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Le feu à la cathédrale de Nantes

publié dans regards sur le monde le 20 juillet 2020


La cathédrale de Nantes aurait pu partir en fumée. Grâce à l’intervention des sapeurs-pompiers, l’incendie a été vite circonscrit. Un orgue quatre fois centenaire est cependant parti en fumée.

Mais l’avocat qui a été chargé de défendre le suspect du moment – un réfugié rwandais qui travaillait bénévolement pour la paroisse de la cathédrale – relativise le drame, comme le rapporte Presse-Océan : « L’épreuve réelle de perdre des éléments matériels importants et l’intervention symbolique du politique ne doivent pas nous empêcher de relativiser et de constater que nulle vie humaine n’a été atteinte ni même touchée physiquement. » Bref, il n’y a pas eu mort d’homme.

Bien sûr, on peut se poser cette question : est-ce que tous les trésors du monde valent une seule vie d’homme ? Lorsque les militaires de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris sont montés sur Notre-Dame en flammes, ils ne se sont pas posé cette question hautement philosophique ; ils y sont allés. Pas seulement pour empêcher que l’incendie ne s’étende aux habitations voisines et ne menace des vies humaines, mais pour essayer de sauver ce qui pouvait être sauvé alors que personne n’était en danger dans le sanctuaire.

« Il est important de faire la part des choses », a donc déclaré l’avocat commis d’office, dans ce qui s’apparente à une ébauche de plaidoirie. Faire la part des choses, relativiser. Il est vrai que nous sommes dans un siècle de relativisme. Foutre le feu à une cathédrale ou à une poubelle, c’est un peu du pareil au même. Alors, faisons la part des choses !

Au plan factuel et même juridique, d’abord, l’argument est tout de même un peu court. Personne n’a perdu la vie ou n’a été blessé, mais la notion de mise en danger de la vie d’autrui n’est pas faite pour les chiens, nous semble-t-il. En mettant le feu à un édifice – l’hypothèse de l’accident semblant pour l’instant avoir été exclue -, l’auteur a pris le risque de mettre en danger des personnes qui auraient pu rester dans le bâtiment après sa fermeture et, évidemment, les soldats du feu. Mais peut-être faut-il relativiser, là aussi : après tout, les pompiers sont payés pour prendre des risques : « Sauver ou périr », telle est leur devise…

Ensuite, peut-on réduire, non seulement en cendres, mais aussi à de seuls « éléments matériels importants », selon les propos de l’avocat, cet orgue vieux de 401 ans qui avait déjà failli disparaître en 1972 lors d’un précédent incendie ? L’organiste titulaire, Marie-Thérèse Jéhan, déclarait, samedi, au Figaro, avoir été « touchée en plein cœur ». On pleure volontiers sur la forêt amazonienne, qui serait le poumon de l’humanité, lorsqu’elle prend feu. Ne peut-on pas aussi pleurer en voyant la forêt des 5.500 tuyaux de zinc de ce monument fondre en quelques minutes ?

L’orgue n’est peut-être pas le poumon de l’humanité, mais il est sans doute l’âme de notre civilisation européenne et chrétienne. On ne joue pas Bach, Buxtehude ou Couperin en tapant sur des bambous. Cela dit, il paraît qu’il faut relativiser.

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