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« L’Institut du Bon Pasteur de retour à Rome

publié dans regards sur le monde le 20 janvier 2016


 

L’Institut du Bon Pasteur de retour à Rome

 

La Lettre de Paix liturgique

lettre 526 du 19 Janvier 2016

L’Institut du Bon Pasteur de retour à Rome
Né en 2006 de la rencontre d’une poignée de prêtres formés à Ecône et conduits par les abbés Philippe Laguérie, Paul Aulagnier et Guillaume de Tanoüarn, avec le cardinal Castrillón Hoyos, alors Président de la Commission Ecclesia Dei, l’Institut du Bon Pasteur (IBP) vient d’ouvrir une maison à Rome. Aujourd’hui, l’IBP compte près de 30 prêtres et 40 séminaristes, dont une dizaine de français.

Inaugurée solennellement en la fête de saint Clément, le 23 novembre 2015, en présence de Mgr Guido Pozzo, actuel Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, de Mgr François Bacqué, nonce apostolique, et de l’abbé Philippe Laguérie, Supérieur général de l’IBP, cette maison doit pour partie son existence à la nomination d’un des prêtres de l’Institut, l’abbé Matthieu Raffray, comme professeur de philosophie à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin, l’Angelicum.

À vrai dire, ce n’est pas la première fois que l’IBP s’installe à Rome car, dès sa naissance, ses fondateurs ont voulu l’enraciner dans la capitale de l’Église. L’expérience n’avait cependant pas été concluante et, fort de ses erreurs de jeunesse, l’Institut entend aujourd’hui s’y implanter pour de bon et développer aussi, à terme, un apostolat en Italie où de nombreux groupes de fidèles sont encore privés de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Nous avons demandé à l’abbé Raffray, responsable de cette Maison Saint-Clément, et à don Giorgio Lenzi, le prêtre italien qui l’accompagne dans cette entreprise, de nous présenter ce projet tout en nous dressant un portrait-robot de l’IBP aujourd’hui.


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1) Quels sont les effectifs actuels de l’Institut du Bon Pasteur ? Dans quels pays êtes-vous présents ?

Abbé Raffray : L’Institut du Bon Pasteur compte actuellement une petite trentaine de prêtres. La majorité d’entre eux exercent leur ministère en France (dans les diocèses de Chartres, Bordeaux, Blois, Le Mans, Meaux, Versailles, Paris et Marseille), mais aussi en Amérique Latine (à Bogota, Sao Paulo et Brasilia), en Pologne (Białystok ), et depuis cette année à Rome. Il y a aussi d’autres projets sérieux d’implantation (en Amérique latine, mais aussi en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe de l’Est), dont certains devraient voir le jour d’ici peu. Les demandes sont très nombreuses à travers le monde, et il n’est pas aisé d’y répondre : la moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux ! Nous avons pourtant actuellement près de 40 séminaristes en formation : le futur s’annonce donc bien, même s’il faut aller doucement, et ne pas trop se disperser. Nous voulons surtout privilégier le sérieux et l’exigence de la formation donnée à nos séminaristes, l’unité dans la communauté, ainsi que la vie commune de nos prêtres. Ce sont les conditions d’un apostolat solide et vraiment conforme à notre charisme traditionnel, liturgique et doctrinal.

L’IBP a été fondé en 2006. Nous arrivons donc à près de dix années d’existence (que nous fêterons à Rome l’année prochaine) : après des débuts mouvementés, inévitables pour toute nouvelle fondation, et la crise institutionnelle que nous avons subie en 2012, on peut dire que nous avons maintenant atteint la stabilité nécessaire pour un développement serein et florissant. Rendons grâce à Dieu !

Ce qui est le plus rassurant et le plus encourageant, c’est de voir que – sauf exception idéologique – les évêques perçoivent de plus en plus comment notre charisme, l’exclusivité de la messe tridentine et une critique théologique positive des réformes modernes, peut être mis au service de l’Église, et même constituer un atout important dans un diocèse. Ce charisme répond en effet à une véritable attente de certains fidèles, mais aussi à une dynamique d’évangélisation : notre attachement à la Tradition n’est pas un regard nostalgique vers le passé, c’est au contraire la condition indispensable pour une nouvelle évangélisation qui soit vraiment ancrée en Jésus-Christ et dans son Église. L’ouverture d’une nouvelle maison à Rome est le signe de ce développement paisible de la Tradition et de notre attachement à être au service de l’Église.

2) Pourquoi avoir choisi saint Clément comme saint patron de votre maison romaine ?

