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Des effets des sacrements (1)

publié dans paroisse saint michel le 12 novembre 2010


Les Sacrements

Le sacrement en général. Sixième leçon. (12 novembre)

Des effets des sacrements (1).

« Ces effets sont au nombre de deux principaux », nous dit le catéchisme : la grâce sanctifiante et ce qu’on appelle le « caractère » produit par trois d’entre eux, à savoir le baptême, la confirmation et le sacrement de l’ordre.

L’étude de ces effets montre combien les sacrements sont « choses saintes » et éminemment « respectables ». Ce que nous avons dit plus haut. Je n’y reviens pas, mais l’étude des effets des sacrements le confirme abondamment, surabondamment.

Cette étude des effets des sacrements, dans le catéchisme du Concile de Trente, est encore élaborée dans une fidélité parfaite à la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin. Saint Thomas distingue lui-même les deux effets. Il étudie d’abord le premier des effets : la grâce sanctifiante, dans la question 62 de la III pars, – Il y consacre 6 articles -, puis, le caractère dans la question 63, – Il y consacre également 6 articles.

La grâce sanctifiante.

Commençons par l’étude de la « grâce sanctifiante », laissant pour la prochaine leçon, l’étude du « caractère ».

Dans la Somme, saint Thomas étudie d’abord le fait de la grâce produite par les sacrements, puis ensuite le mode de la production de cette grâce. C’est ce que fait le catéchisme de Trente.

Le catéchisme s’appuie sur le donné révélé. Il cite saint Paul dans son Epître aux Ephésiens : « Le premier (des effets) sans contredit est la Grâce, que tous les Docteurs appellent sanctifiante, et que l’Apôtre Saint Paul exprime très clairement quand il dit: Jésus-Christ a aimé son Eglise, il s’est livré pour elle, pour la sanctifier, en la Purifiant par le Baptême de l’eau dans la Parole de vie » (Eph 5 25 26)

Saint Thomas, lui, dans la question 62, article 1, cite l’Epître aux Galates de saint Paul : «Vous tous qui avez été baptisé dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Gal 3 27). C’est ainsi, par le baptême, que nous sommes « membres du Christ », « incorporés au Christ ». Or l’homme n’est point fait « membre du Christ », n’est pas « incorporé au Christ » si ce n’est par la grâce. Ainsi les sacrements de la Loi Nouvelle, ceux qui furent institués par le Christ, causent la grâce » (III 62 1).

Mais comment la grâce est-elle produite ? Quel est le mode de production de la grâce ? Le catéchisme de Trente ne rentre pas dans cette étude difficile. Il dit simplement : « Mais comment s’opère un effet si merveilleux, et si étonnant ? Comment se fait-il, dit très bien Saint Augustin, que l’eau touche le cœur, en lavant le corps ? La raison et l’intelligence de l’homme ne peuvent le comprendre ». Toutefois il résume merveilleusement la pensée de saint Thomas et dit : « C’est un principe incontestable que nul objet sensible n’a, par lui-même et de sa nature, la force de pénétrer jusqu’à l’âme. Mais à la lumière de la Foi nous découvrons que la toute Puissance de Dieu a déposé dans les Sacrements une vertu surnaturelle, qui précisément leur fait opérer ce que les choses sensibles ne pourraient naturellement atteindre ».
Ainsi le catéchisme laisse clairement entendre qu’il y a deux causes qui interviennent dans cette production : Dieu comme cause principale et efficiente et le sacrement lui-même, comme cause instrumentale. Saint Thomas précisera dans ce même article 1, ainsi que dans les autres qui suivent, la question et définira le mode de cette production. Il dira que si Dieu est la cause principale de la grâce parce que seul capable de communiquer à l’homme cette « incorporation au Christ », cette ressemblance avec la nature divine, comme s’exprime aussi saint Pierre (2 Pet 1 4), le sacrement, lui, est la cause instrumentale qui n’agit pas par sa forme propre, mais en vertu du mouvement que lui imprime l’agent principal. Dès lors, l’effet n’est pas à l’image de l’instrument, mais de l’auteur véritable, comme un meuble ne ressemble pas à l’outil avec lequel on l’a fabriqué, mais à l’idée conçue par l’artisan. C’est ce que laisse entendre le catéchisme de Trente lorsqu’il dit : « Mais à la lumière de la Foi nous découvrons que la toute Puissance de Dieu a déposé dans les Sacrements une vertu surnaturelle, qui précisément leur fait opérer ce que les choses sensibles ne pourraient naturellement atteindre ».
C’est pourquoi on dit que le sacrement de la Loi Nouvelle cause vraiment ou produit ce qu’il signifie. Non content de signifier la grâce, le sacrement la produit.

