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Le testament politique de Jean Paul II

publié dans regards sur le monde le 17 février 2011


Conférence donnée au Centre Saint Paul, le Mardi 15 février 2011 à 20h30 sur mon livre: « La politique de Jean-Paul II »

J’ai pris connaissance du livre de JP II « Mémoire et identité » publié chez Flammarion quelques jours avant son décès survenu le 2 avril 2005, lors de mon séjour vichyssois. J’avais été en effet accueilli dans une famille amie, à Vichy à mon retour du Canada et n’étais pas submergé de travail. Ce livre m’est tombé dans les mains, je ne me souviens plus comment. Mais je l’ai lu avec intérêt et attention prenant d’abord des notes. J’en ai écrit la grande partie alors que je me trouvais à Paris vers les années 2007-2008. J’en adressais les chapitres les uns après les autres à M Yves Chiron pour avoir son avis.

Mon attention fut attirée par les premiers chapitres du livre et principalement par le chapitre II, chapitre que le Pape intitulait « les idéologies du mal » qu’il nommait et décrivait, à savoir le national socialisme et le communisme qui ont perturbé le cours paisible de l’histoire des peuples tout le long du XXème siècle. Après en avoir défini la nature, les caractéristiques, Il cherche la cause de ces maux terribles et la trouve dans la philosophie des Lumières, plus précisément, dans la philosophie cartésienne, dans l’idéalisme, et ce, tant pour le National Socialisme que pour le Communisme. Aussi pour éviter, dit-il, que l’avenir connaisse de nouveau de telles dérives, – et nous en sommes menacés, nous dit-il, il pense évidemment en particulier à l’avortement, à l’euthanasie, il faut revenir à la philosophie de l’être, à la philosophie réaliste, à la philosophie thomiste. Cette considération me surprit et me plut…

J’ai poursuivi la lecture du livre avec d’avantage de curiosité. Je reste l’esprit ouvert sur les « choses » romaines et leurs évolutions, tout particulièrement sur la pensée du pape et de ses dicastères. On ne peut pas ne pas admettre, ne pas accueillir l’évolution d’une pensée, d’une action si cette évolution existe. Les choses, surtout les choses humaines, ne sont jamais immuables. Elles peuvent évoluer.

En était-il ainsi de la pensée du pape JP II ? Certes la réunion d’ Assise nous avait choqué et nous choque encore, 25 ans après, à juste titre, mais le support héroïque de sa maladie nous a édifié et nous a impressionné. Elle a ému la catholicité toute entière. Nul décès de pape ne fut suivi avec une telle ferveur, un tel concours de peuple. Cela a touché même les incroyants, les incrédules…Il faut savoir en prendre acte et adapter sa « critique » si nécessaire… « Santo subito » disait le peuple dans sur la place Saint Pierre.

De même, à sens inverse, on ne peut faire du « lefebvrise », disais-je à mes confrères du Conseil général de la FSSPX, lors du décès de Mgr Lefebvre…les choses changent, les événements aussi. Il faut suivre le cours des choses. Il faut être à notre tour réaliste, et pour nous et pour Rome.

Et de fait depuis quelques années, je constatais une « évolution » à Rome, une évolution de la pensée de JP II et plus particulièrement depuis l’année sainte de l’an 2000 , j’insistais, alors, auprès de mes confrères de la FSSPX sur la nécessité d’être attentifs et de saisir l’occasion, l’opportunité de normaliser notre situation canonique avec Rome, d’autant que Rome souhaitait ardemment une telle normalisation.

La preuve de ce désir romain ? Les contacts pris par le cardinal Castrillon Hoyos, dès l’an 2000, avec la FSSPX, le montraient parfaitement. Les accords conclus par Rome avec nos amis de Campos, avec Mgr Rangel le prouvaient également. L’atmosphère était nouvelle.

Les obstacles que connut Mgr Lefebvre dans ses relations avec Rome, petit à petit, disparaissaient. Garder la messe tridentine n’était plus un obstacle pour Rome, d’autant que le cardinal Castrillon Hoyos l’avait célébrée sur l’autel papal à Sainte Marie Majeur, le 24 mai 2003, chose absolument inouïe sous le pontificat de Paul VI. Ce que l’on n’avait même pas connu lors de l’Année Sainte. Là, tous les cultes, tous les rites catholiques d’Occident, d’Orient furent célébrés officiellement, on le fit remarquer, dans les basiliques romaines excepté le rite tridentin. Cependant la célébration de cette messe fut accordée aux pères brésiliens de Campos dès janvier 2001. Mais il y avait eu également les différents documents romains libéralisant l’usage, le retour de la messe tridentine, avec la lettre « Quattuor abhinc annos » de JP II, en 1984, le MP « Ecclesia Dei adflicta »en 1988 Et puis en 2007, nous venions de connaître cette reconnaissance officielle du rite romain, du rite de Saint Pie V par le Pape Benoît XVI, c’était son MP « Summorum Pontificum ». Il reconnaissait, ce que Mgr Lefebvre avait toujours affirmé que la messe de St Pie V n’avait jamais été interdite dans l’Eglise parce qu’elle ne pouvait pas l’être étant un rite multiséculaire.

N’était-ce pas là une formidable « évolution ».

