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En souvenir de Mgr Marcel Lefebvre

publié dans un disciple le 2 octobre 2017


 

En mémoire de Mgr Lefebvre

Pour la défense de son honneur.

Lettre ouverte au Cardinal Ratzinger

Voici le contenu du pli que je remettais au Cardinal Ratzinger, le 24 octobre 1998, à Rome, à l’issue de la conférence qu’il donnait aux fidèles d’Ecclesia Dei Adflicta. Ce fut pour moi un acte de piété filiale. Une défense de Mgr Lefebvre. Une défense de  sa position sur la messe. Une explication de son « non possumus ».

Éminence,

Permettez-moi de m’adresser à vous en toute simplicité de cœur, en toute loyauté, dans un esprit filial. Permettez-moi de vous exprimer mon étonnement, ma surprise, mon inquiétude… de cette manière, dans une « lettre ouverte », mon étonnement sur un point précis : la condamnation de Mgr Lefebvre. Je ne comprends pas que vous ne réexaminiez pas cette « affaire ».

C’est la raison de ce plaidoyer, Éminence.

Vous savez très bien qu’il fut un grand prélat, un grand missionnaire. Délégué apostolique en Afrique francophone, il fut le grand défenseur de l’Église en terre africaine. Il laissa, à son départ, une œuvre extraordinaire. Tout le monde le reconnaît.

Tout cela postule en sa faveur.

Revenu en France, nommé par le Pape Jean XXIII, Archevêque- évêque de Tulle, il se mit à la tâche sans amertume, avec le même zèle qu’en Afrique. Une seule chose comptait pour lui : le service de l’Église dans la fidélité au Souverain Pontife.

À peine nommé à Tulle, il fut élu, par ses pairs, supérieur général de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, une congrégation forte de plus de 5000 membres, répandue dans le monde.

Le Concile œcuménique de Vatican II fut alors convoqué par le Pape Jean XXIII. En tant que Supérieur général, il participa aux séances préparatoires du Concile. Il nous racontait tout cela… lorsque nous eûmes la grâce de le connaître, d’abord à Rome, puis ensuite à Écône.

Douloureusement affecté par la crise sacerdotale, par l’effondrement des vocations, en Occident, et par la perte du sens sacerdotal, libéré de toute responsabilité – il avait donné sa démission, Rome le lui conseillait – il décida, enfin, de tout faire pour lutter contre. Il fonda son séminaire à Fribourg avec l’autorisation épiscopale de Mgr Charrière, avec les encouragements du Cardinal Journet. Il créa son institut sacerdotal : la  Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, toujours avec l’approbation de Mgr Charrière, évêque de Fribourg-Lausanne-Genève. Quelle joie fut la sienne lorsqu’il reçut le décret de l’Évêque !Une joie toute surnaturelle, Éminence.

Il nous apprit la grandeur du sacerdoce, son rôle, son sens. Il nous fit apprécier le trésor de la messe, de la messe catholique. Il nous en rappela la finalité, les fruits, son importance et pour le prêtre et pour le chrétien. Il nous donna du cœur à l’ouvrage, un « moral de fer ». Il multiplia les contacts pour permettre le rayonnement de son œuvre. Il était infatigable.

Arriva l’année 1969, avril 1969. Ce fut la publication de la Constitution Missale Romanum et du nouveau rite de la messe, de la Nouvelle Messe de Paul VI. Terrible réforme liturgique… contestée, contestable, qui allait ébranler de fond en comble la Sainte Église, son unité, sa sainteté. Des théologiens se lèveront pour s’y opposer, des cardinaux aussi. Des intellectuels de renom firent entendre leur voix. Pour ne citer qu’un nom, permettez, Éminence, que j’invoque l’autorité du Cardinal Ottaviani. Dans une lettre au Souverain Pontife, Paul VI, il lui présenta une critique du nouveau rite, lui demandant « d’abroger ce nouveau rite ou, tout au moins, de ne pas enlever, à la catholicité, la possibilité de continuer à recourir à l’intègre et fécond missel romain de saint Pie V ». Tout cela fit grand bruit. Mgr Lefebvre prit position assez tard. Ce n’est que le 2 juin 1971 qu’il réunit à Écône son corps professoral, les séminaristes. Le lendemain, il venait rencontrer « les théologiens », séminaristes à Fribourg. Il exposa sa position. Il expliqua son refus, son « non possumus », avec des arguments clairs. Il nous laissa, à l’issue de cette conférence, un texte, un petit texte résumant sa pensée. Séminariste, à l’époque, je gardais jalousement ce texte. Je l’ai souvent lu et relu. Je me permets de vous l’adresser, Éminence. Il ne doit pas être très connu… Comme vous pouvez le voir, Éminence, la position de notre fondateur est simple, doctrinale, fondée sur la plus sûre théologie, sur les décrets solennels du Concile de Trente, sur les principes du Droit Canon. Cette position fut publique. Elle est écrite. Dans ses conférences, il ne cessa de l’expliquer, de la justifier.

