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Jean-Paul II et le sacerdoce (7)

publié dans la doctrine catholique le 30 juillet 2013


lettre de JP II aux prêtres
Le Jeudi Saint 1999

Il faut se souvenir, pour comprendre le sujet de cette lettre, qu’elle est écrite dans l’année qui précède l’année jubilaire de l’an 2000 et que cette année 1999, de par la volonté du pape, était « dédiée » au Père, comme l’année 1998, l’était à l’Esprit Saint et l’année 1997, au Fils. D’où le premier mot de cette lettre de 1999 : Abba, ( Père). l’ipsissima vox Iesu. Nous sommes en 1999.

Ici, dans cette lettre, le pape considère tout naturellement le Christ dans sa relation au Père. C’est aussi comme cela qu’il voit son œuvre rédemptrice : l’accomplissement de la volonté de son Père. D’où la très belle première phrase : « Dans cette invocation (Abba Père) se trouve contenu l’insondable mystère du Verbe incarné, envoyé du Père dans le monde pour le salut de l’humanité ». Voilà merveilleusement exprimée l’œuvre sacerdotale du Christ, « l’envoyé du Père dans le monde pour le salut de l’humanité ».
Voilà l’œuvre que tout prêtre doit accomplir aussi en union avec le Christ, grand prêtre. Je trouve qu’en une seule phrase, le pape présente merveilleuse la nature du sacerdoce. Sans partir cette fois, comme il le fera dans les lettres des années suivantes, des mystères, (eucharistie, sacerdoce), qui s’accomplissent au Cénacle pour parler du prêtre et le définir comme l’homme de l’Eucharistie et du sacrifice et de la sanctification, il part cette fois d’une manière plus abstraite : de la relation filiale du Christ avec son Père venant accomplir l’œuvre du Père. D’où la très belle phrase de synthèse de l’œuvre sacerdotale : « La mission du Fils de Dieu parvient à son achèvement lorsque, en s’offrant lui-même, il réalise notre adoption filiale et que, par le don de l’Esprit Saint, il rend possible pour tout être humain la participation à la communion trinitaire. Dans le mystère pascal, Dieu le Père, par le Fils dans l’Esprit Paraclet, s’est penché sur chaque homme, lui offrant la possibilité d’être racheté du péché et libéré de la mort ». Voilà l’œuvre sacerdotale. Voilà le prêtre.

N°1 : C’est sur cette œuvre sacerdotale que le pape va méditer dans ce § 1. Il voit cette action sacerdotale dans sa finalité : « conférer l’adoption filiale ». Il se fonde sur la parole merveilleuse de saint Paul : « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 4, 4-5).

Et le pape de commenter : « Dieu le Père envoie son Fils pour faire de nous, en lui, ses fils adoptifs. Dans le mystère pascal, Jésus réalise le dessein du Père en donnant sa vie pour nous. Le Père envoie alors l’Esprit de son Fils pour nous éclairer sur ce privilège extraordinaire: « Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père! Aussi n’es-tu plus esclave mais fils; fils, et donc héritier de par Dieu » (Ga 4, 6-7).

C’est donc bien « le Fils de Dieu qui, dans le mystère de l’incarnation et de la rédemption, a été le témoin historique de la paternité de Dieu: c’est lui qui nous a appris à nous adresser à Dieu en l’appelant « Père ». Lui-même l’appelait « mon Père », et il nous a appris à le prier avec le nom très doux de « notre Père ».

Voilà un aspect de l’action sacerdotale, sa finalité : enfanter des « fils de Dieu »

N°2 : Mais ce n’est pas tout. Suit alors en effet une méditation profonde et originale sur le « formel » de la rédemption et donc sur le « formel » de l’œuvre sacerdotale. Le pape lance cette grande méditation à partir de la notion de « temps ». Il dit : « Les grandes dimensions du temps! Si le temps est toujours un éloignement du commencement, à bien y penser il est simultanément un retour au commencement. Et cela est d’une importance fondamentale : en effet, si le temps était seulement un éloignement du commencement et si son orientation finale n’était pas claire — précisément le retour au commencement —, toute notre existence dans le temps serait privée d’une direction définitive. Elle serait privée de sens ».

