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Jean-Paul II et le sacerdoce. (4)

publié dans la doctrine catholique le 26 juillet 2013


Lettre de JP II aux prêtres
Jeudi Saint 2002

N°1- Dans le Premier paragraphe de cette lettre, le Pape, comme très souvent dans ses lettres du Jeudi Saint, invite les prêtres « à la table du Cénacle » et leur rappelle, pour s’en émerveiller, le geste du Seigneur : là, « le Seigneur Jésus célébra avec les Apôtres la première Eucharistie ». Il en profite pour rappeler la doctrine professer par l’Eglise sur l’Eucharistie citant le Concile de Trente : « Eucharistie, don fait à toute l’Église, don qui, bien que sous le voile sacramentel, le rend présent «vraiment, réellement et substantiellement» (Conc. de Trente, DS 1651) dans chaque tabernacle et sous toutes les latitudes ». Face à ce mystère extraordinaire, l’Eglise « s’incline en adoration ». Et faisant allusion aux « élévations spirituelles des saints » devant ce sacrement, le pape dit aux prêtres que l’Eglise « se recueille en une effusion intime de foi et d’amour ».Voilà les attitudes et sentiments qui doivent les animer, eux aussi !

Dans ce Ier § de cette lettre du Jeudi Saint de l’an 2002, le pape ne confesse pas seulement le mystère de la Transubstantiation, il rappelle que cette « Eucharistie » est aussi le « Sacrifice » du Seigneur : « l’acte suprême de son sacrifice » et que le Seigneur a confié une « tâche spécifique » aux Apôtres et à leurs successeurs : perpétuer « le repas sacrificiel du corps et du sang du Seigneur » en agissant in persona Christi. Cette fonction sublime montre la grandeur du sacerdoce : « Quelle vocation merveilleuse est la notre », dit le pape. Le prêtre ne peut pas ne pas vivre en action de grâce.

Je peux dire que le pape n’oublie jamais, dans ses lettres du Jeudi Saint, de rappeler aux prêtres cette idée fondamentale sur leur sacerdoce. Le prêtre est ordonné au Sacrifice eucharistique. En lui, il trouve sa raison d’être. Voilà l’enseignement du pape sur le sacerdoce, sans cesse rappelé.

N°2 Cette année, le pape veut revenir sur un sujet qu’il a déjà abordé en 2001 : le sacrement de pénitence qu’il appelle « le sacrement de réconciliation ». Ce sera l’objet de cette lettre. « Je veux parler de la mission que le Seigneur nous a donnée de le représenter non seulement dans le Sacrifice eucharistique, mais aussi dans le sacrement de la Réconciliation ». Vous noterez l’emploi du très beau verbe : « le représenter ». Le prêtre est le « représentant » du Christ. Il le représente non seulement dans le « sacrifice eucharistique », mais également dans « le sacrement de pénitence ».

Du reste, entre ces deux sacrements, dit le pape « il existe un lien intime ». Il reprend une thèse thomiste : « tous les sacrements d’écoulent de l’Eucharistie et conduisent à elle ». Ils conduisent à elle : le sacrement de baptême, par exemple, nous faisant « Temple de Dieu », nous ordonne à l’Eucharistie. Il en est de même du sacrement de pénitence : il nous permet de recevoir le Corps et le Sang du Seigneur dans un cœur purifié qui vit « dans la pleine communion de l’Église», répète le pape avec le catéchisme de l’Eglise catholique « C’est la ligne indiquée d’une manière péremptoire par l’Apôtre quand il écrit aux Corinthiens: «Celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit indignement, mange et boit son propre jugement ne discernant pas le Corps et le Sang du Seigneur» (1Co 11,27-29). Le principe selon lequel «celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion» (CÉC, n.1385) est, conclut le pape dans la ligne de cette monition paulinienne ».

