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Saint Louis et l’amour de la Croix

publié dans regards sur le monde le 16 avril 2014


Saint Louis et l’amour de la Croix

 

Conférence de Carême donnée à Versailles

 

En 2014

 En l’honneur de saint Louis. Pour le 800ème anniversaire de la naissance de saint Louis.

 

C’est Joinville, Sénéchal de France, qui est le meilleur « chroniqueur » de la vie de Saint Louis. Péguy dira même que le « livre de Joinville est comme un évangiledu royaume de France ». Un évangile ! Jean de Joinville serait donc  à Saint Louis, ce que saint Jean fut à NSJC.  « Il a vu et rend témoignage et son témoignage est vrai et il sait qu’il dit vrai afin que vous aussi vous croyiez » (Jn 19 34-36). Saint Jean  voit le fait, la chose, la réalité, avec ses couleurs, son atmosphère, sa présence, l’expression des visages. Il se sait appelé par le Maître, sans doute comme Apôtre, mais certainement comme témoin. Il sait qu’il voit ce que tous les yeux voudraient voir, qu’il entend ce que toutes les oreilles n’entendront que par lui. Il porte sa vocation de témoin, d’historien sans gène, et sans contrainte, dans l’action, dans la pêche du lac, dans les marches et les miracles, les fatigues et les jours de la vie, les terreurs de la mort. Il observe. Il conserve dans son cœur. Saint Jean n’est pas un historien en quête de renseignement. Non. Il est, pourrait-on dire, « oculaire ». Il voit, il vit ce qu’il est chargé de dire. Il juge et il adore le Saint des Saints. Il juge dans la complète liberté ; il a plaisir à dire entre parenthèses son appréciation personnelle. On ne lui en fait point accroire, le génie qui l’habite est difficile et critique. Souvenez-vous de l’intense et malicieux récit de la guérison de l’aveugle-né. Souvenez-vous de l’emporte-pièce de ce jugement sans appel sur le traite Judas : « Il disait cela, non  qu’il se mit en peine des pauvres, mais parce que, ayant la bourse, il volait ce qu’on y mettait » (Jn 12 6). Témoin de génie, esprit libre, don  d’observation, goût des couleurs et des formes, tout cela en saint Jean, au service d’une adoration tendre et sagace du Maître. (Voir Luce Quenette dans Itinéraires. Septembre 1970)

 

Il en fut  ainsi de Jean, sire de Joinville, sénéchal de Champagne, pour le roi Saint Louis. Il lui fut un témoin analogue. Et son récit a belle saveur ! Il est un observateur né et nullement un doctrinaire. C’est son charme. Sa vocation, à lui aussi, est d’être témoin, témoin libre d’une liberté absolument, remarquable, étonnante. Nous allons le voir ! Cette liberté de vocation est encore fortifiée, chez Joinville, par la liberté de l’artiste. Joinville chante l’objet de son admiration : le roi. On sent à le lire que ce qu’il écrit en 1305 s’était comme gravé dans sa mémoire d’artiste en traits imagés, vivants qu’il n’a eu qu’à transcrire, tant il était doué pour voir et faire voir, tant il avait besoin de nous en faire part. Il y a dans son récit, la double allégresse du témoignage et de l’expression bien trouvée. Et l’essence de cette liberté a sa source dans sa foi en la valeur absolue transcendante de la vérité. Il est gens que le mensonge ne tente pas. Il ne trouve goût qu’au vrai ! Il est d’une nature à dire droitement sa pensée. Alors jaillissait de sa plume une gaité, une savoureuse moquerie, un besoin comique de rire de ce qui n’est pas tout droit, tout net, de ce qui rampe et sent le sournois, le vaniteux, le surfait.(Voir le récit de Joinville dans les n° d’Itinéraires de 70 à 82).

 

S’il est vrai de dire, comme nous l’avons dit plus haut, que le livre de Joinville est « l’évangile du royaume de France »,  alors il est bon de le méditer. Non point que je fasse de ce livre un livre « révélé » et consacré comme tel par l’Eglise. Non ! Mais il est sage de dire qu’il est la chronique du Saint Evangile vécu, parce que, à travers la vie de pauvres hommes, il nous livre la vie du Roi qui était vrai imitateur de la vie de NSJC. ( C’est un peu la même chose que nous fait vivre Sainte Jeanne d’Arc dans le récit de son procès) . Voilà pourquoi je parle de la chronique du Saint Evangile vécu. Et de fait puisque Jean de Joinville a don, goût, vocation d’évangéliste, il lui restait de nous manifester comment Jésus est présent dans saint Louis.

Voilà ce que je vais méditer

 

Il ne m’est donné que quelques instants aussi je vais réduire mon propos à contempler deux ou trois tableaux pour y trouver force, puis foi et amour,  amour de Dieu qui fleurit là, dans le style, en finesse, profondeur et pittoresque.

 

La Croix.

 

Le prologue à l’œuvre de Joinville est sous le signe de la Croix. Ce roi dont il va raconter « les saintes paroles, les bons enseignements et les grandes chevaleries » a trouvé toutes choses  et la dernière victoire dans la Croix.

C’est la vie et la mort d’un martyr. Joinville le sait, il a présent le pauvre saint visage, tourmenté et pourtant calme, sillonné de sueur, tiré de continuelles souffrances pour l’amour de Jésus-Christ seul.

« Vous trouverez écrite la belle fin qu’il fit. Et, à ce sujet, me semble-t-il, qu’on ne lui en fit pas assez quand on ne le mit pas au nombre des martyrs pour les grandes peines qu’il souffrit au pèlerinage de la Croix, et parce que surtout il imita NSJC au fait de la Croix »

 

Voilà donc la solide inspiration, la base sans défaut, l’excellente doctrine du biographe : Louis fut saint, mais saint martyr. Témoin héroïque devant les infidèles. Je suis sûr de mon saint, car il a la marque, je m’y connais, ce fut l’homme de la Croix. Je sais ce que fut pour lui la constante croisade, sa vie est «pèlerinage de la Croix » et, si, vous saviez comme moi, ce qu’un croisé peut souffrir, et comment, au-delà de tous, mon saint s’offrit à cette Croix,  vous diriez qu’on ne lui en fait pas assez. « Car si Dieu mourut en la Croix, ainsi fit-il, car il était croisé (et donc pour ainsi dire crucifié) quand il mourut ».

