La Revue Item - « La Tradition sans peur »
Suivez les activités de l'Abbé Aulagnier
Entraide et Tradition

Histoire de la messe interdite (4)

publié dans un disciple le 5 décembre 2017


 

Histoire de la messe interdite (4)

Livre 1

Chapitre 4

La messe papale du 7 mars 1965

Nous avons donné des preuves assez abondantes dans les trois chapitres précédents montrant la subversion qui a agité l’Église en matière liturgique pendant et après le Concile Vatican II. Plus d’obéissance! Plus de fidélité à la science théologique, à la science  liturgique, norme de toute sagesse. Plus de règles strictes observées. Mais à la place » l’esprit du Concile ». Ceux qui on connut cette période peuvent témoigner que, pour procéder à cette « subversion », qui a surtout touché la liturgie de la Messe dite de saint Pie V, « l’esprit du Concile » était sans cesse invoqué.

Cet « esprit du Concile » fut-il fidèle et respectueux de la lettre du Concile, de son texte majeur « Sacro Sanctum Concilium« ?

Cette question mérite d’être posée dans cette « Histoire de la Messe interdite ». C’est même une question fondamentale, la question fondamentale . Cette réforme s’est-elle faite vraiment en toute fidélité aux textes conciliaires ou a-t-on exagéré et falsifié le Concile et son texte liturgique?  Ou mieux encore le texte concilaire contenait-il d’une manière cachée mais réelle, cette Réforme? Autrement qu’elle est la bonne interprétation du Concile? La réforme liturgique y a-t-elle été fidèle? Qu’on dit les papes, interprète officiel de la loi?

Pour répondre à cette question fondamentale, j »utilisai le bel article publié par M l’abbé Benoît Wailliez et M Alain Beaugrin, dans la revue:  » Pour qu’IL règne »  (mai-juin 2014) revue du prieuré de la Fraternité saint Pie X de Bruxelles. L’étude est très fouillée et mérite , par son sérieux, de retenir notre attention. Il était  intitulé: « Liturgie: quelle est « la bonne interprétation du Concile » « ?

Il s’appuie sur  la fameuse messe célébrée par le pape lui même, Paul VI , le 7 mars 1965 dans l’église romaine » Ognissancti ».

Voici l’analyse!

 

On entend souvent dire que le deuxième concile du Vatican n’aurait demandé ni l’abandon de la langue latine ni la célébration face au peuple. Les tenants de cette interprétation modérée répètent donc à l’envi que ces deux caractéristiques sont simplement deux options, permises par des règles postconciliaires mais nullement obligatoires. Qu’en est-il ? Nous vous proposons un dyptique, composé d’une recherche historique sur la première messe papale célébrée en italien et face au peuple, puis, à partir de ces faits, une réflexion approfondie sur « la bonne interprétation » de Vatican II.

Abbé Benoît Wailliez et Alain de Beaugrain

I. La messe papale du 7 mars 1965

La première messe « légale » en langue vernaculaire et face au peuple a été celle que le pape Paul VI célébra le 7 mars 1965 à la paroisse de Tous les saints (Ognissanti), à Rome. Il s’agissait du premier dimanche de carême de l’année 1965, jour d’entrée en vigueur de l’instruction Inter Œcumenici. Ce document – si l’on excepte le motu proprio Sacram Liturgiam, de peu d’importance – est lui-même le tout premier document d’application de Sacro  sanctum Concilium, la Constitution conciliaire sur la liturgie.

Ancrer l’aggiornamento dans le terrain paroissial

Le premier dimanche de Carême 1965, Paul VI voulut marquer de façon mémorable l’entrée en vigueur des premières normes liturgiques d’application du concile Vatican II, qui n’était pas encore terminé. Pour ce faire, il choisit de célébrer non pas dans une basilique patriarcale de Rome mais dans une simple paroisse [1]. L’événement eut un retentissement considérable en Italie, non seulement parce qu’il s’agissait d’une célébration du pape dans une paroisse ordinaire mais aussi parce que cette messe constituait le point d’orgue d’un effort national de « mise en œuvre du concile ». Dans le numéro de février 2014 de Vita pastorale, Mgr Luca Brandolini, véritable fils spirituel de Mgr Annibale Bugnini [2], raconte qu’entre la promulgation d’Inter Œcumenici, le 26 septembre 1964, et son entrée en vigueur, le 7 mars 1965, il visita pas moins d’une cinquantaine de diocèses italiens pour s’assurer que ces « normes de 1965 » fussent bien mises en œuvre. Le matin du « grand jour », le 7 mars 1965, Bugnini et Brandolini parcoururent ensemble le centre de Rome pour voir par eux-mêmes comment ces nouvelles normes étaient appliquées [3]. Le cardinal Lercaro, archevêque de Bologne, avait fait une intervention à la télévision nationale le jeudi précédent pour expliquer comment « appliquer le concile » en matière liturgique. Pour l’essentiel, les textes du missel de 1962 restaient encore intacts (le nouveau missel ne date que de 1969-1970) mais de nombreuses rubriques importantes avaient changé, si bien que ces premières réformes consistaient surtout à passer du latin à la langue vernaculaire à l’exception du canon et à célébrer face à l’assemblée, la liturgie étant désormais la chose du peuple. Dans un tel contexte, la visite du pape à une simple paroisse, avec célébration face au peuple et en italien, ne pouvait se comprendre que comme le couronnement de ce vaste effort de « mise en œuvre du concile ».

