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La situation de l’Église catholique en Chine sous domination du pouvoir communiste

publié dans regards sur le monde le 20 janvier 2017


Chine : « L’Eglise catholique doit se siniser »

 

Les ordinations épiscopales à Chengdu, le 30 novembre, et à Xichang, le 2 décembre, en présence d’un évêque ‘officiel’ imposé par la police sont une « gifle » au souverain pontife, déclarait le 12 décembre le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong-Kong (cf. DICI n°347 du 23/12/16). Le 20 décembre 2016 le directeur du Bureau de presse du Vatican, Greg Burke, avait annoncé que « tous les catholiques en Chine attendent avec impatience des signaux positifs, qui les aident à avoir confiance dans le dialogue entre les autorités civiles et le Saint-Siège et à espérer en un avenir d’unité et d’harmonie ». En effet, ajoutait-il, la présence d’un évêque ordonné illégitimement, dont la position canonique est encore à l’étude par le Saint-Siège, a créé « l’inconfort et le trouble chez les catholiques chinois. (…) Le Saint-Siège comprend et partage leur douleur ».

Des fidèles en prière dans la Province de Shanxi (nord-est).

Des fidèles en prière dans la Province de Shanxi (nord-est).

Convoquée du 27 au 29 décembre 2016, la IXe Assemblée nationale des représentants catholiques a réuni, dans l’auditorium de l’hôtel Tian Tai de Pékin, 365 délégués venus de 31 provinces du pays, soit 59 évêques, 164 prêtres, 30 religieuses et 112 laïcs – selon les déclarations officielles –, bien que la capacité de l’auditorium semble être très inférieure, souligne l’agence AsiaNews. La présidence de l’Assemblée a été assurée par Zhang Yijiong, vice-directeur du Département du Front uni, instance sous laquelle sont placées les religions officiellement reconnues en Chine populaire. Et, le 29 décembre après-midi, les 365 délégués ont été reçus dans le Grand Hall du peuple, place Tiananmen, par Yu Zhengsheng, membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste et président de la Conférence consultative politique du peuple chinois (deuxième Chambre du Parlement chinois), et par Liu Yandong, Vice-Premier ministre, et Sun Chunlan, directrice du Département du Front uni.

L’Assemblée devait, entre autres travaux, renouveler les dirigeants des instances ‘officielles’ de l’Eglise de Chine, en élisant le 28 décembre les personnalités qui assureront durant les cinq prochaines années la direction de l’Association patriotique des catholiques chinois et celle de la Conférence des évêques ‘officiels’ de Chine. Lors de la VIIIe Assemblée en 2010, notait l’agence Eglises d’Asie, des évêques avaient été physiquement contraints de s’y rendre et le Saint-Siège avait condamné cet « acte inacceptable et hostile » ; il faut rappeler ici que la Commission pontificale pour l’Eglise catholique en Chine avait préalablement publié un communiqué demandant aux évêques de ne pas prendre part à la VIIIe Assemblée en 2010.

Le 27 décembre, Wang Zuo’an, directeur de l’Administration d’Etat des Affaires religieuses, – c’est-à-dire de la politique religieuse du gouvernement chinois –, a pris la parole pour mettre en avant les principes d’ « indépendance » de l’Eglise catholique (à l’égard du Saint-Siège) et du « patriotisme » de la foi, avec la nécessité de se « siniser » toujours plus, selon la volonté du président Xi Jinping qu’il exprima en avril 2015 dans un discours prononcé devant le Front Uni. Ainsi les religions en Chine n’ont droit de cité que si elles sont autonomes, libérées de toute puissance étrangère, et se mettent au service du développement de la nation tel que celui-ci est défini par le gouvernement chinois. Le jour même, un éditorial du Global Times, quotidien nationaliste, expliquait que les « prérequis » de la Chine pour « un dialogue constructif » avec le Vatican étaient « la reconnaissance de la Chine unique » (autrement dit la rupture des relations diplomatiques du Saint-Siège avec Taïwan) et « la non-ingérence dans les affaires intérieures de la Chine » (entre autres, pour la nomination des évêques).

Les médias chinois ont confirmé la réélection, le 28 décembre, de Mgr Ma Yinglin, évêque ‘officiel’ de Kunming excommunié par Rome en 2006, dans ses fonctions à la tête du Conseil des évêques catholiques de Chine, qui n’est pas reconnu comme Conférence épiscopale par le Saint-Siège. Mgr Fang Xingyao, évêque de Linyi, reconnu par Rome mais proche du pouvoir et ayant participé à des ordinations illégitimes, a été reconduit à la présidence de l’Association patriotique des catholiques chinois, courroie de transmission du Parti et du gouvernement sur l’Eglise de Chine. Sur les huit évêques non reconnus par Rome, six figurent parmi les instances dirigeantes du Conseil des évêques et de l’Association patriotique. Une proportion élevée si l’on considère que ces six évêques siègent parmi un total de 19 vice-présidents.

Yu Zhengshen, membre du Bureau politique et chef du parti communiste chinois de Shanghai, clôturait la IXe Assemblée nationale des représentants catholiques, le 29 décembre 2016, en appelant les catholiques chinois à se désolidariser de Rome : « L’Eglise devrait adhérer aux principes d’une administration autonome, gérer ses affaires de manière indépendante et conduire les croyants sur le chemin de la ‘sinisation’ ». Son discours, explique le Catholic Herald, donne un aperçu du peu de volonté de la part de Pékin de renouer le dialogue avec le Saint-Siège. Selon les médias officiels, Yu Zhengshen a appelé les Eglises catholiques à adhérer au « socialisme à caractère chinois ».

A la veille de cette IXe Assemblée, rapporte l’agence AsiaNews, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun écrivait sur son blog : « Nous pouvons dire que c’est la manifestation la plus formelle et explicite du caractère schismatique de l’Eglise en Chine ». Et d’expliquer que l’Assemblée, en ayant lieu, est elle-même un signal évident que le gouvernement chinois prend une position dure, pour exiger « une soumission inconditionnelle ». Enfin le cardinal Zen concluait : « Comme chaque fidèle catholique, j’ai envie d’un avenir d’unité et d’harmonie pour notre Eglise en Chine, mais une unité dans la vérité et une harmonie dans la liberté. » La commission Justice et Paix de Hong Kong avait également dénoncé le caractère contraire à la doctrine catholique de cette Assemblée.

La Chine et le Vatican sont en désaccord sur le fait que l’Eglise ‘officielle’ chinoise (contrôlée par l’Etat) agisse en dehors de l’autorité du pape. Pékin a cessé ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège depuis la prise du pouvoir des communistes en 1951, peu après que le parti ait autorisé la liberté de culte dans les seules églises agréées par l’Etat.

(Sources : cath-info/imedia/ap/eda/ catholicherald/asianews – DICI n°348 du 20/01/17)

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