Et c’est, dans cette atmosphère que le livre de JP II « Mémoire et Identité » fut publié et que j’en faisais la lecture et y réfléchissait. Ce livre, de 217 pages reprenait les conversations qu’Il eut, en l’été 1993, à Castel Gandolfo, avec deux de ses amis polonais, les professeurs Joseph Tischner et Krzystof Michalski, fondateurs de l’Institut des Sciences humaines à Vienne. Ils lui avaient proposé de « développer une analyse critique, du point de vue aussi bien historique que politique des deux dictatures qui ont marqué le XXème : le nazisme et le « socialisme réel » (le communisme). Les conversations furent enregistrées à ce moment. Elles furent transcrites par la suite. Lors de la rédaction de ce livre, le Saint Père « a estimé opportun d’élargir la perspective de son discours, tout en gardant le ton familier de la conversation ». Alors le pape abordera des problèmes plus contemporains. Le livre est divisé en cinq parties. Il aborde, donc, ce qu’il a appelle « les idéologies du mal », le terme est bien choisi., le National Socialisme, le Communisme…mais aussi, dans la foulé, il abordera le problème de l’avortement, de la destruction de la famille, vaste programme voulu par les sectes maçonniques. Il parlera de l’Europe, ce qu’elle est, ce qu’elle doit être, le drame qu’elle rencontre aujourd’hui avec le laïcisme ; puis les notions de démocratie, de laïcisme. Ce livre, publié quelques jours avant son décès, est vraiment son « testament politique ». D’où son intérêt.

Il fut donc publié dans cette période où l’on pouvait constater une certaine « évolution de Rome », évolution dans la liturgie, vous dis-je.

Mais aussi évolution concernant le jugement sur le Concile lui-même. Le Concile Vatican II n’était plus, considéré par Rome comme un bloc hermétique qu’il fallait recevoir dans sa totalité, ce qu’exigeait encore Mgr Benneli de Mgr Lefebvre. Il était possible d’en faire la critique. Rome, sur ce sujet, semblait évoluer depuis mai 1988, date de la rupture des négociations avec Mgr Lefebvre. La conférence que le Cardinal Ratzinger eut l’occasion de donner à l’épiscopat chilien en juillet 1988, juste après les sacres de 1988, le montrait également. Rome entrait dans une période nouvelle de réflexions théologiques. Les sacres faits par Mgr Lefebvre avait eu au moins cela de bon. Et le pape Benoît XVI concluait cette évolution, dans son fameux discours du 22 décembre 2005.

Une nouvelle « ère », oui, se dessinait à Rome, nouvelle « ère » pleine d’oppositions et de contradictions, peut-être, mais nouvelle « ère » tout de même. Aussi je me posais sincèrement la question : « N’y aurait-il pas – aujourd’hui – un désir de restauration dans la Sainte Eglise par les autorités, du moins certaines d’entre elles. Les chose humaines sont souvent complexes » ?

Et c’est dans cette atmosphère particulièrement positive que l’on pouvait lire sous la plume du pape, dans son livre « Mémoire et Identité » la nécessité de revenir, pour lutter contre les maux du siècle présent, à la philosophie pérenne, à la philosophie du réel. Il écrivait à la page 25 de son livre : « Si nous voulons parler de manière sensée du bien et du mal, nous devons revenir à Saint Thomas d’Aquin, c’est-à-dire à la philosophie de l’être ». C’était le langage commun des papes. C’est le langage également de JP II… que l’on présentait jadis pourtant comme un auteur « gangrené » par les philosophes idéalistes allemands. Quelle évolution !

Ce n’était peut-être qu’une seule affirmation, me direz-vous ! Non la lecture de « Mémoire et Identité » me montra qu’il n’en était rien. Les réflexions du pape dans ce livre étaient sur bien des sujets particulièrement profondes. Son analyse sur la liberté et la vérité en est la preuve évidente. Je vais en faire l’objet essentiel de mon propos. Aussi je pensais que cette analyse sur ce sujet : liberté-vérité, pourrait peut-être aider mes confrères de la FSSPX à s’intéresser eux aussi sinon à lire ce livre, du moins à reconnaître une évolution dans « les choses romaines ».

C’est ce constat, c’est cette intention qui me porta à écrire ce livre. Je le dis clairement dans les premières pages de mon livre :

« Je serais heureux si cette étude pouvait aider mes confrères de la FSSPX à aller de l’avant dans leur « dialogue » avec Rome. Mgr Fellay, dans un tout récent interview au journal « Le temps », au lendemain de la publication de sa lettre du 24 janvier 2009, après la « levée des excommunications » des évêques de la FSSPX, déclarait sur la crise de l’Eglise dont le « différent » l’oppose au Vatican, que: « Pour l’essentiel, cette crise est due à une nouvelle approche du monde, une nouvelle vue de l’homme, à savoir un anthropocentrisme qui consiste en une exaltation de l’homme et un oubli de Dieu. L’arrivée des philosophies modernes, avec leur langage moins précis, a amené une confusion dans la théologie ». Je crois qu’il a raison. Et Jean-Paul II ne lui donnerait pas tord. L’anthropocentrisme – c’est-à-dire l’« exaltation de l’homme corrélativement à l’oubli de Dieu » – est la grande préoccupation de Jean-Paul II. C’est le jugement qu’il porte sur le monde actuel. On le constatera dans de nombreuses pages de ce livre. C’est le formel de la pensée du pape » (p.8-9).

On remarquait également cette évolution dans les Encycliques publiés par JP II. Deux retenaient plus particulièrement mon attention ; son encyclique sur l’Europe et son encyclique sur l’Eucharistie.

Sur la Sainte Eucharistie : elle était intitulée « Ecclesia de Eucharistia »

Cette encyclique m’apparaissait comme « un acte historique ». Elle allait dans le bon sens, comme allait également dans le bon sens, le document de la Congrégation du clergé sur « le prêtre et la paroisse » signé par le cardinal Castrillon Hoyos et publié le 4 août 2002.

