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Solidarnosc et le printemps des consciences françaises

publié dans regards sur le monde le 23 novembre 2013


« Il n’y a pas de sens de l’Histoire, il n’y a que celle que les saints écrivent avec    Dieu. Veillons à devenir des saints »

 

Solidarnosc et le printemps  des consciences françaises

 

 15 novembre 2013

 

Par Yves Meaudre, directeur général des Enfants du Mékong, Grand Prix des droits    de l’homme de la République française.

 

Il y a un an, le 17 novembre 2012, s’ébranlait le premier rassemblement de La Manif    pour tous. Le nombre de manifestants dépasse toutes les prévisions. Depuis lors,    la résistance au désordre moral provoqué par la transgression socialiste de trop    s’installe, tandis que la contestation populaire ne cesse de s’étendre. L’exemple    polonais de Solidarnosc peut-il guider le réveil des consciences françaises, de La    Manif pour tous à la Bretagne des Bonnets rouges ?

EN CE JOUR DE DECEMBRE, sur l’esplanade des Invalides, une énorme manifestation    rassemble les opposants à un coup de force gouvernemental qui prétend, une fois de    plus, faire le bonheur du peuple malgré lui. Nous ne sommes pas en 2012, mais en…     1981. Ce n’est pas l’État socialiste français qui suscite l’indignation, mais le    régime communiste polonais qui en quelques heures, venait de plonger le printemps    de Solidarnosc en hiver !

Cette manifestation se tenait à quelques pas de l’ambassade polonaise. Se mêlaient    dans une multitude de mouvements apparemment contradictoires, des anarchistes un    peu illuminés, des fervents défenseurs des droits de l’homme plutôt positivistes,    des idéalistes monarchistes. La matrice de ce mouvement improbable était catholique,    l’organisation était chrétienne et la masse des jeunes était d’Église.

Veillaient portant des cierges allumés sur cette immense place de notre capitale,    des groupes qui chantaient des hymnes sous les bannières du Sacré Cœur. Elles fraternisaient    avec les porteurs des drapeaux noirs anarchistes sans dieux ni maîtres, qui veillaient    eux aussi devant les bougies déposées en hommage aux internés du coup d’État !

En ce temps-là, un prêtre, le père André Vingt-Trois, bénissait les aventuriers qui    partaient aux aurores dans des convois improbables pour porter secours à nos frères    polonais.

C’était étrange et magnifique, déterminé et prophétique. Huit ans plus tard, le régime    le mieux armé du monde s’écroulait. La plus absurde et sanglante idéologie, le marxisme,    implosait sans un coup de feu. Cet événement, cette expérience, doit être notre modèle.

Comme notre sœur polonaise

Je n’ai pu m’empêcher de me remémorer ces heures extraordinaires lorsque j’ai vu    ces foules immenses descendre les grandes artères de Paris en janvier, en mars, en    mai. Des foules qui évoquaient chez moi l’innocence des familles où toutes les générations    s’étaient rassemblées pour dire non à un régime de plus en plus honni.

Les similitudes avec le soulèvement polonais étaient pour moi impressionnantes. J’ai    pourtant vu dans des pays totalitaires de magnifiques et d’héroïques soulèvements.    Au Vietnam, en Birmanie, en Thaïlande. Mais peu avaient cette parenté très puissante    entre le soulèvement polonais et le soulèvement français.

D’abord, ainsi que l’a dit justement l’un des principaux acteurs du mouvement de    cette année, Tugdual Derville, personne n’aurait pu prévoir une telle prise de conscience    qui a été spontanée, anarchique et foisonnante…

Pourtant, comme en Pologne, « cette spontanéité » a été le fruit d’un long mûrissement    souterrain , d’un travail non pas orienté vers une action politique, une mobilisation    physique qui se nourrirait des rapports de force, mais d’un travail de formation,    de prise de conscience dans les universités d’été, dans les cercles de réflexion    et dans une prière continue depuis plusieurs années.