Or précisément pour le pape, c’est le Christ « qui, traversant notre temps, va donner un sens à ce temps : « Le Christ, « l’Alpha et l’Oméga, [...] Celui qui est, qui était et qui vient » (Ap 1, 8), a conféré une direction et un sens au passage de l’homme dans le temps. Il a dit en parlant de lui-même: « Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père » (Jn 16, 28). Et ainsi notre passage est pénétré par l’événement du Christ. C’est avec lui que nous passons, allant dans la même direction que lui: vers le Père ».

Voilà, pour le pape, ce qui est le formel de l’action sacerdotale : nous unir au Christ, principe et fondement de tout, pour aller vers le Père.

Et cela est manifesté, comme en synthèse, dans le triduum pascal. Car « sa Pâque est notre Pâque » : un passage vers le Père : « Cela devient encore plus évident durant le Triduum pascal, les jours saints par excellence au cours desquels nous participons, dans le mystère, au retour du Christ vers le Père à travers sa passion, sa mort et sa résurrection. La foi nous assure, en effet, que ce passage du Christ vers le Père, c’est-à-dire sa Pâque, n’est pas un événement qui ne concerne que lui. Nous sommes appelés, nous aussi, à y prendre part. Sa Pâque est notre Pâque.

Ainsi donc, avec le Christ, nous cheminons vers le Père. Nous le faisons à travers le mystère pascal, en revivant les heures cruciales durant lesquelles, alors qu’il mourait sur la Croix, il s’exclama: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mc 15, 34), puis il ajouta: « Tout est consommé » (Jn 19, 30), « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Ces expressions évangéliques sont familières à tout chrétien, et particulièrement à tout prêtre. Elles rendent témoignage à notre vie et à notre mort. Au terme de chaque journée, nous redisons dans la Liturgie des Heures: « In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum », pour nous préparer au grand mystère du passage, de la pâque existentielle, quand le Christ, en vertu de sa mort et de sa résurrection, nous accueillera avec lui pour nous remettre entre les mains du Père céleste.

N°3. Le pape revient sur le formel de l’action sacerdotale du Christ qui fut de « révéler le Père ». Il a un très beau § sur ce thème : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 25-27). Oui, seul le Fils connaît le Père. Lui qui « est dans le sein du Père » — comme l’écrit saint Jean dans son Évangile (1, 18) — a rendu ce Père proche de nous, il nous a parlé de lui, nous a révélé son visage, son cœur. Au cours de la dernière Cène, à la demande de l’Apôtre Philippe « Montre-nous le Père » (Jn 14, 8), le Christ répond: « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe? [...] Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? » (Jn 14, 9-10). Par ces paroles, Jésus rend témoignage au mystère trinitaire de son éternelle génération comme Fils du Père, mystère qui constitue le secret le plus profond de sa Personnalité divine ».

C’est tout l’Evangile qui est une révélation continuelle du Père. Voilà l’objet de la prédication du prêtre : révéler le Père, sa mansuétude, sa bonté, son droit à l’obéissance…

C’est de fait la révélation du Christ : « Quand, à l’âge de douze ans, Jésus est retrouvé par Joseph et Marie dans le Temple parmi les docteurs, aux paroles de sa Mère « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? » (Lc 2, 48), il répond en se référant à son Père: « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? » (Lc 2, 49). Il a à peine douze ans, et il possède déjà une conscience lucide de la signification de sa vie, du sens de sa mission, toute consacrée de la première à la dernière heure « à la maison de son Père ». Cette conscience atteint son sommet au Calvaire, dans le sacrifice de la Croix, accepté par le Christ en esprit d’obéissance et de dévouement filial: « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. [...] Que ta volonté soit faite! » (Mt 26, 39.42). Et le Père, à son tour, accueille le sacrifice de son Fils, car il a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que l’homme ne meure pas, mais ait la vie éternelle (cf. Jn 3, 16). Oui, seul le Fils connaît le Père et c’est pourquoi lui seul peut nous le révéler ».