 

En dehors d’Italie, ce premier dimanche de Carême 1965, quoique marquant comme partout l’entrée en vigueur des premières réformes issues de la constitution conciliaire (il y en eut encore plusieurs autres), n’eut pas le même caractère emphatique. Par exemple, la Documentation catholique se contente d’un cliché de cette messe papale en couverture de son n°1445 (4 avril 1965), sans aucun article à ce sujet en pages intérieures. Cette photographie, que nous reproduisons ici, montre une estrade de bois à trois degrés, sur laquelle est posé un grand autel-table également en bois, recouvert d’une seule nappe. Sur cet autel sont disposés de façon symétrique un petit crucifix et des chandeliers bas et, entre l’autel et la foule, deux lutrins. Autour de l’estrade, des clercs mais aussi des laïcs, hommes et femmes.

 

Il est dommage que cet événement ait suscité si peu d’intérêt hors d’Italie et que si peu de photographies en aient été publiées. Pour véritablement comprendre la disposition générale des lieux, il faut consulter l’album de la paroisse, ce qui est possible lors d’un voyage à Rome. Sur ces clichés paroissiaux, on voit que l’autel majeur et son tabernacle avaient été masqués par une grande draperie, qui servait de toile de fond au nouvel agencement. Sur cette draperie, un crucifix monumental. L’autel-table sur son estrade de bois avait été installé devant le banc de communion en pierre, c’est-à-dire à l’extérieur du sanctuaire. Comme aucun banc de communion mobile n’avait été installé devant ce nouvel autel, il n’y avait plus aucune clôture entre ce dernier et la nef. Ces caractéristiques seront plus faciles à constater dans quelques mois, puisque la paroisse d’Ognissanti prépare depuis 2012 un grand événement pour célébrer, le 7 mars 2015, le 50e anniversaire de cette journée historique, avec colloque et publication d’un livre reprenant une grande partie des centaines de photographies prises ce jour-là.

 

En attendant mars 2015, il est possible de se faire une idée plus précise de la situation en consultant à la paroisse la conférence donnée par dom Ildebrando Scicolone, OSB, le 7 mars 2014 et de rencontrer des paroissiens de longue date qui ont assisté à la messe historique de Paul VI. Ainsi, on apprend que cette église de Tous les saints ne possédait pas d’autel face au peuple avant la visite du pape ; seul existait l’autel majeur, doté d’un tabernacle qui était, dès l’origine, surmonté par une immense statue du Sacré Cœur, ce qui empêchait toute célébration face au peuple. L’autel-table en bois utilisé le 7 mars 1965 fut apporté par les services du Vatican et le passage du pape marqua bien un tournant, puisque, à partir de cette date, les cérémonies paroissiales se célébrèrent en italien, face au peuple, sur cet autel mobile placé en dehors du sanctuaire, sans barrière avec la nef. En d’autres termes, en venant célébrer personnellement ce 7 mars 1965, Paul VI avait tracé la voie. Comme le dit le feuillet explicatif « La chiesa di Ognissanti a Roma » disponible dans l’église, une dizaine d’années plus tard, le sanctuaire subit un réaménagement définitif, visant à pérenniser la nouvelle disposition : « l’autel précédent a été remplacé par un nouveau, inspiré par la réforme conciliaire : un monobloc de marbre gris, original et simple ».

 

Nous nous sommes intéressés à la question de l’orientation, puisque Paul VI avait célébré « face au peuple ». Dès l’Antiquité, les églises furent orientées au sens original du terme, c’est-à-dire tournées vers l’Orient. Le sens traditionnel de la célébration liturgique n’est donc pas « dos au peuple » mais « ad Orientem », c’est-à-dire vers le lieu où se lève le soleil, symbole du Christ ressuscité [4]. Or, dans certaines basiliques romaines, dites « constantiniennes », le prêtre célèbre depuis des temps immémoriaux face au peuple. En réalité, ces églises sont occidentées, c’est-à-dire tournées vers l’Ouest (ou à peu près), si bien que, pour célébrer vers l’Orient, le prêtre célèbre depuis toujours vers les portes d’entrée. Comme l’église d’Ognissanti est tournée vers le Sud-Ouest, ne pouvait-on pas dire que Paul VI, en célébrant vers le peuple, avait en fait célébré grosso modo « ad Orientem »? Après examen, aucun élément dans les documents que la paroisse a conservés ni dans les conférences qu’elle a organisées pour célébrer le souvenir de cette messe n’invoque le sens de la célébration choisi comme étant « ad Orientem ». Par ailleurs, Paul VI lui-même n’en a fait aucune mention. Son intention était donc bien de célébrer vers le peuple. De fait, à l’audience générale du 17 mars, il exprima l’idée que la prière liturgique est adressée au peuple, puisqu’il se félicita que, grâce à l’aggiornamento liturgique, « le prêtre parle enfin aux fidèles » [5].

