussi aux études supérieures. Les étudiants peuvent-ils se passer d’une université catholique sur l’idée de laquelle le bienheureux John Henry Newman a écrit des pages si pénétrantes ?

Il faut bien évidemment envisager aussi le stade de l’université. Le pape Jean-Paul II nous a donné une constitution apostolique sur les universités catholiques. Mais j’ai l’impression, au moins aux États-Unis, qu’elle a été complètement oubliée. Nous avons besoin d’universités fortes. Il y en a de bonnes aux États-Unis. Mais il y a aussi beaucoup d’universités catholiques de nom, qui ne donnent pas une éducation supérieure catholique.

Pour revenir à votre livre, est-ce que dans les séminaires et plus globalement dans la formation des prêtres, il n’y aurait pas des moyens particuliers à mettre en place pour préparer ces derniers à leur si haute mission ?

Oui, j’en ai eu l’expérience lorsque j’étais archevêque de Saint-Louis, aux États-Unis. Nous avions grâce à Dieu notre propre séminaire majeur et toute la vie de celui-ci était centrée sur l’eucharistie, avec la célébration quotidienne de la sainte eucharistie, l’adoration eucharistique, la bénédiction du Saint Sacrement et d’autres dévotions. Pour bien marquer la place éminente que doit occuper la sainte eucharistie, la chapelle était placée au centre même du séminaire et les séminaristes pouvaient s’y rendre plusieurs fois dans la journée. Mais dans la formation elle-même, nous insistions spécialement dans l’enseignement dogmatique sur l’eucharistie parce que, comme l’affirme saint Thomas d’Aquin, dans l’eucharistie est contenu tout notre salut éternel, parce que c’est le Christ même.

Malheureusement, nous constatons que nombre de séminaires, au moins dans les pays européens, ne dispensent ni un tel enseignement, ni une telle vie centrée sur la sainte eucharistie.

Il y a un réel besoin de beaucoup de rencontres variées, colloques, symposiums, etc., sur l’enseignement de la foi, sur la formation dans les séminaires, sur les articles les plus importants de la doctrine catholique. Lorsque de tels évènements sont proposés et qu’ils offrent un excellent programme, par exemple, sur l’eucharistie ou sur les questions morales, les séminaristes y participent avec enthousiasme. Le 30 septembre dernier, nous avons eu ainsi un colloque sur le mariage avant l’ouverture du Synode qui a donné lieu à une belle présence de séminaristes et de prêtres déjà en ministère.

Quel est l’état d’esprit des jeunes prêtres et des séminaristes dans la situation actuelle ? Que doit-on leur dire pour préparer l’avenir ?

Beaucoup de jeunes prêtres ou des séminaristes me parlent de la peur qui les habite devant toute la confusion qui règne aujourd’hui dans l’Église et des nombreuses erreurs qui circulent sur des points importants, voire fondamentaux. Beaucoup viennent me demander conseil. À vrai dire, ma réponse est souvent la même : priez beaucoup pour l’Église et pour vous-même, pour être des saints et pour être courageux. Étudiez profondément votre foi pour ne pas en rester à un niveau superficiel. Et, enfin, réunissez-vous. La solitude est un danger pour l’âme, d’autant que lorsqu’on est isolé, le découragement vient plus facilement avec le risque que l’amertume s’installe définitivement. C’est l’un des très grands dangers de notre temps. Je leur conseille également de se tenir informer en lisant de bons journaux, comme L’Homme Nouveau, mais également en sélectionnant les bons sites Internet et les bons blogues qui défendent les dogmes catholiques.

Pour terminer, Éminence, ce livre sur l’eucharistie, à quel public le destinez-vous ? Aux prêtres, aux séminaristes ou aux laïcs ?

Mais à tous ! Quand je l’ai écrit, j’ai éprouvé le désir de transmettre la profondeur de l’eucharistie à travers un langage accessible à tous les publics. Vous savez, à l’origine de ce livre, il y a les articles que j’ai rédigés chaque mois pour les fidèles de l’archidiocèse de Saint-Louis au moment de la publication d’Ecclesia de Eucharistia puis de Sacramentum caritatis. J’ai repris ces commentaires pour les offrir au-delà de ce diocèse parce que la doctrine de la sainte eucharistie doit retrouver la place centrale dans la vie de l’Église et de chaque chrétien.

Cardinal Raymond Leo Burke, La Sainte Eucharistie sacrement de l’amour divinVia Romana, 220p., 23 €.

 

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