Elle était comme le signal, un autre signal d’un désir sincère et objectif de « restauration ». Certes, Il faut se méfier, mes confrères de Metzingen me prenaient pour un « utopique »…En effet, une hirondelle ne fait pas le printemps…mais une , mais deux, mais trois…Les choses, ainsi, devenaient plus clair, chaque année passant. Là, dans cette encyclique, le pape confesse « que, dans le renouveau liturgique post-conciliaire, « les ombres ne manqu(ai)ent pas »(‘n10). Il va les énumérer. Ce sont celles que nous soulignons dans le « Bref Examen Critique »

Il constate en effet qu’on a oublié la valeur sacrificielle de l’Eucharistie, transformant l’eucharistie en « une simple réunion conviviale ».C’est ce que nous n’avons cessé de répéter…

« Privé de sa valeur sacrificielle, dit-il, le mystère eucharistique est vécu comme s’il n’allait pas au delà du sens et de la valeur d’une rencontre conviviale et fraternelle » (n 10). Or Il veut corriger cela. Il le dit expressément : « j’espère que la présente encyclique pourra contribuer efficacement à dissiper les ombres sur le plan doctrinal et les manières de faire inacceptables afin que l’eucharistie continue à resplendir dans toute la magnificence de son mystère » (n10)
Le pape rappelle avec force le caractère sacrificiel de l’eucharistie. Il est clair que ce texte est une réponse à ceux qui ne voulaient faire de l’Eucharistie qu’une simple commémoraison et non une actualisation sacramentelle du mystère rédempteur de la Croix. « C’est le sacrifice de la croix qui se perpétue au long des siècles »(n11) de telle sorte que « le sacrifice du Christ et le sacrifice eucharistique sont, un unique sacrifice… Le même rendant présent le sacrifice de la cène »(n11) sans cependant » s’y ajouter ni le multiplier…la nature sacrificielle du mystère Eucharistique ne peut donc se comprendre comme quelque chose qui subsiste en soi, indépendamment de la Croix ou en référence seulement indirect au « sacrifice du calvaire ».(n12).
Dés lors « en vertu de son rapport étroit avec le Sacrifice du Golgotha, l’eucharistie est un sacrifice au Sens Propre ».
En effet on peut constater que le mot « sacrifice Eucharistique » revient sans cesse dans son texte. Il serait même intéressant de compter les fois où l’expression revient. Cette insistance est très notable… aussi notable qu’était dans « l’institutio généralis » l’insistance sur la notion du repas.

Et dans ce texte, le pape a aussi le désir de corriger « les ombres » en ce qui concernent le sacerdoce ministériel, nécessaire à la célébration de la messe et la sainte présence réelle du Christ dans l’Eucharistie.

Le désir de réforme de la part de JP II était donc clairement affirmé. Il écrivait : « il faut malheureusement déplorer que surtout à partir des années de la réforme liturgique post-conciliaire, en raison d’un sens mal compris de la créativité et de l’adaptation, les abus n’ont pas manqué et ils ont été des motifs de souffrances pour beaucoup »… Merci Très Saint Père… ! « Une certaine réaction « au formalisme » a poussé quelques uns… à estimer que les formes choisies par la grande tradition liturgique de l’Eglise et par son magistère ne s’imposaient pas et à introduire des innovations non autorisées et souvent de mauvais goût » (n52).

C’est dit. Et sous la plume du pape
Il fallait le dire
Et le pape concluait : « c’est pourquoi je me sens le devoir de lancer un vigoureux appel pour que, dans la célébration eucharistique, les normes liturgiques soient observées avec une grande fidélité. »n52 Qu’on se souvienne en fin – dit le pape- que « la liturgie n’est jamais la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant ni de la communauté dans laquelle les mystères sont célébrés » (n52). Et que « le respect des normes liturgiques est aussi une manifestation de l’amour du prêtre pour l’Eglise et de son sens ecclésial ». « L’obéissance aux normes liturgiques devrait être redécouverte » (n52).

Cet amour de la liturgie, le respect des règles, voilà ce que nous avions appris auprès de Mgr Lefebvre…De quoi se réjouir…et tout cela sous la plume du pape. Mgr Lefebvre était décédé en 1991. L’encyclique « Ecclesia de Eucharistia » était publié le 17 avril 2003. Quel chemin parcourut.

Oui les choses évoluaient. Je voulais le faire remarquer à mes confrères…Aussi lorsque j’ai lu le chapitre 2 de « Mémoire et identité » et que je vis cet appel du pape a la nécessité de revenir à une philosophie réaliste, thomiste pour retrouver le sens du bien commun en politique, raison du pouvoir politique, je me suis enthousiasmé…

Mais ce n’est pas tout, l’enseignement de JP II sur l’Europe qui constitue le chapitre 2 et 3 de mon livre m’a particulièrement intéressé. L’Europe, explique-t-il, est « christique » ou elle n’est pas, en ce sens que c’est le Christ qui en est la « Pierre angulaire ». C’est le Christ qui a fait de l’Europe ce qu’elle est.