 

Ce signe de la Croix, il veut le voir encore dans le jour de naissance de Louis qui fut le 25 avril : jour de saint Marc où, dit-il, « on porte des croix en moult lieux, et, en France des croix noires ». On les porte et plante dans les champs.

 

Dans ma campagne, j’ai vu encore des paysans qui ne faisaient pas le premier labour avant d’avoir dit un Pater devant la petite croix bénite de noisetier, plantée au bord du champ. Ou encore après les semis, certains plantaient la croix dans le champ en souvenir, sans doute, de la phrase de Jésus, si le grain ne meurt en terre il reste seul et ne porte pas de fruit.

Eh bien, dit le Sénéchal « ce fut comme une prophétie de la grande foison de gens qui moururent en ces deux croisades, car maints grands deuils en furent en ce monde et maintes grandes joies en Paradis, pour ceux qui, dans ces deux pèlerinages, moururent vraies croisés ».

 

Douceur candide et terrible de cette prophétie campagnarde au berceau du petit prédestiné

C’est la référence la plus simple, le signe infaillible. NSJC dit : « la plus grande preuve d’amour c’est de donner sa vie pour ceux qu’on aime…c’est de mettre pour eux son corps « en aventure de mort », traduit solennellement Joinville. Pour marquer le sens absolu de cette vie, le chroniqueur ne craint pas de bousculer déjà le plan annoncé, en proclament tout de suite ces quatre fois où, rigoureux témoin, il vit et entendit le Roi offrir à Dieu cette vie humaine de si grand prix. Ces quatre fois,  le roi était libre, son conseil lui démontrait même qu’il était plus que dispensé de se jeter dans le péril. Un raisonnement humain qui semblait irréfutable l’assurait de se conserver sauf, pour le bien de ses gens.

 

Ces quatre fois (et combien d’autres où il fut inspiré de compter pour rien la vie de son corps) le saint roi opposa à la sagesse humaine, la folie de la Croix.

Avec une grande maitrise, Joinville présente en raccourci les deux argumentations : celle du monde prudent qui dit : « gardez la vie » ; celle de la Croix : « risquez-là sans crainte »

 

La première fois, c’était au débarquement, devant Damiette. On lui dit : « laissez débarquer votre chevalerie, voyez comment s’engage l’affaire, s’ils sont occis, vous pourrez au moins reprendre la conquête ».

La Croix lui dit : « donnez votre vie, le roi doit être le premier »

 

Et dit merveilleusement Joinville, dont la phrase suit la promptitude d’âme et de corps du jeune saint Roi : « Il ne voulut en croire personne, mais sauta à la mer, tout armé, l’écu au col, le glaive au point et fut des premiers à terre ».

 

La deuxième fois, tel fut le raisonnement humain : c’était la terrible retraite sur Damiette, l’armée décimée, épuisée de maladie et de harcèlements. On lui dit : « Vous êtes malade à mourir, montez dans la galère, sauvez-vous parce que vous êtes le roi, laissez vos gens se retirer comme ils pourront ».  Et lui « ne voulut en croire personne, mais il dit qu’il ne laisserait pas son peuple, mais qu’il ferait la même fin ». Or il était moribond de trois maladies et se pâma plusieurs fois.

 

La troisième fois c’est quand tout son conseil et ses frères étaient résolus à revenir en France et que lui décida de rester en Acre, face aux Turcs, pour sauver le pauvre peuple.

 

La quatrième fois, c’est quand il voulut rester dans la nef dangereusement avariée et y rester avec sa femme et ses enfants, pour rassurer les huit cents passagers qui se seraient perdus en Chypre si le roi avait changé de vaisseau. La hardiesse de ce dernier trait mérite une longue admiration.

 

Mais en ces quatre circonstances, toute prévision humaine, toute réponse de probabilité aurait été grandement opposée à l’idée du Roi et cependant c’est la Croix qui a eu raison. « Je n’y sais pas d’autre raison, dit sagement Joinville, que l’amour que Dieu portait au Roi. Car il est écrit : « Si tu crains Dieu, tout ce qui te verra te craindra ».

 

L’absolu fait peur : « l’amour que Dieu portait au Roi, mettait la peur au cœur de nos ennemis ».

 

Dans toutes ces épreuves, nous dit Joinville, « c’est la Croix qui a eu raison ».

 

C’est  qu’il faut comprendre  que  saint Louis fut le parfait imitateur de NSJC. C’est pourquoi la Croix , le sacrifice de soi fut premier en l’âme sainte de saint Louis comme en NSJC lui-même. Il est le parfait imitateur de NSJC, vous dis-je !

Rien n’a pu détourner NSJC de sa volonté d’accomplir sa mission : le sacrifice de sa vie par le sacrifice de la Croix pour la rédemption de nos âmes. Saint Louis n’hésitait pas non plus à se sacrifier pour le salut de son peuple..

 

La Croix de NSJC

 

Comprenons  qu’il y a dans l’âme du Christ comme un poids qui l’incline à la Croix. Ainsi de saint Louis

 

La révélation divine est formelle.

 

« Saint Paul a écrit dans l’Epître aux Hébreux 10 7 : « Le Christ dit en entrant dans le monde : « Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni oblation (du sang des taureaux et des boucs) mais vos m’avez formé un corps…Me voici, je viens, O mon Dieu, pour faire votre volonté ». Cet acte d’oblation de lui-même, NSJC l’a incessamment renouvelé au cours de sa vie ; c’est ainsi qu’il marchait vers le but de sa mission rédemptrice. C’est ce même acte qu’il exprime à nouveau à Gethsémani, en disant : « Mon Père, s’il est possible que ce calice s’éloigne de moi ! Cependant que votre volonté soit faite et non la mienne » (Mt 26 39-42). Il y a ici l’angoisse de la croix toute proche et le désir efficace d’être pleinement fidèle à la mission de prêtre et de victime, et c’est ce désir qui l’emporte pour se réaliser dans le Consummatum est.

