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Entraide et Tradition

Mgr Lefebvre

publié dans couvent saint-paul le 12 novembre 2020


Au terme de ce long retour en arrière sur la formation intellectuelle, spirituelle et sacerdotale de « Monseigneur Marcel », sans prétendre l’avoir mieux compris que d’autres, je veux simplement vous confier l’impression que j’en conserve.

Tradidi quod et accepi !
Qu’a-t-il reçu ?
Qu’a-t-il transmis ?

Il nous l’a dit tant et tant de fois mais je relève quand même cet extrait de son homélie du 27 juin 1980 : Je termine, mes chers amis, en m’adressant particulièrement à vous qui allez être ordonnés prêtres dans quelques instants, en disant : Gardez la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. Tout est attaché en Notre Seigneur Jésus-Christ. Rien n’existe sans Notre Seigneur Jésus-Christ. Rien du monde naturel et rien du monde surnaturel, sans Jésus il n’y a plus rien. Jésus est le Créateur de toutes choses ; Jésus est le Rédempteur de toutes les âmes. Sans Lui il n’y a aucun espoir ; sans Lui il n’y a aucun être, aucune existence possible.

Il nous a dit là ce qu’il a vécu, ce qu’il avait reçu, résumé dans cette formule qui lui était chère, empruntée à St Louis-Marie Grignion de Montfort qui l’avait léguée aux premiers écoliers du séminaire du Saint-Esprit de Claude-François Poullart des Places :
« Savoir Jésus-Christ la Sagesse incarnée, c’est assez savoir ; savoir tout et ne le pas savoir, c’est ne rien savoir. »

On a dit que le combat de Monseigneur a été le combat pour la Messe, et cela est vrai mais ce n’est pas tout. Dans tout ce que nous avons vu, Monseigneur n’insistait pas plus que cela sur l’importance de la Messe. Il la vivait et l’enseignait mais, tant qu’elle n’était pas menacée, il n’en faisait pas un «combat». Ce n’est que lorsqu’elle a été menacée, falsifiée, profanée… et lorsqu’on on a voulu faire une obligation aux fidèles d’adopter exclusivement le rite nouveau, qu’il en fit son combat. La Messe pour lui a toujours été la pièce maîtresse, le cœur du culte à rendre à Jésus-Christ, et, par Jésus-Christ, à son Père… per ipsum et cum ipso et in ipso est Tibi Deo Patri omnipotenti,in unitate Spiritu sancti, omnis honor et gloria.

Le «combat» de Monseigneur a toujours été d’instaurer le règne de la Sagesse éternelle dans les âmes, les cœurs, les esprits, les familles, les villages et la société tout entière, comme elle règne dans l’Église, et comme le fait l’Église par la prédication, les sacrements, la liturgie et la Sainte Messe !

J’ai déjà évoqué cela mais je ne peux pas dire autre chose, à savoir que Monseigneur fut d’abord et avant toute autre chose l’homme, le prêtre, l’évêque du Christ-Roi ! Son image d’ordination l’avait proclamé : Pax Christi in regno Christi et c’est cette conviction qui fut au cœur de sa fidélité, et c’est cela qu’il nous a transmis.

Nous l’avons vu, le message qu’il a laissé aux sénégalais en 1962 a été : Il faut que toute notre vie soit centrée sur Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Il l’avait aussi inscrit dans les statuts de la Fraternité qu’il a fondée il y a cinquante années : Ils (les supérieurs) auront pour le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ une dévotion sans limite à la mesure de l’infinité de Son Règne : sur les personnes, les familles, les sociétés. S’ils doivent manifester une option politique, ce sera toujours dans le sens de ce Règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils répandront cette dévotion par le véritable sacrifice de la Messe et par la dévotion au Sacrement de l’Eucharistie. ainsi que par la dévotion à la très Sainte Vierge Marie.

