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Paul IV et les hérétiques de son temps

publié dans nouvelles de chrétienté le 2 mars 2015


Paul IV et les hérétiques de son temps

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 (Source: Correspondance européenne)

Le conclave qui s’ouvrit le 30 novembre 1549, à la mort de Paul III, fut certainement l’un des plus dramatiques de l’histoire de L’Eglise. Le cardinal anglais Reginald Pole (1500-1558), était désigné comme le grand favori. Les habits pontificaux étaient déjà prêts pour lui et il avait déjà montré à l’un ou l’autre son discours de remerciement.

Le 5 décembre, il manquait à Pole une seule voix pour obtenir la tiare pontificale, quand le cardinal Gian Pietro Carafa se leva et, devant l’assemblée stupéfaite, l’accusa publiquement d’hérésie, lui reprochant notamment d’avoir soutenu la double justification crypto-luthérienne, rejetée par le Concile de Trente en 1547. Carafa était connu pour son intégrité doctrinale et pour sa vie de piété. Les votes pour Pole chutèrent et, après de longues controverses, fut élu le 7 février 1550 le cardinal Giovanni del Monte, qui prit le nom de Jules III (1487-1555).

L’accusation d’hérésie, qui pour la première fois avait été proférée en conclave contre un cardinal, reflétait les divisions des catholiques face au protestantisme (cf. Paolo Simoncelli, Il caso Reginald Pole. Eresia e santità nelle polemiche religiose del cinquecento, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome 1977). Entre les années Trente et Cinquante du XVIème siècle les tendances hérétiques s’étaient répandues dans le monde ecclésiastique romain et avait pris naissance le parti des “spirituels”, représenté par des personnages peu orthodoxes, comme les cardinaux Reginald Pole, Gasparo Contarini (1483-1542) et Giovanni Morone (1509-1580).

Ces derniers cultivaient un christianisme iréniste et se proposaient de concilier le luthéranisme avec la structure institutionnelle de l’Eglise romaine. Pole avait créé un cercle hétérodoxe à Viterbe ; Morone, quand il était évêque de Modène, de 1543 à 1546, avait choisi des prédicateurs qui par la suite avaient tous été jugés pour hérésie. Les actes des procès d’Inquisition du cardinal Morone (1557-1559), de Pietro Carnesecchi (1557-1567) et de Vittore Soranzo (1550-1558), tous membres du cercle des “spirituels”, publiés par l’Institut Historique Italien pour l’époque moderne et contemporaine et par les Archives Secrètes du Vatican, de 1981 à 2004, ont montré combien était étroit ce réseau de complicité vigoureusement combattu par deux hommes, tous deux destinés à devenir Papes, Gian Pietro Carafa, futur Paul IV, et Michele Ghislieri, futur Pie V. Tous deux étaient convaincus que les “spirituels” étaient en réalité des crypto-luthériens.

Gian Pietro Carafa avait fondé, avec Gaëtan de Thiene, l’ordre des Théatins, et avait été choisi par Adrien VI pour collaborer à la réforme universelle de l’Eglise interrompue par la mort prématurée du Pontife d’Utrecht. C’était surtout au cardinal Carafa que l’on devait l’institution du Saint-Office de l’Inquisition romaine. La bulle Licet ab initio du 21 juillet 1542, par laquelle Paul III, accueillant la proposition de Carafa, avait institué cet organisme, était une déclaration de guerre contre l’hérésie. Cette guerre, les uns voulaient la poursuivre jusqu’à l’extirpation de toute erreur, et les autres la conclure au nom de la paix religieuse.

A la mort de Jules III, lors du Conclave de 1555, les deux partis s’affrontèrent de nouveau et le 23 mai 1555 le cardinal Gian Pietro Carafa fut élu Pape, dépassant de très peu le cardinal Morone. Il avait alors soixante-dix-neuf ans et prit le nom de Paul IV. Il fut un Pontife sans compromis, qui eut pour objectif premier la lutte contre les hérésies et une véritable réforme de l’Eglise. Il combattit la simonie, imposa aux évêques l’obligation de résidence dans leurs diocèses, rétablit la discipline monastique, donna une vigoureuse impulsion au Tribunal de l’Inquisition, institua l’Index des Livres défendus. Son bras droit était un humble frère dominicain, Michele Ghislieri, qu’il nomma évêque de Nepi et Sutri (1556), cardinal (1557) et Grand Inquisiteur à vie (1558), lui ouvrant ainsi la voie vers le pontificat.

