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La Nouvelle Messe

La Nouvelle Messe

publié dans nouvelles de chrétienté le 29 septembre 2009


La Nouvelle Messe
par Dom Guillou

Règles de jugement en matière liturgique

Maître à penser : Dom Guéranger, véritable « Docteur de la Liturgie », qui est la prière de foi rendue publique, sensible et visible : « Je ne fais, toute la journée, que de réclamer contre les innovations ». « La liturgie est la tradition même à son plus haut degré de puissance et de solennité ». Elle ne peut être modifiée qu’avec une extrême discrétion,
• en cas de grave nécessité
• et toujours pour « la conquête d’un plus grand éclat de vérité ».

Les novateurs

1° aiment « mieux profiter d’une expression vague qui n’exprime point clairement le dogme que de le traduire dans un style précis et surtout catholique »,
2° s’abritent derrière un retour à l’antiquité,
3° prennent soin de conserver des phrases ou des mots « à produire en cas d’attaque ».
« Dans la voie des nouveautés, quand on a franchi un certain degré, on ne s’arrête pas ».

Mgr Lefebvre s’inspire de ces règles.

Aveu d’un adversaire, le Révérend Père de Certeau, jésuite : « Avec son latin, sa Messe, ses soutanes, etc. Mgr Lefebvre se réfère au langage religieux. Ce qu’il récuse, c’est qu’on puisse toucher au langage sans bouleverser le tout de la religion. Or l’idéologie du réformisme catholique prétend distinguer « l’accidentel » d’un « essentiel » et modifier le premier sans transformer le second. L’histoire post-conciliaire a montré le caractère illusoire et abstrait de cette distinction. L’expérience religieuse est investie dans son langage qui la structure. À le modifier, on le change ». Après avoir évoqué la « résistance passive » du « peuple chrtien » aux pratiques que ces nouveaux « pédagogues » entendent lui imposer, le Révérend Père poursuit : « Le schisme, s’il y a schisme, c’est celui, camouflé, qui sépare de plus en plus le discours superficiel des clercs et la mentalité conservatrice des pratiquants ».

Mgr Lefebvre juge d’après ce qui est nouveau ou ce qui est supprimé ou affaibli. Il fait entrer en ligne de compte :
1° l’enchaînement des nouveautés, une fois le mouvement lancé,
2° l’impossibilité de les enrayer sans renverser la vapeur et restaurer l’esprit de tradition.

La Messe que Mgr Bugnini a fait promulguer est vraiment nouvelle, et d’aspect et d’esprit. Elle oriente dans le sens protestant.

La Messe de Bugnini est vraiment nouvelle, il y a changement d’aspect et d’esprit.

• Ils le disent :

« L’image de la liturgie donnée par le Concile est complètement différente de ce qu’elle était auparavant » (Bugnini).
« À partir du Concile s’est propagée dans l’Église une onde de sérénité et d’optimisme, au christianisme stimulant et positif, ami des valeurs terrestres. Une intention de rendre le christianisme acceptable et aimable, indulgent et ouvert, débarrassé de tout rigorisme moyen âgeux, de toute interprétation pessimiste des hommes, de leurs mœurs » (Paul VI).

• Nous le constatons :

ASPECT

A) Disparition presque complète de la langue et du chant sacrés, dont la constitution liturgique avait maintenu l’importance primordiale pour obtenir un vote unanime.
(Stratagème employé même pour faire passer le collégialisme dans la constitution dogmatique sur l’Église et dénoncé par le Père Schillebeeckx lui-même comme « déloyal ».)

B) La Messe face au peuple, véritable changement d’orientation.

Alors qu’il est normal que le prêtre se tourne vers les fidèles pour s’adresser à eux, il l’est encore plus qu’il se tourne vers Dieu pour s’adresser à Lui. La tradition est unanime et constante sur ce point. La rupture actuelle de tradition, nullement prévue par la Constitution, permet de faire de la partie principale de la Messe, sacrificielle et sacrale, une sorte de prolongement de la prédication.