Il redit ceci dans une lettre aux membres de la Fraternité pour Noël 1977 : Toute notre Fraternité est au service de ce Roi, elle n’en connaît pas d’autre, elle n’a de pensée, d’amour, d’activité que pour Lui, pour son Règne, sa gloire et l’achèvement de son œuvre rédemptrice sur la terre.
C’est aussi ce qui fonde son attitude au milieu des événements qui ébranlent l’Église, depuis vingt ans spécia­lement. Née dans cette période de confusion, de destruc­tion des réalités les plus sacrées, elle ne pouvait qu’être persécutée par les démolisseurs de l’Église ; tout ce qui a été entrepris contre elle a eu pour motif son refus d’accep­ter la diminution de la Royauté de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Cette Royauté s’exprime avec splendeur dans la liturgie traditionnelle, elle s’affirme dans la Théologie et dans toutes les sciences sacrées, dans le Droit public de l’Église.
(…) Certes ce n’est pas sans stupéfaction ni douleur que nous constatons ces faits, mais pour demeurer dans la foi, pour sauver l’honneur de notre seul Seigneur et Roi Jésus-Christ, fils de Dieu, Dieu éternel, nous ne pouvons pas nous préoccuper de nos sentiments ; nous n’en avons plus qu’un, celui de la loyauté et de la fidélité, quoiqu’il arrive, quoiqu’il advienne.
C’est la seule voie qui nous assure les bénédictions de notre Sauveur et de sa sainte Mère. C’est parce que nous sommes des zélateurs du Règne de notre Roi que nous gardons fidèlement tout ce qui a été suscité par l’Esprit-Saint dans l’Église pour exprimer et réaliser ce Règne. Comment ce que l’Église a exprimé et fait au cours de vingt siècles pourrait n’être plus vrai ni efficace aujourd’hui, quand il s’agit de réalités éternelles ? »

Écoutons encore le sermon de son jubilé sacerdotal, le 23 septembre 1979 et ce vibrant appel à la croisade :
Nous voulons que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne.
Vous l’avez chanté tout à l’heure, “Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat!“. Est-ce que ce sont des mots ? Seulement des mots ? Des paroles, des chants ?
Non ! Il faut que ce soit une réalité.
Aussi je vous dis :
Pour la gloire de la Très Sainte Trinité,
pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
pour la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie,
pour l’amour de l’Église,
pour l’amour du pape,
pour l’amour des évêques, des prêtres, de tous les fidèles,
pour le salut du monde,
pour le salut des âmes,
gardez ce testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ !
Gardez le Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ !
Gardez la messe de toujours !

Et vous verrez la civilisation chrétienne refleurir, civilisation qui n’est pas pour ce monde, mais civilisation qui mène à la cité catholique, et cette cité catholique, c’est la cité catholique du ciel qu’elle prépare. Elle n’est pas faite pour autre chose, la cité catholique d’ici-bas, elle n’est pas faite pour autre chose que pour la cité catholique du ciel. »

Tout cela est clair mais si cela peut achever de nous convaincre, il y a encore cette affirmation de Monseigneur lui-même publiée dans la notice établie par la congrégation du Saint-Esprit après son décès. « Donnons le témoignage d’un récent échange de lettres entre un confrère et lui en novembre dernier.
Mgr Lefebvre : Votre lettre me fait bien plaisir et je vous remercie de me donner de vos nouvelles (…) Je vous assure que je ne regrette pas ce que la Providence m’a suggéré de faire. Après-demain, j’aurai 85 ans. Je sais bien que la fin approche. Je l’attends avec joie et paix ayant conscience de n’avoir jamais travaillé que pour le Règne de Notre-Seigneur au cours de mes 61 ans de sacerdoce. Cette lettre est du 27 novembre 1990 !

Il nous disait aussi sa stupéfaction devant les propos du Nonce Apostolique de Berne, le 31 mars 1976 à Berne :
— Mgr Lefebvre : « Mais le Règne social de N.S.J.C., qu’en faites-vous ? ».
— Le Nonce : « Vous savez, c’est impossible maintenant ; peut-être dans un avenir lointain ?… Actuellement, ce Règne est dans les individus ; il faut s’ouvrir à la masse ».
— Mgr Lefebvre : « Mais l’Encyclique Quas Primas, qu’est-ce que vous en faites ? ».
— Le Nonce : « Oh… le pape ne l’écrirait plus, maintenant ! ».