Or, Éminence, c’est en raison de cette position sur la messe que Mgr Lefebvre fut condamné. On traita tout d’abord sa fondation de « sauvage ». C’est Mgr Etchegaray qui prononça la phrase le premier. Il était, alors, Archevêque de Marseille… Première affirmation fausse : son séminaire n’avait rien de sauvage, ni son institut. Le « tout » fut approuvé – vous le savez très bien, Éminence – par Mgr Charrière, par Mgr Adam. La fondation à Albano eut l’accord de l’Évêque du lieu. Rien de « sauvage » à la vérité. Au contraire, Mgr Lefebvre, en homme d’Église, respectueux de ses lois, voulait tout faire avec les autorisations requises. Et c’est ce qu’il fit, Éminence.

Peu importe, il n’était plus dans la ligne. C’est qu’il ne voulait pas suivre aveuglément les réformes conciliaires… Empêcheur de tourner en rond, il fallait qu’il soit discrédité. Ses fondations ne pouvaient être que sauvages, que condamnées.

Le cycle infernal démarrait.

Alors une visite canonique eut lieu. Mgr Onclin, Mgr Deschamps furent envoyés de Rome. Ils tinrent des propos tellement « nouveaux » que Mgr Lefebvre dut protester à leur départ. Et ce fut sa très belle protestation de foi du 24 novembre 1974. Dieu ! Qu’elle fit couler de l’encre, cette déclaration ! Qu’elle fut commentée !… À l’extérieur comme à l’intérieur… par le corps professoral lui-même. Il fallait que Mgr Lefebvre « rétracte » ce texte. « Il a signé sa propre condamnation »… J’ai entendu tout cela. J’étais à l’époque sous-directeur du Séminaire.

Il fut alors convoqué à Rome, devant une commission, « ad hoc », devant le Cardinal Garonne, le Cardinal Wright, le Cardinal Tabera. Ils essayèrent de le convaincre de l’« inanité » de sa position. Rien à faire. Ils n’imaginaient pas rencontrer une telle sûreté, une telle force, la force simple de la doctrine catholique aimée plus que soi-même.

Ne pouvant le convaincre, il fallait l’« écraser ». Les sanctions canoniques tombèrent. Les pressions psychologiques se firent tout d’abord terribles. Ce fut la menace de la fermeture du Séminaire, de la Fraternité. Comme il ne lâchait toujours pas, des menaces, on passa aux sanctions. Et c’est Mgr Mamie, Évêque de Fribourg, qui porta le chapeau de tout cela. Le pauvre. Il lui fut intimé l’ordre de ne pas faire les ordinations, le 29 juin 1976. Terrible dilemme, Éminence. J’en fus le témoin privilégié.

Le 28 au soir, dans mon bureau, il examinait encore la solution… pesait le pour et le contre… La fête battait déjà son plein. Tout était prêt… « On peut, malgré tout, me disait-il, ne pas faire les ordinations ». Il était d’un calme souverain, tranquille.

Le 29 juin, devant une foule immense, il expliquait son geste. Il parla clairement, sans ambages : notre fidélité à la messe de toujours, à la messe codifiée, canonisée même, par saint Pie V est la raison de nos difficultés.

La sanction canonique tomba, le 22 juillet 1976. Il fut déclaré « suspens a divinis ». Il ne pouvait plus exercer aucun pouvoir inhérent à son état sacerdotal et épiscopal.

À Lille, le 29 août 1976, il renouvela ses explications. Il parla ouvertement de la réforme liturgique, de la réforme de la messe, messe « équivoque ». C’est là qu’il parla de la messe « hybride » : « la Nouvelle Messe est une espèce de messe hybride qui n’est pas hiérarchique, qui est démocratique, où l’assemblée prend plus de place que le prêtre ».

On peut, Éminence, résumer la position de Mgr Lefebvre en disant qu’il refusa la nouvelle messe parce qu’équivoque, plus protestante que catholique, s’éloignant de la Tradition catholique, voire même en rupture avec la Tradition catholique et les dogmes catholiques.

Et le conflit perdure, Éminence. Vous êtes, aujourd’hui, l’autorité. C’est pour cela que je m’adresse à vous. Vous maintenez toujours la condamnation de Mgr Lefebvre, de sa fondation, de ses prêtres parce que nous voulons – à notre tour – rester fidèles à cette Messe catholique pour sauvegarder notre foi, gage d’éternité.

Mais vous-même, Éminence, le temps passant, vous devenez très sévère sur cette réforme liturgique qui nous attriste. Permettez que je vous cite aujourd’hui.

Vous préfacez un livre de Mgr Gamber dans son édition française, heureusement diffusé par Dom Gérard Calvet et intitulé La réforme liturgique en question. Dans cette préface, vous faites l’éloge de Mgr Gamber, de son œuvre théologique et liturgique. Vous le recommandez fortement. Vous en faites un modèle, « un père » de ce renouveau liturgique que vous appelez de tous vos vœux. « Ce nouveau départ a besoin de pères qui soient des modèles… Qui cherche aujourd’hui de tels pères, rencontrera immanquablement la personne de Mgr Klaus Gamber… Il pourrait en cette détresse (liturgique) – dites-vous – devenir le père du nouveau départ » (p. 7). On ne peut être plus clair.

