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Le sacrement en général. Troisième leçon: la matière et la forme des sacrements

Le sacrement en général. Troisième leçon: la matière et la forme des sacrements

publié dans paroisse saint michel le 29 septembre 2010


Les Sacrements

Le sacrement en général

Troisième leçon. ( 2 Octobre) La matière et la forme des sacrements.

Dans la leçon deux, nous avons étudié les raisons de l’institution des sacrements. Nous avons dit que Dieu avait institué les sacrements, comme signe sensible et sacré, en raison de la nature humaine, essentiellement en raison du mode de connaissance humain qui va du sensible à l’intelligible, – c’est la première raison et la plus importante – et parce qu’ils sont l’occasion pour celui qui les reçoit d’un accroissement de la foi et la charité. C’est la cinquième raison exprimée par le catéchisme du Concile de Trente.

§-1 Matière et forme des Sacrements.

Nous devons continuer à approfondir la définition du sacrement et insister davantage encore sur cette « chose sensible » qui rentre, avons-nous dit, dans la définition du sacrement.

Saint Thomas d’Aquin en parle dans les articles 5 à 8 de la question 60 de la IIIa pars. Le catéchisme de Trente, lui, dans son § 5 et son § 6 du chapitre quatorzième que nous étudions.

Nous savons que ces « choses sensibles » relèvent de l’autorité divine. Elles sont d’institution divine. Saint Thomas l’explique très bien dans l’article 5. Il l’intitule : « Le signe sacramentel requiert-il une chose sensible déterminé ?

L’argument est simple et absolu. Nous l’avons déjà rencontré. On peut le résumer ainsi : parce que la sanctification de l’homme relève du pouvoir divin, le signe qui le signifie et le produit, relève nécessairement de Dieu. Dès lors la chose sensible, qui entre dans la définition du sacrement, relève de Dieu et de son autorité.

« On peut considérer deux aspects dans la pratique des sacrements: le culte divin et la sanctification de l’homme. Le premier point de vue regarde l’homme dans ses rapports avec Dieu. Le second, à l’inverse, regarde Dieu dans ses rapports avec l’homme. Personne n’est chargé de fixer des règles dans ce qui dépend du pouvoir d’un autre, mais seulement dans ce qui est en son pouvoir. Donc puisque la sanctification de l’homme est au pouvoir de Dieu, qui sanctifie, l’homme n’est pas juge de ce qu’il doit employer pour sa sanctification, et c’est à l’institution divine de le déterminer. C’est pourquoi, dans les sacrements de la nouvelle loi qui sanctifient les hommes, selon la parole de S. Paul (1 Co 6, 11): « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés », les choses qu’on y emploie doivent être déterminées par l’institution divine. »

Ces choses sensibles des sacrements qui sont déterminées par l’institution divine, c’est ce qu’on appelle la « matière et la forme ».

Vous comprenez déjà que cette « chose sensible » qui se trouve dans la définition du Sacrement, n’est donc pas une chose « simple » quoiqu’elle ne constitue qu’un seul signe comprenant la « chose », l’élément » et la « parole ».

C’est ce que dit le catéchisme : « la chose sensible n’est pas simple, quoiqu’elle ne constitue réellement qu’un seul signe. » Et le catéchisme d’expliciter son affirmation : « En effet tout Sacrement se compose de deux choses, l’une qui est comme la matière et que l’on appelle élément ; l’autre qui est la forme, et qui consiste dans des paroles. Ainsi l’enseignent les Pères, et particulièrement Saint Augustin, par ces mots que tout le monde connaît: « La Parole s’unit à l’élément, et le Sacrement existe ».