 

Cette soif ardente de notre salut par la Croix a été comme l’âme de l’apostolat de NSJC.

 

Des modernistes ont prétendu que l’idée de sacrifice de la Croix était une invention du génie de saint Paul et qu’elle était étrangère à la prédication de Jésus. Mais c’est à chaque instant qu’elle fut affirmée par lui, non seulement sous la forme où elle nous est rapportée par saint Jean, mais sous les formes variées conservées dans les trois premiers évangiles.

 

C’est dans l’Evangile selon saint Mathieu (20 28) que Jésus dit : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de beaucoup » (Mc 10 45 Lc 1 68 ; 2 38 ; 21 28)

 

Dans une de ses plus belles paraboles, Jésus dit : Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et comme je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis…Il y aura une seule bergerie, un seul pasteur. C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre. Personne ne me la  ravit, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père » ( Jn 10 11-18)

La même pensée revient toujours dans la prédication de Jésus : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? Je dois encore être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli » (Lc 12 49). Il parlait du baptême de sang, le plus parfait de tous.

« Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. Ce qu’il disait, ajoute saint Jean, pour marquer de quelle mort il devait mourir » (Jn 12 32)

 

Lorsque Pierre, ne pouvant porter l’annonce de la Passion, prend à part NSJC et se met à le reprendre en disant : « A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera pas », Jésus répond : « Retire-toi de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu ; tu n’as que des pensées humaines » (Mt 16 23)De fait, les pensées humaines de Pierre en cet instant étaient contraires au mystère même de la Rédemption et à toute l’économie de notre salut, du plan de salut..

 

La pensée et le désir de la croix sont si fréquents chez NSJC qu’il la présente à tous comme l’unique voie du salut. Comme le rapporte saint Luc (9 23) : « S’adressant à tous il dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera ». De même il dit plus loin en saint Luc (14 27) : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».

 

Aux fils de Zébédée : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ; pouvez vous boire le calice que je dois boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? (Marc 10 38)

 

La grandeur du désir que Jésus avait d’accomplir sa mission de Prêtre et de victime, il l’exprima encore la veille de la Passion, à la Cène, en instituant le sacrifice eucharistique, qui s’identifie en substance avec celui de la croix. Comme il est rapporté en saint Luc (22 15) : « Il dit alors : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, antequam patiar. Car je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à la Pâque parfaite, célébrée dans le royaume de Dieu…et prenant du pain, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon Corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il fit de même pour la coupe, après le souper disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous »

C’est au sortir de la Cène, en allant au jardin de Gethsémani, que Jésus dit encore : « Le Prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi, mais afin que le monde sache que j’aime mon Père et que j’agis selon le commandement que mon Père m’a donné, levez-vous, partons d’ici » (Jn 14 31). Comme le remarque saint Thomas d’Aquin, Jésus parle manifestement ainsi selon l’inspiration de son Père, qui le porte à vouloir mourir pour nous par amour et par obéissance.

 

Un peu plus loin (Jn 15 13)  il dit plus clairement encore : « Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » et dans l’oraison sacerdotale : « Père saint…sanctifie-les dans la vérité.. . Je me sacrifie moi-même pour eux afin qu’eux aussi soient sanctifiés en vérité » (Jn 17 17).

C’est ce qui fait dire à Saint Jean : « Nous avons connu l’amour de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous ; nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (I J 3 16)

 

En d’autres termes, cet effet de la plénitude de grâce en NSJC doit se retrouver selon une participation plus ou moins parfaite dans les membres de son corps mystique. Cette participation fut très grande en Saint Louis et même héroïque.

 

La croix et toutes ses circonstances douloureuses étaient ainsi comprises dans le décret de la Rédemption, consommation de l’œuvre du Christ et de sa destinée de prêtre et de victime.

La sainte âme de Jésus, du fait qu’elle a été personnellement unie au Verbe et constituée tête de l’Eglise, a contracté l’obligation de satisfaire pour l’humanité. La tête doit réparer le désordre auquel les membres se sont livrés. La plénitude de grâce, disposant Jésus au parfait accomplissement de sa mission, est donc en lui comme un poids qui l’incline vers la Croix et la lui fait ardemment désirer pour notre salut. » (Garrigou Lagrange. L’amour de Dieu et la Croix de Jésus-Christ. p.211-215)

 

Louis Chardon a magistralement mis en lumière  ce point de doctrine, en montrant que la grâce du Christ est le principe de deux forces, de deux poids, qui le tirent, pour ainsi parler, en sens inverse : le poids de la gloire et l’inclination à la croix. Même au Thabor, Jésus pense  surtout à s’offrir et c’est de sa Passion qu’il parle avec Moïse et Elie oubliant même la gloire dont il est comme tout irradié.

 

Louis Chardon,  dans son beau livre « La Croix de Jésus » nous donne ce merveilleux commentaire : « Sur le Thabor, la voix du Père s’écrie du haut des cieux : Vous êtes mon Fils ! Jésus semble ne pas vouloir l’entendre pour s’entretenir du supplice du Calvaire. Il oublie sa glorieuse transfiguration pour ne songer qu’aux horreurs ténébreuses de sa mort ; et la splendeur des éclaires qui l’entourent ne l’empêche point d’évoquer, devant ses yeux, les plaies sanglantes dont son corps sera couvert….Les insultes, les mépris et les blasphèmes sont plus précieux à son âme que le sublime témoignage qu’on rend à sa grandeur ; et de peur qu’on ne publie sa gloire avant sa passion, il commande aux trois Disciples le silence sur ce qu’ils ont vu et entendu, durant le ravissement sur cette heureuse montagne. Aussitôt qu’il en est descendu avec eux, comme pour faire disparaître de leur esprit le souvenir de ces choses glorieuses, il leur présente des perspectives capables d’abattre leur courage, tout à l’heure relevé dans l’extase. Il commence à leur parler de saint jean Baptiste, sous le nom d’Elie. « Elie, leur dit-il, est déjà venu, sans qu’on l’ait connu ; et on l’a accablé de mauvais traitements ». Enfin il conclut que le Fils de l’homme doit souffrir les tourments les plus cruels que la malice puisse inspirer aux hommes ». (p. 96-98)