Tel fut le cœur de la contradiction qu’il rencontra de la part des évêques de France et de Rome. Ils n’appréciaient guère son soutien aux œuvres de la « cité catholique », lorsqu’il était en Afrique. Lors de son retour en France, peu apprécié par les mêmes évêques, il fut mis en position mineure, et après son élection au supériorat des pères du St Esprit, les évêques spiritains eux-mêmes lui manifestèrent leur désapprobation dans une lettre très « fraternelle », alors que son action se concentrait uniquement sur le maintien de sa congrégation à l’abri des nouvelles orientations et la fidélité aux fondements de la vie religieuse de ses membres. Et c’est tout ce qui lui était reproché par les tenants de l’évolution. Sa fidélité à transmettre ce qu’il avait reçu était devenue incongrue mais il n’était pas encore question de la Messe.

Ce n’est qu’à partir des années 1969-1975 qu’il est devenu l’homme de la messe. Dès 1969, il s’est engagé dans la bataille contre le NOM dans le «bref examen critique», mais ce n’est pas pour la défense de la messe elle-même qu’il a fondé la Fraternité, mais pour le sacerdoce : Le but de la Fraternité est le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne, c’est-à-dire tel que Notre Seigneur Jésus-Christ l’a voulu lorsqu’il a dit : « Faites ceci en mémoire de Moi ».

Et c’est lorsque Paul VI a voulu l‘obliger à accepter son «Novus Ordo Missae» qu’il s’est dressé publiquement dans sa fidélité à transmettre la liturgie de la Messe qu’il avait reçue, pour l’honneur de Jésus-Christ.

Ainsi l’affirme encore la Fraternité :
Par la messe, le sacerdoce conduit au Christ-Roi. Fidèle à son maître romain, le père Voegtli, Mgr Lefebvre voit dans la messe la proclamation la plus solennelle de la royauté du Christ. Dans le Vexilla Regis, nous chantons Regnavit a ligno Deus : Dieu a régné par le bois, le bois de sa croix. Sur la croix, il a vaincu le démon, le péché et la mort éternelle, et cette œuvre de rédemption s’exerce à chaque messe.
La victoire du Christ-Roi se fait par la messe mais est aussi une conquête : elle s’étend sur toutes les âmes, les familles, l’école catholique, et atteint encore les professions, les lois, la politique et toute la vie de la cité. Voilà l’œuvre intégrale du sacerdoce catholique. »

Achevons en laissant la parole à Monseigneur lui-même. Dans l’homélie des ordinations du 27 juin 1980 déjà citée, Monseigneur poursuivait : Alors quels sont les caractères essentiels de Notre Seigneur Jésus-Christ que vous avez étudiés dans votre théologie : Jésus-Christ c’est le Sauveur ; Jésus-Christ c’est le Prêtre ; Jésus-Christ c’est le Roi. Voilà les trois attributs essentiels de Notre Seigneur Jésus-Christ. Par le fait même de son union hypostatique, c’est-à-dire de son union à Dieu Lui-même dans une seule Personne.

Alors ces trois attributs : Sauveur Rédempteur, Prêtre, Roi, où sont-ils concrétisés ? Où les vivons-nous ? Comment les apercevons-nous ? Dans la Sainte messe !

Dans la Sainte messe, Notre Seigneur Jésus-Christ est le Rédempteur. Qui pourra nier cela ? Le Sacrifice de la Croix, mais c’est sa Rédemption, c’est la rédemption de Notre Seigneur. Par conséquent, en offrant le Saint Sacrifice de la messe, vous contribuez à la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ, à la Rédemption que Notre Seigneur Jésus-Christ a accomplie.