Une application authentique de Vatican II

Que Paul VI ait voulu montrer solennellement comment interpréter Sacrosanctum Concilium, la constitution de Vatican II sur la liturgie, cela fait peu de doute. Pourquoi, sinon, aurait-il pris cette initiative de venir célébrer dans une simple paroisse dès le premier jour de l’application du premier train de réformes liturgiques issues de ce concile ? En d’autres termes, en agissant ainsi, et dans le contexte de préparation effectuée dans les diocèses et les paroisses d’Italie pour « expliquer » les nouvelles normes liturgiques, Paul VI a voulu aller lui-même sur le terrain pour donner une illustration concrète. Qui plus est, son homélie à cette messe, l’allocution qu’il prononça au Vatican pour l’Angélus de ce même dimanche et son discours à l’audience générale de 10 jours plus tard sont tous trois des explications de cette messe et entièrement consacrés à exposer le sens des réformes liturgiques demandées par le concile.

 

La paroisse garde le souvenir de cet événement historique : une plaque dans l’église porte le texte suivant : « […] Le 7 mars 1965, Sa Sainteté Paul VI, inaugurant la réforme liturgique décrétée par le concile œcuménique Vatican II, a daigné célébrer en ce temple la première messe en langue italienne, au milieu de l’émotion et de l’allégresse de tout un peuple à jamais fidèle et reconnaissant ». L’intention est claire : il s’agit de souligner combien cette messe représentait l’application authentique du concile.

II. « La bonne interprétation du concile »

Dans cette messe du premier dimanche de carême 1965, le pape Paul VI a associé la célébration face au peuple et un usage très large de la langue vernaculaire. On peut y voir l’idée que la liturgie dans la langue de l’assemblée s’adresse à l’assemblée. Non seulement nous avons vu que le pape, 10 jours plus tard, se félicitait que désormais « le prêtre parle enfin aux fidèles », mais la messe à Ognissanti fut marquée par l’abandon volontaire du sanctuaire. En effet, la célébration dans la langue du peuple implique une orientation psychologique vers le peuple, elle pousse à la suppression de la clôture entre celui-ci et le célébrant, entre le clergé et le laïcat, entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun. Ces nouveautés mises en œuvre par Paul VI étaient donc d’une portée théologique profonde.

Une loi est plus qu’un texte de loi

Revenons-en à la question : la célébration versus populum correspond-elle à ce qu’a demandé Vatican II ? Il est vrai que l’article 91 d’Inter Œcumenici (instruction, rappelons-le, de mise en application de la constitution conciliaire sur la liturgie) recommandait simplement de détacher les autels du mur de l’abside pour permettre de célébrer face au peuple. Le concile Vatican II lui-même ne dit donc rien au sujet de la célébration face au peuple et sa première instruction d’application, pour permettre ce type de célébration, fait une simple recommandation à ce sujet. Voilà pour ce qui est des textes, mais chacun sait qu’une loi ne se comprend pas seulement par sa lettre mais aussi par son esprit et par la façon dont elle est appliquée par l’autorité compétente. Il faut ici entendre « loi » au sens le plus large, c’est-à-dire une référence, une règle, quelle qu’elle soit. En ce sens, la liturgie est la loi de la prière et les doctrines fixées par le magistère sont la loi de la foi. Nous reviendrons plus loin sur l’esprit, c’est-à-dire les intentions, des pères conciliaires qui ont voté la constitution Sacrosanctum Concilium. Pour ce qui est de l’interprétation de cette loi liturgique, qui est le mieux placé pour interpréter une loi sinon le législateur ? Or, si des pères conciliaires sont incontestablement des législateurs dans l’Église, le législateur suprême est le pape, et les documents votés par un concile œcuménique (c’est-à-dire universel) n’ont force de loi que s’ils sont promulgués par le pape. Paul VI, en union avec les Pères conciliaires, a promulgué la constitution sur la liturgie le 4 décembre 1963. Alors que ce document ne souffle mot de la célébration liturgique face au peuple, à peine un an plus tard Paul VI l’a mis en œuvre comme impliquant une telle orientation versus populum. À partir de là, quels que soient les textes et quelles qu’aient été les intentions des Pères conciliaires, il n’est plus possible de dire que le concile Vatican II (qui n’était pas encore achevé) n’a pas demandé de célébrer face au peuple. Le 7 mars 1965, en appliquant la constitution liturgique du concile de cette manière, Paul VI l’a interprétée comme demandant de célébrer face au peuple, en langue moderne et sans clôture de sanctuaire. Certains champions de la modération de principe refusent de voir ces faits, alors qu’en droit civil tout le monde fait preuve de plus de bon sens et admet qu’une loi ne se limite pas à un texte de loi, et que la façon dont un juge applique une loi exprime l’interprétation qu’il en a.

 