Voyez la belle description qu’il en fait :

« Les pays de l’Europe occidentale ont une tradition chrétienne ancienne : c’est ici que la culture chrétienne a atteint ses sommets. Ce sont des peuples qui ont enrichi l’Eglise d’un grand nombre de saints. En Europe occidentale ont fleuri des œuvres d’art superbes : les majestueuses cathédrales romaines et gothiques, les basiliques de la Renaissance et du baroque, les peintures de Giotto, du bienheureux Fra Angelico, des innombrables artistes du XVe et du XVI siècles, les sculptures de Michel Ange, la coupole de Saint Pierre et la chapelle Sixtine. Y sont nées les sommes théologiques, parmi lesquelles se détache celle de saint Thomas d’Aquin ; ici se sont formées les plus hautes traditions de la spiritualité chrétienne, les œuvres des mystiques – hommes et femmes – des pays germaniques, les écrits de sainte Catherine de Sienne en Italie, de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix en Espagne. Ici sont nés les grands ordres monastiques, à commencer par celui de saint Benoît, qui peut certainement être appelé père et éducateur de l’Europe entière, les grands ordres mendiants, parmi lesquels les Franciscains et les Dominicains, jusqu’aux congrégations de la Réforme catholique et des siècles suivants, et qui ont fait et font encore tant de bien dans l’Eglise. La grande épopée missionnaire a tiré ses ressources avant tout de l’Occident européen, et aujourd’hui y surgissent des mouvements apostoliques magnifiques et dynamiques, dont le témoignage ne peut pas ne pas porter de fruits même dans l’ordre temporel. En ce sens, nous pouvons dire que le Christ est toujours la « pierre angulaire » de la construction et de la reconstruction des sociétés dans l’Occident chrétien. » (Mémoire et identité ».p. 62-63).

Et lorsqu’il reçut le prix Charlemagne, JP II citait l’enseignement de Pie XII. Je vous donne en annexe le beau discours de Pie XII qu’il prononça le 11 novembre 1948. Or dans son livre « Mémoire et identité » sur ce sujet de l’Europe, JP II moule sa pensée sur ce beau discours de Pie XII…Ce pape que l’on voulait oublier, que l’on ne citait plus…voilà que le pape JP II le nomme expressément dans un discours du 24 mars 2004: « Etant donné que le Saint Siège se trouve sur un territoire européen, l’Eglise possède des relations particulières avec les peuples de ce continent. C’est pourquoi, dès le début, le Saint-Siège a participé au processus d’intégration européenne. Après la terreur de la Deuxième Guerre mondiale, mon prédécesseur Pie XII de vénéré mémoire a démontré le profond intérêt de l’Eglise, en appuyant de façon explicite l’idée de la formation d’une « union européenne », en ne laissant aucun doute quant au fait que l’affirmation valable et durable d’une telle union exigeait de se référer au christianisme comme facteur d’identité et d’unité (cf Discours du 11 novembre 1948 à l’union des fédéralistes européens à Rome) »(p.59)
De quoi réjouir mes confrères de la FSSPX…s’ils acceptent d’y porter du moins quelque attention. Eux qui se disent à juste titre les « dévots » de Pie XII

Cet enseignement sur l’Europe chrétienne, faisant du Christ la pierre fondamentale de l’Europe, JP II ne l’a pas dit une fois mais mille fois. Il le reprenait dans son Encyclique « Ecclesia de Europa ».

Mais ce qui est surtout très intéressant dans la pensée de JP II c’est l’analyse qu’il fait de la décadence actuelle de l’Europe. L’Europe perd son âme parce qu’elle perd l’enseignent de l’Evangile, l’enseignement du Christ. Elle est gagnée par l’agnosticisme, le scepticisme, le nihilisme, elle sombre dans la désespérance parce qu’elle oublie son Christ, sa lumière.
Souvenez-vous de cette critique de l’Europe dans son Encyclique « Ecclesia de Europa » :

« (Les) Églises en Europe (sont) souvent tentées par l’obscurcissement de l’espérance. En effet, le temps que nous vivons, avec les défis qui lui sont propres, apparaît comme une époque d’égarement. Beaucoup d’hommes et de femmes semblent désorientés, incertains, sans espérance, et de nombreux chrétiens partagent ces états d’âme. Nombreux sont les signes préoccupants qui, au début du troisième millénaire, troublent l’horizon du continent européen, lequel, « tout en étant riche d’immenses signes de foi et de témoignage, et dans le cadre d’une vie commune certainement plus libre et plus unie, ressent toute l’usure que l’histoire ancienne et récente a provoquée dans les fibres les plus profondes de ses populations, entraînant souvent la déception ».14

Parmi les nombreux aspects, amplement rappelés aussi à l’occasion du Synode,15 je voudrais mentionner la perte de la mémoire et de l’héritage chrétiens, accompagnée d’une sorte d’agnosticisme pratique et d’indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d’Européens donnent l’impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont dilapidé le patrimoine qui leur a été légué par l’histoire. On n’est donc plus tellement étonné par les tentatives de donner à l’Europe un visage qui exclut son héritage religieux, en particulier son âme profondément chrétienne, fondant les droits des peuples qui la composent sans les greffer sur le tronc irrigué par la sève vitale du christianisme.

Certes, les prestigieux symboles de la présence chrétienne ne manquent pas dans le continent européen, mais avec l’expansion lente et progressive de la sécularisation, ils risquent de devenir un pur vestige du passé. Beaucoup n’arrivent plus à intégrer le message évangélique dans l’expérience quotidienne; il est de plus en plus difficile de vivre la foi en Jésus dans un contexte social et culturel où le projet chrétien de vie est continuellement mis au défi et menacé; dans de nombreux milieux de vie, il est plus facile de se dire athée que croyant; on a l’impression que la non-croyance va de soi tandis que la croyance a besoin d’une légitimation sociale qui n’est ni évidente ni escomptée.