« Par conséquent, sous le nom de choses sensibles, les Sacrements comprennent d’abord la matière ou élément, comme l’eau dans le Baptême, le chrême dans la confirmation, l’huile sainte dans l’Extrême-Onction, toutes choses qui tombent sous le sens de la vue ; ensuite les paroles qui sont comme la forme, et qui s’adressent au sens de l’ouïe. C’est ce que l’Apôtre a indiqué très clairement quand il a dit: « Jésus-Christ a aimé l’Eglise ; et il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant dans le baptême de l’eau, par la parole de Vie ». (Eph 5 25 26)

Vous remarquerez – c’est très clair ici, que le catéchisme cherche toujours à fonder ses arguments théologiques à la fois sur l’Ecriture sainte et à la fois sur l’autorités des Pères de l’Eglise. La foi catholique trouve en effet ses fondements dans l’Ecriture sainte qu’on appelle « la Tradition écrite » et dans les Père de l’Eglise, qu’on appelle « la Tradition orale ». Ce sont les deux sources de la Révélation. L’étude de ces deux sources, l’Ecriture sainte et les Pères de l’Eglise font l’objet de ce qu’on appelle la « théologie positive ». Les arguments théologiques que vous trouvez dans votre catéchisme constituent l’objet de la « théologie dogmatique », l’étude du dogme..

Dans le passage cité plus haut, les auteurs du catéchisme citent et l’autorité de saint Augustin qui dit au sujet qui nous intéresse : « La Parole s’unit à l’élément, et le Sacrement existe ». Ils citent également l’Ecriture Sainte, en l’occurrence saint Paul : « C’est ce que l’Apôtre a indiqué très clairement quand il a dit: « Jésus-Christ a aimé l’Eglise ; et il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant dans le baptême de l’eau, par la parole de Vie ».

Ce sont, du reste, les deux arguments d’autorité que saint Thomas invoque dans le « Sed contra » de l’article 6 où il se pose la question : « Si dans la signification des sacrements sont requises des paroles ? » Il écrit :

« l’Apôtre nous dit (Ep 5, 25): « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle afin de la sanctifier en la purifiant dans le baptême de l’eau, par la parole de vie». Et S. Augustin: « La parole se joint à l’élément, et voilà le sacrement. »

Le catéchisme fait alors une « exégèse » i.e. une analyse de la parole de saint Paul :

« Dans ce passage, la matière et la forme sont nettement exprimées.
Il fallait ajouter les paroles à la matière, afin de rendre plus claire et plus certaine la signification de l’élément qu’on employait. De tous les signes, le plus expressif est évidemment la parole. Si on la supprimait dans les Sacrements, il serait très difficile de deviner ce que désigne et signifie la matière en elle-même. Nous en avons une preuve dans le Baptême. L’eau n’est pas moins propre à rafraîchir qu’à purifier. Elle peut donc signifier également ces deux effets. Et si l’on n’avait pas joint des paroles, à l’effusion de l’eau, peut-être aurait-il été possible de trouver par conjecture sa véritable signification, mais il eût été impossible de rien affirmer de certain à cet égard. Au contraire, ajoutez les paroles, et l’on comprend immédiatement que la propriété et la signification de l’eau du Baptême, c’est de purifier ».

Voilà qui est clair et qui explique bien la nécessité d’avoir avec la matière du sacrement, la forme, i.e. les paroles, qui donne la vraie signification de l’usage de la matière. L’exemple du sacrement de baptême est très explicite. Il est bien hautement convenable que « des paroles viennent s’adjoindre aux choses sensibles »

Cette argumentation est encore tirée de la pensée de saint Thomas qui dit dans le corps de l’article 6 : C’est par les paroles « que nous pouvons le plus distinctement exprimer nos conceptions. Pour la perfection de la signification sacramentelle, il était donc nécessaire que la signification des choses sensibles fût précisée par des paroles. C’est ainsi que l’eau peut également signifier l’ablution puisqu’elle est liquide, ou le rafraîchissement puisqu’elle est froide. Mais lorsqu’on dit: « je te baptise  » il devient évident que dans le baptême on se sert de l’eau pour signifier la purification spirituelle ». (III 60 6)

Ainsi on peut dire que les sacrements, pour être parfaits dans la raison de signes, – c’est bien ce que nous cherchons à analyser – requièrent en plus de certaines réalités sensibles déterminées, l’eau…un complément de détermination qui leur vient des paroles qu’on ajoute à ces choses sensibles pour ne former d’ailleurs avec elles qu’un seul tout qui sera précisément le sacrement ou la chose sensible parfaite.