N°3 Aussi le pape ne craint-il pas de consacrer cette lettre du Jeudi Saint 2002 à ce sujet : « je ressens, mes chers Frères dans le sacerdoce, le désir de vous inviter chaleureusement, comme je l’ai déjà fait l’an dernier, à redécouvrir personnellement et à faire redécouvrir la beauté du sacrement de la Réconciliation ». La pratique de ce sacrement étant trop oubliée, il n’ pas craint aussi de convoquer un Synode sur ce thème et d’en reprendre les réflexions dans son exhortation apostolique « Reconciliatio et poenitentia » auquel il renvoie. Oui, Il faut faire« redécouvrir » la beauté de ce sacrement, et cela est d’autant plus urgent et nécessaire qu’il y a aujourd’hui en raison « du rythme frénétique de la société technologique », une « exigence de communication personnelle » évidente. Voilà ce à quoi répond ce sacrement. Il met « le pénitent en rapport avec le cœur miséricordieux de Dieu à travers le visage amical d’un frère ». Où trouver une meilleure « communication personnelle » ? C’est ainsi que sacrement correspond « à un besoin profond et indéracinable du cœur humain ». Voilà la sagesse de Dieu en la riche diversité de ses dons et de ses sacrements.

Et fort de cette idée que le sacrement de pénitence correspond à ce besoin de « communication personnelle » inhérent à tout homme, le pape ne craint pas de rappeler que la forme ordinaire de l’administration de ce sacrement doit être la célébration personnelle. C’est logique. L’idée est bien introduite : « Je voudrais redire à ce sujet que la célébration personnelle est la forme ordinaire de l’administration de ce sacrement, et que c’est seulement en «cas de grave nécessité» qu’il est légitime de recourir à la forme communautaire de la confession avec absolution collective. Les conditions requises pour ce genre d’absolution sont bien connues, avec rappel en tout cas que l’on ne peut jamais se dispenser de recourir ensuite à la confession individuelle des péchés graves, ce que les fidèles doivent avoir le propos de faire pour que l’absolution soit valide (cf. CÉC, n.1483).

N°4. Même si, comme dans tout sacrement, le sacrement agit ex opere operato, dans ce sacrement, plus que dans tout autre sacrement, le ministre, rappelle le pape, doit coopérer plus spécialement à l’œuvre divine. Voilà pourquoi, le pape, après avoir rappelé ce point de doctrine conclut : « Dans la célébration de ce sacrement, plus encore peut-être que dans d’autres, il est important que les fidèles fassent une expérience vivante du visage du Christ Bon Pasteur ». Mais c’est cela qu’est le prêtre dans son confessionnal. C’est pourquoi le pape va rappeler toutes les belles paraboles évangéliques où éclate la miséricorde divine. –C’est d’elles que devra vivre le prêtre – Tout d’abord, il rappelle celle de l’enfant prodigue. Là il parle de « la touchante rencontre de l’enfant prodigue avec le Père des miséricordes » ; celle de la « brebis perdue et retrouvée que le Pasteur, tout joyeux, porte sur ses épaules ». Le pape conclut : « Le baiser du Père, la joie du Bon Pasteur, chacun de nous, chers Confrères, doit en témoigner au moment où l’on nous demande de nous faire, pour un pénitent, les ministres du pardon ».

Mais le pape insiste surtout sur la rencontre à Jéricho entre Zachée et le Christ en le récit de saint Luc Lc 19 1-10. C’est ce récit qui résume le mieux « ce colloque très spécial de salut qu’est la confession sacramentelle » : « Il me semble en effet que ce qui se passe entre Jésus et le «chef des publicains» de Jéricho ressemble, sous divers aspects, à une célébration du sacrement de la miséricorde ». « En suivant ce récit, bref mais si intense, nous voulons scruter en quelque sorte, dans les attitudes et dans la voix du Christ, toutes les nuances de sagesse humaine et surnaturelle que nous devons, nous aussi, chercher à exprimer pour que le sacrement soit vécu dans les meilleures conditions ».

Le pape analyse ce récit en son § 5 et suivants :

N°5 : Cette rencontre entre Zachée et le Christ est présentée presque comme « un fait du hasard » et du côté de Zachée, comme une simple curiosité : « Mais les rencontres de Dieu avec l’homme ont justement l’apparence du hasard. Mais rien n’est «dû au hasard» de la part de Dieu ».