8. Cette perte de la mémoire chrétienne s’accompagne d’une sorte de peur d’affronter l’avenir. L’image du lendemain qui est cultivée s’avère souvent pâle et incertaine. Face à l’avenir, on ressent plus de peur que de désir. On en trouve des signes préoccupants, entre autres, dans le vide intérieur qui tenaille de nombreuses personnes et dans la perte du sens de la vie. Parmi les expressions et les conséquences de cette angoisse existentielle, il faut compter en particulier la dramatique diminution de la natalité, la baisse des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, la difficulté, sinon le refus, de faire des choix définitifs de vie, même dans le mariage.

On assiste à une fragmentation diffuse de l’existence; ce qui prévaut, c’est une sensation de solitude; les divisions et les oppositions se multiplient. Parmi les autres symptômes de cet état de fait, la situation actuelle de l’Europe connaît le grave phénomène des crises de la famille et de la disparition du concept même de famille, la persistance ou la réactivation de conflits ethniques, la résurgence de certaines attitudes racistes, les tensions interreligieuses elles-mêmes, l’attitude égocentrique qui enferme les personnes et les groupes sur eux-mêmes, la croissance d’une indifférence éthique générale et de la crispation excessive sur ses propres intérêts et privilèges. Pour beaucoup de personnes, au lieu d’orienter vers une plus grande unité du genre humain, la mondialisation en cours risque de suivre une logique qui marginalise les plus faibles et qui accroît le nombre des pauvres sur la terre.

Parallèlement à l’expansion de l’individualisme, on note un affaiblissement croissant de la solidarité entre les personnes: alors que les institutions d’assistance accomplissent un travail louable, on observe une disparition du sens de la solidarité, de sorte que, même si elles ne manquent pas du nécessaire matériel, beaucoup de personnes se sentent plus seules, livrées à elles-mêmes, sans réseau de soutien affectif.

9. À la racine de la perte de l’espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l’homme comme « le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme. L’oubli de Dieu a conduit à l’abandon de l’homme », et c’est pourquoi, « dans ce contexte, il n’est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d’aborder la vie quotidienne ».16 La culture européenne donne l’impression d’une « apostasie silencieuse » de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas.

Dans une telle perspective prennent corps les tentatives, renouvelées tout récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l’apport du christianisme qui a marqué son développement historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l’apparition d’une nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l’Évangile et à la dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l’homme comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition de l’espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce que l’on peut appeler une « culture de mort ».17

Une telle pensée est d’un réalisme formidable, mais loin de décourager, est comme un stimulant à l’action évangélique. Ce qui devrait plaire à nos amis de la FSSPX.
Un tel enseignement réaliste, vrai, est au antipode de l’enseignement conciliaire «Gaudium et Spes ». Ce qui devrait donner satisfaction à nos amis de la FSSPX.

Mais dans « Mémoire et Identité », JPII a, sur ce sujet du déclin de l’Europe des phrases très profondes, aussi. Voici :

« Après la période du magnifique développement de l’évangélisation qui, au cours du premier millénaire, parvint à presque tous les pays européens, arriva le Moyen Age avec son universalisme chrétien : le Moyen Age d’une foi simple, forte et profonde ; le Moyen Age des cathédrales romanes et gothiques et des extraordinaires sommes théologiques. L’évangélisation de l’Europe semblait non seulement terminée, mais assez mûre sous tous les aspects : mûre non seulement dans le champ de la pensée philosophique et théologique, mais aussi dans le domaine des arts et de l’architecture sacrée, ainsi que dans le domaine de la solidarité sociale (association des Arts et des Métiers, confréries, hôpitaux…) »

« Toutefois, à partir de l’an 1054, cette Europe mûre, fut marquée par la profonde blessure du « schisme d’Orient ». Dans l’unique organisme de l’Eglise, les deux poumons avaient cessé de fonctionner : chacun d’entre eux avait même commencé à former presque un organisme à part. Cette division marqua la vie spirituelle de l’Europe chrétienne à partir du début du deuxième millénaire.

« Le début des temps modernes apporta de nouvelles fissures et de nouvelles divisions, cette fois-ci en Occident. La prise de position de Martin Luther marqua le début de la Réforme. D’autres réformateurs, comme Calvin et Zwingli, le suivirent. Dans cette même ligne, il faut aussi voir l’éloignement du Siège de Pierre de la part de l’Eglise dans les Îles britanniques. L’Europe occidentale, qui était un continent uni du point de vue religieux durant le Moyen Age, fit donc, au début des temps modernes, l’expérience de graves divisions, qui se sont renforcées au cours des siècles suivants. Il en découla des conséquences de caractère politique, sur la base du principe « cuius regio eius religio ». Telle la religion du Prince, telle celle du pays. Parmi les conséquences, on ne peut pas ne pas mentionner celle, particulièrement triste, des guerres de religion ».

« Tout cela fait partie de l’histoire de l’Europe et a pesé sur l’esprit européen, influant sur la vision de l’avenir, presque comme une préannonce des divisons ultérieures et des nouvelles souffrances qui se manifestaient au cours des temps »… « Le refus du Christ et en particulier de son mystère pascal – de la croix et de la résurrection – se dessina à l’horizon de la pensée européenne à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, dans la période des Lumières. Tout d’abord les Lumières françaises puis anglaises et allemandes. Dans leurs diverses expressions, les Lumières s’opposèrent à ce que l’Europe était devenue sous l’effet de l’évangélisation. Leurs représentants pouvaient être en quelque sorte assimilés aux auditeurs de Paul à L’Aréopage. La majorité d’entre eux ne refusaient pas l’existence du « Dieu inconnu » comme Etre spirituel et transcendant, dans lequel il « nous est donné de vivre et de nous mouvoir et d’exister (Act 17 28). Cependant les « illuministes » radicaux, plus de quinze siècles après le discours à l’Aréopage, repoussaient la vérité sur le Christ, le Fils de Dieu qui s’est fait connaître en se faisant homme, en naissant de la Vierge à Bethléem, en annonçant la Bonne Nouvelle et en donnant enfin sa vie pour les péchés de tous les hommes. De ce Dieu-homme, mort et ressuscité, la pensée européenne des Lumières voulait se défaire, et elle fit de nombreux efforts pour L’exclure de l’histoire du continent. Il s’agit d’un effort auquel de nombreux penseurs et hommes politiques actuels continuent de rester obstinément fidèles » (p. 117-118) ( op. p. 43-46).
Vous lirez bien d’autres citations dans mon livre qui expriment les mêmes pensées. Il conclut : « On pourrait malheureusement qualifier l’Europe, à cheval sur les deux millénaires du continent des dévastations ».
Comme toutes ses réflexions du pape JP II ne plairait pas à nos amis qui veulent faire du Christ le tout de leur vie ?