 

Louis Chardon, de cet  exemple et d’autres encore, tire la conclusion : « Jésus met sa grandeur dans les tourments de sa passion, et l’amour qu’il a pour la croix ne peut permettre à aucune autre pensée d’altérer l’attrait que la grâce lui donne de mourir entre ses bras. C’est pourquoi il incline son souvenir vers sa condition d’homme mortel, et se plaît à exposer les circonstances qui doivent le faire paraître en proie à la honte, aux opprobres et à la souffrance. Il supprime ainsi, autant qu’il le peut, les conditions qui le rendent adorable et le montrent plein de la gloire qui lui est due. De cette gloire il ne parle que sobrement et le moins possible, si ce n’est lorsqu’il se souvient que sa qualité de Fils de Dieu doit être cause de sa mort. Sans cesse et en tout lieu, il s’appelle le Fils de l’homme, parce qu’il veut prendre de sa nature mortelle le devoir de souffrir et le motif d’éloigner de sa pensée tout ce qui peut le réjouir ». (p 101)

 

Louis Chardon  conclut : « A vrai dire, la vie lui est à charge tant qu’il ne la donne point pour le salut des hommes… On dirait que ce qui ne porte pas le caractère de sa mort lui est pénible ; au lieu que ce qui en révèle les moindres traces est pour son esprit un sujet de joie ». (p 104)

 

C’est à cette lumière que Louis Chardon interprète la scène de Jésus et de saint Pierre lors de la confession de Césarée, ainsi que son attitude à l’égard de Judas lors de l’arrestation ;

 

Jésus et saint Pierre lors de la confession de Césarée.

 

Ecoutez. C’est son chapitre 10 : La conduite de Jésus envers saint Pierre et le traite Judas : « Rien n’ a jamais lasser l’amour de Jésus, quand il était sur la terre ; et, en mille occasions, il a fait voir une patience qui ne pouvait appartenir qu’à  un  Dieu. Cependant cet amour devient inexorable quand quelque chose veut s’opposer au désir qu’il a de mourir dans les supplices de la Croix. Nous voyons un exemple de cette disposition de Jésus dans sa conduite, envers le chef de ses Apôtres, en une circonstance que nous raconte l’Evangile.

Un jour que jésus s’entretenait avec ses disciples, il leur demandait ce que les hommes disaient de lui…Après que plusieurs eurent répondu à cette question de diverses manières, Saint Pierre prenant la parole au nom de tous, s’écria plein de foi : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Alors, dit l’Evangéliste, Jésus défendit à ses disciples de publier ce qu’ils venaient d’entendre ; et il prit l’occasion de là pour leur apprendre comment il fallait qu’il allât à Jérusalem, afin d’y souffrir et d’y être mis à mort. Saint Pierre, entendant ces paroles, est saisi d’horreur. Eh quoi ! Le Fils de Dieu, le Fils d’une naissance éternelle, sera livré à d’affreux supplices ! La foi lui donne la confiance de protester ; et fort de la révélation divine, il s’oublie lui-même ; il ne peut comprendre un Dieu de gloire humilié jusqu’aux ignominies de la Croix. Il ose donc représenter à son Maître, que les pensées qu’il nourrit, sont indignes de sa condition ; que ses dernières paroles sont de nature à abaisser les grandeurs de sa filiation incréée ; qu’il oublie l’honneur que l’on doit à son Père et qu’il portait atteinte à l’opinion qu’il venait de faire naître dans l’esprit de tous ses disciples. Jésus se montre offensé de la censure précipitée de son apôtre ; et, sans avoir égard à la toute puissance de sa parole, qui vient d’établir cet apôtre la Pierre fondamentale de son Eglise, il fait violence à la douceur de son cœur ; il le regarde, non plus de ce regard conquérant qui l’avait, il y a quelques mois, entraîné sans hésitation à sa suite ; mais avec un visage sur lequel se reflète le mécontentement de son âme, contredite dans le dessein qui le presse d’accomplir sa plus vive inclination. Il l’écarte de sa présence ; il le nomme non seulement un sujet de scandale, mais il le compare à un démon. Et quoi ! semble-t-il lui dire, faut-il que celui que j’ai choisi entre tous, pour être le fondement inébranlable de mon Eglise, soit une pierre de scandale à l’époux de cette Eglise ! Que celui à qui j’ai donné les clefs des cieux se serve tout de suite de sa prérogative, contre mon service, en me fermant les portes de la mort et les avenues de mes supplices ! Que le détenteur de la puissance dans laquelle j’ai voulu qu’on reconnût Dieu lui-même, devienne l’ennemi de mon amour et entreprenne d’imposer des contraintes à une inclination qui n’en saurait souffrir ! Quand celui qui me parle ainsi serait un séraphin, je tiens entre  mes mains la souveraineté qui peut l’abaisser autant qu’il a plu à ma bonté de l’élever ! On mesurera alors la profondeur de sa chute à la hauteur où il était élevé ; car rien ne saurait prévaloir contre la toute puissante inclination qui me porte à souffrir. Les démons et Satan lui-même deviendront mes alliés, s’ils viennent à me procurer la mort ; et mes meilleurs amis, je les considérerai comme de cruels et mortels ennemis s’ils se hasardent tant soit peu à vouloir détourner ma pensée du souvenir de la Croix. Fussent-ils plongés dans le sein de mon Père, pour y adorer ma naissance éternelle, je les en tirerai pour les précipiter loin de moi » (p. 116-119).

 

L’attitude de Jésus vis-à-vis de Judas au jardin des Oliviers lors de l’arrestation.

