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Le Pape François en Suède, en la cathédrale de Lund

publié dans magistère du pape François le 3 novembre 2016


 

La repentance du pape François dans la cathédrale luthérienne de Lund

(suivie du commentaire de Roberto de Mattéi de « Correspondance européenne »)

 

Intégralité de l’homélie :

« « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4). Ces paroles, prononcées par Jésus dans le contexte de la dernière Cène, nous permettent de nous approcher du cœur du Christ peu avant qu’il ne se livre définitivement sur la croix. Nous pouvons sentir les battements [de cœur] de son amour pour nous et son désir d’unité pour tous ceux qui croient en lui. Il nous dit qu’il est la vraie vigne et nous, les sarments ; et que, comme lui est uni au Père, de même nous devons être unis à lui, si nous voulons porter du fruit.

Dans cette rencontre de prière, ici à Lund, nous voulons manifester notre désir commun de rester unis à lui pour avoir la vie. Nous lui demandons : ‘‘Seigneur, aide-nous par ta grâce à être plus unis à toi pour porter ensemble un témoignage plus efficace de foi, d’espérance et de charité’’. C’est également un moment pour remercier Dieu de l’effort de tant de nos frères, de différentes communautés ecclésiales, qui ne se sont pas résignés à la division, mais ont maintenu vivante l’espérance de la réconciliation de tous ceux qui croient dans l’unique Seigneur.

Catholiques et Luthériens, nous avons commencé à marcher ensemble sur un chemin de réconciliation. À présent, dans le contexte de la commémoration commune de la Réforme de 1517, nous avons une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun, qui durant les cinq dernières années a progressivement pris forme dans le dialogue œcuménique entre la Fédération Luthérienne Mondiale et l’Église catholique. Nous ne pouvons pas nous résigner à la division et à l’éloignement que la séparation a provoquée entre nous. Nous avons l’occasion de réparer un moment crucial de notre histoire, en surmontant les controverses et les malentendus qui souvent nous ont empêchés de nous comprendre les uns les autres.

Jésus nous dit que le Père est le vigneron (cf. v. 1), qu’il prend soin du sarment et le taille pour qu’il porte plus de fruit (cf. v. 2). Le Père se soucie constamment de notre relation avec Jésus, pour voir si nous sommes vraiment unis à lui (cf. v. 4). Il nous regarde, et son regard d’amour nous encourage à purifier notre passé et à travailler dans le présent pour faire de cet avenir d’unité que nous désirons une réalité.

Nous aussi, nous devons regarder avec amour et honnêteté notre passé et reconnaître notre faute et demander pardon, Dieu seul est juge. On doit reconnaître avec la même honnêteté et le même amour que notre division s’éloignait de l’intuition originelle du peuple de Dieu, qui désire être uni, et que notre division a été historiquement perpétuée plus par des hommes de pouvoir de ce monde que par la volonté du peuple fidèle, qui toujours et en tout lieu a besoin d’être guidé avec assurance et tendresse par son Bon Pasteur. Toutefois, il y avait une volonté sincère des deux côtés de professer et de défendre la vraie foi, mais aussi nous sommes conscients que nous avons enfermé en nous-mêmes, par crainte et à cause de préjugés, la foi que les autres professent avec un accent et un langage différents. Le Pape Jean-Paul II disait : « Nous ne pouvons pas nous laisser guider par le désir de nous ériger en juges de l’histoire, mais uniquement par le désir de comprendre mieux les événements et de parvenir à être des porteurs de la vérité » (Message au Cardinal Johannes Willebrands, Président du Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens, 31 octobre 1983). Dieu est le vigneron, qui avec un amour immense prend soin de la vigne et la protège ; laissons-nous émouvoir par le regard de Dieu ; la seule chose qu’il souhaite, c’est que nous demeurions comme des sarments vivants unis à son Fils Jésus. Par ce nouveau regard sur le passé, nous ne prétendons pas réaliser une correction impossible de ce qui s’est passé mais « raconter cette histoire  d’une manière différente » (Commission Luthérienne-Catholique Romaine sur l’unité, Du conflit à la communion, 17 juin 2013, n. 16).