ESPRIT

Disparition et atténuation, surtout grâce aux traductions, officielles et obligatoires, de tout ce qui est supposé ne pas convenir à l’homme d’aujourd’hui, à savoir :

a – le sentiment de la justice de Dieu, dans ce monde qui perd le sens du péché et nie l’action diabolique,
b – le goût de la vérité et la certitude catholique de la posséder, dans une ère de libéralisme et d’opinions supposées égales,
c – la conviction de l’intervention divine, dans un temps de rationalisme et de scientisme,
d – l’intelligence de la structure surnaturelle de l’Église dont la tête visible dépend du Christ ; l’autorité n’a ni à imposer ses idées propres, ni à suivre l’opinion, même des évêques ; chose rendue plus nécessaire que jamais dans une Église minée, comme la société elle-même, par les groupes de base et de pression.

Le sens de la justice de Dieu et des péchés personnels de l’homme n’apparaissent plus quand on substitue, dans la traduction de l’Ordo Missae ou du Missel Nouveau, « la bonté » à la « miséricorde » et la « clémence » divine. Biffer, même des oraisons latines, « le mépris des choses terrestres », c’est-à-dire du monde, sans se souvenir même de l’Évangile de saint Jean ; éviter de parler du démon et de « la contagion diabolique » ; fuir soigneusement l’expression d’« exorcisme » ; redouter jusque de rappeler le combat (agonie) qui se livre aux derniers moments entre le mourant et l’Ennemi de son salut : tout cela révèle un étrange esprit. De même que de ne plus supporter ni le Dies irae, ni le Libera me des défunts. À croire que Polnaref finira, sur cette pente glissante et pernicieuse, par devenir un Père de l’Église. « On ira tous en paradis, qu’on soit béni, qu’on soit maudit ; on ira tous en Paradis… »
La notion précise et claire de la vérité s’éclipse devant celle de la sincérité ou de la recherche : la possession de la vérité par le « Catholique » n’est plus affirmée, ni le devoir de la répandre et surtout de la défendre contre les « erreurs ». Des certitudes dogmatiques ne sont plus rappelées, notamment l’existence de « l’âme » subsistant à la mort du corps. On a fait disparaître ce mot de la traduction de textes latins antérieurs ; on l’a rayé de la quasi-universalité des oraisons, mêmes latines, des défunts. Allergie, même dans les oraisons latines, au merveilleux et aux miracles.

Antiromanisme par omission calculée, notamment quand on corrige les oraisons des saints qui ont défendu les droits du Saint-Siège ; quand on fait disparaître la Messe du commun des « Souverains Pontifes » (ainsi que ce titre) ; quand on peut omettre la liste des premiers papes, destinée dans le canon romain à rappeler l’apostolicité du Saint-Siège ; quand on
retranche le plus possible la mention des deux Apôtres qui fondent la suprématie de la Ville Éternelle. Saint Pierre et saint Paul ont disparu du nouveau confiteor (ainsi d’ailleurs que saint Michel, défenseur de l’Église) ; ils sont confondus dans les nouvelles prières eucharistiques avec l’ensemble des Apôtres, dans un collégialisme très apparent. La prière Suscipe Sancta Trinitas qui rappelait leurs noms n’existe plus, de même que le Libera nos qui suit le Pater omet de les mentionner (en compagnie d’ailleurs de la Vierge Mère dont on rappelle le moins possible, par ailleurs, qu’elle est demeurée toujours Vierge).
Et caetera.

Déviation dans le sens protestant

• Ils le disent :

La définition de la Messe donnée par l’article 7 était plus que protestante. On a dû la modifier mais rien n’a été changé à ce qu’elle décrivait.
La Messe Nouvelle est considérée, à la différence de la Messe traditionnelle, comme « œcuménique ». Un évêque, Mgr Elchinger de Strasbourg, va même jusqu’à permettre sa célébration à la fois par un pasteur et un prêtre catholique. Le principal auteur de la nouvelle liturgie, s’autorisant d’un petit membre de phrase glissé dans le solennel début de la
Constitution conciliaire : « Tout faire pour favoriser l’union liturgique de tous ceux qui croient au Christ », affirme, à propos de la modification des Grandes Oraisons du Vendredi Saint, que son but est d’éviter de faire la moindre « ombre » de « déplaisir » aux frères séparés.

• Nous le constatons :

sur les trois points principaux qui nous distinguent des Protestants

1°) la présence réelle substantielle du Corps et du Sang du Christ sous les espèces de pain et de vin, jusqu’à la moindre parcelle et à la moindre goutte,
2°) la Messe-Sacrifice renouvellement réel de l’oblation sacrificielle du Christ sur la Croix,
3°) la nature du sacerdoce.