Venons-en à la langue latine. Les tenants d’un « Vatican II modéré » font aussi remarquer que ce concile a demandé explicitement le maintien du latin comme langue liturgique dans l’Église d’Occident. Quelques mois avant de devenir pape, le cardinal Ratzinger soulignait pour la énième fois cette idée : « si l’on lit les textes conciliaires, on pourra constater avec étonnement que ni [la disparition du latin ni l’autel face au peuple] ne s’y trouvent sous cette forme » [6]. S’agissant du latin, ce n’est pas une instruction d’application mais le concile lui-même qui s’exprime : l’art. 36 de la constitution liturgique Sacrosanctum Concilium dit en effet : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». Tel est du moins le 1er paragraphe de cet article 36 car les deux paragraphes suivants affaiblissent aussitôt ce principe : § 2 : « Toutefois, […] l’usage de la langue vernaculaire peut être souvent très utile pour le peuple […] » et le § 3 laisse carrément aux évêques et aux conférences épiscopales le soin « de statuer si on emploie la langue vernaculaire et de quelle façon ». On se trouve ici face à un balancement typique des textes de Vatican II, de sorte que les progressistes s’autorisent des exceptions énoncées aux paragraphes 2 et 3 en faveur de la langue vernaculaire, tandis que les modérés invoquent le principe rappelé au début de l’article 36. De ce jeu de balançoire, il est a priori impossible de sortir. C’est pourquoi, dans ses propositions de méthodologie d’analyse de Vatican II, le professeur Pasqualucci a souligné ce phénomène et a suggéré d’examiner de près « l’usage des [propositions] adversatives » (c’est-à-dire les constructions de phrases en « mais ») [7]. Après avoir rappelé que Romano Amerio avait déjà dénoncé ce mécanisme dans Iota unum (ch. V), Paolo Pasqualucci note que « l’usage de la particule mais peut servir de facto à renier des vérités fondamentales ». On voit ce phénomène à l’œuvre précisément au sujet du latin : dans un « document approfondi » publié sous Benoît XVI par l’office des célébrations liturgiques du Souverain Pontife, on lit que « dans les dispositions normatives actuelles, la langue latine garde la première place, comme celle que l’Église préfère par principe, quoiqu’elle reconnaisse que les langues nationales peuvent être utiles aux fidèles » [8]. Ici encore, cette position est logique si l’on s’en tient aux textes, puisque les § 2 et § 3 énoncent des aménagements ou des exceptions à l’art. 36 de Sacrosanctum concilium, tandis que le § 1 énonce le principe, en faveur du latin. Des exceptions, même non exhaustives, doivent évidemment toujours conserver le principe auquel elles dérogent. Toutefois, ce texte de l’office liturgique du pape, qui date 2009, a 40 ans de retard. Dès 1969, Paul VI, commentant la dernière grande instruction d’application de la constitution conciliaire sur la liturgie, disait : « Le latin ne sera plus la langue principale de la messe » [9]. La règle était donc devenue l’exception et inversement. Avec l’interprétation en sens contraire de Benoît XVI, la même constitution censée être normative reçoit ainsi deux interprétations autorisées diamétralement opposées.

La loi interprétée par le législateur lui-même

Puisqu’une loi ne se limite pas au texte de la loi, comment comprendre une loi apparemment ouverte à des contradictions pures et simples ? Une fois encore, la meilleure façon d’interpréter une loi est de voir comment l’applique le législateur. Il s’agit d’une interprétation au sens fort, ce qu’on appelle une « interprétation authentique ». Paul VI, le premier dimanche de Carême 1965, a montré le jour même de l’entrée en vigueur de l’instruction d’application, comment appliquer et donc interpréter la constitution liturgique du concile. Mieux encore, le pape a commenté cette application : dans l’allocution d‘Angélus prononcée au Vatican sitôt après cette messe [10], il a affirmé qu’elle était contenue dans le concile : « Ce dimanche […] la langue parlée fait officiellement son entrée dans le culte liturgique. L’Église a estimé que cette mesure était juste, le concile l’a suggérée et décidée ». Mais le concile avait-il « décidé » cette disposition comme obligatoire ou seulement comme permise ? Le Souverain Pontife poursuit : « Le bien du peuple exige cette attention » (c’est nous qui soulignons). Si l’on résume, l’emploi de la langue vernaculaire a été décidé par le concile comme nécessaire. Quoi qu’en disent les partisans du « concile modéré », telle est l’interprétation donnée par l’autorité suprême chargée de mettre en œuvre ce même concile. Mais Paul VI va encore plus loin : s’agit-il d’introduire – fût-ce comme une nécessité imposée par un concile œcuménique – un usage des langues vernaculaires dans la liturgie aux côtés du latin ? Non, il s’agit de remplacer le latin, comme le montre la suite du même discours : « C’est un sacrifice que l’Église a fait de sa langue propre, le latin, langue sacrée, profonde, belle, extrêmement expressive et élégante. Elle a sacrifié des siècles de tradition ». Après de telles paroles, qui osera prétendre que le Souverain Pontife envisageait le maintien du latin dans la liturgie ? Certes, il aurait été mieux inspiré d’user autrement du terme de « sacrifice » à propos de la messe, mais chacun sait que sacrifier implique de tuer, de détruire. Paul VI a donc proclamé, le 7 mars 1965, la destruction du latin comme langue liturgique, ce avec l’autorité du législateur suprême interprétant le concile Vatican II.