Mais plus encore, le pape JP II cherche le principe pour corriger ce drame qui touche l’Europe et les Patries, il le trouve dans le retour du Christ et de sa Loi. Et c’est à cette occasion que JP II va développer dans « Mémoire et identité » mais aussi dans d’autres discours, sa pensée sur « Démocratie et vérité », « liberté et vérité ».

Voilà ce que je voudrais considérer quelques instants.

Il ne faut pas séparer « démocratie » et «vérité », « liberté et vérité » parce qu’autrement, on pourrait entrer dans l’anarchie politique totale, dans l’anarchie intellectuelle mondiale.

Le Pape donna des considération sur ce sujet dans son discours à un groupe d’évêques des Etats-Unis en visite ad limina : « Nous arrivons au terme d’un siècle qui commença avec confiance avec la perspective, de la part de l’humanité, d’un progrès presque illimité, mais qui est en train de se conclure sous le voile de l’effroi et de la confusion morale. Si nous voulons un printemps de l’esprit humain, nous devons redécouvrir les fondements de l’espérance »

Mais quelle est la cause principale de cette situation d’« effroi et de confusion morale » et où doit-on redécouvrir en ce début de Troisième Millénaire « les fondements de l’espérance » ?

Où ? Dans ce lien intime et indéfectible qui relie ces deux termes : « liberté » et « vérité ».

A propos, justement, du concept de « liberté » et de ses constituants essentiels, Jean-Paul II a dit dans l’Encyclique « Evangelium vitae » :

« La liberté se renie elle-même, elle se détruit (…) quand elle ne reconnaît plus et ne respecte plus son lien constitutif avec la vérité. Chaque fois que la liberté, voulant s’émanciper de toute tradition et de toute autorité, se ferme même aux évidences premières d’une vérité objective et commune, fondement de la vie personnelle et sociale, la personne finit par prendre pour unique et indiscutable critère de ses propres choix non plus la vérité sur le bien et le mal, mais seulement son opinion subjective et changeante ou même ses intérêts égoïstes et ses caprices ».

C’est ce qu’il dit dans « Mémoire et Identité » lorsqu’il parle du National Socialisme et du Communisme et lorsqu’il parle du drame de l’avortement. On en arrive là parce que l’homme se prend pour la mesure de tout, oublieux de Dieu et de sa loi. Il dit expressément :

« Pourquoi tout cela arrive-t-il ? Quelle est la racine de ces idéologies de l’après-Lumières ? En définitive, la réponse est simple : cela arrive parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup la source de détermination de ce qui est bien et de ce qui est mal. On a aussi rejeté la notion de ce qui, de manière plus profonde, nous constitue comme êtres humains, à savoir la notion de « nature humaine » comme « donné réel », et à sa place, on a mis un « produit de la pensée » librement formée et librement modifiable en fonction des circonstances ». (p. 25)

JP II parle, nous l’avons vu, des « idéologies du mal ».

Elles sont doubles

-il y a « l’utopie totalitaire » : national socialisme et communisme. Ces deux formes n’existent plus, du moins en Europe et aux Amériques.

-mais il en existe une autre, c’est « l’utopie libertaire » de la liberté sans vérité. Et c’est cette seconde utopie, en revanche, celle de la liberté sans vérité, qui est malheureusement en phase d’expansion croissante dans le monde démocratique.

Celle-ci, qui a mûri dans le contexte philosophique du relativisme agnostique, a trouvé un puissant instrument législatif (et donc social et politique) dans le positivisme juridique. En effet, dans ce système – qui de façon explicite ou implicite nie les postulats de l’éthique naturelle – ce n’est pas la vérité objective qui assure la rationalité juridique et la légalité morale des lois ou des sentences, mais seulement la vérité relative ou conventionnelle, qui est le fruit pragmatique du compromis de l’État ou politique.

C’est pourquoi, Jean-Paul II mettait en garde lors de la Rencontre mondiale des Professeurs d’Université en l’an 2000 : « Il est urgent que nous œuvrions afin que le véritable sens de la démocratie, conquête authentique de la culture,(NDLR, ce jugement est discutable…) soit totalement préservé. Sur ce thème apparaissent en effet des dérives inquiétantes, lorsque l’on assimile la démocratie à une pure procédure, ou lorsque l’on pense que la volonté exprimée par la majorité suffit ‘‘tout court’’ à déterminer le caractère moral d’une loi. En réalité, ‘‘la valeur de la démocratie, se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu’elle incarne et promeut […] Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des ‘majorités’ d’opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d’une loi morale objective ».