On peut discuter à l’infini de la pertinence des actions montées par les activistes    pro life (les enchaînements dans les blocs opératoires, les chapelets devant les    hôpitaux), il n’empêche ! Cette attitude qui consiste à ne pas accepter la banalisation    du drame a entretenu une braise qui s’est enflammée le jour qui a plu à Dieu. Ces    gestes souvent héroïques et spectaculaires, que certains peuvent avoir jugé maladroits    voire contre-productifs, ont été exercés dans la solitude et l’incompréhension de    la plupart.

On peut être contre pour des raisons tactiques, on peut être pour parce que ces postures    témoignent d’une grande force d’âme et d’un grand amour des innocents sacrifiés,    il n’en reste pas moins qu’elles témoignent que jamais, jamais, les pratiques de    mort seront banalisés dans notre nation comme elles le sont partout ailleurs dans    l’Europe. Ceci est à rapprocher de l’audace courageuse des Homen qui, par leur provocation    spectaculaire comme à Roland-Garros, ont révélé au monde entier la révolte d’un peuple    contre une loi inique.

Oui, on peut discuter à l’infini la pertinence de tels actes. Troubler le déroulement    de ce qui n’est au fond qu’un sport pour un enjeu éthique considérable, appartient    à la force morale d’une jeunesse qui ne plie pas devant l’arbitraire. C’est cela    qu’il faut retenir. L’image a fait le tour du monde.

Tout commence avec un geste du cardinal Vingt-Trois, le 15 août. La consécration    des familles à la Vierge et son appel à la prière publique ont mis le feu à la mèche.    J’en suis convaincu. En lançant cet appel dans la France entière, l’archevêque de    Paris a eu une intuition très puissante, très forte. Il a renouvelé la consécration    de Louis XIII en actualisant les enjeux de notre nation. Il s’est substitué comme    defensor civitatis, malgré lui peut-être, à un pouvoir politique déficient. Exactement    comme le primat de Pologne a assuré l’autorité morale du politique lors de la présence    illégitime du pouvoir communiste.

D’un seul coup nous a été révélée l’extrême solitude des pouvoirs qui, aujourd’hui,    s’enferment dans leurs fortins, et la jeune génération catholique qui découvre que    la rue lui appartient. Aujourd’hui, c’est un peuple entier qui se rebiffe et un régime    qui s’isole.

L’aboutissement d’un travail de formation et de réseau

Quand nous discutions avec les têtes du mouvement Solidarnosc (Josef Tischner, Jacek    Machrovski, Marcin Frybes) nous découvrions que la puissance populaire qui avait    embrasé la Pologne avait été nourrie des années durant par les universités volantes    qui formaient les étudiants et l’élite ouvrière.

Des hommes comme le professeur Tischner, avaient beaucoup écrit et enseigné sur la    légitimité du travail, sur la justice de la liberté. Les sermons du père Popieluzko    sur la patrie comme bien commun ont abouti à son martyre. Ses homélies ont confirmé    les peuples qui venaient l’écouter en masse de la légitimité de leur vocation polonaise.

Les cours donnés d’un café à l’autre, de semaines en semaines, par le Pr Machrovski    sur l’histoire de la IIe république, rectifiaient la vérité auprès des jeunes générations    passionnées. L’affaire de Katyn avait été dévoilée bien avant sa reconnaissance par    le gouvernement russe,  le 26 novembre 2010 !

Les jeunes Polonais se passionnaient pour cette histoire interdite.

Et bien entendu, l’œuvre herculéenne de Jean Paul II a fait basculer ce régime omnipotent,    disqualifié, concussionnaire et amoral.

Le régime maîtrisait pourtant tout : l’éducation nationale contrôlait sans partage    les consciences de la petite enfance à l’âge adulte, les médias que les Polonais    apprenaient à décrypter avec humour (« Le Communisme est-il soluble dans l’alcool    ? »), la justice qu’il fallait éviter à tout prix (être justiciable, c’était être    condamné), la police qui au fur et à mesure des soulèvements commençait à douter    d’elle-même.

