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Benoît XVI écrit la troisième partie de son livre Jésus de Nazareth

publié dans nouvelles de chrétienté le 12 août 2010


Benoît XVI écrit la troisième partie de son livre Jésus de Nazareth

Sur le site de l’E.S.M., en date du 11 août on lit ces deux beaux articles:)

Au lieu d’une nouvelle encyclique, Benoît XVI est en train d’écrire le troisième volume de sa trilogie sur Jésus. Dont un point focal est la Transfiguration sur le mont Thabor. Un liturgiste et un théologien expliquent pourquoi

Benoît XVI écrit la troisième partie de son livre Jésus

« Il y a quatre jours, pour la fête liturgique de la Transfiguration, « L’Osservatore Romano » a proposé à ses lecteurs la photo du tableau de Raphaël qui porte ce nom, qualifié de « plus beau tableau du monde ».

Dernière œuvre du grand peintre, la « Transfiguration » fut placée en 1520 au-dessus du maître-autel de l’église Saint-Pierre-in-Montorio à Rome. Elle y resta jusqu’en 1797, date à laquelle elle fut emportée en France par Napoléon.

Revenue à Rome quinze ans plus tard, elle est depuis lors exposée dans une salle des Musées du Vatican.

C’est à juste titre que Mgr Marco Agostini – prélat appartenant à la seconde section de la secrétairerie d’état, cérémoniaire pontifical et passionné de liturgie et d’art sacré – a déploré dans « L’Osservatore Romano » que cet emplacement inadapté enlève au tableau « les trois quarts de sa capacité d’expression ».

En effet, lorsqu’elle était placée au-dessus de l’autel, la « Transfiguration » aidait pendant la messe le prêtre et les fidèles à « voir » le mystère qui était célébré, à percevoir le Christ glorieux dans l’hostie immaculée qui était consacrée. C’est dans ce but que Raphaël l’avait conçue et peinte, mais, dans un musée, cette puissance d’expression et ce rôle liturgique disparaissent.

Dans son commentaire, Mgr Agostini attire l’attention sur le personnage qui figure au centre de la partie inférieure du tableau de Raphaël : une femme agenouillée qui, d’un geste, demande aux apôtres de prendre soin d’un jeune garçon possédé du démon et de le guérir par la puissance de la foi.

Parce que cette femme – qui, dans le projet initial de Raphaël, devait être la mère de l’enfant – représente justement la foi. Une foi qui triomphe de l’incrédulité par laquelle les apôtres eux-mêmes sont tentés. Une foi lumineuse comme le Christ transfiguré, auquel tout renvoie.

On dit que Benoît XVI, après les encycliques qu’il a consacrées à la charité et à l’espérance, serait en train d’en écrire une autre à propos de la troisième vertu théologale, la foi. En réalité ce n’est pas exact. À Castel Gandolfo – où il s’est installé au début du mois de juillet et où il restera jusqu’en octobre – le pape est plutôt en train d’écrire la troisième partie de son livre « Jésus de Nazareth », consacrée aux Évangiles de l’enfance.

Le premier des trois volumes a été publié en 2007. Le deuxième a déjà été remis à l’imprimeur et sortira en plusieurs langues simultanément au cours du Carême 2011.

Il est important de noter que la Transfiguration de Jésus occupe une place centrale dans l’ensemble de l’ouvrage. Elle est abordée dans le premier volume et constitue le point de départ du deuxième, celui-ci étant centré sur la passion, la mort et la résurrection de Jésus.

En effet, dans la Transfiguration – a écrit Benoît XVI dans le premier volume – « la divinité de Jésus va avec la croix ». Jésus parle avec Moïse et Élie de la « nécessité » de sa passion. Ce mystère « que Dieu a établi avant tous les siècles » (1 Corinthiens 2, 7) est révélé dans le Christ crucifié.

Ce n’est pas par hasard que, dans la célèbre mosaïque absidale de la basilique Saint-Apollinaire-in-Classe, à Ravenne, qui date du Ve siècle, le Christ transfiguré est représenté par une grande croix de pierres précieuses, sur fond de ciel étoilé.

Mais dans la « Transfiguration » de Raphaël aussi, Jésus a les bras ouverts comme sur la croix.

Centre du récit évangélique, la Transfiguration est aussi, nécessairement, le point focal de toute théologie visant à explorer le mystère du Christ.

C’est ce qu’a expliqué dans « L’Osservatore Romano », quelques jours avant la fête de la Transfiguration, le théologien Inos Biffi dans le magistral article reproduit ci-dessous.

Mgr Inos Biffi est enseignant à la faculté de théologie de Milan et à celle de Lugano. C’est un spécialiste de la théologie médiévale et il a écrit pour Benoît XVI la trame de plusieurs des catéchèses du mercredi que celui-ci a consacrées aux personnages les plus représentatifs de l’Église à cette époque. Ses « œuvres complètes » sont en cours de publication aux éditions Jaca Book.