En d’autres termes plus simples, on ne peut pas établir le vrai et le juste sur la seule opinion de la majorité. Je développe longuement ces idées dans le chapitre 7 de mon livre intitulé : « de la démocratie ». C’est une des grandes affirmations évoquées par JP II dans son livre « Mémoire et Identité »,

En effet, il faut constater avec Jean-Paul II que, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’agnosticisme religieux et le relativisme moral et juridique, fruits amers de l’immanentisme philosophique, ont façonné un modèle de société démocratique « malade », très largement matérialiste et permissive, détachée non seulement des vérités transcendantes sur le destin éternel de l’homme, mais également des exigences élémentaires de la morale naturelle. On pense à la dépréciation du mariage (NDLR que l’on tend à confondre avec les « unions de fait » également entre homosexuels), à la dissolution facile des liens matrimoniaux (couramment appelé « divorce-express ») et par conséquent à la fragilisation de la stabilité familiale, à la permissivité juridique ou de fait face à la diffusion de la violence et de la pornographie, de la drogue, des avortements, de l’euthanasie, des « manipulations génétiques aberrantes ». Fort justement, le Pape résumait cette situation par cette phrase lapidaire que nous avons citée un peu plus haut : « Nous arrivons au terme d’un siècle (…) qui est en train de se conclure sous le voile de l’effroi et de la confusion morale ».

Mais le propre de la pensée de Jean-Paul II, comme celui du Magistère de l’Église, est de ne pas se limiter à dénoncer le mal qui rôde sans offrir dans le même temps les remèdes nécessaires. Le remède c’est la puissance salvifique du Christ. C’est le seul remède possible contre l’utopie libertaire qui menace de faire dégénérer la coexistence humaine en une société sauvage.

Voilà l’argument du pape:

« Il ne peut y avoir de véritable culture démocratique sinon dans le respect de la « structure morale de la liberté ». Mais où les hommes (de quelque nationalité et tradition culturelle qu’ils soient) peuvent-ils trouver l’élément fondamental de cette culture universelle de la liberté ? JP II répond : dans la vérité. « La liberté possède une ‘‘logique’’ interne qui la qualifie et l’ennoblit : elle est ordonnée à la vérité et elle se réalise dans la recherche et la mise en œuvre de la vérité. Séparée de la vérité sur la personne humaine, elle se dégrade en licence dans la vie individuelle et, dans la vie politique, en arbitraire des plus forts et en arrogance du pouvoir. C’est pourquoi, loin d’être une limitation ou une menace pour la liberté, la référence à la vérité de l’homme – vérité universellement connaissable par la loi morale inscrite dans le cœur de chacun – est réellement une garantie de l’avenir de la liberté ».

Voilà par conséquent où Jean-Paul II identifie l’élément fondamental de la « structure morale de la liberté » : dans la « vérité » et plus concrètement dans une grande « vérité sur l’homme » autrement dit dans la loi naturelle.

C’est justement l’absence de ce respect de la loi naturelle – le Décalogue – qui est à l’origine de la dégradation, sur le plan culturel, de la civilisation, fruit de l’ « utopie libertaire » envahissante dans certains pays.

A travers la réaffirmation de cette « loi naturelle », l’humanité peut retrouver les raisons fondamentales de son espérance, et les démocraties « malades » peuvent guérir des maux sociaux qui les affligent. Il s’agit de sauver la liberté et donc la vérité pour retrouver l’espérance.

La loi morale naturelle.

En ce sens, Jean-Paul II a dit : « la loi naturelle, dans la mesure où elle réglemente les relations inter-humaines, vaut comme ‘‘droit naturel’’ et, comme telle, exige le respect de la dignité des personnes dans la recherche du bien commun. Une conception authentique du droit naturel, entendu comme protection de la dignité éminente et inaliénable de tout être humain, est garante de l’égalité et donne un contenu véritable aux ‘‘droits de l’homme’’ qui constituent les fondements des Déclarations internationales.(NDLR Cette affirmation est contestable. Elle fait l’objet de deux chapitres de mon livre intitulé « lorsque je pense Révolution ». Je démontre en m’appuyant sur le Père de Clorivière et Mgr Freppel que les différentes Déclarations des Droits de l’Homme, celle de 1789, 1793, 1948 ne reposent nullement sur le droit naturel voulu par Dieu, mais reposent, au contraire, sur la loi comme étant l’expression de la volonté générale, sans aucune référence à la loi de Dieu. C’est ce que, du reste, JP II. II le reconnaît lui-même. Il le dit dans de nombreuses pages de « Mémoire et Identité » ; il le dit même dans la suite de cette phrase.) Les droits de l’homme, en effet, doivent avoir pour référence ce que l’homme est par nature, en vertu de sa propre dignité, et non ce qui est l’expression de choix subjectifs faits par ceux qui jouissent du pouvoir de participer à la vie sociale ou par ceux qui obtiennent le consentement de la majorité » (Discours aux participants à l’Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la Vie, 27 février 2002),

JP II a dit aussi, très justement : « Les éléments constitutifs de la vérité objective sur l’homme et sur sa dignité s’enracinent profondément dans la recta ratio (NDLR. C’est la définition même de la loi selon Saint Thomas. La loi est l’expression de la recta ratio promulguée par l’autorité en charge du Bien Commun) dans l’éthique et dans le droit naturel : ce sont des valeurs qui précèdent tout système juridique positif et que la législation, dans un État de droit, doit toujours préserver, en les soustrayant à l’arbitraire des individus et à l’arrogance des puissants » (Discours aux participants au Symposium international « Evangelium Vitae et Droit », 23 mai 1996, n. 5)