Vous-même, Éminence, dans cette préface, vous critiquez « joliment » la réforme liturgique. Vous affirmez que : « la liturgie est (doit être) d’un développement continu », harmonieux (p. 7). C’est bien, en effet, ce que fut la liturgie catholique, celle codifiée par saint Pie V. Elle évolua harmonieusement à travers les siècles. Il en est de la liturgie comme de la doctrine catholique. Il n’y a de « fixiste » que l’hérétique. Il n’y a de radicalement arrêté que la mort. La liturgie catholique n’est pas cela. Nous le savons bien. Ce principe posé, vous partez « en guerre » contre la liturgie réformée issue du Concile Vatican II. « Ce qui s’est passé après le Concile signifie tout autre chose : à la place de la liturgie, fruit du développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication ».

C’est l’œuvre de Mgr Bugnini.

« On n’a pas voulu continuer le devenir et la maturation organique du vivant à travers les siècles et on les a remplacés – à la manière de la production technique – par une fabrication, produit banal de l’instant » (p. 7).

Vous dites aussi : « La liturgie n’est pas objet de notre faire ».

C’est la grande idée de Mgr Gamber.

Mgr Lefebvre aurait été très certainement de cet avis, lui qui soutint jusqu’à la rupture, contre certains séminaristes américains qui les refusaient, les réformes de saint Pie X, de Pie XII et même de Jean XXIII en matière liturgique.

Vous nous demandez, Éminence, qu’on se penche sur la pensée de Mgr Gamber, qu’on la fasse nôtre. Vous donnez une approbation sentie de son œuvre. C’est ce que j’ai fait, Éminence. J’ai lu – à votre recommandation – ce livre. Je dois avouer que je n’ai jamais rencontré de critique de la Nouvelle Messe aussi forte, aussi radicale… même sous la plume de Mgr Lefebvre.

Alors, Éminence, vous voyez maintenant ma question. Vous voyez où je veux en venir. Vous voyez ce que je voudrais vous dire de vive voix si vous me receviez : « Pourquoi approuver si fortement Mgr Gamber, l’applaudir, le recommander et continuer à réprouver Mgr Lefebvre ? ».

Mgr Gamber est pourtant plus sévère encore que Mgr Lefevbre dans sa critique du nouveau rite. N’y aurait-il pas deux poids, deux mesures ? Tel est

mon étonnement, mon angoisse même!

Voyez ce qu’écrit Mgr Gamber : « On mit désormais (avec la réforme liturgique) de façon exagérée, l’accent sur l’activité des participants, rejetant de la sorte au second plan, l’élément cultuel » (p. 15).

C’est ce que Mgr Lefebvre affirmait à Lille, pas plus, pas moins. « Celui-ci (élément cultuel, i.e. le Sacrifice, l’action eucharistique elle-même) s’appauvrit de plus en plus chez nous ». « De même, il manque maintenant dans une large mesure, cette solennité qui fait partie de toute action cultuelle, surtout si celle-ci se déroule devant une grande assemblée » (p. 12). C’est ce que nous disons, ni plus, ni moins.

Mgr Gamber ose écrire sur ce sujet : « En lieu et place, on voit souvent régner une austérité calviniste » (p. 13).

Ce n’est pas nous qui le disons, Éminence.

Mgr Gamber poursuit… Vous allez être stupéfait… J’écris aussi pour les fidèles, Éminence : « Il n’est pas rare de voir les formes cultuelles existant jusqu’ici, méprisées par les pasteurs eux-mêmes et laissées de côté sous prétexte qu’elles seraient démodées : on ne veut pas laisser supposer qu’on aurait raté le train de l’évolution moderne. Et, cependant, la masse du peuple chrétien reste attachée à ces formes anciennes qui portent sa piété. Les réformateurs d’aujourd’hui, trop pressés, n’ont pas suffisamment considéré à quel point, dans l’esprit des fidèles,  il y a coïncidence entre la doctrine et certaines formes de piété. Pour beaucoup, modifier les formes traditionnelles signifie modifier la foi ».

Éminence, en préfaçant ce livre, vous donnez votre approbation à cette critique générale.

Mgr Lefebvre a dit la même chose. Il n’a cessé – toute sa vie – de nous rappeler l’axiome fondamental en matière liturgique : lex orandi, lex credendi. C’est le thème de sa conférence – entre mille – du 15 février 1975, donnée à Florence : « Pour beaucoup, modifier les formes traditionnelles signifie modifier la foi ». Je signe, Éminence.

Mais la critique de Mgr Gamber du nouveau rite n’est pas finie. Suivez-moi.

Vous irez d’étonnement en étonnement. « Les responsables dans l’Église n’ont pas écouté la voix de ceux qui ne cessaient de les avertir, leur demandant de ne pas supprimer le Missel romain traditionnel (et de n’autoriser la nouvelle liturgie que dans certaines limites et seulement « ad experimentum »)… Aujourd’hui, voici quelle est malheureusement la situation : de nombreux évêques se taisent devant presque toutes les expérimentations liturgiques mais répriment plus ou moins sévèrement le prêtre qui, pour des raisons objectives ou de conscience, s’en tient à l’ancienne liturgie » (p. 14).

C’est ce que conseillaient, Éminence, des « Grands » dans le cardinalat. C’est ce que conseillait Mgr Lefebvre. C’est ce que faisait Mgr Lefebvre : s’en tenir pour des raisons objectives et de conscience, à l’ancienne liturgie.