Le pape en profite pour analyser les raisons qui poussent les pénitents à s’approcher de Dieu dans les sacrements. Il analyse plusieurs cas:
ils le font bien souvent d’une manière superficielle ».
Certains fidèles viennent se confesser sans même bien savoir ce qu’ils veulent ».
« -Pour certains d’entre eux, le choix d’aller se confesser peut être dicté par le seul besoin d’être écoutés. Pour d’autres, par l’exigence d’avoir un conseil. Pour d’autres encore, par la nécessité psychologique de se libérer de l’oppression des «sentiments de faute». Pour beaucoup, il y a le besoin authentique de rétablir un rapport avec Dieu, mais ils se confessent sans prendre suffisamment conscience des engagements qui en découlent, faisant au besoin un examen de conscience très réducteur, par manque de formation sur les implications d’une vie morale inspirée par l’Évangile ».

Quel confesseur n’a pas fait cette expérience?

« Eh bien, c’est précisément le cas de Zachée ». Aussi ne faut-il pas se décourager et garder sur chaque pénitent ce regard du Christ, celui qu’il eut sur Zachée. La miséricorde entoure chaque pénitent comme Zachée le fut: « Tout est étonnant dans ce qui lui arrive. S’il n’y avait pas eu, à un certain moment, la «surprise» du regard du Christ, il serait peut-être resté un spectateur muet de son passage dans les rues de Jéricho. Jésus serait passé à côté de sa vie, et non dans sa vie. Zachée lui-même ne se doutait pas que la curiosité qui l’avait poussé à un geste si singulier était déjà le fruit d’une miséricorde qui le précédait, qui l’attirait et bientôt le changerait au plus profond de son cœur ».

Aussi faut-il toujours revenir sur l’attitude du Christ que nous présente Saint Luc : « Mes chers Prêtres, en pensant à nos nombreux pénitents, relisons cette admirable indication de Luc sur l’attitude du Christ: «Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella: “Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison »» (Lc 19,5).

N’oublions pas que « nous sommes les instruments d’une rencontre surnaturelle qui a ses lois propres et que nous devons seulement respecter et seconder »

Il s’entend appeler par son nom. Ce nom était, pour beaucoup de ses concitoyens, chargé de mépris. Maintenant, il l’entendait prononcer avec un accent de tendresse, qui exprimait non seulement de la confiance, mais aussi de la familiarité et comme l’urgence d’une amitié. Oui, Jésus parle à Zachée comme à un ami de longue date, peut-être oublié, mais qui n’a pas pour autant renoncé à sa fidélité et qui entre donc avec la douce pression de l’affection dans la vie et dans la maison de l’ami retrouvé: «Descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison» (Lc 19,5).

N°6 : Il y a dans ce texte une urgence intrinsèque, par laquelle Jésus révèle définitivement la miséricorde de Dieu. Il dit: «Il faut que j’aille demeurer dans ta maison», ou, pour traduire encore plus littéralement: «Il est nécessaire pour moi d’aller demeurer dans ta maison» (Lc 19,5). Ainsi on voit que c’est la miséricorde qui a précédé cette scène. « Mais la miséricorde lui est déjà parvenue, offerte gratuitement et en surabondance. La miséricorde l’a précédé! » La pape fait alors cette réflexion profonde : « C’est ce qui se réalise dans toute rencontre sacramentelle. Nous ne devons pas imaginer que c’est le pécheur qui, par son chemin autonome de conversion, gagne la miséricorde. Au contraire, c’est la miséricorde qui le pousse sur le chemin de la conversion. Par lui-même, l’homme n’est capable de rien. Et il ne mérite rien. Avant d’être un chemin de l’homme vers Dieu, la confession est une irruption de Dieu dans la maison de l’homme.