Prêtre : Mais où est-Il plus prêtre que dans le Saint Sacrifice de la messe ? C’est Lui le Prêtre. Vous n’êtes que ses ministres ; vous n’agissez que dans la Personne du Christ, qui est le vrai Prêtre. Par conséquent le Saint Sacrifice de la messe, c’est encore Notre Seigneur Jésus-Christ dans ses attributs essentiels.
Et enfin Roi. Regnavit a ligno Deus. Notre Seigneur a régné par le bois de la Croix. C’est là son trône. C’est là sa couronne ; c’est là qu’il a conquis le monde et qu’il a droit à la royauté. Alors c’est aussi dans le Sacrifice de la Messe que sa royauté éclate d’une manière absolue et nous devons tous être soumis à Lui et nous devons tous le révérer et l’adorer et le remercier comme Roi.

Par conséquent Rédempteur, Prêtre et Roi, c’est le Saint Sacrifice de la messe. Et par conséquent toute votre vie et tous les jours vous retrouverez Notre Seigneur dans ses attributs essentiels et vous participerez.

Pauvres créatures que nous sommes ! Participer à ce que Jésus-Christ a d’essentiel : Participer à sa Rédemption, participer à son sacerdoce, participer à sa royauté, quelle responsabilité ! Quelle responsabilité devant tout le peuple fidèle ; quelle joie pour vous, profonde, et dans quelle humilité vous devez accomplir ces saints mystères. Et avec quelle joie vous devez faire participer votre peuple fidèle de ces attributs de Notre Seigneur par la Sainte communion, par l’Eucharistie, en donnant Jésus-Christ Lui-même. Quelle joie ! Rien n’est plus beau que le prêtre distribuant la Sainte Eucharistie. Rien n’est plus grand ; rien n’est plus sublime, rien n’est plus riche en vertus, en dons, en grâces. Les fidèles attendent cela de vous.

Alors, soyez fidèles, mes bien chers amis, soyez fidèles à tout ce qui vous a été enseigné ici à Écône et qui n’est autre que l’écho de ce que l’Eglise a toujours enseigné. Demeurez attachés à votre séminaire, demeurez attachés à ceux qui vous ont fait prêtre ; demeurez attachés à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

C’est de cette manière que vous serez vraiment prêtres et qu’ainsi vous continuerez la Saint Eglise, en attendant de recevoir votre récompense au Ciel, auprès de notre bonne Mère du Ciel, Mère du sacerdoce, elle qui vous a accompagnés ici à Écône, chaque jour.

Ah comme nous sommes ému tous les soirs, lorsque nous vous voyons agenouillés devant la très Sainte Vierge Marie. Avant de prendre votre repos, vous dites quelques invocations à la très Sainte Vierge Marie, vous confiant à elle ; lui demandant de vous soutenir ; lui demandant de vous aider à devenir de saints prêtres.

Concluons avec cet extrait de l’homélie du 30 juin 1988 : Je ne suis qu’un évêque de l’Église catholique, qui continue à transmettre, à transmettre la doctrine : Tradidi quod et accepi. C’est ce que je pense, que je souhaiterai que l’on mette sur ma tombe – et cela ne tardera sans doute pas –, que l’on mette sur ma tombe : Tradidi quod et accepi, ce que dit saint Paul : « Je vous ai transmis ce que j’ai reçu », tout simplement. Je suis le facteur qui porte une lettre. Ce n’est pas moi qui l’ai faite cette lettre, ce message, cette parole de Dieu. C’est Dieu Lui-même ; c’est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même et nous, nous vous avons transmis par l’intermédiaire de ces chers prêtres qui sont ici présents et par tous ceux qui eux-mêmes ont cru devoir résister à cette vague d’apostasie de l’Église, en gardant la foi de toujours et en la transmettant aux fidèles. Nous ne sommes que des porteurs de cette nouvelle, de cet Évangile que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné́ et des moyens pour nous sanctifier : la Sainte Messe, la vraie Sainte Messe, les vrais sacrements qui donnent vraiment la vie spirituelle.

Pax Christi in Regno Christi
Tradidi quod et accepi.

Lettre d’information N° 27 – 10 novembre 2020 | Source : Perspective catholique

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