C’est à cette seule condition, nous dit JP II dans « Mémoire et identité » que le régime démocratique pourra sauver la liberté et sortir du « risque de l’alliance entre démocratie et relativisme éthique », en respectant la loi naturelle : « Si après la chute des systèmes totalitaires, les sociétés se sont senties libres, presque simultanément est apparu un problème de fond : celui de l’usage de la liberté (…) Le danger de la situation dans laquelle l’on vit aujourd’hui consiste dans le fait que, dans l’usage de la liberté, l’on prétend faire abstraction de la dimension éthique, c’est-à-dire de la considération du bien et du mal moral. Une certaine conception de la liberté, qui trouve à présent un vaste écho dans l’opinion publique, détache l’attention de l’homme des responsabilités éthiques. Ce sur quoi l’on s’appuie uniquement aujourd’hui est la seule liberté. On dit : ce qui importe c’est d’être libres, détachés de tous remords ou de tous liens, afin de pouvoir agir selon nos propres jugements, qui en réalité ne sont souvent que des caprices. Cela est clair : un libéralisme de ce genre ne peut être qualifié que de primitif. Son influence est potentiellement dévastatrice »

Retenez bien ce jugement : « un libéralisme de ce genre ne peut être qualifié que de primitif, son influence est « potentiellement dévastatrice ». Quel est le disciple de Mgr Lefebvre qui ne pourrait pas signer une telle déclaration ? Je vous le demande bien.

Car la loi réellement juste ne peut pas reposer sur une vérité de convention ou d’opinion, mais doit nécessairement tenir compte de la vérité ontologique de la personne humaine : sa nature d’être, non pas uniquement animal et instinctif, mais intelligent, libre et possédant une dimension transcendante et religieuse qui ne peut pas être ignorée ou bafouée par la loi « positive ».

Autrement, le droit – même si on le dit démocratique et fondé sur une éthique publique – serait antinaturel, essentiellement immoral, et deviendrait l’instrument d’un fondamentalisme laïc, c’est-à-dire d’un ordre social totalitaire fort éloigné de la juste conception de la laïcité de l’État. Il n’y a pas de place ici pour le relativisme éthique, comme il n’y en a pas non plus pour défendre la légitimité d’un droit positif qui aurait divorcé de la morale, c’est-à-dire de cette « vérité sur l’homme » qui détermine les contenus et les limites de sa liberté.

Si on établit une dichotomie entre la démocratie et la vérité objective, alors « l’on peut et même l’on doit se demander si n’est pas ici à l’œuvre une nouvelle idéologie du mal, peut-être plus sournoise et cachée, qui tente d’exploiter, contre l’homme et contre la famille, jusqu’aux droits de l’homme eux-mêmes » ( Mémoire et Identité, op. cit).

Ce sont des paroles très fortes… Il ne fait aucun doute, en effet, que nous nous trouvons actuellement à un carrefour de l’histoire où est devenue particulièrement importante et urgente la nécessité de bien mettre au clair quelle est la réalité de la personne humaine, radicalement différente des autres êtres existant. Car cette question, rigoureusement philosophique, a les conséquences les plus graves et les plus décisives pour l’avenir de l’humanité : dans le domaine de la science et en particulier de la biologie et de la génétique, comme dans celui du droit, de la sociologie et de la politique.

Concluons : « l’espérance fondée d’un avenir de bien – plus juste et plus pacifique – pour l’Humanité, réside dans la redécouverte éthique et dans la protection juridique du lien étroit qui rattache ces deux termes inséparables « liberté » et « vérité ». Jean-Paul II nous engage à avoir le courage de la vérité. Sans ce courage, il ne pourra jamais y avoir de vraie culture de la liberté : cette liberté naturelle qui se fonde sur la dignité même de la nature créée de l’homme, et sur cette liberté plus haute – la liberté des fils de Dieu contre l’esclavage du péché et de la mort – que le Christ Rédempteur a conquise pour nous sur la Croix ». N’oublions pas aussi que la liberté n’est pas à l’origine mais à la fin de l’agir moral. On est d’autant plus libre qu’on est meilleur, dit Charles Maurras, et l’on est meilleur selon le respect que l’on porte au Décalogue, qui est la vérité sur l’être humaine, à la fois dans ses relations avec Dieu – les trois premiers commandements – et avec le prochain – les sept derniers.

Ces propos, qui résument mon livre « la politique de JP II » n’obtiendront peut-être pas leur but auprès de mes confrères, les encourager à normaliser une situation canonique en raison d’une réelle évolution du Pontife.

Toutefois elles ont touché dés maintenant d’autres cœurs, celui, particulièrement de Mgr Pozzo qui m’écrivait, le 27 janvier 2011 accusant réception de l’envoi de ce livre, ces paroles : « Vous avez eu la délicate attention de me faire parvenir un exemplaire de votre dernier ouvrage, « La politique de JP II, à quelques semaines de la béatification de ce grand Pontife.
Je vous remercie vivement pour ce geste qui a été apprécié. Vos pages mettent dans une juste lumière la pensée d’un Pape qui ne cessa de rappeler aux hommes que la dignité de leur existence s’enracine dans leur condition de créatures rachetées par le Christ. Dans cette perspective, vous souligniez avec raison que l’Europe ne peut avoir d’avenir qu’en reconnaissant ses racines chrétiennes et en trouvant la sève qui la fera grandir.
Formant le vœu que votre ouvrage aide ses lecteurs à développer une saine réflexion sur les grands principes de la pensée chrétienne, je vous prie d’agréer, Monsieur l’Abbé, l’assurance de mes sentiments cordiaux et dévoués ». Signé : Monseigneur Guido Pozzo.

Abbé Paul Aulagnier.

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