Éminence, il faut être logique dans le gouvernement : ou vous êtes d’accord avec Mgr Gamber et vous soutenez ceux qui veulent – dans cette tourmente – rester attachés au « mât » de la Tradition, ou vous êtes pour les évêques qui, par faiblesse, nous combattent injustement – comme en Normandie, Mgr Pican, Mgr David, Mgr Fihey, Mgr Dubigeon… Mais alors, de grâce, ne préfacez pas ce livre de Mgr Gamber.

Et puisque vous êtes d’accord avec la pensée de Mgr Gamber, puisque vous avez préfacé son livre, veuillez, je vous prie, faire ouvrir de nouveau le dossier de « l’affaire Lefebvre » et le juger en bonne et due forme.

Vous souvenant qu’aujourd’hui – encore, malheureusement – de nombreux évêques se taisent devant presque toutes les expérimentations liturgiques permises par « l’esprit conciliaire » mais répriment sévèrement les prêtres qui, pour des raisons objectives et de conscience, s’en tiennent à l’ancienne liturgie. Nous, Éminence.

Cette situation est malheureuse, remarque encore Mgr Gamber. Oh, Combien ! Nous qui recevons les coups, nous pourrions vous en parler en connaissance de cause.

J’aime la justice, Éminence. Vous aussi.

Mgr Gamber est vraiment sévère… Après avoir reconnu que « les innovations liturgiques » sont possibles, mais que tout doit se faire « avec bon sens et prudence » – ce n’est pas le principe le plus ultime, mais peu importe, il conclut, se tournant alors vers le concret de la réforme liturgique issue du Concile Vatican II: « La rupture avec la Tradition est désormais consommée ». Il précise même: « Par l’introduction de la nouvelle forme de la célébration de la Messe (il s’agit bien ici du rite nouveau lui-même) et des nouveaux livres liturgiques, encore davantage par la liturgie concédée tacitement par les autorités, d’organiser librement la célébration de la messe sans qu’on puisse déceler en tout cela un avantage substantiel du point de vue pastoral (c’est le moins que l’on puisse dire !) au lieu de cela, poursuit-il, on constate dans une large mesure, une décadence de la vie religieuse qui, il est vrai, a aussi d’autres causes. Les espoirs placés dans la réforme liturgique – on peut déjà le dire – ne sont pas réalisés ».

Éminence, vous avez préfacé cela.

Mgr Lefebvre n’a jamais parlé aussi fortement, aussi brutalement.

De grâce ! Ressortez le dossier. Redonnez vie à son recours qu’il porta lui-même, dans les mains du Préfet de la « Signature Apostolique » de l’époque, mais que ce dernier ne put traiter par ordre du tout puissant Cardinal Mgr Villot.

Éminence, je vous parle en toute simplicité. Je vous dis ce que j’ai sur le cœur. Faites cesser toute injustice dans l’Église… en France tout particulièrement… Faites cesser cette injustice-là. Ou alors, je serais en droit de dire qu’il y a contradiction dans votre gouvernement et que vous donnez d’une main ce que vous reprenez de l’autre… Mais, ça, Éminence, c’est l’arbitraire et personne n’aime l’arbitraire… Il est juste de lutter là contre.

Vous connaissez très bien, Éminence, la pensée de Mgr Gamber. Vous vous en inspirez dans plusieurs de vos écrits. Vous conseillez même à Dom Gérard Calvet de diffuser en France sa doctrine. Et quelle doctrine ! Une critique en règle de la liturgie conciliaire.

Voyez encore ! « D’année en année, la réforme liturgique, saluée avec beaucoup d’idéalisme et de grands espoirs par de nombreux prêtres et laïcs, s’avère être, comme nous l’avons déjà exprimé, une désolation de proportion effroyable » (p. 15).

Mgr Lefebvre a dit cela, mais je dois l’avouer pas aussi fortement.

Notre auteur poursuit : « Au lieu du renouvellement de l’Église  et de la vie ecclésiastique attendue, nous assistons à un démantèlement des valeurs de la foi et de la piété qui nous avaient été transmises et, en lieu et place d’un renouvellement fécond de la liturgie, à une destruction des formes de la messe qui s’étaient organiquement développées au cours des siècles » (p. 15).

Vous approuvez ce jugement, Éminence, vous l’avez préfacé élogieusement. Mgr Lefebvre n’a rien dit d’autre, lui est condamné, Mgr Gamber, approuvé.

Là, Éminence, je ne comprends plus. Mon intelligence, à l’affût, attend une réponse, a droit à une justification qui en soit une, vraiment une. Pas une réponse comme cela, du bout des doigts, méprisante, qui ne règle rien, ne donne aucune explication valable, une réponse à la « Cassidy »… Mais une réponse claire, du bon pain comme on aime en trouver à la table familiale après la messe dominicale… De grâce ? Éminence, donnez-nous de ce pain…

Je poursuis ma lecture, Éminence : « …s’y ajoute, sous le signe d’un œcuménisme mal compris, un effrayant rapprochement avec les conceptions du protestantisme… Ce qui ne signifie rien moins que l’abandon d’une tradition jusqu’à ce jour commune à l’Orient et à l’Occident » (p. 15).