Pensant que l’explication donnée est peut-être un peu courte – parce que difficile -, le catéchisme, pour confirmer l’enseignement de la foi, va recourir à l’histoire de l’Eglise, donnant une preuve incontournable de la production de la grâce à l’occasion de la réception des sacrements: « Pour que les Fidèles ne fussent jamais tentés de concevoir des doutes sur cette vérité, – les sacrements causent la grâce sanctifiante, – Dieu, dans son infinie bonté pour nous, lorsque son Eglise se mit à administrer les Sacrements, Dieu daigna manifester par des miracles les effets qu’ils opéraient dans les cœurs ».
C’est ainsi que le catéchisme invoque le fait historique de la Pentecôte qui exprime la grâce reçue dans le sacrement de Confirmation: « Ne lisons-nous pas que le Jour de la Pentecôte (Act 2 3-4), les Apôtres reçurent le Saint-Esprit qui allait leur donner la force et l’ardeur de prêcher la Foi, et le courage d’affronter tous les périls pour la gloire de Jésus-Christ, «il se fit tout à coup un grand bruit venant du ciel, comme le souffle d’un vent violent, et que l’on vit comme des langues de feu se partager, et se reposer sur chacun d’eux ? » et le catéchisme de conclure : « Et n’est-ce pas là pour nous une preuve que, dans le Sacrement de Confirmation, nous recevons le même esprit et les mêmes forces pour résister avec courage à la chair, au monde et à Satan, nos éternels ennemis ».

« Aux premiers temps de l’Eglise, lorsque les Apôtres administraient les Sacrements, on voyait se renouveler ces sortes de miracles, continue le catéchisme, et ils ne cessèrent qu’au moment où la Foi fut suffisamment affermie et consolidée ». Pour vous en persuader, lisez les premiers chapitres des Actes des Apôtres.

Ainsi donc, à la fin de ce premier exposé sur l’effet des sacrements, nous pouvons conclure « que les Sacrements de la Loi nouvelle ont une force et une efficacité » réelles.

Les sacrements de la Loi Nouvelle et la Passion du Christ.

Mais d’où tirent-ils cette force et cette efficacité, cette vertu ? De la Passion de NSJC, nous répond saint Thomas.
C’est son affirmation exposée dans son article 5 de la question 62 : « Cette vertu des sacrements découle-t-elle de la Passion du Christ » ?
Voici sa réponse merveilleuse ; on retrouve la distinction entre la cause principale, Dieu et la cause instrumentale qui est ici distinguée , entre cause séparée et cause conjointe. La cause principale, c’est la divinité du Christ. La cause conjointe, c’est son humanité, elle est comme la main agitant le bâton, la cause séparée, le sacrement.
La deuxième partie de l’argument fait référence au traité de la Rédemption : la Passion du Christ a agi « par manière d’efficience, de mérite et de satisfaction » à notre avantage. Elle a inauguré le culte de la Loi Nouvelle. Il s’est fait « victime de propitiation ». Et c’est ce culte que nous accomplissons tous les jours à la Messe :
« Le sacrement opère, pour causer la grâce, par mode d’instrument, nous l’avons dit. Mais il y a deux sortes d’instruments: séparé, comme le bâton; conjoint, comme la main. C’est par l’intermédiaire de l’instrument conjoint qu’on meut l’instrument séparé: le bâton est mû par la main. La cause efficiente principale de la grâce est Dieu lui-même, pour qui l’humanité du Christ est un instrument conjoint, et le sacrement un instrument séparé. C’est pourquoi il faut que la vertu salutaire découle de la divinité du Christ par son humanité jusqu’aux sacrements.
La grâce sacramentelle paraît ordonnée surtout à deux fins: supprimer les défauts des péchés passés (car si leur acte est écoulé, leur culpabilité demeure); et en outre perfectionner l’âme en ce qui regarde le culte de Dieu selon l’observance de la vie chrétienne. Il est évident, d’après ce que nous avons dit antérieurement que c’est surtout la passion du Christ qui nous a délivrés de nos péchés par manière d’efficience, de mérite, mais aussi de satisfaction. De même encore est-ce par sa passion que le Christ a inauguré le régime cultuel de la religion chrétienne en  » s’offrant lui-même en offrande et en victime à Dieu », dit l’épître aux Éphésiens (5, 2). Il est donc évident que les sacrements de l’Église tiennent spécialement leur vertu de la passion du Christ; c’est la réception des sacrements qui nous met en communication avec la vertu de la passion du Christ. L’eau et le sang jaillis du côté du Christ en croix symbolisent cette vérité, l’eau se rapporte au baptême et le sang à l’eucharistie, car ce sont les sacrements les plus importants.