À une époque où surgissent des théologiens qui annoncent sans modestie qu’ils refondent « ex novo » la science théologique en la mettant au goût du jour, l’article d’Inos Biffi montre comment reconnaître une authentique théologie chrétienne.

UNE MÉTHODE INFAILLIBLE POUR RÉNOVER LA THÉOLOGIE

par Inos Biffi

Si le mystère chrétien est à l’origine de la théologie et si l’on peut définir celle-ci comme « intelligence de la foi », il n’est pas pensable qu’à un moment donné on puisse la refaire entièrement. Dans la diversité des époques, elle est alimentée par une tradition ininterrompue de contenus et aussi de langage, qui n’admet pas de discontinuités drastiques et révolutionnaires, sous peine de perdre son identité. Il est au moins permis d’éprouver une certaine perplexité face à un théologien qui serait convaincu de proposer des doctrines théologiques nouvelles et singulières, jamais enseignées avant lui.

Toutefois la théologie n’est pas pour autant vouée à une répétition pure et simple. L’histoire elle-même de la théologie montre à quel point, sans rompre la continuité, celle-ci a été diversement et profondément rénovée : non pas parce qu’elle aurait en quelque sorte occulté ou négligé le mystère, mais au contraire parce qu’elle l’a laissé émerger avec plus de force et de cohérence.

La théologie ne se laisse pas impressionner et conditionner par le mythe du devenir et du progrès, car elle est consciente d’être née et de renaître sans cesse des ressources inépuisables et immuables de la révélation divine qui s’est accomplie et ne s’use pas, ainsi que de la communion avec la Parole de Dieu, ancienne et toujours nouvelle.

Il est vrai aussi qu’une nouvelle philosophie peut contribuer au renouvellement de la théologie, mais à condition qu’elle offre, pour ainsi dire, un espace plus ouvert à la prédominance et à l’intelligence du mystère et qu’elle soit pratiquée dans le cadre de « l’intelligence de la foi ».

Il est significatif que Marie-Dominique Chenu, génial historien de la théologie médiévale, affirme que « ce n’est pas l’entrée d’Aristote qui a déterminé la pensée de saint Thomas d’Aquin, de même que ce n’est pas la renaissance de l’Antiquité qui a constitué la théologie du XIIIe siècle ». Cette renaissance ne constitue qu’une composante de son renouvellement : son impulsion et son développement véritables doivent être attribués à l’ »évangélisme », comme il l’appelle.

Sans dire que la philosophie ne pourra jamais être juge de la validité d’une théologie : ce jugement ne revient qu’à la Parole de Dieu, la théologie elle-même pouvant juger si une philosophie est ou non en mesure de contribuer à l’intelligence de la foi.

*

Toutefois ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas d’expliquer la relation entre la philosophie et la théologie chrétienne, mais d’indiquer la voie grâce à laquelle la théologie pourrait et devrait faire l’objet d’un profond renouvellement ou d’une nouvelle organisation : une voie qui est du reste incontournable, parce qu’elle est fondée sur l’événement dont naît la foi et donc « l’intelligence de la foi ».

Cette voie, c’est le christocentrisme.

À vrai dire, il ne s’agit pas du tout d’une nouveauté. La théologie chrétienne a toujours été centrée sur Jésus-Christ ; elle est née et s’est développée à partir de sa venue.

Mais peut-être cette position centrale originelle demande-t-elle une traduction plus rigoureuse, plus cohérente et plus complète. Surtout en partant de la définition même du christocentrisme.

Celui-ci n’indique pas seulement l’excellence du Christ par rapport à tout le reste, mais aussi sa prédestination à être la raison inconditionnée de tout ce que Dieu a appelé et appelle à l’existence.

Mais d’autres précisions incontournables et essentielles sont nécessaires. Lorsque l’on parle de christocentrisme, il ne s’agit pas seulement d’affirmer la primauté du Verbe, mais la primauté ou la « priorité », dans le dessein de Dieu, du Verbe incarné, mort et ressuscité, à travers qui, en qui et pour qui « tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles » (Colossiens 1, 15-17). Bien évidemment, ce n’est pas comme une alternative mais comme un accomplissement de la perspective de saint Jean, selon laquelle il n’y a rien qui n’ait été fait grâce au Verbe (Jean 1, 3).

Celui qui est « en tout le premier » (Colossiens 1, 18) c’est, exactement, le Crucifié glorifié, qui existe avant toutes choses et en qui toutes choses subsistent. Cela revient à dire que Jésus rédempteur, par la grâce de son pardon, est le fondement ontologique et le motif historique de toute chose (cf. Colossiens 1, 17), l’Objet de l’éternel « dessein » de Dieu.