• LA PRÉSENCE RÉELLE

Bien qu’il s’agisse d’une particularité du rite romain, adoptée seulement par les Maronites, la formule de consécration du vin comporte une incise : Mysterium fidei. Elle a été transférée par le Nouvel Ordo après la Consécration et orientée vers une autre pensée que le miracle eucharistique. D’où, disparition d’une affirmation claire de la transsubstantiation vi verborum par la vertu des paroles consécratoires.

Que cette incise ne figure pas dans le récit de la Cène est une raison de plus de la maintenir, car elle empêche que les divines paroles soient prononcées comme celles d’un simple récit, ainsi que font les Protestants. Elle rappelle en outre, au cœur de la Messe, que celle-ci ne consiste pas dans la seule récitation des formules évangéliques. Ce qui les entoure et les accompagne, dans toutes les liturgies et depuis toujours, a pour but de les développer et d’en fixer le sens, peu importe que ce soit avant, pendant ou après (selon toutes les traditions eucharistiques). Les paroles évangéliques qui expriment la transignification ou la transfinalisation revêtent maintenant la même importance que les paroles proprement consécratoires : ce qui n’est pas un moyen de mettre celles-ci en valeur, comme la Messe traditionnelle le fait. Diminution, au-delà du minimum nécessaire, des gestes de respect et d’adoration ainsi que de la solennité qu’exige la présence réelle.

En liturgie, les paroles ne sont pas tout : leur sens est accusé par ce qui se voit et se ressent. L’Eglise romaine, dans le souci d’inculquer la conviction de la divine Présence, a, par sa tradition vivante assistée du Saint-Esprit, organisé tout un cérémonial de la communion.
Elle est allée jusqu’à consacrer les doigts du prêtre, à interdire aux fidèles de toucher la Sainte Hostie. Or, on communie maintenant même sans agenouillement préalable devant Celui qui voit devant Lui fléchir tout genou au ciel, sur la terre et dans les enfers. La communion est distribuée par des laïcs ; on reçoit l’hostie dans les mains, quand on ne se sert pas soi-même. Plus d’égards aux parcelles qui peuvent s’échapper…

• LA MESSE SACRIFICE

Il n’est plus guère question du « Saint Sacrifice de la Messe ». On ne parle que de Cène, de repas fraternel, de partage. Le mot même de sacrifice a disparu de la prière eucharistique 2, la plus fréquemment employée.

L’Offertoire avait tendu à préparer très fortement au Sacrifice, puisque nous devons, sous le symbole de nos offrandes, nous mettre en état de nous associer à l’oblation sacrificielle du Christ. Considéré comme à rejeter par Luther, l’Offertoire a été maintenu mais il est orienté vers un « repas ». L’oblation sacrificielle n’est plus guère, quand on en parle encore, qu’un « aspect » de la Messe, alors que le Concile dogmatique de Trente la déclare son essence même. Par son oblation sacrificielle, renouvelée à chaque Messe (d’où l’importance de chaque Messe, même privée, et de leur multiplication nécessaire, à l’encontre de la pratique concélébrationniste), Notre Seigneur se rend présent pour nous associer à son offrande totale (holocauste) à son Père. Ce faisant, il affirme la dépendance filiale et éternelle qui le constitue – et le constitue seul – comme Personne au sein de la Trinité. Il exerce à la Messe, comme Verbe incarné, sa divine filiation, afin que nous associant à Lui, nous puissions devenir en Lui, par Lui, avec Lui, fils adoptifs de son Père, lui rendant grâce et honneur comme il convient à sa divine Majesté ; afin, aussi, que sa vie divine nous soit communiquée.