Si la règle est un abus, commettre des abus devient la règle

Si certains veulent continuer à qualifier d’abus la célébration face au peuple et en langue vernaculaire, il faut alors considérer que l’abus est le concile Vatican II lui-même, puisque, par la voix de son interprète suprême, l’Église nous apprend que ces deux dispositions font partie de ce concile. Il est possible que l’intention des Pères conciliaires ait été à l’opposé de cette interprétation. C’est ce qu’affirmait par exemple le cardinal Stickler, qui connaissait bien la question pour avoir été expert à la commission liturgique conciliaire [11]. C’est aussi ce que laisse entendre Rama Coomaraswamy, qui rappelle une réflexion rétrospective de Mgr Dwyer, archevêque de Portland et père conciliaire. Cité par Coomaraswamy, Mgr Dwyer dit ceci : « Qui aurait songé ce jour-là [le jour du vote de Sacrosanctum Concilium] que, quelques années plus tard, moins de dix ans plus tard, la tradition du latin dans l’Église serait pratiquement évacuée et réduite à un vague souvenir lointain ? Nous [pères conciliaires] aurions été horrifiés à cette idée mais elle semblait si impossible qu’elle en paraissait ridicule » [12]. Une chose frappe quand on examine de près les documents successifs de l’aggiornamento liturgique : la ténacité avec laquelle les novateurs ont poussé leurs projets en avant, en dépit des revers. Ainsi, les propositions de la commission liturgique préparatoire au concile comportaient de nombreuses « avancées » [13]. Au concile, de nombreux évêques étaient moins progressistes et ont réduit ces ouvertures ; on en est ainsi arrivé à une constitution conciliaire, Sacrosanctum Concilium, qui est en retrait par rapport aux souhaits des liturgistes de la commission préparatoire anté-conciliaire. Ensuite, nouveau retournement de situation pendant le concile, dans le conseil d’application de la constitution conciliaire Paul VI a remis en poste Mgr Bugnini, qui, sur opposition de Jean XXIII – conservateur en matière de latin et de culte – n’était pas devenu secrétaire de la commission conciliaire de liturgie. Par ailleurs, Paul VI lui-même appliqua la constitution liturgique conciliaire dans un sens souvent maximaliste, comme nous l’avons vu ci-dessus. En tant que pasteur suprême, il a donné l’interprétation la plus autorisée de la loi conciliaire en matière de liturgie. Sa messe du 7 mars 1965 à la paroisse d’Ognissanti est ce qu’on appelle une « interprétation authentique » du concile Vatican II.

Des non-règles en forme de règles

Une objection se manifeste toutefois : peut-on parler de loi (liturgique) quand des pères conciliaires croient voter en un sens et adoptent une constitution que le pape interprète en sens inverse ? Pour qu’il y ait loi, il faut qu’il y ait une norme définie, ce qui n’est évidemment pas le cas lorsqu’il y a contradiction. Plus encore, Benoît XVI a interprété certains points de l’aggiornamento liturgique en sens inverse de Paul VI. Devenu pape, Joseph Ratzinger a confirmé certaines de ses interprétations de la constitution liturgique du concile qui sont incompatibles avec celles de Paul VI. Limitons-nous à deux points. Le 13 janvier 2008, quand il a célébré la messe du baptême du Christ à la chapelle Sixtine, il l’a fait ad Orientem (« dos au peuple ») et une note de l’office des célébrations liturgiques du Souverain Pontife a précisé qu’il s’agissait de « retrouver une manière de célébrer qui ne met nullement en cause les enseignements ni les indications du concile Vatican II » [14]. Cette affirmation est en pleine contradiction avec les actes et paroles de Paul VI que nous avons analysés plus haut. Nous avons ainsi deux législateurs ayant la même autorité, qui donnent deux interprétations inconciliables de la même loi. Sur un plan beaucoup plus général, Benoît XVI a donné ex professo sa règle d’interprétation de l’ensemble du concile Vatican II quand, dans son célèbre discours à la curie romaine du 22 décembre 2005, il a affirmé que, en cas de doute, il faut interpréter ce concile dans le sens de la tradition antérieure, puisqu’il est impossible qu’il y ait contradiction entre ce concile et les enseignements précédents. Comme nous venons de le voir, cette affirmation est mise à mal par les actes et paroles de Paul VI les 7 et 17 mars 1965, puisque Paul VI a appliqué – donc interprété – Vatican II comme en rupture avec la tradition sur plusieurs points, notamment : l’orientation de la célébration vers Dieu ou vers l’assemblée, la langue liturgique vernaculaire ou latine et l’absence ou la présence de clôture de sanctuaire, c’est-à-dire la différence ou la confusion entre le sacerdoce ministériel du prêtre et le sacerdoce commun des fidèles.

 

Cette situation de contradiction entre Paul VI et Benoît XVI pose des problèmes très profonds car peut-on encore parler de loi quand la volonté du législateur n’est pas claire ? Une loi doit avoir un objet bien défini, ce qui n’est pas le cas quand elle est interprétée avec le même degré d’autorité en deux sens diamétralement opposés. Une telle situation s’apparente à de l’anomie, c’est-à-dire à l’absence de loi.