Abbé Lenzi : Nous avons choisi de nous placer sous la protection de saint Clément, pape et martyr, pour plusieurs motifs. D’abord parce qu’il nous fallait une figure liée aussi bien à l’histoire universelle de l’Église qu’à l’Antiquité chrétienne de Rome. Ensuite, il s’agit d’un des premiers successeurs du Prince des Apôtres qui sacrifia sa vie pour l’Église et l’Évangile, idéal que nous voulons faire nôtre. Saint Clément a été un bon pasteur et nous voulons suivre son exemple. Enfin, aussi bien l’abbé Raffray que moi sommes fascinés par la beauté et la pureté artistiques, liturgiques et spirituelles de la basilique Saint-Clément dont notre maison n’est en outre guère éloignée.

3) La romanité est un élément essentiel du charisme de l’IBP : que représente-t-elle pour vous dans l’absolu mais aussi dans l’époque particulière qui est la nôtre ?

Abbé Raffray : Tout catholique est nécessairement attaché à Rome, siège de Pierre. Et cet attachement n’est pas purement théorique, il doit se concrétiser dans la hiérarchie ecclésiastique, qui transmet au prêtre une mission reçue de l’Église. Le prêtre qui se séparerait de cette hiérarchie (sauf exception, nécessairement limitée localement et pour un temps très déterminé) serait un mercenaire qui travaille pour son propre compte, et non un pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Notre Institut, placé providentiellement sous le patronage du Christ « Bon Pasteur » veut précisément retrouver ce sens du Bien commun : le rôle des pasteurs n’est pas de séduire les brebis pour se les approprier – et leur enseigner une doctrine propre; c’est au contraire de les mener à Jésus-Christ, en n’enseignant rien d’autre que la foi catholique, intemporelle, immuable, transmise infailliblement depuis le Christ lui-même jusqu’à aujourd’hui. C’est là, en un mot, le mystère de l’Église : pour appartenir au corps du Christ, il faut en accepter l’aspect humain, les faiblesses et même parfois les défigurations. Trop de faux pasteurs, des « loups déguisés en brebis », abîment et salissent actuellement la Sainteté de l’enseignement du Christ, par leurs actions indignes et par leurs doctrines nouvelles. Être de « bons pasteurs », au contraire, c’est aider les fidèles à retrouver la fierté et l’honneur d’être catholiques, fidèles de Jésus-Christ et donc romains, sans compromission. Notre présence à Rome représente un tel amour de l’Église, quel qu’en soit le prix.

4) Pouvez-vous vous présenter l’un et l’autre aux lecteurs de Paix liturgique ?

Abbé Raffray : Ma famille a toujours été très attachée à la Tradition : déjà mon grand-père paternel, à Saint-Brieuc, avait fait appel aux prêtres de Mgr Lefebvre, au début des années 70, pour y maintenir la messe tridentine. Ma mère, qui est mexicaine, est quant à elle héritière de traditions catholiques très vivantes encore aujourd’hui, d’une foi très profonde, et très éloignée de toutes les compromissions de nos pays d’anciennes chrétientés. Pour ma part, je suis né troisième d’une famille de 9 enfants; nous avons toujours été éduqués dans la foi catholique, la prière en famille, le respect des prêtres et des autorités de l’Église, le sens chrétien du devoir accompli et de la fidélité à ses engagements. J’en remercie de tous cœur mes parents, car nous savons comme il est difficile de nos jours d’éduquer une famille chrétienne.

Quant à ma vocation, elle est plutôt intellectuelle, pourrais-je dire. Même si elle est née très jeune, elle s’est imposée à moi lors de mes études de mathématiques et de philosophie, à l’Université : la découverte de saint Thomas d’Aquin a été une étape décisive, au sens où j’ai pris conscience de la puissance d’une juste intelligence de la foi. Notre foi n’est pas sentimentale, elle est ancrée dans la raison, elle est justifiable, défendable, seule raisonnable car elle seule correspond à la nature de l’homme et à son exigence de rationalité.

Depuis mon ordination, à Sainte-Anne d’Auray en 2009, je me suis donc consacré principalement à l’étude (j’ai obtenu une licence canonique – mastère – de théologie chez les dominicains de Toulouse puis un doctorat de philosophie à la Sorbonne) et à l’enseignement, auprès des séminaristes et de différents groupes de fidèles. Ma conviction est qu’il est temps que les « traditionalistes » prennent au sérieux la défense et le développement de leurs arguments, qu’ils entrent dans le combat intellectuel qui fait rage dans l’Église depuis des décennies : notre attachement à la Tradition doit être avant tout doctrinal, et c’est ce trésor qu’il nous faut, plus que tout, rendre à l’Église elle-même !

