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le Pape et le Luthérianisme

publié dans magistère du pape François le 29 novembre 2016


 

BULLETIN d’ANDRÉ NOËL N° 2491

 

Le pape a célébré le 500è anniversaire de la réforme luthérienne

On ne peut que s’étonner du fait que, la semaine dernière, le pape ait cru bon de célébrer le 500è anniversaire de la réforme en Suède, nation dont le luthéranisme fut religion d’Etat jusqu’en l’an 2000. L’excommunication frappant Luther n’a pas été levée. Au nom de la réforme, les catholiques ont été persécutés en Suède jusqu’à une date récente. Ce n’est qu’en 1977, que les catholiques suédois bénéficièrent d’une liberté religieuse totale, c’est-à-dire quinze ans après que le Concile Vatican II l’eut reconnue pour toutes les confessions.

Ces protestants-là étaient donc plus intolérants que l’Eglise catholique que l’on accusait alors de refuser cette liberté. En effet, en 1977, la loi interdisant les monastères sur le territoire suédois fut enfin abrogée. Il a fallu attendre 1951 pour que les non-luthériens puissent devenir fonctionnaires. Deux ans plus tard, en 1953, l’érection d’un évêché catholique fut autorisée.

Le pape a employé le mot « sectaire » avant son séjour en Suède. Mais ce n’est pas pour évoquer cette attitude de nos « frères séparés », en l’occurrence plus séparés que frères. C’était peu avant son voyage, dans le cadre d’une interview dans la revue des jésuites, La Civiltà cattolica, où il s’exprime régulièrement : « On ne peut pas être catholique et sectaire. Catholi-que et sectaire sont deux mots contradictoires. Pour cette raison, j’avais prévu, dès le début, de ne pas célébrer de messe pour les catholiques pendant ce voyage. »

Il est pour le moins singulier que célébrer une messe pour les catholiques puisse être assimilé par le pape lui-même à une attitude sectaire si elle l’est en terre luthérienne ! « Un voyage résolument oecuménique », a commenté La Croix. N’est-ce pas pousser un peu loin l’oecuménisme ? Finalement, devant l’émotion de la minorité catholique, très choquée, le pape a consenti à faire ce qu’il fait toujours dans ses voyages officiels, quelle que soit la religion dominante du pays : y dire la messe.

Le secrétaire général de la Fédération Luthérienne mondiale, le pasteur Martin Junge, ne souhaitait pas qu’une messe fût célé-brée au motif, dit-il « que cela va réveiller des blessures qui demeurent ». Blessures ? Les plus blessés, en Suède, on l’a vu, ce sont tout de même les catholiques considérés pendant cinq siècles comme des sous-citoyens. Le pape François a donc dit la messe mais, pour tenir compte de la réserve des autorités luthériennes, il a tenu à ce qu’elle ne soit « pas célébrée le même jour, ni dans le même lieu que la rencontre oecuménique, a-t-il dit, pour ne pas mélanger les plans. »

Depuis la réforme, le contentieux entre l’Eglise catholique et la communauté luthérienne suédoise s’est aggravée, mais pas à cause de l’Eglise catholique. Aux divergences doctrinales historiques s’est ajoutée l’ordination de femmes à la prêtrise ou à l’épiscopat, y compris de personnes à l’orientation homosexuelle. Néanmoins, François a évoqué la perspective d’une in-tercommunion, lointaine, certes, mais pas impossible, quoique les ordinations luthériennes soient invalides, comme celles des anglicans. Encore que pour ces dernières, le doute est possible car, pour la consécration d’évêques anglicans, l’église d’Angle-terre s’est depuis longtemps assuré la présence d’évêques orthodoxes – donc valides quoiqu’illicites – comme coconsécrateurs. Le cardinal Kurt Koch a confirmé que les catholiques et les protestants locaux préparent « l’intercommunion eucharistique », limitée pour l’instant aux couples mixtes luthériens-catholiques.

En novembre 2015, interrogé par une luthérienne qui exprimait son regret de ne pouvoir communier avec son mari ca-tholique, le pape l’avait l’invitée au discernement en concluant par ces mots équivoques : « La vie est plus grande que les ex-plications et les interprétations Parlez avec le Seigneur et avancez. Je n’ose pas dire plus. »

Non seulement le pape n’a pas fait allusion au formidable mouvement de conversion de luthériens suédois au catho-licisme mais il a semblé vouloir les limiter. Les catholiques étaient 5000 dans les années cinquante, ils sont désormais plus de 250 000. Ce ne sont pas tous des convertis puisqu’il y a eu un apport d’immigrés venant de pays latins. Mais, écoeurés par le gauchisme des pasteurs majoritairement libéraux, l’ordination d’homosexuels, nombreux sont les luthériens qui deviennent catholiques, certains rejoignant d’ailleurs la fraternité S. Pie X locale de Mgr Lefebvre.

Le nombre de ces convertis est tel qu’ils ont demandé à Rome que, comme Benoît XVI l’avait fait pour les anglicans convertis, ils puissent bénéficier d’une structure ad hoc, en l’occurrence un ordinariat qui leur permettrait de conserver celles de leurs traditions compatibles avec la foi et la liturgie catholiques.

Le Vatican a refusé au motif que cela irait à « l’encontre du principe d’unité de l’Eglise ». Le pape, dans l’interview au journal jésuite, avait tenu à affirmer avant son voyage : « Dans le domaine ecclésial, le prosélytisme est un péché. »

P.R.

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