On verra les premières fractures du système lors de l’implantation de l’immense croix    sur la ville de Nowa Huta qui se voulait la ville sans Dieu, donc sans église. Des    masses de jeunes et leurs familles faisaient face aux forces de l’ordre dans une    héroïque posture de non violence. Les policiers refusèrent de charger la foule. Ils    enlevèrent leurs casques, jetèrent leurs boucliers. Certains même se signèrent !    L’évêque crosse en mains s’était interposé et tranquillement célébra sa messe. C’était    en 1977. Le pasteur s’appelait Karol Wojtyla !

En choisissant la date anniversaire du vœu de la consécration de la France par Louis    XIII à Notre Dame, le cardinal Vingt-Trois a agi avec la même autorité que l’archevêque    de Cracovie. Ce dernier incarnait l’unité de son peuple autour de la Vierge de Jasna    Gorà, en raison de la vacance d’un régime illégitime.

La prise de conscience d’une présence totalitaire

En France, sur un combat peut être encore plus eschatologique, puisqu’il engage la    nature même de l’homme, on a remarqué que l’unité du mouvement s’est fondée sur la    prière. Que les chefs aient connu des divergences, cela n’a eu aucune conséquence    sur la mobilisation des foules. Cette maturité est sans doute le premier signe de    charisme nouveau d’un peuple qui se lève. Les foules exigent l’unité. Les autres    charismes soulignent la même sagesse acquise : la diversité des milieux, des générations,    des cultures, un désembourgeoisement des comportements, tous font l’expérience du    témoignage de la rue.

L’audace aussi, avec la ténacité impressionnante d’une génération qu’on croyait zappeuse    et peu habituée à l’affrontement. La non-violence a impressionné les forces de police.    Les quelques voyous stipendiés par le ministère de l’Intérieur —comme hier en Pologne    les Zommos, sections spéciales des milices communistes chargées de provoquer les    manifestants — ont été vite repérés et évités.

Tous les régimes totalitaires utilisent les basses œuvres de ces unités très spéciales    pour dramatiser les situations et en rejeter la responsabilité sur les manifestants.    J’ai remarqué exactement les mêmes comportements avec la police vietnamienne qui    voulait réprimer les chrétiens venus défendre les biens de l’Église et l’archevêque    d’Hanoï il y a trois ans.

La maîtrise de la violence

La maîtrise de nos jeunes a désarmé moralement les représentants de l’ordre, particulièrement    les gendarmes. Beaucoup affirmaient aux jeunes embarqués, dans le déni du droit :     « Les ordres que nous recevons sont stupides, beaucoup le pensent mais cela vient    de très haut ! » Le syndicat de la police Alliance a évoqué l’article 432 du code    de procédure pénale pour ne pas appliquer des ordres réputés illégaux !

L’intelligence des jeunes manifestants, leur formidable intuition, s’est révélée    dans le choix déterminé de la non-violence comme axe structurant de la révolte. L’État    de type marxiste ne connait que la dialectique pour s’imposer. Il divise. L’enfermement    du président dans une attitude de plus en plus clivante n’est pas simplement dû à    un désarroi et à l’incompréhension des motifs de ce soulèvement, il est profondément    enfermé dans une vision marxiste et dialectique du pouvoir. De même ses ministres.

Avoir lâché des faux manifestants qui, sans subtilité, se badigeonnaient le tee-shirt    de croix gammées, trahissait jusqu’au ridicule leur incapacité à comprendre les dynamiques    qui portaient les foules. « Le Seigneur a endurcit le cœur de Pharaon » : la formule    est d’une cruelle actualité.