Ainsi croyons le bien, nous dit le pape : « nos frères qui demandent notre ministère sont déjà enveloppés par la miséricorde qui les travaille de l’intérieur. Fasse le ciel que ce soit aussi à travers nos paroles et notre sens pastoral, en étant toujours attentifs à chaque personne, et capables d’en saisir les problèmes et d’en accompagner avec délicatesse le chemin, leur transmettant la confiance dans la bonté de Dieu, que nous réussissions à devenir des collaborateurs de la miséricorde qui accueille et de l’amour qui sauve! »

N°7. «Il faut que j’aille demeurer dans ta maison». Le pape interprète cette phrase, comme étant l’énoncé ou « l’annonce d’un projet prévu par Dieu ». Et d’une façon plus clair comme étant la loi de Dieu, les commandements de Dieu. « C’est pourquoi le rite du sacrement prévoit aussi que cette Parole soit proclamée au pénitent ». Mais il peut y avoir, sur ce sujet, reconnait le pape, soit méconnaissance, soit incompréhension soit refus de la part du pénitent. Voici alors un conseil pastoral que donne le pape : « Du reste, comment se cacher les difficultés objectives que la culture dominante de notre temps crée à ce sujet? Même des chrétiens mûrs sont fréquemment bloqués à cause d’elle dans leurs efforts d’harmonie avec les commandements de Dieu et avec les orientations explicites du magistère de l’Église, fondées sur les commandements. C’est le cas pour de nombreux problèmes d’éthique sexuelle et familiale, de bioéthique, de morale professionnelle et sociale, mais c’est aussi le cas pour des problèmes touchant les devoirs liés à la pratique religieuse et à la participation à la vie ecclésiale. Cela requiert un travail catéchétique qu’il n’est pas possible de faire peser sur les épaules du confesseur au moment de l’administration du sacrement. Il sera judicieux de chercher plutôt à en faire un thème d’approfondissement au cours de la préparation à la confession. Dans cette perspective, des célébrations pénitentielles préparées de manière communautaire et s’achevant par la confession individuelle peuvent être d’un grand soutien ». Quoi qu’il en soit en tout et pour tout : « Dans tous les cas, dit le pape, le confesseur ne manquera pas de mettre à profit la rencontre sacramentelle pour tenter de porter le pénitent à entrevoir de quelque manière la condescendance miséricordieuse de Dieu, qui lui tend la main, non pour le frapper mais pour le sauver ».

Mais n’oublions pas ; nous dit le pape que lorsque l’on reçoit le Christ à demeure, comme Zachée, on le reçoit comme un don, « alors l’aspect le plus exigeant de la loi acquiert la «légèreté» propre de la grâce, selon la dynamique surnaturelle qui faisait dire à Paul: «En vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi» (Ga 5,18). Toute célébration de la pénitence devrait susciter dans l’esprit du pénitent la même exultation de joie que les paroles du Christ provoquèrent chez Zachée, lequel «descendit rapidement et le reçut avec joie» (Lc 19,6).

N° 8. Mais le pardon, l’effet de la miséricorde, ne va pas sans la restitution, expression de la charité fraternelle C’est l’idée que va développer ensuite le pape dans la suite de son commentaire du récit de Zachée. « L’antériorité et la surabondance de la miséricorde ne doivent cependant pas faire oublier qu’elles sont seulement le présupposé du salut, qui parvient à son accomplissement dans la mesure où il trouve une réponse de la part de l’être humain. En effet, le pardon accordé dans le sacrement de la Réconciliation n’est pas un acte extérieur, une sorte de «régularisation» juridique, mais il constitue une vraie et propre rencontre du pénitent avec Dieu, qui rétablit le rapport d’amitié brisé par le péché ».

C’est ce qui se produit chez Zachée.

« Se sentant traité comme un «fils», il commence à penser et à se comporter comme un fils, et il le manifeste en redécouvrant ses frères. Sous le regard plein d’amour du Christ, son cœur s’ouvre à l’amour envers le prochain. D’une attitude de fermeture, qui l’avait porté à s’enrichir sans prendre en compte les souffrances d’autrui, il passe à une attitude de partage, qui s’exprime dans un vrai et réel «partage» de son patrimoine, de la «moitié de ses biens» aux pauvres. L’injustice perpétrée au détriment de ses frères par escroquerie est réparée par une restitution au quadruple: «Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus» (Lc 19,8). C’est seulement à ce moment que l’amour de Dieu parvient à son but et que le salut s’accomplit: «Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison» (Lc 19,9).