Les sacrements de l’Ancienne Loi et la Passion du Christ.

Ainsi on comprend que les sacrements de la Loi Nouvelle sont « bien supérieures à ceux qu’avaient jadis les Sacrements de l’Ancienne Loi », comme le dit le catéchisme.

Là aussi le catéchisme suit l’exposé de la Somme. En effet à la fin de la question 62, à l’article 6, Saint Thomas se pose la question : « si les sacrements de l’ancienne Loi causaient la grâce » ? Il répond bien évidemment que non. C’est pourquoi ils étaient dit : « Eléments stériles, sans force et sans vertu, qui ne purifiaient que les souillures du corps et non celles de l’âme. » Ce sont les paroles même de saint Paul aux Galates (Gal 4, 9) utilisées par Saint Thomas dans le « sed contra ».
Voici l’argument de saint Thomas :
« On ne peut soutenir que les sacrements de la loi ancienne conféraient la grâce justifiante par eux-mêmes, c’est-à-dire par leur vertu propre car, en ce cas, la passion du Christ n’aurait pas été nécessaire, selon l’épître aux Galates (2, 21): « Si la justice vient de la loi, le Christ est mort pour rien. »
Premier argument !
« Mais on ne peut pas soutenir non plus que les sacrements de la loi ancienne tenaient de la passion du Christ la vertu de conférer la grâce justifiante. On vient de le voir, nous sommes mis en communication avec la vertu de la passion du Christ par le moyen de la foi et des sacrements, de façon différente toutefois; car la conjonction au moyen de la foi est réalisée par un acte de l’âme, la conjonction au moyen des sacrements est réalisée par l’emploi de choses extérieures. Or, ce qui est temporellement postérieur peut très bien agir avant d’exister réellement, à condition d’être antérieur dans l’acte de l’âme; c’est ainsi que la fin, temporellement postérieure, meut celui qui agit en tant qu’elle est appréhendée et désirée par lui. (NB Ainsi de la vie éternelle. Elle est réalisée postérieurement…Elle est à la fin de la vie temporelle. Mais elle est première dans l’ordre de l’intention. Elle fait agir) Mais, s’il s’agit de moyens extérieurs, ceux qui n’existent pas encore sont sans effets. C’est ainsi que la cause efficiente ne peut, comme la cause finale, agir en étant postérieure dans l’existence selon l’ordre de succession chronologique. Il en ressort donc avec évidence que la passion du Christ, cause de la justification des hommes, produit bien une vertu justifiante pour les sacrements de la loi nouvelle, mais non pour ceux de la loi ancienne.
Cependant, les anciens Pères étaient justifiés comme nous par la foi à la passion du Christ. Or, les sacrements de la loi ancienne étaient comme des protestations de cette foi, en tant qu’ils signifiaient la passion du Christ et ses effets. Il est donc clair que les sacrements de la loi ancienne n’avaient en eux aucune vertu capable de conférer la grâce justifiante; ils se bornaient à signifier la foi par laquelle on était justifié ».

Les auteurs du catéchisme résume bien la pensée de saint Thomas lorsqu’ils disent : « Aussi n’avaient-ils « (ces sacrements de la loi ancienne) été institués que comme des signes, pour figurer les effets que les nôtres (les sacrements de la Loi Nouvelle) devaient opérer. Mais dans la Loi nouvelle, les Sacrements sortis du côté de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui s’est offert lui-même à Dieu, par le Saint-Esprit, comme une Victime sans tache, purifient nos consciences des œuvres de mort, pour nous consacrer au service du Dieu Vivant, (Hb 9 14) et opèrent par la vertu du Sang de Jésus-Christ la Grâce qu’ils signifient. Si donc nous les comparons aux Sacrements anciens, nous leur trouverons tout ensemble plus d’efficacité et de vertu, des fruits plus abondants, et une sainteté bien plus auguste ».

Cette synthèse est étonnante de précision et de profondeur.

A la semaine prochaine pour l’étude du « caractère » que produisent le baptême, la confirmation et l’ordre!

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