Une règle insaisissable

En vertu du lien entre loi liturgique et loi théologique (lex orandi, lex credendi), cette évanescence de la loi se manifeste dans Vatican II sur le plan liturgique aussi bien que théologique : en refusant d’user du magistère suprême (définir des dogmes et énoncer des anathèmes), le concile Vatican II a renoncé à exercer la fonction propre d’un concile œcuménique : lier les consciences en usant de l’autorité suprême au nom du Christ. Est ainsi tombée la clef de voûte de la fonction d’enseignement de l’Église et il n’est pas surprenant qu’on en trouve une trace dans le flou d’une législation liturgique que deux papes interprètent en sens opposés et inconciliables. À vrai dire, toujours dans le domaine liturgique, Benoît XVI a involontairement mis en évidence cette évanescence de la loi dans la période postconciliaire : dans son motu proprio Summorum Pontificum, il constate, avec toute l’autorité du Souverain Pontife agissant de sa propre initiative, que la messe romaine traditionnelle d’avant l’aggiornamento de Paul VI n’a « jamais été abrogée » (« numquam abrogatam »). En d’autres termes, elle est toujours en vigueur. Pourtant, la messe de Paul VI est aussi en vigueur. On se trouve ainsi dans une situation où deux formes successives du même rit (dans ce même motu proprio, Benoît XVI souligne que les missels de 1962 et de 1970 sont « deux formes du même rit romain ») sont en vigueur simultanément. Lors de nombreuses réformes qui ont émaillé l’histoire de l’Église, quand un livre liturgique était modifié, la promulgation de la nouvelle édition abolissait par le fait même l’édition précédente (on appelle cela « abroger »). Et la coexistence avec le rit romain de rits comme celui de Lyon, de Milan ou des dominicains, des chartreux etc. ne résout pas la question parce que ces rits s’adressent à des clercs et des fidèles de régions bien définies (Lyon, Milan, Brague…) ou appartenant canoniquement à des rits différents (dominicains, chartreux…). Dans le cas du motu proprio Summorum Pontificum, on assiste pour la première fois à la coexistence de deux « formes » différentes d’un même rit s’adressant au même moment aux même baptisés, les baptisés de rit romain, ces deux « formes » étant au choix. Or la liturgie – et le cardinal Ratzinger lui-même l’a rappelé maintes fois – n’est justement pas une chose que l’on choisit mais que l’on reçoit. La conclusion paraît inévitable : par le motu proprio du 7 juillet 2007, Benoît XVI a reconnu avec l’autorité du Souverain Pontife que l’Église latine n’a plus véritablement de loi (règle) en matière liturgique. Au collapsus de la loi théologique provoquée par un concile œcuménique qui a refusé de dogmatiser correspond ainsi le collapsus de la loi liturgique : l’Église latine se trouve actuellement en état d’anomie liturgique.

 

On touche ainsi du doigt les conséquences ultimes de la discussion sur « la bonne interprétation du concile ». Notre question de départ était : la célébration face au peuple en langue vernaculaire fait-elle partie de Vatican II et est-elle obligatoire ? Ni l’un ni l’autre, puisque deux papes en jugent en des sens inconciliables. Le problème se situe dans Vatican II lui-même, qui a retiré la clef de voûte de tout l’édifice magistériel (c’est-à-dire d’enseignement) en refusant d’user de sa fonction dogmatique.

La règle consiste à dépasser en permanence la règle

La situation créée par Vatican II va même encore plus loin, comme le montrera le fait suivant. Au cours de cette messe du 7 mars 1965, Paul VI a distribué la communion aux fidèles non agenouillés mais debout. À l’audience générale 10 jours plus tard (17 mars 1965), il allait jusqu’à se moquer des catholiques qui se plaignaient de cette pratique, qui commençait alors à se répandre. Or la communion debout n’a été autorisée qu’en 1967 ! Paul VI tourne donc en dérision (le ton de ce discours est ironique) ceux qui réclament le respect des normes liturgiques en vigueur. Pire, d’après lui ces plaintes « révèlent un sens superficiel des rites religieux » (sic). Seule conclusion possible de ces propos du pape : un vrai sens de la liturgie exige de violer la loi liturgique. Ainsi, la règle n’est plus seulement une non-règle en forme de règle, la règle consiste à violer la règle pour aller toujours plus loin. Paul VI confirme ici en plein les reproches souvent adressés à Vatican II d’être un système de dépassement dialectique permanent. Toutefois, comme aucune société ne peut fonctionner selon le principe que la loi consisterait à dépasser en permanence la loi, on en vient, une fois de plus, à constater qu’il s’agit d’un modèle où la loi est indéterminée.

 

L’injonction répétée comme un refrain « Obéissez au concile » est donc fondamentalement dépourvue de sens, puisqu’on n’obéit pas à une non-loi. Comme l’a expliqué l’abbé Pagliarani au congrès de Si Si No No de 2010, en l’absence d’enseignement clair il reste à se référer à l’enseignement précédent.


1 Située au n° 244 de la Via Appia Nuova, cette paroisse de Tous les Saints (ognissanti.org), créée sur l’ordre de saint Pie X par saint Louis Orione (santo.donorione.org), fondateur de la Petite Œuvre de la divine Providence (donorione.org), fut érigée canoniquement par Benoît XV (1919).

 

2 Cette filiation spirituelle va si loin que Mgr Brandolini porte, avec émotion et fierté, l’anneau pastoral et la croix pectorale de Mgr Bugnini. Il possède aussi sa crosse.

 

3 Cet article de Vita pastorale est accessible à l’adresse suivante :vitapastorale.it

 

4 Cette question a été abordée par de nombreux liturgistes, notamment Mgr Klaus Gamber et, plus récemment et en faisant la synthèse de presque toutes les études antérieures, par le P. Uwe-Michael Lang, préfacé par le cardinal Ratzinger : Conversi ad Dominum, Essai sur l’orientation de la prière liturgique, Éd. Ad Solem, Genève 2006, traduit par P. Lane.