Alors ça! Quand j’ai lu cela pour la première fois, je suis resté coi. J’ai relu, relu encore. Et dans mon innocence, je me disais: mais Mgr Lefebvre ne dit rien d’autre. C’est ce qu’il a dit à Florence – déjà en 1975. C’est ce qu’il disait dans un article publié en 1971 dans la Pensée Catholique – mais déjà écrit en plein Concile: « Pour rester catholique faudra-t-il devenir protestant? »… Et il concluait: « On ne peut imiter les protestants indéfiniment sans le devenir ». Mais je trouve Mgr Gamber plus catégorique encore. Il parle – lui – lisez bien: « d’un effroyable rapprochement avec les conceptions du protestantisme ».

Mais c’est la même pensée !

Alors, Éminence, comment est-ce possible de faire la louange de l’un, Mgr Gamber, et de continuer à condamnerl’autre, Mgr Lefebvre. Ils disent, tous deux la même chose.

De grâce, Éminence, ouvrez de nouveau le procès de Mgr Lefebvre. C’est une supplique légitime.

Et si vous tardez, tardez encore, il est de notre devoir – il sera de notre devoir – de nous conformer au canon 23 de l’ancien Code : « Dans le doute, on n’admet pas la révocation d’une loi, mais la loi récente doit être ramenée à la précédente et on doit, autant que faire se peut, les concilier ».

« Et de toute façon, ce qui demeure, en pareille conjoncture, un devoir et un droit absolu, c’est la sauvegarde de la foi ».

La conjoncture est malheureusement toujours la même, le devoir – alors – toujours identique.

De grâce, Éminence, clarifiez la situation. Et comme le souhaitait le prêtre eudiste travaillant actuellement à la Nonciature de Paris et que je rencontrais, samedi dernier, à la chapelle Saint-Pie X à Caen, Éminence, parlez clairement et justement, on vous suivra.

Mgr Gamber, dans un second chapitre, parle de la « ruine » du rite romain. Il le déplore, tout comme nous. Il va même jusqu’à dire que le rite nouveau, sans être en soi invalide – ce que Mgr Lefebvre n’a jamais dit – est célébré de plus en plus souvent, de manière invalide. Mgr Lefebvre dit exactement la même chose. Pas plus. Pas moins. Il est seulement un peu plus précis : « Tous ces changements dans le nouveau rite sont vraiment périlleux parce que peu à peu surtout pour les jeunes prêtres qui n’ont plus l’idée de sacrifice, de la présence réelle et de la transsubstantiation, et pour lesquels tout cela ne signifie plus rien, ces jeunes prêtres perdent l’intention de faire ce que fait l’Église et ne disent plus de messes valides » (Conférence à Florence, le 15 février 1975).

J’en arrive maintenant au chapitre IV du livre : le jugement du prélat est terrible.

Il expose d’abord brièvement mais justement la réforme luthérienne, la réforme que Luther fit subir à la Messe catholique,  la Messe romaine. « Le premier, écrit-il, à avoir entrepris une réforme de la liturgie et cela en raison de considérations  théologiques est, sans conteste, Martin Luther. Il niait le caractère sacrificiel de la Messe et était, de ce fait, scandalisé par certaines parties de la Messe, en particulier par les prières sacrificielles du Canon » (p. 41). D’où la réforme qu’il entreprit de la messe et tout d’abord la suppression des prières sacrificielles, mais il a agi prudemment – avec la prudence de la chair – pour ne pas choquer et créer des réactions.

Or, rien de tel avec la réforme liturgique conciliaire.

Mgr Gamber est terrible. Il affirme tout d’abord qu’on a agi là trop brutalement : « La nouvelle organisation de la liturgie et surtout les modifications profondes du rite de la Messe qui ont vu le jour sous le Pontificat de Paul VI et sont, entre-temps, devenues obligatoires – on peut légitimement discuter ce point –, ont été beaucoup plus radicales que la réforme liturgique de Luther et ont moins tenu compte du sentiment populaire » (p. 42).

Puis, il affirme que des éléments de la doctrine protestante ont été pris en compte pour justifier cette réforme liturgique. Il parle lui-même du « refoulement de l’élément latreutique », « la suppression des formules trinitaires », et enfin de l’« affaiblissement du rôle du prêtre ». On retrouve ici, purement et simplement, les affirmations de Mgr Lefebvre – vous lirez son papier ci-joint –, celles du « Bref examen critique » présenté au Pape par le Cardinal Ottaviani. Il va même jusqu’à dire qu’« on n’a pas encore suffisamment tiré au clair dans quelle mesure, ici aussi, comme ce fut le cas pour Luther, des considérations dogmatiques ont pu exercer une influence » (p. 42).

Je trouve personnellement, Éminence, que des théologiens, en France – le Père Calmel, l’abbé Dulac… – ont déjà dit, sur ce sujet, pas mal de choses… Notre prélat, il est vrai, est allemand. Il reconnaît que « c’est la nouvelle théologie (libérale) qui a parrainé la réforme conciliaire ». Il se désole alors que le Pape Paul VI n’ait pas cru devoir tenir compte de « ces critiques dogmatiques », « ni les pressantes objurgations des cardinaux de mérite – comment, ici, Éminence, ne pas penser au Cardinal Ottaviani dont vous tenez aujourd’hui la place, au Cardinal Bacci, qui avaient émis des objections dogmatiques quant au nouveau rite de la messe – ni les instantes supplications provenant de toutes les parties du monde, n’empêchèrent Paul VI d’introduire impérativement le nouveau missel » (p. 43).

