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Quelques notes sur la résolution des crises dans l’Eglise

publié dans nouvelles de chrétienté le 28 mai 2012


Quelques notes sur la résolution des crises dans l’Eglise

L’abbé Juan-Carlos Iscara, professeur au Séminaire Saint-Thomas d’Aquin, à Winona (Etats-Unis), a rédigé à l’intention de ses confrères et amis, quelques réflexions personnelles sur les relations actuelles entre la Fraternité Saint-Pie X et Rome. L’extrait de ces notes que nous proposons ici, avec l’aimable autorisation de l’auteur, traite des leçons que donne l’histoire sur la résolution des crises qui ont secoué l’Eglise, depuis 2000 ans.

L’histoire nous indique, non pas ce qui aurait dû se produire si nous vivions dans le meilleur des mondes, mais exactement ce qui s’est en fait produit : la réalité et non pas des constructions de l’esprit.

Apprenant de l’histoire comment les crises de l’Eglise ont été résolues dans le passé, l’attente et/ou l’exigence d’une inversion totale des positions actuelles de Rome comme une condition préalable à notre « ré-union » semble être utopique et illusoire. Certains semblent attendre que le pape tombe à genoux, pleurant son mea culpa, faisant des excuses devant le monde entier et reniant tout ce qui a été fait depuis Vatican II. En fait, dans le passé aucune des crises de l’Eglise n’a fini d’une manière aussi claire. Rome n’a jamais explicitement rétracté quoi que ce soit, ni admis avoir commis des erreurs.

Il y a quelques années nous tous avons été justement exaspérés quand Jean-Paul II a fait des excuses pour les méfaits commis par des ecclésiastiques dans le passé. Pourquoi devrais-je maintenant, alors que cela me convient, exiger ou même attendre des repentances semblables pour mettre un terme à cette crise ?

Fautes et erreurs ont certainement été commises dans le passé, mais l’histoire enseigne que la façon romaine de les traiter a été le silence et l’oubli. Rome a même souvent agi comme si ce qui était réfutable, n’avait jamais été dit ni fait.

Par exemple, sous Paul VI, on nous a dit que la messe traditionnelle avait été abrogée. Cela semblait être la fin. Mais, quelques années, après, Jean-Paul II a accordé un indult pour la célébrer, une « faveur » sans doute, mais qui impliquait – sans l’affirmer – son abrogation précédente. Maintenant Benoît XVI nous dit qu’elle n’a jamais été abrogée… Quelqu’un a-t-il entendu des excuses pour les affirmations fallacieuses du passé ?

L’histoire nous montre également de grands saints agissant avec une modération prudente et patiente, même en matière doctrinale.

Par exemple, nous avons l’attitude de saint Basile de Césarée (sur la photo) aux temps des hérésies des ariens et des pneumatomaques. L’Eglise était dans une grande détresse due à l’exil des évêques orthodoxes et aux persécutions. Pour garder sa liberté et celle de son église, et aussi ramener graduellement à l’orthodoxie les hérétiques et ceux qui hésitaient, saint Basile, tout en restant parfaitement orthodoxe, a évité d’utiliser les formules qui auraient immédiatement provoqué l’opposition – et pour cela, il fut accusé de mensonge et de flatterie, en particulier quand, en référence au Saint-Esprit, il employa l’expression « conglorificatur » sans dire explicitement « consubstantialis » ou « theos » (Dieu), s’appuyant sur le fait que le concile de Nicée n’avait rien dit sur la divinité du Saint-Esprit. Saint Basile s’est contenté d’exprimer l’homotimia (égalité d’honneur et de culte) et d’affirmer que le Saint-Esprit n’est pas une créature. C’est ce que saint Athanase et saint Grégoire de Nazianze ont appelé l’« économie » de saint Basile, mais finalement, ses expressions ont été retenues par le deuxième concile de Constantinople.

L’Eglise est sortie des crises, guidée par Dieu qui utilise les hommes et les jugements de la prudence politique.

Un exemple notoire est la fin de la terrible crise du grand schisme d’Occident, résolue, et hélas renouvelée, par le concile de Constance-Bâle. Déjà la convocation elle-même de ce concile se fit dans des circonstances sans précédent. Le schisme fut résolu avec l’élection de Martin V, mais le concile demeura en session pour réformer l’Eglise et glissa rapidement vers la proclamation de la suprématie du concile au-dessus du pape, altérant de ce fait la constitution divine de l’Eglise. Martin V protesta faiblement, et le problème réapparut avec une nouvelle intensité sous son successeur, Eugène IV. Confronté à l’alternative de provoquer de nouveau un schisme ou de se soumettre, le pape, très à contrecœur, signa le décret conciliariste, mais en même temps composa un document secret, la fameuse Bulle Salvatoria, où il fait remarquer qu’il a signé, pressé par les circonstances, mais qu’il n’a pas eu l’intention de s’opposer à la doctrine catholique ou d’amoindrir les droits et les privilèges du Saint-Siège. Quand le moment fut venu, il rendit la Bulle publique, congédia le concile et réaffirma son autorité.

Il est bon de considérer que, à la fin de presque chaque crise, il y a toujours un petit groupe inflexible et plus strict qui rejette la solution providentielle. Ces groupes ont habituellement glissé dans le schisme et ont fini dans l’hérésie avant de disparaître.

Notons, par exemple, les intransigeants dans l’Afrique du 3e siècle tombés dans le schisme à cause de leur refus de recevoir dans la communion ceux qui avaient faibli et qui étaient tombés pendant la persécution de Dèce. Les Lucifériens – du nom de leur chef Lucifer, évêque de Cagliari en Sardaigne (ndlr) –, qui, vers la fin de l’hérésie arienne au 4e siècle, ont adhéré à la définition de Nicée, mais ont vertement critiqué ceux qui ajoutèrent les précisions supplémentaires consacrées par le 2e concile de Constantinople. Et au 19e siècle, les évêques français qui ont fini par constituer la « petite Eglise », scandalisés par la « trahison » de Rome les privant de leurs sièges épiscopaux pour préparer la voie au concordat avec Napoléon, sont tombés dans le schisme et ont fini par nier la primauté de juridiction du pape.

Pour les vrais ennemis de l’Eglise, de tels groupes extrémistes n’ont pas semblé constituer un vrai danger.

Par exemple, à Antioche au 4e siècle, Euozios, évêque arien, a accordé l’utilisation d’une église à Paulinos, évêque nicéen extrémiste consacré par Lucifer de Cagliari, encore plus excité et extrémiste que lui, tandis qu’il s’opposa plus amèrement à Meletius, évêque catholique, qui, prudent et peut-être même trop modéré, a été considéré comme vraiment dangereux parce qu’il affirmait les doctrines de Nicée et de Constantinople.

(Notes traduites de l’anglais – DICI n°255 du 25/05/12)

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