Jésus nous rappelle : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (v. 5). Il est celui qui nous soutient et nous encourage à chercher les moyens pour que l’unité soit une réalité toujours plus évidente. Sans doute, la séparation a été une source immense de souffrance et d’incompréhensions ; mais elle nous a également conduits à prendre sincèrement conscience que sans lui nous ne pouvons rien faire, en nous donnant la possibilité de mieux comprendre certains aspects de notre foi. Avec gratitude, nous reconnaissons que la Réforme a contribué à mettre davantage au centre la Sainte Écriture dans la vie de l’Église. À travers l’écoute commune de la parole de Dieu dans les Écritures, le dialogue entre l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale, dont nous célébrons le 50èmeanniversaire, a fait des progrès importants. Demandons au Seigneur que sa Parole nous maintienne unis, car elle est source d’aliment et de vie ; sans son inspiration nous ne pouvons rien faire.

L’expérience spirituelle de Martin Luther nous interpelle et nous rappelle que  nous ne pouvons rien faire sans Dieu : ‘‘Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ?’’ C’est la question qui hantait constamment Luther. En effet, la question de la relation juste avec Dieu est la question décisive de la vie. Comme on le sait, Luther a trouvé ce Dieu miséricordieux dans la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ incarné, mort et ressuscité. Par le concept ‘‘uniquement par la grâce divine’’, on nous rappelle que c’est toujours Dieu qui prend l’initiative et qu’il précède toute réponse humaine, en même temps qu’il cherche à susciter cette réponse. La doctrine de la justification, par conséquent, exprime l’essence de l’existence humaine face à Dieu.

Jésus intercède pour nous comme médiateur auprès du Père et il lui demande l’unité de ses disciples « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). C’est ce qui nous réconforte et nous encourage à nous unir à Jésus pour lui demander avec insistance : ‘‘Donne-nous le don de l’unité pour que le monde croie dans le pouvoir de ta miséricorde’’. C’est le témoignage que le monde attend de nous. Nous les chrétiens, nous serons un témoignage crédible de la miséricorde dans la mesure où le pardon, la rénovation et la réconciliation sont une expérience quotidienne au milieu de nous. Ensemble, nous pouvons annoncer et manifester de manière concrète et avec joie la miséricorde de Dieu, en défendant et en servant la dignité de chaque personne. Sans ce service au monde et dans le monde, la foi chrétienne est incomplète.

Luthériens et Catholiques, nous prions ensemble dans cette Cathédrale et nous sommes conscients qu’en dehors de Dieu nous ne pouvons rien faire ; nous demandons son aide pour être des membres vivants unis à lui, ayant toujours besoin de sa grâce pour pouvoir porter ensemble sa Parole au monde, qui a besoin de sa tendresse et de sa miséricorde. »

 

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Commentaire de Roberto de Mattei

Nous le disons avec une profonde douleur. Celle qui a fait surface le 31 Octobre à Lund au cours de la rencontre oecuménique entre François et les représentants de la Fédération luthérienne mondiale ressemble à une nouvelle religion. Une religion dont les points de départ sont clairs, mais dont le but est obscur et inquiétant.

Le slogan qui a le plus résonné dans la cathédrale de Lund est la nécessité d’un «chemin commun» qui amène les catholiques et les luthériens «du conflit à la communion». Le Pape François et le pasteur Martin Junge, secrétaire de la Fédération luthérienne, ont tous deux fait référence dans leurs sermons à la parabole évangélique de la vigne et des sarments (Jean, 15, 1-8). Catholiques et luthériens seraient des «branches sèches» d’un arbre qui ne porte pas de fruits à cause de la séparation de 1517. Mais personne ne sait pas ce que serait ces «fruits». Ce que les catholiques et les luthériens semblent avoir en commun pour le moment est seulement une situation de crise profonde, même si c’est pour des raisons différentes.