Un pouvoir totalitaire devient autiste. Il y avait cent pistes pour calmer le jeu,    pour désarmer cette jeunesse et cette foule, de l’objection de conscience des maires    à la proposition du pacte d’union civile ; toutes les options choisies ont été maximalistes.    Elles ont été exprimées avec un mépris écrasant et une violence morale irresponsable,    notamment lors des « consultations » parlementaires avec les religieux. Jamais des    hommes d’État n’auraient accepté de cliver à ce point le débat alors que l’enjeu    en faveur de la minorité d’une minorité n’apportait aucun profit à la nation. Alors    que des priorités aiguës et dramatiques s’imposaient au gouvernement.

C’est à la mesure de cet entêtement qu’on a pu évaluer le poids de l’idéologie au    pouvoir. Le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux ne comprenaient absolument    pas ce qui pouvait motiver le peuple français.

Le foisonnement des initiatives — les Veilleurs, les Sentinelles, les Homen, les    Mères Veilleuses, les Antigone, aujourd’hui, sous un autre registre, les Bonnets    rouges, oppose une intelligence de l’action comme une compréhension des enjeux que    l’État ignore ou méprise.

La transgression de trop

La contestation est immense car aujourd’hui, elle est partout. Et si elle s’exprime    comme une immense lame de fond, c’est parce qu’à l’origine, la transgression morale    gratuite s’est attaquée à l’innocence des enfants dont le droit le plus élémentaire    est d’avoir un père et une mère. Même pour ceux dont la vie affective est compliquée,    la famille reste la pierre angulaire d’une société.

Les entreprises françaises ne sont plus défendues, les licenciements tombent comme    la grêle, les impôts s’emballent, les jeunes enfants sont assommés de théories absurdes,    les frontières deviennent des passoires, l’insécurité monte en flèche, la substitution    voulue d’un peuple par les transferts de populations, un racisme de plus en plus    arrogant contre les Français qui aiment normalement leur pays, quand ce ne sont pas    les hommes chargés de dire la loi qui insultent les pères inconsolables du meurtre    de leur enfant, cela devient pour l’honnête homme — vir probus — tout simplement    odieux.

Ces Français très ordinaires qui vivent simplement de leurs efforts et de leur conscience    droite exigent simplement des ministres qu’ils soient compétents, au lieu de s’obstiner    dans des fantasmes idéologiques. Il est urgent en effet qu’on affronte les drames    sociaux de plus en plus choquants, de plus en plus concrets, de plus en plus prégnants.    La révolte des Bonnets rouges l’exprime violemment.

Cette condamnation unanime du personnel politique et du gouvernement peut être dangereuse.    Car autant la maîtrise des enjeux et des foules a été exemplaire lors des rassemblements    de la Manif pour tous de janvier à mai 2013, autant les manifestations qui se présentent    depuis cet été sont ambiguës et discutables. On y trouve le meilleur et le pire.    Mais il y a là le ferment d’une vraie révolution sur le modèle des printemps arabes    : une mobilisation sur des fondements hautement éthiques et cohérents associée à    des frustrations violentes et troubles. Le gouvernement le sait.

Culture marxiste

Comme sa culture est marxiste, il va jouer à fond les contestations internes, il    va pousser à la violence, exaltant la montée des egos et affoler le téléspectateur    avec l’étalage des exactions au J.T. du 20h. Le lancement de contre-manifestations    a sans doute fait pschitt, n’épargnant pas le ridicule des mobilisations et l’outrance    de leurs leaders (face aux Bonnets rouges, la CGT, FO et Mélanchon ont réuni à peine    deux cent personnes… ) mais il avère la volonté de l’État à opposer les antagonismes,    front contre front.

La classe dirigeante possède tous les pouvoirs, de l’éducation à la justice, des    médias à la totalité des chambres nationales ou régionales. Elle a conscience d’avoir    en face d’elle un contrepouvoir organique. Cela ne s’est jamais vu. Elle a voulu    intimider violemment et au mépris de la loi des jeunes comme Nicolas Bernard-Buss,    ou naguère des députés comme Christian Vanneste, condamné pour des propos idéologiquement    non-conformes.