 

Ecoutez : « C’est Judas qui fournit aux Juifs le moyen d’accomplir le détestable dessein pour l’exécution duquel ils avaient toujours jusque là rencontré quelques obstacle. Et à cause  de cela, Jésus lui accorde la plus grande faveur qu’une créature puisse recevoir sur la terre et au ciel. C’est beaucoup d’honneur pour les anges qu’on leur commande de l’adorer. Les saints Apôtres se féliciteront d’avoir eu l’honneur de le voir de leurs yeux, de l’entendre de leurs oreilles, et de le toucher de leurs propres mains. Saint Thomas se prévaudra d’avoir eu le privilège de mettre sa main dans la plaie de son côté. Jean, le disciple bien aimé, rappellera souvent qu’il a eu la joie incomparable de reposer sur sa poitrine. L’autre Jean, le précurseur, avouera en tremblant que Jésus s’est incliné sous sa main, lorsqu’il lui a plu, lui, le roi de gloire, d’être baptisé. Madeleine se proclamera heureuse d’avoir baisé ses pieds divins. Glorieuses faveurs, mais qui sont dépassées par celle que NSJC accorda à Judas, puisqu’il lui permit de la baiser….Ce serait donc à Judas seul que Jésus aurait réservé le baiser de l’amitié ; et ce traite pourrait ainsi se prévaloir d’avoir reçu de lui un accueil qu’il n’a fait à personne. Eh quoi donc ? L’enfer se rira-t-il du ciel ? Et le royaume de Bélial l’emportera-t-il sur celui de Dieu ? Jésus estime à un si haut prix le bien de mourir que Judas lui procure qu’en lui se vérifie cette parole des saints Livres ! Quand l’homme aura donné tout ce qu’il possède pour ce qu’il aime, il se croira encore plus riche qu’il ne l’était auparavant…..A la recherche de ce trésor de la mort qu’il ne pouvait trouver en lui-même, il vend tout ce qu’il a pour acheter le fonds où il est caché, et qui est la Croix. C’est pourquoi il ferme les yeux sur l’horrible perfidie de ce traite infâme, il les détourne du spectacle effroyable du désespoir où il se précipite ; mais il les ouvre pour voir que le crime du disciple lui fournit les moyens de satisfaire son amour, en le jetant au sein de son Père jusque dans les souffrances cruelles de la Croix et de la mort. Quand Jésus consent à embrasser Judas, son amour l’emporte sur la justice ; son inclination à la Croix triomphe de sa sagesse ; il aime mieux qu’on doute de sa prudence que de sa fidélité. –Et vous croyez que le Roi Saint Louis ne l’a pas imité en cela, dans sa fidélité et l’amour de son peuple! – Il avait nommé saint Pierre, Satan ; il l’avait repoussé loin de lui. Il appelle Judas son ami ; il souffre qu’il l’étreigne entre ses bras, comme avait fait le démon ; et, de plus, il lui permet de le baiser. O amour de la Croix, plus fort que tout autre amour, et vraiment tyrannique » (p 124-128)

 

Comme l’écrit encore Louis Chardon, en conclusion : « Manifestement la plénitude de grâce produisit en la sainte âme de Jésus un très ardent désir de l’accomplissement parfait de sa mission de Rédempteur ; c’est le motif même de l’incarnation, qui a été voulue par Dieu surtout comme Incarnation rédemptrice ».

 

La plénitude de grâce a conduit NSJC jusqu’à cette extrémité ; c’était là sa mission de Rédempteur et de Victime.

C’était ainsi que devait s’accomplir l’œuvre du salut.

Saint Louis le médita et l’imita en ses croisades et sa vie entière.

 

La messe et le laïque :

 

Il est une scène trop prenante pour notre temps, pour notre angoisse de la sainte Messe, une scène ardente de symbole que je veux donner pour finir. Nous sommes en Carême 1250, après cette grande bataille qui permit au moins de faire retraite au camp. Mais le fleuve est coupé par l’ennemi, le ravitaillement n’arrive plus de Damiette, c’est le scorbut et la famine.

Joinville est affreusement malade. Je le laisse parler :

 

« A cause des blessures que j’eus le jour de carême-prenant, la maladie de l’armée me prit dans la bouche et aux jambes, et une fièvre double tierce et un rhume de cerveau si grand que le rhume me coulait de la tête par les narines ; et pour les dites maladies, je me suis mis au lit malade à la mi carême ; d’où il advint que mon prêtre me chantait la messe devant mon lit en mon pavillon ; et il avait la maladie que j’avais. Or il advint qu’en faisant la consécration il se pâma. Quand je vie qu’il vouait choir, moi qui avait vêtu ma cotte, je sautai de mon lit sans être chaussé, et le pris dans mes bras, et lui dis qu’il fit tout à loisir et tout bellement sa consécration, que je ne laisserai pas jusques à tant qu’il l’eût toute faite. Il revint à lui, et fit sa consécration et acheva de chanter la messe bien entièrement ; et jamais depuis il ne la chanta. »/ (il devait bientôt mourir)

 

Vous avez bien compris…ce que nous devons tous faire, ce que le laïque doit faire pour que tienne bon le prêtre, fidèle, las, épuisé, peut-être hésitant, et le courageux persécuté qui tient bon mais qui a besoin du bras et du cœur séculiers :

 

« Quang je vis qu’il voulait choir, je sautai…je le pris dans mes bras et lui dis qu’il fit tout à loisir et tout bellement sa consécration, que je ne le laisserai pas jusqu’es à tant qu’il l’eût toute faite. Il revint à lui, et fit sa consécration et acheva de chanter la Messe bien entièrement ».

 

Quel beau témoignage de foi en faveur de la sainte Messe. Il ne vient pas directement de saint Louis, mais de son ami. Qui s’assemble, se ressemble.

 

C’était un siècle de foi où dominait l’amour de la saine messe.

Mais pourquoi donc ?

Permettez-moi de vous le dire bien simplement.

 

De la connaissance de ce mystère

 

Le but de NSJC a été de s’offrir sur la Croix. Il n’est pas venu pour autre chose. En effet, dans notre Credo nous disons : « Il est descendu du Ciel pour notre salut ».