 

5 Texte de l’allocution de l’audience accessible sur : vatican.va

6 Versus Deum per Iesum Christum, in 30 Giorni, 2004/3

 

7 La religion de Vatican II, Éd. Cercles de tradition, Paris 2003, pp. 34-35

 

vatican.va

 

vatican.va

 

10 Texte de l’allocution de cet Angélus accessible sur : vatican.va

 

 

11 Témoignage d’un expert au Concile, APOC-CIEL, Versailles 2002, en particulier p. 19 et p. 31

 

12 Rama Coomaraswamy, The problems with the New Mass, p. 26, note 14

 

13 Un ouvrage quasi exhaustif de recension du travail de la commission préconciliaire de liturgie vient de paraître : Angelo Lameri, La ‘Pontificia commissio de sacra liturgia praeparatoria Concilii Vaticani II’ – Documenti, testi, verbali, Edizioni Liturgiche, Centro liturgico vincenziano, Rome 2014.

 

 

7 mars 2015

[Riposte Catholique] Interprétation de Vatican II: l’herméneutique de la dialectique permanente?

SOURCE – Riposte Catholique – 21 mars 2015


Dans son récent article sur ce qu’il est convenu d’appeler « la messe du 7 mars 1965″, l’abbé Claude Barthe mentionnait plusieurs points qui ont rythmé la destruction graduelle de la liturgie entre 1964 et 1968. Parmi ceux-ci, « la communion reçue de plus en plus généralement debout ».

Ce point est à mettre tout particulièrement en exergue parce que la réception de la communion debout (dans l’Église d’Occident) n’a été autorisée qu’en 1967 (instruction « Eucharisticum Mysterium », n° 34). Or, le 7 mars 1965, à sa messe à la paroisse de Tous les Saints (Ognissanti), Paul VI avait distribué la communion aux fidèles debout (voir photo [ci-contre]).

 

Il ne s’agissait pas d’un « accident »:

  1. Le sanctuaire avait été aboli, puisque l’autel sur lequel le pape a célébré face au peuple avait été placé en dehors du sanctuaire existant, c’est-à-dire devant le banc de communion, et aucun banc de communion mobile n’avait été installé. Il était donc clair dès le départ qu’il serait impossible de donner la communion à genoux.
  2. La distribution de la communion par le pape avait été longuement préparée, puisque, jusque-là, lors des messes papales, le Souverain Pontife ne donnait jamais la communion aux fidèles. En février et mars 1965, il avait fallu de houleuses discussions entre pas moins de trois dicastères romains pour trancher la question de savoir si le Pape pouvait donner la communion à de simples fidèles. Rien n’avait donc été laissé à l’improvisation.
  3. Paul VI a publiquement ridiculisé, dix jours plus tard, ceux qui protestaient contre le non-agenouillement à la communion. À l’audience générale du mercredi 17 mars 1965, il se moquait comme suit des réticences à l’aggiornamento liturgique: « Auparavant, on était tranquille, chacun pouvait prier comme il voulait, le déroulement du rite était parfaitement connu; aujourd’hui tout est nouveau, tout a changé (…) Auparavant, on pouvait somnoler, voire papoter; maintenant c’est fini, il faut écouter et prier (…). On a même supprimé la clochette au Sanctus! Et puis ces prières qu’on ne sait pas où trouver, et la communion reçue debout… ». Dans ce même discours, Paul VI rejetait dédaigneusement de telles critiques en ces termes: « Nous ne ferons pas la critique de ces observations parce qu’il faudrait démontrer combien elles révèlent une compréhension superficielle du sens des rites religieux ».

Or, comme la communion à genoux est restée obligatoire jusqu’en 1967, ce que Paul VI tournait en ridicule en mars 1965 étaient tout simplement les règles liturgiques en vigueur! Pire encore, il qualifiait leur attachement de « révélateur d’un sens superficiel » de la liturgie. Comment nous convaincre ensuite que, quand le curé de la paroisse du coin viole les règles liturgiques et les tourne en ridicule, il est coupable de désobéissance? En réalité, il suit l’exemple donné par Paul VI (et ce dès avant la fin du concile).Plus encore, violer et dépasser en permanence la norme parce qu’elle ne va jamais assez loin dans la subversion devient d’après Paul VI une clef d’interprétation de Vatican II. En effet, toute cette audience générale du 17 mars 1965 était placée sous le signe de l’application et de l’interprétation de Vatican II, puisque Paul VI l’a ouverte en ces termes: « Chers fils et filles, dans une audience comme celle-ci, notre conversation familière ne peut manquer de revenir sur la question du jour: l’application de la réforme liturgique à la célébration de la sainte messe».

 

Ce sont donc bien, en vertu de l’enseignement papal, une juste conception du sens de la liturgie et une bonne interprétation de Vatican II qui demandent de tourner en ridicule les règles liturgiques en vigueur et de les transgresser. En d’autres termes, avec Vatican II la règle consiste désormais à violer la règle. C’est Paul VI qui l’a enseigné comme juste compréhension du concile. À ce stade-là, ce n’est plus l’herméneutique de la rupture, ça devient l’herméneutique de la dialectique permanente. Cette herméneutique enseignée par le pape, interprète suprême d’un concile oecuménique, a d’autant plus de poids en l’occurrence qu’il s’agit du pape qui a dirigé le concile en question et qui l’a appliqué et expliqué de cette manière avant même la clôture de ce concile. Étant donné tout cela, que 50 ans plus tard l’ »herméneutique de la continuité » ait du mal à convaincre, voilà qui ne devrait étonner personne.