Les Bonnets rouges ne sont pas apparus par hasard : leur révolte est l’expression    physique d’une prise de conscience collective face à un régime qui réagit comme une    bête blessée et dangereuse, prête à tout pour se maintenir. Les Français se rebiffent    très violemment lorsque le déni de liberté est si manifeste et le mépris de ses attentes    aussi flagrant.

« Où nous emmènent-ils ? »

Revenons en Pologne. Après la guerre, les Polonais ont d’abord essayé de survivre.    Après la terreur nationale-socialiste, il fallait revivre et apprivoiser un système    encore inconnu. Au Vietnam, on appelle cela « la stratégie du gruyère ». Chacun se    planque dans son trou et grignote pour survivre ce qui se trouve dans son environnement.    Puis, très vite, ce fût l’insurrection dite du “Juin de Poznan”. La force des Polonais    comme celle des Français qu’à tort on croit très gaulois, est que dans l’affrontement    ils sont unis.

En 2013, les Français prennent extraordinairement conscience qu’on veut les assécher    économiquement, culturellement, intellectuellement et spirituellement. Ils sont 80    % à rejeter un régime dont le chef ne recueille que 15 % d’opinions favorables [1].

Aujourd’hui, la révolte s’étend partout brisant des tabous séculaires.

Des paysans, des ouvriers unis à leurs patrons manifestent au coude à coude. On apprend    que des éleveurs de porcs voient des commandes de cantines scolaires annulées par    des communes qui préfèrent retirer cette viande condamnée par une religion plutôt    que d’avoir à gérer des conflits éventuels avec des imams intégristes. L’éleveur    breton découvre crument les conséquences d’un changement de culture consenti par    un État faible, ignorant, dépassé.

Aujourd’hui les Bretons se révoltent parce qu’ils constatent qu’un  État obstinément    socialiste vole à la rescousse de l’Internationale financière.

Il y a quelque chose de très profond et d’inquiétant dans cette révolte des Bonnets    rouges. Parce que le peuple breton possède l’histoire dans « ses tripes », c’est    son identité profonde qui a parlé. L’affaire des taxes imposées par Louis XIV pour    financer la guerre contre la Hollande (!) parle encore. Pour les petits marquis socialistes,    ces références ne sont que de ridicules nostalgies. La force des images en pays celte    est d’une très grande puissance. Pratiquant la Bretagne au quotidien je sais de quoi    je parle…

Autour de l’écotaxe, beaucoup plus qu’un impôt

La première est qu’une question qui passe pour relative peut être un facteur déclenchant    lorsqu’une population sent le mépris de ses dirigeants. Lorsqu’un million de personnes    dans les rues de Paris sont considérées comme « un quarteron d’agités » (dixit le    président socialiste de la commission des lois lors de l’émission « Face aux chrétiens     »), l’insulte ne s’oublie pas, y compris par ceux qui n’ont pas défilé, car le mépris    attire le mépris.

La seconde raison est tout aussi profonde. La promesse faite par la France à la duchesse    de Bretagne de ne pas établir d’octroi ressurgit de façon inattendue dans la conscience    bretonne en plein XXIe siècle. Il y a dans la nature profonde des Français un sens    sacré de la parole donnée. Le peuple sent qu’à la tête de l’État plus rien n’est    respectable. On gouverne au gré des circonstances, rien n’est sacré, la famille est    à géométrie variable en fonction des pulsions, les engagements électoraux ne pèsent    rien, les insultes faites à la nation laissent le chef de l’État indifférent, la    substitution des peuples sur certains territoires semble faire l’affaire de ceux    qui haïssent notre patrie. Ce diagnostic impitoyable se retrouve dans les manifestations    populaires de façon diffuse et anarchique, mais il faut décrypter calmement les messages.