Pourquoi NSJC s’est-il incarné véritablement ? Etait-il nécessaire que NSJC s’incarnât pour nous sauver ? A cela, saint Thomas répond en  résumé que l’Incarnation et la Passion de NSJC étaient le moyen qui convenait le mieux : Per quod melius. Ce n’était pas un moyen indispensable, mais le meilleur. Par ce mode, la fin a été atteinte de la façon la plus parfaite. Le Bon Dieu aurait pu nous pardonner sans rien faire de particulier. Tout-Puissant, même s’il a été déshonoré par l’homme, le Bon Dieu pouvait éliminer cette offense sans pour autant manquer ni à sa gloire, ni à sa Majesté, ni à ses droits. Il ne doit rien à personne. Il ne relève que de Lui-même…Cependant Dieu a voulu s’incarner parce que c’était le moyen le plus adéquat pour réparer la faute originelle, pour nous faire rentrer dans sa grâce, pour nous redonner la vie divine. C’était aussi la meilleure manière de manifester sa charité et de nous inciter à un amour plus grand pour lui. Le fait de voir jusqu’où le Bon Dieu nous a aimés nous appelle à notre tour à l’aimer de tout notre cœur.

 

Si l’on examine la vie publique de NSJC et si l’on écoute particulièrement ses paroles au sujet de son sacrifice, on se rend compte du vrai but de sa venue. NSJC parle toujours de ce qu’il appelle son « heure » : « Mon heure n’est pas encore venue, mon heure vient, mon heure est venue ». Il parle de son sacrifice. Il est tourné vers son sacrifice. NSJC s’efforce de montrer à ses Apôtres que tous les prophètes et tout l’Ancien Testament auguraient, préparaient son sacrifice. L’agneau immolé au départ de l’Egypte préfigurait l’événement le plus grand qui allait se produire dans l’histoire de l’humanité : la mort de son Créateur, la mort du Créateur de tout l’Univers dans son Corps. NSJC a toujours ce but. Nous venons de le voir. Pourquoi cette insistance ? Parce que c’est par son sacrifice, sa Passion, son Sang, sa Croix qu’il va nous racheter ; qu’il va ouvrir les portes du Ciel. Si le sang de NSJC n’intervient pas, les portes du Ciel restent fermées pour nous. La Providence de Dieu a voulu qu’il y ait pour rouvrir les portes du Ciel une Victime divine, car le péché a quelque chose d’infini: il est une opposition à Dieu. Dieu est infini, donc le péché est quelque chose de très mauvais car il s’oppose à celui qui est le Tout, qui est infini. Alors, si Dieu veut le rachat,  il faudra une réparation à égalité. Qui va faire cela ? Aucun homme n’est infini, capable de poser un acte infini, seul Dieu le peut. Donc Dieu a résolu de prendre une nature humaine et de l’offrir, de mourir pour faire un acte infini qui puisse ouvrir le Ciel. Voilà le plan extraordinaire du Bon Dieu.

 

Et la messe c’est la continuation de la Croix ; le but de NSJC est de continuer sa Croix par le saint sacrifice de la messe jusques à la fin des temps. Il semble que  beaucoup d’âmes l’ont oublié. Elles ont cherché la source des grâces dans de petites pratiques, dans la récitation de certaines prières personnelles, dans de petites dévotions, à tel saint, à tel autres…C’est bien d’avoir des dévotions, mais ayons la dévotion essentielle, la dévotion capitale et fondamentale de l’Eglise, de tous les saints : celle que NSJC nous a apportée. Il n’y a rien qui remplace le sacrifice de la Croix. Aucune dévotion, même à la Sainte Vierge, ne peut remplacer le saint sacrifice de la messe. Et justement, la Sainte Vierge nous pousse à venir à la Croix ; elle y est toujours présente.

 

Et pourquoi cette dévotion à la Messe?

 

Comme on le sait, toute la Loi et les prophètes sont contenus dans ces deux commandements : aimer Dieu et aimer son prochain.

Or tout ce qui se produit, depuis l’offrande et la consécration jusqu’au Pater dans la messe, est la réalisation de l’amour de Dieu pour nous et de l’amour de NSJC pour son Père. Par conséquent, les deux commandements essentiels, qui résument le Décalogue, sont réalisés dans la messe.

En effet, peut-il y avoir eu, ici bas, un acte d’amour pour Dieu plus grand que l’acte que NSJC a réalisé sur le Calvaire ? Jésus-Christ, en expirant sur la Croix, a manifesté son amour infini pour son Père. Et cela se réalise de nouveau sur nos autels.

 

L’amour de NSJC pour son Père.

 

Notre Seigneur a donné sa vie d’abord par amour pour son Père, pour rétablir la gloire de son Père. On sent bien que NSJC sur la Croix est tout orienté vers son Père. Il s’adresse à  Lui au commencement de sa passion. Tous ses sentiments sont orientés vers son Père. Sans doute il donne son sang pour nous racheter, pour la Rédemption des péchés du monde, mais toute sa pensée est tournée vers l’immense amour qu’il a pour son Père. Il veut faire la volonté de son Père, rétablir la gloire de son Père. Jamais créature n’a pu chanter les louanges du Père comme son propre Fils, son propre Fils incarné. Evidemment, aucune créature ne pourra jamais faire cela.

Pour avoir une idée de ce que pensait NSJC lorsqu’Il était sur la Croix, ne pouvons-nous pas mettre sur ses lèvres les paroles de cette grande prière qu’Il a prononcée avant d’aller au Cénacle pour la sainte Cène et avant de monter sur la Croix ? Cette prière admirable renferme les plus belles paroles que NSJC ait jamais prononcées : « Père, dit-il, glorifiez-moi de la gloire que j’avais en vous avant que le monde fut » (Jn 17 5). Cela nous met dans une atmosphère toute céleste, toute divine de l’éternité de Dieu lui-même. « De la gloire que j’avais en vous avant que le monde fut ». Aucun homme, ici-bas, pas même la Sainte Vierge, n’a pu prononcer des paroles comme celles-là. Elles étaient réservées à l’Homme-Dieu, à Dieu. NSJC demande donc à son Père de le glorifier à nouveau, et par là,  il glorifie son Père.  (Jn 17 1) Et tandis qu’il demande cette glorification, NSJC ne peut pas ne pas se pencher sur les hommes.