Le 1er juin 1557, Paul IV fit savoir aux cardinaux qu’il avait ordonné l’incarcération du cardinal Morone pour suspicion d’hérésie. Il avait chargé l’Inquisition d’instruire le procès, en portant les conclusions devant le Sacré Collège. Paul IV portait la même accusation contre le cardinal Pole qui se trouvait en Angleterre et fut destitué de sa charge de légat. Le cardinal Morone fut enfermé au Château Saint-Ange et ne fut libéré qu’en août 1559, quand, à la veille de sa condamnation, la mort du Pape lui permit de retrouver la liberté et de participer au conclave qui suivit.

En mars 1559, quelques mois avant de mourir, Paul IV publia la bulle Cum ex apostolato officio dans laquelle il traite du problème de la possibilité d’hérésie d’un Pape (cf. Bullarium diplomatum et privilegiorum sanctorum romanorum pontificum, S. e H. Dalmezzo, Augustae Taurinorum, 1860, VI, pp. 551-556). Nous y lisons : « que le Souverain Pontife lui-même, lequel agit sur terre en tant que Vicaire de Dieu et de Notre-Seigneur-Jésus-Christ, a la plénitude de l’autorité sur les nations et les royaumes et juge tout le monde sans qu’il puisse être jugé par personne, s’il est reconnu comme déviant de la foi, puisse être réprimandé » et « si jamais il devait advenir à quelque époque que (…) avant sa promotion ou son élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, il ait dévié de la foi catholique ou soit tombé dans quelque hérésie (ou dans un schisme ou bien l’ait suscité), sa promotion ou élévation – même si elle a eu lieu avec l’assentiment unanime de tous les Cardinaux – est nulle, invalide, sans aucune valeur ».

Cette bulle repropose, quasiment à la lettre, le principe canonique médiéval selon lequel le Pape ne peut être repris ni jugé par personne, « nisi deprehandatur a fide devius » , à moins qu’il ne s’écarte de la foi (Yves de Chartres, Decretales, V, cap. 23, coll. 329-330).

On discute de savoir si la Bulle de Paul IV est une décision dogmatique ou un acte disciplinaire ; si elle est encore en vigueur ou a été implicitement abrogée par le Code de 1917; si elle s’applique au Pape qui est tombé dans l’hérésie ante ou post electionem, etc… Nous n’entrerons pas dans ces discussions. Cum ex apostolato officio reste un document pontifical faisant autorité qui confirme la possibilité qu’un Pape soit hérétique, même s’il ne donne pas d’indication sur les modalités concrètes par lesquelles il perdrait le pontificat.

Après Paul IV, fut élu le 25 décembre 1559 un Pape politique, Pie IV (Giovanni Angelo Medici di Marignano – 1499-1565). Le 6 janvier 1560, le nouveau pontife imposa l’annulation du procès contre Morone, le rétablissant dans sa charge, et affronta rudement le cardinal Ghislieri qu’il considérait comme un fanatique de l’Inquisition. L’Inquisitor maior et perpetuus fut privé des pouvoirs exceptionnels que lui avait conférés Paul IV et fut transféré au diocèse secondaire de Mondovì. Mais à la mort de Pie IV, fut élu le 7 janvier 1566, de façon inattendue, Michele Ghislieri, sous le nom de Pie V. Son pontificat s’inscrivit dans la pleine continuité de celui de Paul IV, en reprenant l’activité inquisitoriale. Le cardinal Morone, qui à la demande de Paul III avait ouvert, en tant que légat pontifical, le Concile de Trente et par mandat de Pie IV en avait dirigé les dernières sessions, obtint la suspension de sa condamnation.

L’histoire de l’Eglise, même dans les moments de plus âpres conflits internes, est plus complexe que ce que beaucoup peuvent croire. Le Concile de Trente, qui est un monument de la foi catholique, fut inauguré puis clôturé par un personnage gravement suspect d’hérésie luthérienne. Lorsqu’il mourut, en 1580, Giovanni Morone fut enterré à Sainte-Marie-de-la-Minerve (sa tombe est aujourd’hui introuvable), cette même basilique où saint Pie V voulut élever un mausolée à son accusateur dont il ouvrit le procès de canonisation : le champion de l’orthodoxie Gian Pietro Carafa, le pape Paul IV. (Roberto de Mattei)

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