Ainsi, Éminence, pour Mgr Gamber dont vous nous recommandez tant la doctrine, le « Nouvel Ordo Missae » aurait des « odeurs » protestantes, des relents de théologie protestante, de théologie libérale.

Avouez, Éminence, que c’est assez fort et que cela peut raisonnablement retenir tout enthousiasme de la célébrer. Vous approuvez ces critiques. Pourquoi, alors, condamnez-vous toujours Mgr Lefebvre ? Son tort est peut-être d’avoir eu raison trop tôt – ou d’avoir été, en son temps, un évêque de caractère… Mais s’il en est ainsi qui pourrait raisonnablement critiquer et cette lucidité et cette force  d’âme? Sont-ce des titres de condamnation ? On ne vous croira pas, Éminence. Son tort est peut-être aussi d’avoir eu un sens pastoral trop grand ? Il craignait les effets de cette réforme sur la foi du peuple chrétien, sur son orthodoxie : « On ne peut imiter les protestants indéfiniment sans le devenir » (Mgr Lefebvre).

Mgr Gamber le constate aussi : « Nos messes sont-elles devenues plus attirantes pour les fidèles depuis le Concile ? La liturgie renouvelée a-t-elle contribué à augmenter le sens de la foi et de la piété ? À peine, semble-t-il. Le peu de temps écoulé depuis l’introduction, en 1969, du « Nouvel Ordo Missae » a suffi à révéler que nos églises se vidaient de plus en plus, que le nombre de nos prêtres et de nos religieux diminuait de plus en plus, et ce dans des proportions effrayantes. Certes, les causes en sont multiples, néanmoins, la réforme liturgique n’a pas été capable d’arrêter cette évolution négative (je précise et qualitativement et quantitativement) : il est probable qu’elle n’a pas peu contribué à l’entretenir » (p. 44).

Avouez, Éminence, qu’il en faudrait moins pour justifier la position de Mgr Lefebvre, son « non possumus », son « refus » et aujourd’hui le refus des dociles à la loi catholique.

Et si j’en viens maintenant à la critique que Mgr Gamber adresse à la nouvelle ordonnance de la messe proprement dite de Paul VI, alors, je dois dire, Éminence, que je me sens à l’aise dans ma position, notre position. Il survole « le nouvel ordo ». Tout d’abord : pour les rites d’ouverture de la messe, il écrit : « Les rites d’ouverture… ouvrent une porte toute grande à l’arbitraire du prêtre célébrant ».

Il commente : « Quels bavardages les fidèles ne doivent-ils pas subir, par endroit, dès le début de la messe ! Tout comme c’est plus d’une fois le cas aujourd’hui dans les communautés protestantes ».

Le Cardinal Danneels, Éminence, dit la même chose. Vous l’avez, du reste, invité à écrire un article dans Communio, votre revue. Nous disions la même chose, Éminence, vous le voyez. Nous sommes en bonne compagnie… Mais alors, pourquoi l’ostracisme à notre égard… ?

Il en vient à la liturgie de la parole et se permet de dire : « Nous faisons toutes réserves quant à la nouvelle ordonnance des lectures ».

Quant à la prière universelle, dont il ne conteste pas le principe, il écrit cependant : « On assiste de nos jours, aux pires écarts dans la libre élaboration de cette prière et même, dit-il, les formulaires présentés aux fidèles dans les recueils ad hoc, ne sont que peu utilisables »… Moi, elles me font fuir… Bref. Il avoue qu’une telle prière devrait être dite à l’autel et non au « siège » : « il faut être tourné vers l’Orient pour prier ».

Il en arrive enfin à la liturgie eucharistique proprement dite et là, il affirme une chose formidablement importante : « Contentons-nous ici, où il n’est question que du rite, de remarquer qu’il manque à cette dénomination, toute allusion au fait que la messe est un sacrifice » (p. 48).

Éminence ? Vous avez bien lu.

Vous trouvez ici sous la plume de Mgr Gamber que vous nous recommandez tellement, les critiques que nous avons depuis longtemps adressées au nouveau rite de la messe. Nous disons, nous aussi, cela. La messe est bien cela, essentiellement cela : un sacrifice propitiatoire. J’avais trouvé que la critique du Cardinal Danneels était, sur ce point, faible et j’avais été étonné que vous publiiez, sans remarque particulière, son texte. Mais je suis très heureux, par contre, que vous ayez préfacé ce livre qui met le doigt sur une grave omission du nouveau rite.

Alors Éminence, pourquoi notre condamnation maintenue ? Voilà mon interrogation !

Mgr Gamber en arrive au plus particulier : à la prex eucharistica. Alors là ! La critique est de nouveau terrible. « Les trois nouveaux canons constituent, eux, une rupture complète avec la tradition. Ils ont été nouvellement composés d’après des modèles orientaux et gallicans, et représentent, au moins de part leur style, un corps étranger dans le rite romain » (49).