N° 4. Mais plus encore, ce formel de l’action sacerdotale qui se focalise sur le Père, sur la révélation du Père, implique également la louange du Père. Je veux dire : l’action sacerdotale n’est pas seulement révélation du Père, elle est aussi louange et action de grâce du Père. C’est la finalité même du sacrifice de la Croix. Rendre à Dieu le Père tout honneur et toute gloire. Cela s’exprime merveilleusement dans la liturgie et principalement dans la conclusion de la grande prière eucharistique : Per Ipsum et cum ipsum et in ipsum….omnis honor et gloria ».

Le pape écrit : « La doxologie par laquelle se conclut le Canon revêt une importance fondamentale dans toute célébration eucharistique. Elle exprime, en un certain sens, le couronnement du Mysterium fidei, du noyau central du sacrifice eucharistique, qui se réalise au moment où, par la puissance de l’Esprit Saint, nous opérons la conversion du pain et du vin en Corps et Sang du Christ, comme il le fit lui-même pour la première fois au Cénacle. Quand la grande prière eucharistique parvient à son sommet, c’est précisément à ce moment-là que l’Église, en la personne du ministre ordonné, adresse au Père ces paroles: « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire ». Sacrificium laudis! »

Rendre grâce à Dieu est un point fondamental de la prédication sacerdotale.

N°5 : Puis suit, dans notre liturgie eucharistique, le chant solennel du « Pater » : « Seigneur apprenez-nous à prier ». « Et Jésus pour la première fois, prononça les paroles qui devaient devenir par la suite la prière principale, et la plus fréquente, de l’Église et de tous les chrétiens, le « Notre Père ».

Et le pape commente cette merveilleuse prière en relation avec la Passion du Christ : « Le « Notre Père », récité par l’Église, prend tout son sens dans le cadre du sacrifice eucharistique. Chacune des invocations qu’il contient reçoit une lumière spéciale de vérité. Sur la Croix, le nom du Père est « sanctifié » au plus haut degré et son Règne est réalisé d’une manière irrévocable; dans le « consummatum est », sa volonté s’accomplit définitivement. Et n’est-il pas vrai que la demande « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi… » est pleinement confirmée par les paroles du Crucifié: « Père, pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34)? La demande relative au pain de chaque jour devient plus parlante que jamais dans la Communion eucharistique lorsque, sous l’espèce du « pain partagé », nous recevons le Corps du Christ. Et la supplique « Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal » n’atteint-elle pas son efficacité la plus grande au moment où l’Église offre au Père le prix suprême de la rédemption et de la libération du mal? »

N°6. Ainsi cette liturgie eucharistique qui permet aux prêtres et aux fidèles de « s’ immerger chaque jour dans le mystère de la rédemption » les fait « entrer toujours plus profondément dans la relation filiale du Christ avec son Père ». C’est bien le formel de l’action sacerdotale. Révéler le Père dans sa relation au Fils. Louer le Père, l’honorer grâce à la prière du Christ, surtout dans son sacrifice de la Croix qui est la grande prière du Fils.

Et le pape de conclure sur la finalité de l’action sacerdotale en écrivant cette forte phrase : que les prêtres « se convertissent pour convertir, autrement dit vivent intensément l’expérience de fils de Dieu, (ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi) pour que tout baptisé retrouve la dignité et la joie d’appartenir au Père céleste ».C’est la filiation divine.

N°7: Proclamons d’un seul cœur avec un sentiment de reconnaissance renouvelée:
ce « Per ipsum, et cum ipso, et in ipso,
est tibi Deo Patri omnipotenti,
in unitate Spiritus Sancti,
omnis honor et gloria
per omnia sæcula sæculorum. Amen!

Du Vatican, le 14 mars 1999, quatrième dimanche de carême, en la vingt et unième année de mon pontificat.

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