La première épître de Pierre parle du « sang précieux du Christ, agneau sans tache », « prédestiné dès avant la création du monde », « manifesté à la fin des temps » (1, 19-20). Et, quant aux prophètes, elle affirme qu’ils « voulaient sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit du Christ qui était en eux, quand il attestait d’avance les souffrances du Christ et la gloire dont elles seraient suivies » (1, 11).

Mais si Jésus ressuscité des morts est le Prédestiné, cela veut dire que la forme d’humanité originellement conçue et « préférée » par Dieu est l’humanité glorifiée du Fils, vers le triomphe duquel est orientée toute l’histoire.

En elle, toute humanité trouve sa raison d’être et son modèle : tous les hommes sont prédestinés, créés « dans la grâce », autrement dit « prédestinés à être semblables à l’image du Fils, pour que celui-ci soit le premier-né entre plusieurs frères » (Romains 8, 29).

Nous pouvons définir tout ce que nous avons décrit en reprenant les expressions de Paul : « Mystère de Dieu qui est le Christ » (Colossiens 2, 2), ou plus précisément : « Sage mystère de Dieu » qui est « le Christ crucifié » (cf. 1 Corinthiens 1, 21. 23).

*

Et bien, la mission de la théologie est d’explorer ce mystère. Ceux qui s’y consacrent sont chargés de « parler de la sagesse de Dieu, qui est dans le mystère, qui est restée cachée et que Dieu a établie avant tous les siècles » (1 Corinthiens 2, 7).

C’est sur ce « réalisme » que se construit la théologie chrétienne, qui ne gagne pas à être délayée dans le monde des hypothétiques plans ou desseins divins. Ce que Dieu aurait pu faire, lui seul le sait. Tout a été créé dans la grâce de Jésus crucifié et ressuscité.

En particulier, c’est sur cette grâce qu’a été motivée la nature de l’homme. Une « nature pure », pour un « pur » but « naturel », n’a jamais existé et nous ne pouvons rien en savoir.

En effet, l’ »Original » qu’il importe plus que tout à la sainte doctrine de connaître – et donc le premier objet de l’intérêt théologique – c’est le Crucifié glorieux, prédestiné depuis toujours, et donc sa vie avec ses événements, dans lesquels apparaît la manifestation détaillée de l’éternel dessein généré et motivé par la miséricorde divine.

En ce sens la théologie chrétienne est originellement christique : le Christ ressuscité des morts décrit et offre de manière exhaustive tout son objet. Il est l’Objet qu’il s’agit de comprendre, en tant que « récit » concret et historique du dessein (cf. Jean 1, 18). C’est la dimension que la christologie doit prendre.

Mais le Christ ne s’arrête pas à lui-même : il est le Fils et, par conséquent, il renvoie au Père, que personne n’a jamais vu et dont il est l’épiphanie, et il est l’attestation de l’Esprit. En lui on retrouve la Trinité, qui se révèle comme Trinité créatrice et miséricordieuse et qui est à l’origine d’un ordre voulu comme une initiative de miséricorde.

C’est l’ordre que le théologien est appelé à étudier, qui concerne particulièrement l’homme mais qui apparaît précédé, avant sa création, par un monde angélique déjà marqué par le Christ et par les décisions le concernant : d’accueil, mais aussi de rejet, c’est-à-dire de péché.

En particulier, le Christ dévoile un Dieu qui, dans son amour miséricordieux, donne le Fils, conçu comme pardon du péché de l’homme, ce dernier trouvant son avantage non dans sa venue au monde mais dans sa rédemption. Comme l’écrit saint Ambroise : « Non prodesset nasci, nisi redimi profuisset » (Expositio evangelii secundum Lucam, II, 41-42).

La sainte doctrine traite alors de l’anthropologie, c’est-à-dire de l’homme qui existe uniquement comme disposé dans la grâce et dans la gloire de la Croix : une grâce et une gloire qui agissent dans les sacrements et que Thomas d’Aquin voit entièrement suspendues à « l’énergie de la passion du Christ » (Summa Theologiae, III, 62, 5, c).

Il est alors facile de saisir de quoi traite l’ecclésiologie : exactement de l’humanité qui monte de la Pâque du Christ et qui se trouve configurée et intimement associée au Seigneur ressuscité des morts.

Quant à l’eschatologie, c’est l’exploration de la gloire et donc du succès du Crucifié : une gloire qui transcende et attire l’Histoire et qui est le but en vue duquel l’homme et avec lui toutes choses ont été créés et voulus de toute éternité.

S’il est vrai que la théologie chrétienne l’a toujours fait, je pense cependant qu’il est possible, ou plutôt nécessaire, de la recentrer de manière encore plus cohérente et plus approfondie sur le christocentrisme. Ce n’est qu’ainsi qu’elle peut donner une forte et admirable impulsion de renouvellement que l’on chercherait en vain ailleurs

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

Source: Sandro Magister

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