Il descend encore un peu plus dans le « menu », aux paroles de la consécration. Il est très sévère : « La modification ordonnée par Paul VI des paroles de la consécration et de la phrase qui suit… n’était d’aucune utilité pour la pastorale. La traduction de « pro multis » par « pour tous » qui se réfère à des conceptions théologiques modernes et qu’on ne retrouve dans aucun texte liturgique ancien, est douteuse et a même scandalisé » (p. 50).

Ce n’est pas nous qui le disons, Éminence !

Mgr Gamber est choqué, vraiment choqué, Éminence, par le déplacement du mot « mysterium fidei » de la formule de la Consécration du vin. Son explication est lumineuse : « Du point de vue du rite, on est frappé de voir qu’on ait pu retirer, sans raison, les mots « mysterium fidei » insérés dans les paroles de la consécration depuis environ le VIe siècle, pour  leur conférer une signification nouvelle ; ils deviennent un appel du prêtre après la consécration. Un appel de cette sorte : mysterium fidei n’a certainement jamais été en usage. L’acclamation de l’assemblée : « Nous proclamons ta mort… » ne se trouve que dans quelques anaphores égyptiennes. Elle est, en revanche, étrangère aux autres rites orientaux et à toutes les prières eucharistiques occidentales et ne cadre pas non plus avec le style du canon romain… » (p. 50).

Et sur le même ton, il poursuit dans le chapitre IV sa critique du rite nouveau.

J’ai l’impression, Éminence, en lisant ce chapitre IV de retrouver la doctrine du Bref examen critique. Ainsi, si vous le souhaitez, Éminence, nous serions prêts à nous en tenir à cette critique de Mgr Gamber. Je crois qu’elle peut, à elle seule, parfaitement justifier notre position pratique, celle prévue, Éminence, par le canon 23 de l’ancien Code. Ce canon a bien dû être repris dans le nouveau Code. Il fait partie des grands principes canoniques.

Mais parce que nous avons désiré rester attachés au Bref examen critique et à la sagesse du Droit Canon – par souci théologique – nous sommes pratiquement excommuniés, chassés de nos églises, nous passons pour rétrogrades. On nous dit ne pas avoir le sens dela Tradition… Mais alors pourquoi, Éminence, porter aux nues Mgr Gamber et continuer de combattre Mgr Lefebvre et son œuvre ?

Je ne comprends plus. N’y aurait-il pas « quelque part », – comme on dit aujourd’hui à tort et à travers – une injustice ? Voilà ce que j’ai sur le cœur, Éminence, et ce que je veux vous dire.

Mgr Gamber de conclure ce chapitre par ce jugement général : « Avec le nouveau, on a voulu se montrer ouvert à la nouvelle théologie, si équivoque, ouvert au monde d’aujourd’hui » (p. 54). « Ce qui est certain, c’est que le Nouvel Ordo Missae dans cette forme n’aurait pas reçu l’assentiment de la majorité des pères conciliaires ».

Incroyable !

Mgr Lefebvre nous a toujours répété cela. Dom Guillou également… Je ne serai pas étonné que Dom Prout, Père abbé de Solesmes, ait pensé cela aussi. Cette seule affirmation, Éminence, devrait suffire à tenir fermement l’ancien rite…

Et que peut justifier devant cela, la seule vertu d’obéissance… ! C’est bien Mgr Lefebvre qui a raison et non les bénédictins d’aujourd’hui qui vont et viennent à travers les rites, de l’un à l’autre – l’ancien, le nouveau – par simple obéissance… des girouettes au gré des vents. Qui est vraiment fidèle au Concile ? Mgr Lefebvre qui a signé le document liturgique du Concile… ou les bénédictins d’aujourd’hui ?

« Mais vous n’avez pas l’esprit du Concile… » ! C’est l’arme qui tue. Mais quel est cet esprit conciliaire, Éminence qu’il faut avoir pour vivre… Mgr Gamber l’avait-il…? Ah, que d’arbitraire ! Que d’arbitraire !

Tous ces dires, Éminence, pourraient vous gêner un peu… Si vous m’aviez reçu, j’aurais pu voir, voir votre œil… s’assombrir… s’éclairer. Vous vous seriez peut-être raidi un peu.

Vous auriez peut-être pris la parole : « Vous vous trompez. Ce n’est pas la messe qui fait problème. Ce sont les sacres. Mgr Lefebvre les a fait sans autorisation pontificale. Il devait être puni. Aujourd’hui, le nouveau Droit canon parle d’excommunication. Voilà l’affaire ! C’est tout ».

Éminence, est-ce vraiment le problème ?

Si vous me recevez, nous pourrions aborder le sujet. Nous pourrions argumenter, voir ensemble… voir ce qui avait été prévu dans le protocole d’accord avec Mgr Lefebvre. Le principe du sacre dans la Fraternité d’un membre de la Fraternité, avait été accepté.

Mais pour l’instant, Éminence, ici, dans cette lettre publique, faite aussi pour les fidèles qui s’intéressent beaucoup à ces questions, restons au niveau du simple bon sens.

Mgr Lefebvre n’a pas été moins aimé des autorités ecclésiastiques après les sacres qu’avant les sacres. Il n’a pas été plus honni après les sacres qu’avant les sacres.