La légèreté des analyses de l’État s’exprime dans la légèreté publique des mœurs    de nombreux de ses représentants, et la superficialité de leurs jugements. La dépravation    des mœurs de certains ministres ou anciens ministres, par exemple, surtout lorsqu’elle    s’affiche avec autant de morgue, et la complaisance de l’establishment, trahit un    désordre de la conscience et surtout du jugement qui scandalise les humbles. Le pays    est exaspéré.  C’est le sentiment dominant. Car sous la colère, c’est l’angoisse    qui pointe. Les Français veulent un Prince « dense », des dirigeants soucieux de    leurs pays, de leurs seuls pays et décidés à le défendre fermement. Ils veulent un    prince qui aime son royaume et prêt à se sacrifier pour le sauver.

L’impéritie de l’État

L’affaire Cahuzac, l’affaire Guérini à Marseille, l’affaire DSK, une élue soupçonnée    de trafic d’armes et de drogue, naguère l’affaire Mitterrand (Frédéric), la liste    est longue… tout cela écœure. Cela a miné très en profondeur une confiance consentie    par dépit il y a dix-huit mois. L’élastique a craqué ! Que les premières décisions    prises avec une emphase impériale totalement ridicule l’aient été pour fragiliser    l’enfant a profondément heurté la conscience du peuple.

L’heure est très grave et on ne voit ni dans les rodomontades d’un ministre qui se    verrait bien en recours ni dans le Président hors ligne l’autorité consciente et    déterminée que nécessite une situation d’une telle ampleur.

Il y a des faits positifs dans le soulèvement des Bonnets rouges. Et même des faits    très puissants. Les Bretons révoltés brisent le principe sacré de la lutte des classes,    un mythe idéologique qui, au fond, n’a jusque-là profité qu’aux apparatchiks qui    nous gouvernent.

Il n’est pas exclu que derrière l’indignation catégorielle, la prise de conscience    de la notion du bien commun unisse désormais chefs d’entreprise et salariés. Une    perspective complètement révolutionnaire aujourd’hui, et fondatrice pour les heures    qui viennent. Comme les ouvriers des chantiers de Gdansk se sont soulevés contre    la dictature du prolétariat…

Le gouvernement a voulu réactualiser le principe de cette lutte des classes en voulant    opposer les immigrés aux Français de souche (les Gaulois) pour se refaire une clientèle    électorale puisque les électeurs d’hier sont devenus ses plus farouches adversaires.    Quel que soit le prix payé aux réseaux mafieux qui acheminent ces malheureux, les    licteurs socialistes au regard concupiscent, comme au temps de Caton, vont draguer    les futurs votants. Peu importe leur assimilation ou leur intégration, pourvu que    leur désespoir alimente les urnes. Le calcul est cynique mais ce cynisme est perçu    comme insupportable.

Le peuple n’accepte plus. Les Bonnets rouges expriment cette détermination.

Comme en Pologne, l’Église a trouvé une position juste. Plus la vague de rejet sera    puissante plus elle devra se trouver au centre de cette prise de conscience. Car    elle seule pourra inspirer les hommes fermes et sages comme elle a inspiré Walesa    ou Tischner. La notion même de destin de l’homme est en jeu. Tout se mêle autour    de cette question qui a mis dans la rue des millions de personnes : Qu’est ce que    l’homme ?

L’économie, la notion même de patrie, la liberté, la souveraineté de la famille.    Il s’agit en effet des droits de l’homme. C’est une idée française sans doute formalisée    en 1789 mais c’est une idée éminemment chrétienne que Jean Paul II a développée dans    son encyclique Redemptor hominis.

Aujourd’hui tous les droits sont foulés par un État idéologue niant la nature même    de la personne et la dignité de de l’enfant.

Le rôle des chrétiens

Un peuple s’est levé massivement il y tout juste un an, le 17 novembre 2012. Un peuple    conscient de sa densité historique, culturelle, religieuse aussi (surtout dans la    jeunesse). Un autre peuple sent que cette mondialisation incohérente vendue comme    des lendemains qui chantent débouche sur le chaos. Se construit aujourd’hui une nouvelle    vision de notre pays, un peuple face à des menaces grandissantes se relève.