Sur la Croix, il répète la parole qu’il a poncée avant sa Passion : « J’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donnée » (Jn 17 4), lorsqu’il dit « Tout est consommé » (Jn 19 30). Et quelle était cette œuvre ? C’était de choisir et de guider les élus : « J’ai gardé ceux que vous m’avez donnés (Jn 17 12). J’ai gardé les âmes que vous m’avez données : les Apôtres, les disciples, les fidèles qui les ont suivis et tous ceux qui ont cru en la mission que vous m’aviez donnée et que j’ai accomplie. Tous ceux là je les ai gardés et je demande qu’un jour aussi vous les glorifiez. « Qu’ils soient avec nous, qu’ils ne fassent qu’un avec nous » (Jn 17 22-23). « Je les ai pris au milieu de monde » (Jn 15 19), « mais ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jn 17 14), et je « ne prie pas pour le monde ».  (Jn 17 9).

 

Voilà son amour pour son Père.

Ainsi le saint sacrifice de la messe nous enseigne à aimer NSJC, à adorer NSJC comme nous le devons.

 

D’autre part, le deuxième commandement, qui consiste à aimer son prochain comme soi-même, est aussi exactement réalisé dans le saint sacrifice de la messe. C’est NSJC lui-même qui le dit : « Peut-il y avoir un acte d’amour plus grand que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ? » Or NSJC a donné sa vie pour ceux qu’il aime, c’est-à-dire pour nous ; et cela se réalise aussi dans le saint sacrifice de la messe. La mort de NSJC est le plus grand acte de charité qu’il pouvait faire, pour racheter les hommes, ses frères. Il a donné tout son Sang ainsi que son Ame, sa vie pour ceux qu’il aimait. Et ce même Sang divin nous purifie et nous sanctifie durant la messe.

Ainsi le Décalogue est vécu ; il n’est pas seulement inscrit sur nos pages de catéchisme, en lettres mortes, mais il est vécu ; chaque jour, à chaque fois que le saint sacrifice de la messe est offert, le Décalogue est réalisé par NSJC lui-même. Quel exemple pour nous. Et c’est pourquoi nous désirons participer à la messe, à la vie de NSJC afin d’avoir en nous aussi ce désir, et ce besoin, en quelque sorte, d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain.

Ainsi le sacrifice de la messe est tout un programme,  le programme essentiel, toute une vie. C’est tout un joyau

 

Et ce joyau, c’est NSJC. Où trouverons-nous NSJC ? Faut-il que nous allions en Palestine sur la montagne de la Transfiguration ? Non, nous le trouverons sur nos autels, car, désormais NSJC est sur nos autels : c’est là que nous le trouverons dans toute sa splendeur….Et nous aurons les mêmes sentiments que les Apôtres sur la montagne de la Transfiguration. « Il nous est bon  d’être ici ». C’est pour cela que nous ne pouvons quitter nos autels.

Notre Autel, c’est le Sinaï ; notre autel c’est le Thabor ; NSJC s’y trouve dans toute sa gloire. C’est au pied de nos autels que nous trouverons la lumière de NSJC. Et cette lumière est l’émanation de la charité de Dieu, de cette vie de Dieu qui doit remplir nos âmes de  la charité.

 

Dès lors que le saint sacrifice de la messe soit pour nous tous, la source de notre spiritualité, la source de notre joie, la source de notre bonheur, de notre charité et pour Dieu et pour le prochain.  On ne peut pas se tromper lorsqu’on a établi sa foi sur le saint sacrifice de la messe.

 

En ce temps d’oubli de Dieu, de ce grand combat contre Dieu, contre la vie, contre sa Loi, il faut s’attacher à la Croix, au sacrifice de la messe pour nourrir notre amour de Dieu. Nous devons faire le serment aujourd’hui de garder la Loi de Dieu, de garder l’amour de la Croix de NSJC, d’être des fidèles de la Croix de NJSC.

 

Mais il faut insister encore sur le mystère de la Rédemption. Nous affirmons dans notre Credo : « Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, et a été enseveli ».

 

C’est sur cet article de notre Credo que la foi et la religion chrétiennes reposent comme sur leur base. Si l’on a soin de le bien établir, tout le reste se soutient parfaitement.

Nous avons peine à concevoir que notre salut dépende de la Croix et de celui qui s’y laissa clouer pour notre amour, mais c’est en cela même, selon l’enseignement de l’Apôtre qu’il faut admirer la souveraine Providence de Dieu. « Car voyant que le monde avec sa sagesse ne  l’avait pas reconnu dans les œuvres de sa divine Sagesse, il lui a plus de sauver dans la folie de sa prédication ceux qui croiraient » (1Cor 1 21) Il n’y a donc pas lieu d’être surpris que les prophètes avant son arrivée dans le monde et les Apôtres après sa mort et sa Résurrection aient fait tant d’efforts pour persuader aux hommes que Jésus-Christ était leur Rédempteur et pour les amener à reconnaître la puissance de ce crucifié et à lui obéir.

 

Le Bon Dieu dans son immense miséricorde, au lieu de laisser les hommes à leur sort, comme le dit saint Augustin, cette massa damnata, cette masse damnée, a voulu lui apporter le salut. Et comment lui a-t-il apporté ce salut ? D’une manière inconcevable ! Il a voulu lui-même expier pour réparer ce que l’offense des hommes avait, dans une certaine mesure, d’infini ; il a fallu, d’une certaine manière, que ce fut Dieu lui-même dans son intimité qui vienne s’incarner, prendre une âme et un corps d’homme pour offrir la réparation qui s’imposait, une réparation infinie, pour rétablir l’union entre l’humanité et Dieu. Et comment l’a-t-il faite ? Comment l’a-t-il réalisée. Il aurait pu la faire par une simple parole humaine dite comme Dieu, il aurait pu donner une simple goutte de sang : una stilla, une seule goutte de Sang de NSJC aurait suffi pour racheter tous les hommes. Eh bien non ! Il a voulu donner tout son Sang, il a voulu manifester sa miséricorde jusqu’à mourir sur la Croix pour nous.