———-

N.B.: nous conseillons à nos lecteurs de lire l’analyse fouillée fournie à ce sujet, l’année dernière déjà, par Alain de Beaugrain et l’abbé Benoît Wailliez.

 

7 mars 1965 : il y a 50 ans, début de la réforme liturgique

7 MARS 2015 / 11 COMMENTAIRES / 2484 VUES

En ce jour anniversaire, l’abbé Claude Barthe nous a adressé un article très intéressant sur le début de la réforme liturgique et sur le début, aussi, de la contestation de cette réforme…

Ce 7 mars 2015, à 18 h, le Pape François célèbre une messe dans l’église de Tous les Saints, sur la via Appia Nuova, à Rome, en souvenir de celle qu’avait célébrée en la même église, Paul VI, le 7 mars 1965.

Le Concile n’était pas encore achevé, mais la réforme liturgique qu’il avait décidée était lancée. Le 25 janvier 1964, Paul VI avait institué un Consilium, une Commission pour l’Application de la constitution sur la liturgie, d’une ampleur démesurée : 250 experts, sans compter les cardinaux et les évêques. À partir de la session d’octobre 1966, cinq, puis six observateurs protestants assistèrent aux assemblées de ce Consilium. Paul VI lui avait donné pour président le très progressiste cardinal Giacomo Lercaro, archevêque de Bologne. Le secrétaire en était le lazariste Annibale Bugnini.

Dès lors, de 1964 à 1968, se déroula une première période de réforme, période de transition, comme le notait un article de Riposte catholiquequi sera suivie, à partir de la publication de trois nouvelles prières eucharistiques et de huit nouvelles préfaces, le 23 mai 1968, de la phase de promulgation définitive de la nouvelle liturgie conciliaire. Cette deuxième période durera jusqu’en 1984, date de l’édition typique du nouveau Cérémonial des évêques.

De 1964 à 1968 le Consilium édicta d’incessantes modifications, avec le relais des conférences épiscopales, donnant l’habitude de transformations permanentes. Les fidèles notaient surtout que la messe était désormais, la plupart du temps, face au peuple et que le latin avait disparu, « comme chez les protestants ».

Il faut d’ailleurs remarquer que les premiers changements (spécialement la concélébration) avaient été expérimentés dans l’aula conciliaire, les liturgies célébrées chaque matin à Saint-Pierre de Rome devenant un laboratoire de modernisation pour les évêques et pour l’Église entière.

Entre autres changements :

  • nouvelle formule pour donner la communion (reçue de plus en plus généralement debout) ; ● première refonte des rubriques (26 septembre 1964) : le psaume Judica me des prières au bas de l’autel est supprimé, le Pater peut être lu ou chanté par fidèles, le dernier évangile est supprimé, la messe solennelle est possible avec un diacre, le per ipsum est dit à haute voix, la célébration face au peuple devient pratiquement la norme pour les messes publiques ;
  • promulgation d’un rite de la concélébration (qui implique le canon à haute voix) et de la communion sous les deux espèces (7 mars 1965) ;
  • messe dominicale anticipée du samedi soir ;
  • emploi de langue vulgaire élargi à toute la messe, puis à l’Office divin, etc.

À « la droite du pape », les protestations s’amplifiaient, notamment à cause de l’abandon de la langue sacrée. Il faut dire que l’introduction de la langue vulgaire dans la messe avait cristallisé, dès la préparation du Concile et au cours de Vatican II, une première vague d’opposition à la réforme d’une très grande vigueur. Paul VI décida de donner de sa personne, et vint donc célébrer dans l’église de Tous les Saints le premier dimanche de Carême. Un autel, comme cela se faisait un peu partout à l’époque, avait été placé hors du sanctuaire, sur un bâti de bois. Le pape célébrait une messe lue, face au peuple.

C’est alors que se produisit la première manifestation d’opposition à la réforme liturgique. Elle fut reçue par le Pape en pleine face. Paul VI écartant les mains : Il Signore sia con voi. Au milieu de la foule, retentit la voix grave et puissante de Tito Casini, un romancier très connu en Italie : Et cum spiritu tuo. Troubles dans l’assistance, dont une partie se mit à suivre cet “animateur” inséré dans la foule. La manifestation se poursuivit ainsi durant toute la messe : In alto i nostri cuori, disait le Pape ; Habemus ad Dominum, tonnait Casini. On était en Italie, et il s’agissait du Pape !

Comme un mémorial de l’événement constitué par cette « messe de Paul VI », un livre de Tito Casini deviendra le premier manifeste de résistance, jusqu’à la parution, deux ans plus tard, du Bref examen critique du Nouvel Ordo Missae, signé par les cardinaux Ottaviani et Bacci, et présenté au Pape le 21 octobre 1969. Le livre de Casini, paru à Florence en 1967, s’intitulait : La tunica stracciata, allusion à la Tunique sans couture du Christ, livre que Les Nouvelles Editions latines publièrent en France un an plus tard, avec une préface du cardinal Bacci : La tunique déchirée.

 

Conclusion .  Ces critiques sont impressionnantes. Il est difficile de ne pas donner son accord.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revue-Item.com

 

 

partager cette page

bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark bookmark