§-2 Les cérémonies employées dans l’administration des Sacrements.

Mais en plus de la « matière et de la forme » qui sont de l’essence des Sacrements et donc conditions de leur validité, l’Eglise a joint pour l’administration des Sacrements un ensemble de cérémonies.

Ces cérémonies ne peuvent être omises « sans péché à moins d’y être contraint par la nécessité ». Ainsi par exemple les prêtres dans les prisons communistes qui célébraient la messe en cachette avec les seules paroles de la consécration du pain et du vin.

Cependant, comme ces cérémonies ne touchent point à l’essence du Sacrement, si par hasard on les omettait, la matière et la forme ne perdraient rien de leur vertu.

Toutefois « c’est un usage très sage, et qui remonte aux premiers temps de l’Eglise, d’administrer les sacrements avec des cérémonies solennelles ».

Le catéchisme en donne trois raisons :

- Ces cérémonies, qui constituent le culte, la liturgie, permettent de traiter ces choses saintes que sont les sacrements avec respect et sainteté : « D’abord il était de toute convenance d’environner d’un culte particulier les Mystères de la Religion, afin de traiter saintement, aux yeux de tous, les choses sacrées ».

- les cérémonies qui entourent les sacrements permettent d’en mieux expliciter la signification : «les Cérémonies font bien mieux connaître les effets de chaque Sacrement ; elles les mettent en quelque sorte sous les yeux, et elles impriment plus profondément dans l’esprit des Fidèles l’idée de leur sainteté ».

- Les cérémonies bien accomplies sont pour l’âme l’occasion de contemplation et de croissance de la vie théologale : « Enfin, ceux qui en sont témoins et qui les observent avec soin, s’élèvent facilement à la contemplation des choses célestes, en même temps qu’ils sentent croître dans leurs cœurs la Foi et la Charité ».

« C’est pourquoi il est nécessaire de ne rien négliger pour bien expliquer aux Fidèles la portée des cérémonies qui font partie de l’administration de chaque Sacrement ».

§-3 La pensée de Benoît XVI sur les cérémonies liturgiques.

Benoît XVI a eu l’occasion d’aborder ce sujet du rite ou des cérémonies liturgiques utilisées pour la célébration des sacrements dans son livre « L’esprit de la Liturgie », au chapitre 1 de la quatrième partie : « Le rite ». Il s’élève fortement contre toute « créativité » en ce domaine et demande le respect et la fidélité au rite :

« La créativité ne saurait constituer une catégorie authentique de la liturgie. Cette notion appartient d’ailleurs à la vision marxiste du monde. Dans un univers dépourvu de sens et fruit d’une évolution aveugle, l’homme marxiste est capable de créativité en faisant naître un monde nouveau et meilleur… Cette créativité n’a en tout cas rien à faire avec la liturgie. Celle-ci ne vit pas de trouvailles artistiques ni de planification liturgique. Elle est le lieu de la descente de Dieu dans notre monde – ce Dieu qui seul peut nous ouvrir les portes de la liberté. Dans la mesure même où les prêtres et les fidèles se donneront humblement à cette venue de Dieu, la liturgie sera toujours nouvelle, personnelle et authentique. On ne personnalise pas la liturgie, on ne la renouvelle pas en banalisant le vocabulaire et en multipliant les activités. Il faut aller « au delà », pénétrer dans cette réalité qui, dans le rite, toujours nous devance et qui toujours restera hors de notre portée. »

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