NSJC n’est pas mort par le coup de la lance qu’il a reçu dans le cœur. Il est mort d’amour. L’Ame de NSJC s’est échappée  de son Corps parce qu’il l’a voulu. Il est mort d’amour pour son Père d’abord et ensuite d’amour pour nous, afin de rétablir le lien entre l’humanité et son Père.

NSJC s’est offert lui-même sur la Croix. Il a bien dit : « J’offre ma vie. Personne ne peut me l’enlever, même ceux qui me font monter sur le gibet de la Croix. Ce n’est pas eux qui offrent ma vie, c’est moi (Jn 10 17). « Je dépose mon âme volontairement ». Personne ne pouvait lui enlever son Ame s’il ne l’avait voulu, car Il est Dieu. Il a voulu comme Homme-Dieu mourir ici bas pour nous sauver.

Plus on réfléchit, plus on médite sur ce moyen extraordinaire que le Bon Dieu a pris, de nous sauver par sa Croix et plus on s’aperçoit que pour les âmes bien nées, pour les âmes qui ne cherchent pas à faire prévaloir leur raison au-dessus de la foi, c’était le moyen idéal pour que les âmes  approchent le mieux tous les mystères. Le mystère de Dieu, le mystère de l’Incarnation, de la Rédemption, de la Trinité, du péché, le mystère de l’amour de Dieu, le mystère de la grâce, de la vie que le Bon Dieu vient nous apporter, toutes les vertus de NSJC, tout cela est exprimé dans la Croix de NSJC.

Et donc dans  la messe.

 

La Croix, la messe, c’est vraiment la grande œuvre de Dieu, de l’Eglise.

D’où l’on voit ses enfants, ses disciples les plus fidèles, ceux qui épousent le mieux son esprit se regrouper autour de l’autel. Toutes les Congrégations religieuses ont pour cœur et pour centre l’autel de NSJC, NSJC lui-même, comme Joinville, disciple de saint Louis le manifesta dans le récit qu’il nous donna de son assistant à la sainte Messe, le prêtre se pâmant….

On ne peut changer cela. Notre Seigneur a voulu que toutes les âmes se sauvent par lui, par son humanité et par son Sacrifice et aussi par l’Eglise qui garde ce sacrifice, Eglise qui est comme la prolongation de son humanité à travers le temps et l’espace. Tout cela est d’une logique implacable. Nous n’avons pas le droit de dire : « Mais non ! Il y a bien d’autres âmes qui peuvent se sauver sans passer par NSJC ». Evidemment, si on commence à discuter sur la divinité de NSJC, alors il ne reste plus rien. Si NSJC  est simplement un homme extraordinaire, dominant absolument l’humanité pas sa vertu, pas sa sagesse, par sa science, un Socrate…si NSJC n’est que cela, il n’est rien par rapport à Dieu. Ainsi, maintenant, certains prétendent que Dieu agirait directement sur les âmes en leur donnant son Esprit, simplement par des appels de l’Esprit de Dieu comme dans le pentecôtisme et dans maintes sectes de ce genre. Cela est absolument faux et contraire à la volonté de NSJC. Il a voulu que sa grâce passe par l’Eglise, passe par la Croix, par les sacrements ; qu’extraordinairement elle puisse passer en dehors des voies normales, NSJC le fait pour montrer sa toute puissance, mais il ne renie jamais ce qu’il a établi ; ce n’est pas possible ; ce serait détruire son œuvre propre, sa création, ce qu’il a  fait.

Il n’y a donc qu’une religion, la religion de NSJC, la religion catholique à laquelle il faut adhérer pour la vie éternelle.

 

Devant un tel mystère d’amour, qui se réalise à la Croix et se perpétue sur l’autel, cherchons à aimer Dieu, à le remercier, à lui rendre grâce et tout faire pour que son amour pour nous ne soit pas vain.

Si nous ne sommes pas émue en voyant de quelle manière le Bon Dieu a voulu résoudre le problème de notre Rédemption, en se faisant homme, en prenant une chair comme la nôtre, en versant tout son sang pour nous, c’est parce que nous ne connaissons pas Dieu. Nous ne nous rendons pas compte de ce qu’est Dieu. Si nous nous en rendions compte, nous serions abasourdis de penser qu’il a pu devenir l’un des nôtres. Logiquement, si l’on peut dire, c’est inconcevable, inconcevable ! Que Dieu soit devenu une faible créature, ait pris un corps faible et mortel, sensible, sujet à la souffrance, à la faim, à la fatigue ! Dieu ? Non ce n’est pas possible ! Les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption sont de grands mystères, bien sûr : mystères de notre foi ! Le Bon Dieu a fait tout cela par amour pour nous….Est-ce pour nous un sujet d’action de grâces continuelles vis-à-vis de Dieu ?

 

Nous devons essayer de faire passer, dans nos cœurs, dans n os âmes, le sentiment de profonde reconnaissance envers NSJC pour l’amour qu’il nous a manifesté, car nous sortons du cœur de Jésus. Nous naissons avec la Croix, la messe, la messe naissant du cœur de Jésus. L’eau jaillie de son cœur représente la grâce qui guérit et le sang représente la grâce qui lave. Nous sortons aussi du cœur de Jésus. Quelle reconnaissance ne devons-nous pas avoir envers NSJC !

Si nous pouvions comprendre cet immense amour dont Dieu nous a aimés ! Non seulement il nous a crées, mais il nous a racheté, il nous a rendu cette vie divine que nous avions perdue par le péché originel, et désormais, si vraiment nous vivons en chrétiens, nous pouvons être assurés que NSJC est présent en nos cœurs et dans nos âmes. Quelle joie, quelle espérance, quelle consolation au milieu des épreuves et des difficultés.

 

 

 

 

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