C’est l’occasion pour le pape de donner quelques conseils pastoraux aux prêtres pour bien exercer cette tache difficile du ministère de la confession. Qu’ils ne tombent pas dans le « rigorisme » ni dans le « laxisme » !.
Le rigorisme : Le premier ne tient pas compte de la première partie de l’épisode de Zachée: la miséricorde prévenante, qui pousse à la conversion et qui valorise aussi les plus petits progrès dans l’amour, car le Père veut faire l’impossible pour sauver le fils perdu. «En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu» (Lc 19,10).
Le laxisme : « Le second excès, le laxisme, ne tient pas compte du fait que le salut plénier, celui qui est non seulement offert mais reçu, celui qui véritablement guérit et relève, implique une vraie conversion aux exigences de l’amour de Dieu. Si Zachée avait accueilli le Seigneur chez lui sans parvenir à une attitude d’ouverture à l’amour, à la réparation du mal accompli, à un ferme propos de vie nouvelle, il n’aurait pas reçu dans l’intimité de son cœur le pardon que le Seigneur, avec tant de prévenance, lui avait offert ».
Il faut faire bonne note de ces conseils. C’est à la fin du n° 8 : Il importe d’être toujours attentif à maintenir le juste équilibre pour ne tomber dans aucun de ces deux extrêmes. Le rigorisme écrase et éloigne. Le laxisme annule les effets d’une bonne éducation et crée des illusions. Le ministre du pardon, incarnant pour le pénitent le visage du Bon Pasteur, doit dans une égale mesure exprimer la miséricorde prévenante et le pardon qui guérit et pacifie. C’est en fonction de ces principes que le prêtre est mandaté pour discerner, dans le dialogue avec le pénitent, si ce dernier est prêt pour l’absolution sacramentelle. La délicatesse de la rencontre avec les âmes, dans un moment aussi intime et souvent douloureux, impose assurément beaucoup de discrétion. Sauf apparence contraire, le prêtre doit supposer que le pénitent, en confessant ses péchés, a une contrition authentique, avec le propos de s’amender. Une telle présomption sera fondée ultérieurement si la pastorale de la réconciliation sacramentelle sait préparer des documents opportuns, de manière qu’il y ait des moments de préparation au sacrement qui aideront chacun à mûrir en soi une conscience suffisante de ce qu’il vient demander. Il est clair toutefois que, là où à l’évidence le contraire apparaîtrait, le confesseur a le devoir de dire au pénitent qu’il n’est pas encore prêt pour l’absolution. Si celle-ci était donnée à celui qui déclare explicitement ne pas vouloir s’amender, le rite se réduirait à une pure illusion, il aurait même le goût d’un acte quasi magique, capable peut-être de susciter une apparence de paix, mais certainement pas la paix profonde de la conscience, garantie par le baiser de Dieu.
N°9. Toutes ces explications permettent de mieux comprendre, le pape y insiste, pourquoi le sacrement de pénitence doit garder cette « forme personnelle » puisqu’elle est de la rencontre personnelle avec Dieu: « la rencontre personnelle entre le confesseur et le pénitent est la forme ordinaire de la réconciliation sacramentelle, tandis que la modalité de l’absolution collective a un caractère exceptionnel ». « En effet, non seulement la forme ordinaire de la Réconciliation exprime bien la vérité de la miséricorde divine et du pardon qui en découle, mais elle éclaire la vérité même de l’homme dans l’un de ses aspects fondamentaux: l’originalité de chaque personne qui, tout en vivant dans un réseau relationnel et communautaire, ne se laisse jamais réduire à la condition d’une masse informe. Cela explique l’écho profond que suscite dans l’esprit le fait de se sentir appelé par son nom. Nous savoir connus et accueillis pour ce que nous sommes, pour nos qualités les plus personnelles, nous permet de nous sentir vraiment vivants. La pastorale elle-même devrait tenir cet aspect en plus grande considération, pour équilibrer avec sagesse les temps de rassemblement dans lesquels est soulignée la communion ecclésiale et les temps où se développe l’attention aux exigences des personnes prises individuellement. En général, les personnes attendent d’être reconnues et accompagnées, et c’est précisément à travers cette proximité qu’elles ressentent plus fortement l’amour de Dieu ».
Il ne faut pas oublier que le sacrement de la Réconciliation se présente comme un des parcours privilégiés de la pédagogie de la personne. « C’est ici que le Bon Pasteur, à travers le visage et la voix du prêtre, se fait proche de chacun, pour ouvrir avec lui un dialogue personnel fait d’écoute, de conseil, d’encouragement, de pardon. L’amour de Dieu est tel que, sans rien enlever aux autres, il sait se concentrer sur chacun. Celui qui reçoit l’absolution sacramentelle doit pouvoir ressentir la chaleur d’une telle sollicitude personnelle. Il doit faire l’expérience de l’intensité du baiser paternel offert au fils prodigue: «Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers» (Lc 15, 20). Il doit pouvoir écouter cette voix chaleureuse de l’amitié qui rejoint le publicain Zachée, l’appelant par son nom à une vie nouvelle (cf. Lc 19, 5).