Abbé Lenzi : Je suis né en Sardaigne sur l’île de Sant’Antioco d’une famille catholique pratiquante e je dirais, pour faire court, que j’ai désiré servir Notre Seigneur depuis le jour de ma première communion… À 13 ans je suis entré au petit séminaire, ici à Rome, et j’ai servi de nombreuses cérémonies liturgiques au Vatican (avec le pape Jean-Paul II, les cardinaux Ratzinger, Noé ou Deskur et d’autres qui le devinrent par la suite comme De Magistris, Sardi et Brandmüller et d’autres encore qui, plaise à Dieu !, le deviendront un jour comme Mgr.Sciacca ou Mgr Gänswein). Je conserve un très beau souvenir de toutes ces années et de ces expériences qui m’ont très certainement enrichi et soutenu dans ma vocation.

Au fil du temps, j’ai découvert la richesse de la liturgie traditionnelle et tout son bagage doctrinal et compris que la formation proposée par le séminaire interdiocésain sarde ne correspondait pas du tout à mon idéal sacerdotal. J’ai alors pris contact avec diverses réalités du monde traditionnel pour rejoindre finalement, avec l’enthousiasme résolu caractéristique de la jeunesse, rejoindre la Fraternité saint Pie X. J’y ai passé un peu plus de trois ans jusqu’à ce que les espérances soulevées par le pontificat de Benoît XVI et la fondation de l’IBP ne me conduisent à faire le choix d’une situation canonique régulière en rejoignant l’Institut. J’ai été ordonné en juin 2012 et ai contribué depuis cette date à l’apostolat très actif de notre paroisse personnelle de Bordeaux.

5) Depuis deux-trois ans, une délégation de séminaristes de Courtalain participe au pèlerinage international du peuple Summorum Pontificum à Rome. Cette année, vous avez eu l’honneur, don Giorgio, de participer au service liturgique du pèlerinage, en particulier lors de la messe pontificale célébrée par Mgr Pozzo en l’église de Santa Maria in Campitelli : que représente pour vous un tel événement ?

Abbé Lenzi : C’est toujours pour moi une grande joie de servir le Seigneur dans les saintes fonctions et dans la liturgie mais je dois dire que le faire dans le cadre du pèlerinage Summorum Pontificum est quelque chose de particulier : j’ai vraiment eu l’impression que la liturgie traditionnelle et tout ce qu’elle représente est vécue et aimée ! Voir un tel concours de fidèles et la beauté liturgique et musicale de ces cérémonies est source de grandes consolations face aux difficultés de la vie chrétienne que nous connaissons aujourd’hui.

6) M. l’abbé Raffray, il n’est pas fréquent qu’un prêtre d’un institut traditionnel enseigne dans une université pontificale : pouvez-vous nous dire comment vous avez été accueilli à l’Angelicum, aussi bien par les autres professeurs que par les étudiants ?

Abbé Raffray : À vrai dire, c’est surtout la Providence qui a œuvré dans ma nomination comme professeur de philosophie à l’Angelicum. Après la défense de ma thèse et l’obtention de mon doctorat en Sorbonne, le doyen de la faculté de philosophie, un dominicain que j’avais rencontré au cours de mes études, m’a proposé ce poste tout simplement parce qu’ils cherchaient un professeur diplômé. L’abbé Laguérie y a vu immédiatement l’occasion de mettre en œuvre notre charisme sous cet aspect intellectuel, par la formation de bons prêtres à l’école de saint Thomas d’Aquin : c’est aussi cela, défendre et diffuser la Tradition (ici intellectuelle) dans et au service de l’Église !
Je dois dire que j’ai été très bien reçu dans cette université, haut lieu de la théologie dominicaine et donc de l’école thomiste. Ce qui est, à vrai dire, le plus enthousiasmant, c’est de participer à une œuvre de renouveau qui va bien plus loin que les cours que je peux moi-même donner : dans ces universités pontificales, se retrouvent des séminaristes et religieux de tous les horizons, appelés souvent à des responsabilités lorsqu’ils retourneront dans leurs diocèses ou leurs communautés. Si je peux donc, à ma mesure, leur transmettre ce que j’ai moi-même reçu, alors je ne ferai rien d’autre que l’œuvre, précisément, de la « tradition » (du latin « tradere », transmettre).

7) Don Giorgio, de nombreux groupes de fidèles italiens sont privés de la célébration régulière de la forme extraordinaire : aurez-vous un apostolat particulier à leur égard ?

Abbé Lenzi : Pour l’heure, comme économe de la Maison Saint-Clément, je suis surtout occupé par les innombrables aspects pratiques liés à notre installation. La bureaucratie, en particulier romaine, est souvent chronophage ! Toutefois, il est évident que je suis d’ores et déjà à la disposition des groupes stables de fidèles qui en font la demande. Ensuite, je compte bien me consacrer aussi, dans la mesure de nos moyens, au développement de nouveaux coetus fidelium en Italie. Nous avons déjà quelques contacts mais nous souhaitons aujourd’hui faire les choses comme il se doit, sans précipitation et avec l’accord des ordinaires diocésains, comme le demande l’Église.

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