Par son oblation sacrificielle, summum de l’obéissance filiale à la Volonté de son Père, il a réparé la faute des premiers parents qui ont voulu, par orgueil, s’égaler à Dieu et sont tombés dans la déchéance, eux et leur descendance. Par la Messe – pourquoi ne le dit-on plus dans la prière de l’Offertoire ? – « ce qui avait été créé merveilleusement est recréé plus merveilleusement encore ». Et cela par le rachat de nos fautes, par un sacrifice vraiment propitiatoire – terme qui a encore disparu – par une célébration toute imprégnée d’humilité, attendant tout de la miséricorde infinie du « Père très clément ». Qu’est-ce donc que la Communion sinon la communication de la vie divine ? Telle est l’affirmation du chapitre VI de saint Jean. Et rien ne convient mieux que la formule si profondément théologique et évangélique du prêtre : Corpus D.N.J.C. custodiat animam tuam in vitam aeternam. Pourquoi l’a-t-on abandonnée?

• LA NATURE DU SACERDOCE

Le prêtre catholique est d’abord et essentiellement l’homme de la Messe. C’est là qu’il agit, comme au tribunal de la pénitence, en exerçant le pouvoir sacerdotal du Christ. Pour affirmer cette distinction d’avec les laïcs baptisés, la Messe traditionnelle, rejetée par les Protestants qui font du prêtre un simple ministre exerçant le même sacerdoce que les fidèles, tient à ce que cette distinction se voie, se sente, se manifeste, car tel est le caractère de la liturgie. Eh bien, de la Messe Nouvelle, ont été éliminées toutes les prières où le prêtre utilise la première personne : le Suscipe sancte Pater de l’Offertoire et le Placeat final. On est
allé jusqu’à lui refuser l’ Introibo ad altare Dei! Si l’ Orate fratres et le Suscipiat qui suivent ont conservé la distinction d’avec les fidèles, la « traduction – trahison » que l’on en a faite supprime toute distinction. Le prêtre ne récite plus de confiteor personnel, à part ; ni son propre Domine non sum dignus. Quant au Dominus vobiscum, si archaïque qu’il était insupprimable, il n’accuse, de soi, qu’une simple « présidence » et ne peut, par conséquent, causer la moindre ombre de déplaisir aux Protestants. Rien n’empêche, dans ces conditions, d’en arriver, comme cela se fait, hélas, à la récitation commune de la Prière eucharistique par le prêtre et les fidèles. Cette pratique est la négation même du sacerdoce catholique et, partant, de la Messe elle-même en tant qu’essentiellement sacrificielle. Il faut signaler ici quelque chose d’énorme et qui ne peut être qu’intentionnel chez les archéologistes qui ont composé le Nouvel Ordo Missae. La prière d’Hippolyte qui est devenue notre prière eucharistique n° 2 faisait rappeler au prêtre sa dignité propre de sacrificateur. Dans l’actuel contexte, malgré d’autres traditions eucharistiques, rien ne permet de le voir. Le célébrant parle au nom de tous les fidèles quand il dit : « Nous te rendons grâce car tu nous as choisis pour servir en ta présence ». Cette trahison est la signature d’un paraphe orgueilleux.
Tout n’est pas dit dans cette présentation de ce que la Messe de Mgr Bugnini a de nouveau, ainsi que son Missel. Dans les perspectives indiquées, il y a beaucoup à découvrir. Car il s’agit d’une mentalité nouvelle, nullement compensée par les « enrichissements » dont certains croient devoir parler, en ne faisant pas obstacle à des dangers qui ne peuvent à l’usage que s’aggraver.

À supposer qu’une Messe « œcuménique » pourrait être permise, il n’y avait pas à interdire celle qui a été consacrée par saint Pie V pour parer à toute contamination et aussi à toute fantaisie individuelle (saint Vincent de Paul disait en 1659 : « Ah! si vous aviez vu la diversité de la Messe, il y a 40 ans, elle vous aurait fait honte… J’étais une fois à Saint-Germain, où je remarquai sept ou huit prêtres qui dirent la Messe tous différemment »).

Par l’interdiction de la Messe de saint Pie V, la rupture avec la
tradition des siècles est consommée.
Le Père Congar vient d’écrire : « Avec une masse de Catholiques, je dis qu’on devrait laisser ceux qui le veulent célébrer selon l’ordo de saint Pie V, s’ils n’en faisaient pas un cheval de bataille contre la réforme liturgique approuvée par l’autorité pastorale ». Ce « si » est de trop; il est de plus parfaitement étrange, car la garde et l’intégrité de la foi n’est pas seulement le premier devoir de « l’autorité pastorale » mais elle incombe aussi à tous les Catholiques : omnibus orthodoxis atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus.

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