N°10. Il est clair que le sacrement de pénitence, étant ce qu’il est, nous venons de le voir, il y a « nécessité d’une préparation appropriée du confesseur à la célébration de ce sacrement ». Une formation théologique est évidente. Et le pape de demander que l’on prenne « soin de tenir scrupuleusement à jour notre formation théologique, surtout au regard des nouveaux défis éthiques »,
En ce domaine que la lumière du prêtre soit le Magistère de l’Eglise : « tout en restant constamment enracinés dans le discernement du magistère de l’Église. Il arrive parfois, sur des questions éthiques d’actualité, que les fidèles sortent de la confession avec des idées plutôt confuses, entre autres raisons parce qu’ils ne trouvent pas chez les confesseurs la même ligne de jugement »
Et nullement les sentiments personnels : «En réalité, ceux qui accomplissent au nom de Dieu et de l’Église ce délicat ministère ont le devoir précis de ne pas cultiver, et plus encore de ne pas manifester dans le ministère sacramentel, des appréciations personnelles qui ne correspondent pas à ce que l’Église enseigne et proclame. On ne peut pas par amour manquer à la vérité au profit d’une compréhension faussée du pénitent. Il ne nous est pas donné d’opérer des réductions arbitraires, même avec les meilleures intentions. Il est de notre devoir d’être des témoins de Dieu, nous faisant les interprètes d’une miséricorde qui sauve même en se manifestant comme jugement sur notre péché. «Il ne suffit pas de me dire: “Seigneur, Seigneur!”, pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux» (Mt 7, 21).

On retrouve ici la position claire de Pie XI dans son encyclique sur le mariage.

N° 11. Le pape termine sa lettre par une évocation de la situation internationale particulièrement grave : « Nous ressentons avec angoisse la tragédie des divisions et de la haine qui dévastent les relations entre les peuples ». Mais la pire des angoisses du pape c’est l’infidélité des prêtres à leur vocation sacerdotale. Aussi lance-t-il un appel ardent à la fidélité : «Nous devons prier pour que Dieu, dans sa providence, suscite dans les cœurs une généreuse reprise de l’idéal de don total de soi au Christ qui est à la racine du ministère sacerdotal ».

Il termine sa lettre par cette belle réflexion : « C’est précisément la foi au Christ qui nous donne la force de regarder l’avenir avec confiance. Nous savons en effet que le mal est depuis toujours dans le cœur de l’homme, et que c’est seulement lorsque l’homme, rejoint par le Christ, se laisse «conquérir» par lui qu’il devient capable de répandre la paix et l’amour autour de lui. Comme ministres de l’Eucharistie et de la Réconciliation sacramentelle, nous avons à un titre tout à fait spécial la charge de répandre dans le monde l’espérance, la bonté, la paix.

Du Vatican, le 17 mars 2002, cinquième Dimanche de Carême, en la vingt-quatrième année de mon pontificat.
JEAN-PAUL II

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