Le luthéranisme a été l’un des principaux facteurs de sécularisation de la société occidentale, et aujourd’hui il agonise à cause de la constance avec laquelle il a développé les germes de dissolution qu’il portait en lui dès sa création. Les pays scandinaves, depuis longtemps présentés comme modèle de notre futur, ont été l’avant-garde de la laïcisation. Mais la Suède, après s’être transformée en la patrie du multiculturalisme et des droits des homosexuels, est aujourd’hui un pays où seulement 2% des luthériens sont pratiquants, alors que près de 10% de la population pratiquent la religion musulmane.

L’Eglise catholique, au contraire, est en crise d’auto-destruction, parce qu’elle a abandonné sa tradition pour embrasser le processus de sécularisation du monde moderne, précisément au moment où celui-ci se décompose. Les luthériens cherchent dans l’oecuménisme un souffle de vie, et l’Eglise catholique ne perçoit pas dans cette étreinte le souffle de la mort.

«Ce qui nous unit est beaucoup plus que ce qui nous divise», a-t-on encore dit à la cérémonie de Lund.

Mais qu’est-ce qui unit les catholiques et les luthériens? Rien, pas même le baptême, le seul des sept sacrements que les luthériens reconnaissent. Pour les catholiques, en effet, le baptême enlève le péché originel, tandis que pour les luthériens, il ne peut pas l’effacer, parce que pour eux la nature humaine est radicalement corrompue et le péché est invincible. La formule de Luther «pèche fortement, mais crois plus fortement», résume sa pensée. L’homme est incapable de bien et ne peut s’empêcher de pécher et s’en remettre aveuglément à la miséricorde divine. Dieu décide, de façon arbitraire et sans appel, ceux qui se damnent et ceux qui se sauvent. La liberté n’existe pas, seulement la prédestination rigoureuse des élus et des damnés.

La «Foi seule» s’accompagne de l’«Écriture seule».

Pour les catholiques les sources de la révélation divine sont deux: l’Ecriture Sainte et la Tradition. Les luthériens éliminent la Tradition parce qu’ils affirment que l’homme doit avoir un rapport avec Dieu direct, sans médiation. C’est le principe du «libre examen» de l’Ecriture, dont découlent l’individualisme et le relativisme contemporains. Ce principe comporte la négation du rôle de l’Eglise et du Pape, que Luther qualifiait d’«apôtre de Satan» et d’«antéchrist».

Luther a surtout haï le Pape et la Messe catholique, qu’il a voulu réduire à une pure commémoration, niant son caractère de sacrifice et la transsubstantiation du pain et du vin dans le corps et le sang de Jésus-Christ. Mais pour les catholiques, le renouvellement non sanglant du sacrifice du Christ que l’on a dans la Messe est l’unique source de la grâce divine. S’agit-il de simples incompréhensions et de malentendus?

Le Pape Bergoglio a déclaré à Lund : «Nous aussi, nous devons regarder avec amour et honnêteté notre passé et reconnaître notre faute et demander pardon». Et encore: «On doit reconnaître avec la même honnêteté et le même amour que notre division s’éloignait de l’intuition originelle du peuple de Dieu, qui désire être uni, et que notre division a été historiquement perpétuée plus par des hommes de pouvoir de ce monde que par la volonté du peuple fidèle». ui sont ces hommes de pouvoir? Les Papes et les saints qui, dès le début, ont combattu le luthéranisme? L’Eglise qui, pendant cinq siècles, l’a condamné?

Le Concile de Trente a dit une parole définitive sur l’incompatibilité entre la foi catholique et celle protestante. Nous ne pouvons pas suivre le pape François sur un chemin différent.

Pr. Roberto de Mattei

Sources : corrispondenzaromana.it/Traduction Benoit-et-moi/La Porte Latine du 03 novembre 2016

 

 

Notre dossier sur l’Eglise conciliaire et Luther

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Le scandale de la Déclaration Commune sur la Justification – 31 octobre 1999
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