La matrice de ce mouvement comme nous le disaient des amis musulmans lors des manifestations    contre la Loi Taubira est chrétienne, ils précisaient même : catholique. Cette reconnaissance    nous oblige à une grande vigilance et ne pas nous laisser entraîner comme les malheureux    étudiants de la place Tahrir à soutenir une insurrection dont nous ne maitriserions    pas les conséquences.

Désemparé, le gouvernement se réfugie dans des réflexes marxistes minables pour exaspérer    les frustrations les unes contre les autres. Sans adversaires, réels ou supposés,    il n’existe plus. D’où ses tentatives désespérées pour inventer de monstrueuses menaces    sur la paix civile. Mais lorsqu’on voit comment il est capable d’exploiter diaboliquement    la phrase idiote de gamins de douze ans ou les misérables plaisanteries du plus mauvais    goût contre le garde des Sceaux — qui n’en rêvait pas tant — et se tait contre le    richissime Pierre Bergé qui lui, rêve de bombes explosives au milieu de La Manif    pour tous, il faut savoir allier la sagesse à la détermination. Comme en Pologne,    l’apport des chrétiens doit être central pour rendre intelligible les ressorts réels    et profonds de notre soulèvement.

Defensor civitatem

Les évêques de Bretagne, eux, ont pris conscience de la souffrance et de la fatigue    de leurs ouailles qui cherchent un sens à donner à leurs enfants. Ils ont pris parti.    Ce qui est nouveau.

Le combat n’est pas le même qu’en Pologne, mais il y a beaucoup de similitudes. Quoi    qu’il prétende, le pouvoir socialiste français a les mêmes réflexes idéologiques    que le général Jaruzelski. Il a une conscience absolue de sa légitimité car il a    tous les pouvoirs. Il n’accepte pas de se remettre en cause. Tel Jaruzelski qui considérait    Walesa comme un factieux, le ministre Valls considère ses opposants comme une menace    contre l’ordre républicain. Tout lui est permis, y compris le déni du droit.

D’où vient l’intime conviction d’être légitimes chez ceux qui nous gouvernent ? Leur    seule échelle de valeur est la sanction contingente des urnes, comme si celle-ci    leur donnait les pleins pouvoirs. Lorsqu’il sentait le pays lui échapper, De Gaulle    remettait sa légitimité dans les mains de la nation.  

Nous avons désormais affaire, comme en Pologne dans les années quatre-vingt, à des    marxistes qui intègrent la finance mondialisée dans son logiciel idéologique internationaliste.    La mondialisation de l’économie obéit aux mêmes règles que l’internationalisation    marxiste. Elle se fonde sur le mépris des enracinements, des corps intermédiaires    régulateurs, elle méprise les travailleurs qu’elle considère uniquement comme force    de production ou de consommation, elle méprise les patries et les frontières pour    investir là où elle veut, quand elle veut, aux règles qu’elle se choisit, elle méprise    le sens de l’État, elle méprise les familles et la culture comme l’expression de    l’intelligence d’un peuple. L’homme n’est que matière.

En face d’eux… des Français de plus en plus nombreux à dire non.

Les Bonnets rouges qui expriment dans le désordre, le subconscient et parfois dans    la contradiction toutes les questions éthiques d’un peuple.

Les familles de La Manif pour tous, qui témoignent de l’autorité de l’amour entre    l’homme et la femme dans la structure profonde de toute société humaine libre.

Les Veilleurs, à l’engagement prophétique : le choix unique de la non-violence. C’est    le chemin à proposer à tous qui veulent rejeter les idéologies qui haïssent et désespèrent    notre pays bien aimé : la France. C’est ainsi qu’ont gagné Walesa, Havel, Doïna Cornea    en Roumanie, Gandhi…

Et l’Église, appelée à éclairer les consciences, pour que triomphe la sagesse de    la raison humaine.

Il n’y a pas de sens de l’Histoire, il n’y a que celle que les saints écrivent avec    Dieu. Veillons à devenir des saints, pour que Solidarnosc surgisse en France…

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