Avant les sacres, on lui fit la guerre, son œuvre fut déclarée « sauvage ». Mgr Garonne le déclara « fou »… Les évêques des diocèses lui écrivaient des lettres très désagréables quand il visitait les traditionalistes de leur diocèse. Quelles lettres ! J’en ai quelques-unes, en mémoire. Mgr Tissier de Mallerais les a soigneusement classées. On pourrait vous les communiquer…

Oui, Mgr Lefebvre n’était pas aimé même avant les sacres. Il n’était pas déjà, semble-t-il, en leur « communion ». On lui fermait déjà les églises. Les cœurs des évêques se fermaient… Même à Rome, on n’osait plus le recevoir… lorsqu’il visitait un dicastère… le Préfet était tout dans l’embarras… Être vu avec Mgr Lefebvre était compromettant… Même longtemps avant les sacres, il était le « mal aimé » de l’Église. Il n’avait pas l’esprit conciliaire… Et de fait, son œuvre, son œuvre sacerdotale fut interdite, son séminaire fermé. Interdites les ordinations sacerdotales… Bien sûr, il nous ordonnait pour le Sacrifice de la messe…! Il était honni par ses pairs, bien avant les sacres, même pendant le Concile.

On ne lui pardonnait pas sa position, sa présidence du Coetus internationalis Patrum. Même avant le Concile, lorsqu’il était Archevêque-évêque de Tulle, les cardinaux et archevêques de France lui fermèrent la porte de leurs assemblées, de leurs réunions. Il avait plein droit d’y prendre part. Ils refusèrent. C’est historique, Éminence. Si le Cardinal Richaud – à l’époque Archevêque de Bordeaux – était encore de ce monde, il pourrait en témoigner.

Mgr Lefebvre nous l’a dit. Il en souriait. Il n’était pas rancunier.

Oui, même avant les sacres, Mgr Lefebvre n’était pas aimé.

C’est ainsi.

À cette lumière, Éminence, le problème des sacres prend son vrai sens. C’est finalement un problème mineur, quoi qu’on dise… En ce sens, que ce n’est pas la raison fondamentale de son excommunication. Il l’était déjà, pratiquement. Il le devint, dites vous, après les sacres canoniquement. Cela n’a pas changé grand chose, Eminence… La peine canonique – sa déclaration – fut d’abord et essentiellement diplomatique : pour faire peur et effrayer les fidèles, et leur faire lâcher prise… Le Cardinal Gagnon a mal jugé, lui qui avait dit qu’excommunié, les fidèles lacheraient l’évêque. Finalement assez peu l’ont quitté… C’est un autre sujet…Je pourrais un jour revenir sur ce sujet…

Mais, admettons, Éminence, que l’excommunication ait sa raison essentielle, exclusive dans les sacres. Cette action – cette sanction – touche la personne de Mgr Lefebvre, des quatre évêques consacrés, le co-consécrateur, Mgr de Castro Mayer… et personne d’autre, et nullement la Fraternité Sacerdotal et ses prêtres. Ils ne sont pas excommuniés, eux. Ils sont dans l’Église, de l’Église. Je n’ai jamais reçu la moindre notification d’excommunication. Le Motu Proprio Ecclesia Dei Adflicta ne me concerne pas, moi directement. On pourrait en discuter, Éminence.

Vous me direz peut-être que la Fraternité SacerdotaleSaint- Pie X a été supprimée par Mgr Mamie, Évêque de Fribourg. Elle n’existe plus. Elle n’est plus de droit diocésain. Vous êtes « néant », rien. Vous n’avez aucune existence légale.

Ah ! Permettez, Éminence !

Mgr Mamie a peut-être voulu supprimerla Fraternité Sacerdotale Saint Pie X… Mais je me permets humblement de vous faire remarquer que nous le fûmes en raison de notre attachement à la messe tridentine et en raison de notre refus du Nouvel Ordo Missae.

Or, Éminence, en préfaçant le livre de Mgr Gamber, vous préfacez nos propres critiques. Nos critiques de toujours. Encore une fois, Mgr Lefebvre et le Bref examen critique sont moins durs que Mgr Gamber et son livre.

Notre condamnation, notre suppression, Éminence, est donc sans raison suffisante. Elle est injuste.

J’espère, Éminence, vous avoir convaincu et espère recevoir bientôt votre appel paternel à venir vous saluer à Rome. Je reste dans cette espérance. D’autant plus que vous semblez vouloir accueillir les « ralliés » qui, eux aussi, sont attachés, peu ou prou, à la messe ancienne. Disons qu’ils le disent… Ils sont à Rome le 24 octobre. Ils y vont en force… Ils font de la publicité, un peu trop de publicité, ce me semble. J’ai peur que ce voyage vous pose finalement quelques problèmes relationnels… avec l’épiscopat français et Mgr Lustiger. J’ai quelques éléments qui me font penser que ce pèlerinage d’action de grâces à Rome ne doit pas être très facile à organiser. N’y aurait-il pas un petit grain de sable quelque part ?

De notre côté, Éminence, quelques jours avant le 17 octobre, j’accueillerai à Lisieux les fidèles de la Tradition qui viennent, de toute la Normandie, demander à la Sainte qu’elle intercède pour nous : pour la libre célébration de la messe tridentine dans les paroisses de France. Éminence, nous prierons pour vous.

Abbé Paul Aulagnier

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